Comment enrichir son vocabulaire en lisant

Si vous lisez mon blog, vous avez probablement un niveau de français déjà assez avancé. Vous avez peut-être réussi le DELF B2.  Quand on arrive à ce niveau, quand on est capable de bien communiquer, qu’on arrive à comprendre ce qu’on entend à la radio, qu’on arrive à suivre les films sans sous-titres, qu’on peut lire des livres entiers sans avoir recours au dictionnaire en permanence, c’est un niveau vraiment confortable et agréable. Mais il y a toujours des mots qui nous manquent pour exprimer ce qu’on veut vraiment dire. Il y a beaucoup de mots qu’on ne comprend pas dans une émission de radio ou un film, mais comme il y en a tellement plus qu’on comprend, ça nous permet de comprendre l’idée générale sans forcément saisir les détails. Pareil quand on lit. De temps à autre, plus souvent qu’on aimerait, on tombe sur un mot qu’on ne connaît pas. Mais le contexte nous permet de deviner son sens. Et c’est tellement ennuyeux de sortir le dictionnaire à chaque mot inconnu qu’on préfère supposer sans vérifier.

Et pourtant, si l’on ambitionne d’atteindre un jour le niveau C2 et non pas de stagner au niveau B2, tout respectable qu’il soit, il est nécessaire d’être plus actif dans sa pratique du français. 

J’aime lire. Je lis pour le plaisir. Je lis surtout en anglais, beaucoup en français, un peu en espagnol, plus rarement maintenant en italien et j’attends avec impatience d’être capable de lire en japonais et en thaï. Quand je lis sur Kindle, c’est pratique pour chercher le sens d’un mot nouveau. Il y a juste à cliquer et la définition ou la traduction apparaît. Mon vieux Kindle a un “vocabulary builder“. Quand j’ai commencé à lire en espagnol, j’ai décidé de lire Harry Potter car je connais l’histoire par cœur et ça m’évitait d’avoir à galérer pour comprendre l’histoire. Mais évidemment, il y avait plein de mots que je ne connaissais pas. Des mots tout simples comme moustache, trottoir, hibou, oser (celui-là revenait souvent mais il m’a fallu une éternité pour le retenir), inquiet, balai, coup de pied, chaussette, etc. Sans le Kindle, ça aurait été difficile. Je mettais les mots nouveaux dans le “vocabulary builder”, avec l’intention d’y retourner et de les étudier. J’avais même commencé à les noter dans un cahier. Mais au final, il y en avait trop, et je lisais plus vite que j’écrivais et j’ai abandonné l’idée de les étudier. Je me suis dit qu’à force de vivre en Espagne et d’entendre de l’espagnol tout le temps, je finirais bien par les apprendre tous ces mots. Mais ce qui s’est vraiment passé, c’est que je n’ai jamais fait l’effort d’être vraiment active dans mon apprentissage. J’ai probablement atteint un niveau B2 au bout de 3 ans, mais même pas un très bon niveau B2. Ma grammaire est bancale, mon vocabulaire est pauvre. Je comprends beaucoup plus que je suis capable de produire et si je ne m’y remets pas bientôt, mon niveau va continuer à baisser. 

Mes étudiants sont demandeurs de lecture pour la plupart. Beaucoup lisent en français. Certains ont un niveau quasi-natif en compréhension. Mais il y a souvent un petit déséquilibre avec la production. On travaille avec du matériel qui permet d’enrichir son vocabulaire et qui vise à pousser les étudiants à utiliser des structures variées. Mais avec une ou deux heures de cours par semaine, le progrès sera lent et cela prendra des années pour passer du B2 au C2 si l’on ne fait rien en français en dehors des cours. 

C’est difficile de savoir où commencer pour enrichir son vocabulaire. Cela paraît une tâche si vaste. Une langue contient tellement de mots ! Et si on y réfléchit, on peut être tout à fait fonctionnel sans les connaître tous. Mais on passera à côté de beaucoup de choses si on se cantonne au niveau B2. 

J’adore être capable de tout comprendre en anglais. Je comprends les subtilités, je comprends l’humour (presque toujours), je peux tout lire, tout regarder, tout écouter (même si parfois j’ai du mal à comprendre mon mari au téléphone avec son accent trop British!). Cela m’ouvre à tout un monde que je ne connaîtrais pas si je n’avais pas ce niveau. Mais c’est quelque chose que je travaille tous les jours depuis 16 ans, et avant ça, je l’avais étudié avec passion pendant 15 ans. Je tombe encore régulièrement sur des mots que je ne connais pas. Quand mes amis anglophones utilisent un mot que je ne connais pas, je leur demande de me l’expliquer. Quand je lis, je recherche la définition. 

Mais à mon niveau, c’est facile de procéder comme ça. Par contre, si je voulais atteindre le même niveau en espagnol, cela me demanderait beaucoup plus de temps et de méthode. 

Et c’est mon conseil du jour, pour tous les étudiants qui ont un niveau B2 ou C1 et qui ambitionnent d’atteindre le C2 un jour : procédez méthodiquement ! Fixez-vous des objectifs raisonnables à atteindre ! Soyez réalistes ! Si vous mettez la barre trop haut, c’est le meilleur moyen de ne jamais atteindre vos objectifs parce que vous avez tous une vie et je doute que qui que ce soit n’ait rien d’autre à faire de ses journées que d’étudier le français. On vit une époque étrange, où on est constamment sollicité de tous les côtés. C’est dur de rester concentré et d’aller au bout de ses objectifs, surtout quand cet objectif est de parler une langue étrangère comme un natif. 

Alors quand vous lisez en français et que vous prenez plaisir à lire, ne gâchez pas votre plaisir en passant votre temps à ouvrir le dictionnaire (ou à culpabiliser parce que vous ne le faites pas). Mais pendant 5 minutes, chronomètre en main, obligez-vous à noter tous les mots et structures que vous ne connaissez pas ou que, même si vous les comprenez, ne sont pas des mots ou structures que vous utiliseriez de vous-même parce que vous n’êtes pas à l’aise avec le sens exact ou tout simplement parce que vous connaissez des synonymes et des façons de dire plus simples. 5 minutes seulement. A chaque fois que vous lisez. Cela peut paraître peu, mais on peut relever un tas de mots nouveaux ou mal maîtrisés en 5 minutes quand on est au niveau B2. 

Après, selon vos goûts personnels, vous pouvez noter tout dans un cahier ou vous faire des flashcards. Pour ça, je recommande cette appli. Lisez un minimum de 5 minutes par jour. On dit tout le temps qu’on n’a pas le temps de faire ceci ou cela (j’ai souvent été coupable de ça), mais franchement, qui n’a pas le temps de prendre 5 minutes par jour ? Personnellement, j’en passe beaucoup plus à faire des choses inutiles (au lieu de faire du thaï et du japonais) et je ne suis même pas sur les réseaux sociaux !

Ensuite, il faut vous forcer à utiliser les nouveaux mots et les nouvelles structures. Même si vous n’êtes pas trop sûr. Faire des erreurs vous permettra de mieux apprendre ! Parlez avec vos amis français, vos profs, les francophones que vous rencontrez en voyage…

Si vous n’avez pas le temps de lire des livres, vous pouvez lire des articles. Un par jour. Le français est la quatrième langue sur Internet, il y a de quoi faire ! Pour consolider vos connaissances dans un domaine, vous pouvez choisir de lire exclusivement des articles politiques pendant un temps. Vous remarquerez que le vocabulaire utilisé est souvent le même. Puis passez aux articles sur l’environnement. Revenez ensuite à la politique pour vérifier que vous vous souvenez du vocabulaire. Essayez le sport. Revenez à l’environnement. Puis essayez l’art. Etc. Voir un mot nouveau une seule fois, ça ne suffit pas. Il faut le voir, le comprendre, le revoir, l’utiliser, le réutiliser, le tester de différentes façons. 

Tout ceci prend du temps, mais c’est tellement gratifiant quand on réalise que ça y est, on y est arrivé !! 

Si vous voulez vraiment atteindre un niveau natif, vous y parviendrez, mais il faut y travaillez avec régularité, méthode et patience !

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