Le français parlé

Il y a parfois une telle différence entre l’écrit et l’oral que les étudiants s’en arrachent les cheveux. Il est fort possible d’être capable de comprendre un texte écrit sans problème mais de ne pratiquement rien comprendre à la version orale du même texte. C’est très frustrant, mais avec une pratique régulière, l’écoute devient de plus en plus facile et on comprend petit à petit ce à quoi correspondent les sons qu’on entend et pourquoi ça se sonne pas comme ça s’écrit. Il serait trop long de dresser la liste de toutes les spécificités du français parlé, mais on pourrait commencer par parler des liaisons, des enchaînements, des e qu’on ne prononce pas, et des sons qui changent quand ils sont en contact avec d’autres sons.

Les liaisons : 

  • Faire la liaison signifie que l’on ajoute un son entre deux mots qui, prononcés séparément, ne contiennent pas ce son. Par exemple, si je dis “un ami“, je rajoute le son /n/ entre l’article et le nom qui, séparément, se prononcent /ɛ̃/ et /ami/, mais ensemble, /ɛ̃nami/
  • Certaines liaisons sont obligatoires, certaines sont interdites et d’autres sont facultatives. Ce qui est assez fréquent, c’est d’entendre les étudiants faire automatiquement la liaison quand un mot se termine par une consonne et le suivant commence par une voyelle même s’il ne faut pas la faire.
  • Il ne faut jamais faire la liaison après et (c’est probablement l’erreur que j’entends le plus), devant un h aspiré (ça, c’est plus difficile car on ne prononce pas les h, mais l’erreur que j’entends le plus, c’est “en haut” avec une liaison alors qu’il ne faut pas la faire), entre un nom singulier et un adjectif (étudiant étranger, repas excellent = pas de liaison), entre un nom sujet et un verbe ( l’étudiant a fait ses devoirs = pas de liaison entre étudiant et a), entre un verbe et son complément (il a fait un gâteau = pas de liaison entre fait et un). Cette dernière règle a quelques exceptions et il y a d’autres cas de liaisons interdites, mais c’est un bon début de réussir à se souvenir de celles-ci.
  • Il faut obligatoirement faire la liaison entre le déterminant et le nom (un ami, quelques années, vingt ans), l’adjectif et le nom (petit ami, grand homme, bons enfants), le pronom et le verbe (nous avons, ils aiment, elles arrivent, je vous aime, il nous a vus), le verbe et le pronom (sait-il…, vient-elle…, allez-y), la préposition et le pronom (chez elle, sans eux). Il y a d’autres cas, mais si l’on se souvient déjà de ces liaisons obligatoires, c’est aussi un bon début !
  • Il y a une longue liste de liaisons facutatives que je ne vais pas donner ici. En règle générale, les liaisons sont le signe d’un style plus soutenu.

Les enchaînements

  • Enchaîner les mots signifie qu’on ne fait pas de pause entre eux et qu’ils se prononcent comme un seul mot. Par exemple, dans “une amie“, les deux mots se prononcent individuellement /yn/ et /a-mi/ mais quand ils sont prononcés ensemble, on les enchaîne et on doit prononcer /y-na-mi/ (les tirets montrent les syllabes).  Dans “une autre étudiante américaine“, on a trois enchaînements. Il faut prononcer : /y-no-tʁe-ty-djã-ta-me-ʁi-kɛn/ en un seul souffle.

Les e qu’on ne prononce pas 

Le e pose problème quand il doit être prononcé et il pose problème quand il ne doit pas l’être. Je pense que c’est la voyelle la moins aimée des étudiants, toutes nationalités confondues.

  • Il ne se prononce pas en fin de mot: table, plage, amie, bouteille, livre, valise, téléphone, etc.
  • Il est souvent possible de ne pas le prononcer en milieu de mot quand il est entre deux consonnes : boulevard /bul-vaʁ/, développement /dev-lɔp-mã/, sûrement /syr-mã/, acheter /aʃ-te/. Cependant, dans certaines régions de France (plutôt dans le sud), les gens prononcent beaucoup plus les e.
  • Les petits mots grammaticaux tels que ce, de, je, le, me, ne, que, se, te sont très souvent écourtés, ce qui laissent les étudiants perplexes quant à ce qu’ils pensent avoir entendu. “Je ne te le demande pas” pourra devenir /ʒtø-ldø-mãd-pa/ (on perd le ne de la négation à l’oral et on perd deux autres des quatre e restants.) Cette transcription n’est pas la seule possible car on pourrait très bien dire aussi /ʒø-tlø-dmãd-pa/ ou encore /ʒø-tø-ldø-mãd-pa/.

Les sons qui changent au contact d’autres sons

  • On n’y pense pas forcément quand il s’agit de sa langue maternelle, mais c’est un phénomène qui existe aussi en anglais et que les locuteurs natifs font sans y penser. Prêtez attention à ce que vous prononcez vraiment quand vous dites naturellement, dans une phrase, “handbag”, “sandwich”, “goodbye”, “full of mice”, “give them” and many more.
  • En français, c’est la même chose. Quand un enfant écrit dans une dictée “*j’optiens” au lieu de “j’obtiens“, c’est parce qu’il a bien entendu le son /p/. Quand une de mes chères collègues m’écrit “*chui fatiguée” dans un SMS, elle sait que ce n’est pas l’orthographe correcte, mais sa phonétique est correcte car c’est ainsi qu’on prononce “je suis fatiguée“. A l’oral, je suis devient “chui“, je sais devient “ché“, je ne sais pas devient “ché pas“, qu’est-ce qu’il y a ? devient “kes ki ya“, celui-là devient “sui la“,  s’il te plaît devient “ste plé”, je sais que c’est dur devient “ché ksé dur” et la liste est très longue !
  • Pour s’habituer au français parlé, comme il est parlé par les locuteurs natifs, il est primordial d’écouter autant de français que possible (radio, films, séries, courtes vidéos en ligne, conversations avec des natifs ou presque natifs, etc., et d’analyser un minimum ce qu’on entend. Parfois, on pense entendre quelque chose, mais si l’on y regarde de plus près, cela n’a aucun sens.

Et surtout, il faut persévérer ! Cela peut vite être décourageant quand on réalise tout ce que ça implique de parvenir à parler le français à un haut niveau, mais j’ai rencontré assez d’étudiants de niveau avancé pour dire avec certitude que si l’on persiste, un jour, on y arrive !

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