Anecdote d’une prof de français en ligne

Me revoilà avec une nouvelle histoire que j’ai envie de partager avec vous. Une histoire qui m’agace légèrement.

L’an dernier, j’ai rouvert mon calendrier à de nouveaux et nouvelles étudiant·e·s. J’accepte toujours un nombre limité d’élèves à la fois car je tiens à avoir une vie en dehors du travail et je tiens également à ce que mes élèves trouvent toujours un créneau disponible dans mon calendrier. Je crois qu’en général, ça marche plutôt pas mal, la plupart de mes élèves s’organisent bien pour avoir des cours réguliers et je vois tout le monde toutes les semaines ou presque, selon les obligations professionnelles, familiales et les vacances de chacun·e. La majorité de mes élèves réservent la même heure chaque semaine, et me préviennent quand iels veulent changer d’heure.

J’ai l’immense bonheur d’avoir des élèves fantastiques que j’ai toujours plaisir à retrouver, et les nouvelles personnes que j’ai rencontrées ces derniers mois, que ce soit pour des cours sur le long terme ou pour de la préparation d’examen, ont été et sont super chouettes. Mis à part une, qui, à mon humble avis, me prend pour une conne.

Laissez-moi vous expliquer, et vous pourrez me dire ce que vous en pensez.

Le 26 septembre dernier, cette personne que l’on va appeler H a réservé un cours d’essai pour le 3 octobre. Le cours d’essai a eu lieu, et H était un peu timide, mais plus compétente en français qu’elle semblait le penser. Elle m’a paru sérieuse et motivée et je lui ai dit à la fin du cours que je serais ravie de travailler avec elle. Elle m’a envoyé un mail plus tard le même jour pour me dire qu’elle aimerait prendre des cours avec moi, à raison d’un cours par semaine.

Je n’offre pas la possibilité de réserver des forfaits de plusieurs cours aux nouvelles personnes, car je préfère d’abord voir comment elles travaillent, vérifier qu’on est vraiment compatibles pour travailler ensemble, et aussi m’assurer qu’elles ne sont pas du genre à annuler leurs cours au dernier moment et qu’elles seront respectueuses de mon temps et de mon travail. Mais H est jeune et étudiante à l’étranger, et comme les cours reviennent moins chers s’ils sont réservés en forfait, je me suis dit que j’allais faire une exception et je lui ai parlé de la possibilité de réserver 5 ou 10 cours pour que le cours individuel coute moins cher, et elle a répondu que ça l’intéressait. On avait aussi discuté des horaires qui marchaient pour elle et c’était parfait car ça marchait avec le dernier créneau que j’avais de disponible dans mon calendrier et qui n’était celui de personne de régulier.

Elle a réservé un forfait de 10 cours le 6 octobre en indiquant qu’elle aimerait commencer le 17 octobre. Le 8 octobre, j’ai remarqué qu’elle n’avait pas réservé de cours, alors je lui ai envoyé un mail pour lui expliquer en détail comment réserver ses cours, juste au cas où ce n’était pas clair pour elle. Tout le monde a l’air de comprendre le système, mais on ne sait jamais… Je lui avais aussi créé une Google Classroom, comme avec tou·te·s mes élèves, pour laquelle je lui avais envoyé le lien. Elle m’avait indiqué préférer travailler sans manuel, alors je savais qu’il faudrait que j’utilise des ressources diverses et/ou que j’en crée selon ses besoins.  

Elle a fini par réserver son premier cours pour le 23 octobre et je lui ai préparé des devoirs à partir d’un texte tiré du livre Le français n’existe pas, dans l’idée de la rassurer un peu sur son apprentissage et dans le but d’évaluer son autonomie à travailler seule en dehors des cours, en plus de continuer à tester son niveau pour mieux comprendre dans quelle direction l’emmener pour qu’elle progresse en français.  

Arrive le 23 octobre… 30 minutes avant le début du cours, je reçois un mail, en anglais très poli, me disant qu’elle s’excuse mais qu’elle doit annuler son cours car elle a perdu sa voix à cause d’une laryngite.

Soit.

Je lui réponds pendant l’heure où aurait dû avoir lieu notre cours, je lui souhaite un prompt rétablissement et comme elle ne m’avait rien envoyé, je lui demande si elle a eu le temps de se pencher sur les devoirs, si elle les trouve trop faciles, trop difficiles, si c’était trop, pas assez, etc., lui expliquant que comme je ne la connais pas bien, j’ai besoin de savoir ce qui marche pour elle pour qu’elle bénéficie au mieux de ses cours. Et je lui ai donné une autre petite tâche sur le genre des noms dans la foulée, histoire de. Je lui demande si elle est à l’aise avec la Google classroom, et je lui rappelle également comment elle peut réserver ses prochains cours.

Je n’ai pas accepté d’autres nouveaux élèves entre octobre et décembre, car je gardais le créneau pour elle.

Puis, je reçois une réponse… le 19 janvier. À ce stade, je l’avais un peu oubliée. Dans son mail, en anglais, elle me dit qu’elle vient de réaliser qu’elle a oublié d’envoyer ce mail, me souhaite une bonne année et me dit qu’elle a attrapé la grippe plusieurs fois et qu’elle a eu du mal à retrouver sa voix mais qu’elle ira mieux dans deux semaines. Elle me dit aussi qu’elle est de retour en Europe et qu’on va pouvoir recommencer les cours (qu’on n’avait en réalité toujours pas commencés…) Elle continue en me disant qu’elle a jeté un œil aux devoirs, qu’elle pense que c’est un peu difficile pour elle, mais que la quantité lui convient. Elle ajoute qu’elle trouve la Google classroom difficile à utiliser. Je suis un peu surprise, car il me semble que tou·te·s mes étudiant·e·s trouvent la classroom plutôt très facile d’utilisation, même les plus âgé·e·s ! Cette étudiante est très jeune, elle étudie à l’université, elle a grandi avec la technologie, elle vient d’un pays développé, mais elle ne sait pas naviguer la Google classroom.

Soit.

Elle finit son mail en disant qu’elle aimerait travailler sur l’écoute et le vocabulaire pour pouvoir travailler facilement dans le bus ou le train.

Je lui réponds le 22 janvier, en anglais, lui disant que je suis désolée qu’elle ait été si malade, et je lui dis que j’ai rallongé la validité de son forfait d’un mois. Il était valable jusqu’au 23 février, et je lui donnais donc la possibilité de réserver ses cours jusqu’au 23 mars. Je lui dis de bien s’assurer de réserver tous ses cours avant le 23 mars, car après cette date, le système ne lui permettrait plus de réserver. Je lui ai à nouveau expliqué comment réserver ses cours et j’ai bien spécifié que les cours ne devaient pas tous avoir lieu avant le 23 mars, mais qu’ils devaient être réservés avant cette date, et qu’ils pouvaient être réservés jusqu’à trois mois à l’avance.

Je lui ai aussi indiqué que j’avais accepté de nouveaux étudiants pour de la préparation d’examen et que mon calendrier était bien rempli, mais que l’heure qui l’intéressait quand on s’était parlé était toujours disponible la plupart des semaines.

J’ai ajouté que je lui enverrais de l’écoute et du vocabulaire en devoirs en lui répétant de réserver ses cours, et je lui ai dit qu’elle n’était pas obligée d’utiliser la classroom et que je partagerais les documents autrement, tout en les mettant dans la classroom pour que moi, j’ai une trace de ce que l’on fait ensemble.

Plutôt arrangeante la prof, non ?

Honnêtement, à ce stade, je me demandais si elle me baratinait, mais je suis quelqu’un qui pense que tout est possible, et peut-être qu’elle a vraiment été très malade et a sincèrement eu d’autres chats à fouetter que de penser à ses cours de français. La santé d’abord ! Personnellement, je n’agirais pas comme ça et je communiquerais avec ma prof pour qu’elle sache ce qu’il en est, simplement par respect, mais tout le monde est différent. Je me suis aussi dit qu’elle avait l’air timide quand je l’ai rencontrée et que peut-être elle trouve difficile de communiquer clairement. Mais elle n’avait pas du tout l’air d’être idiote et elle utilise un service de messagerie électronique généralement utilisé par les gens qui s’y connaissent un peu en informatique et qui se soucient de leur sécurité en ligne.

Nous sommes aujourd’hui le 16 avril, et hier, 15 avril, je reçois un mail de cette personne que j’avais complètement oubliée me disant qu’elle est désolée pour sa réponse tardive, et qu’elle n’avait pas reçu mon mail avant ce jour parce qu’elle était en Ouganda pour un projet de plusieurs semaines avec son université et qu’elle n’avait pas accès à Internet. Et là, j’ai été convaincue, sans aucun doute possible, qu’elle me prenait pour une conne. Elle m’explique qu’elle est actuellement au Kenya avec une meilleure connexion, et qu’elle aimerait reprendre les cours une fois le voyage en Afrique terminé, début mai.

Je n’ai pas encore répondu.

Si cette histoire a confirmé quelque chose, c’est que j’avais bien raison de ne pas permettre aux étudiant·e·s de réserver de forfait avant de travailler avec elleux quelque temps et de voir comment les choses se passaient.

Je trouve cette jeune personne bien gonflée de penser que j’ai encore envie ou même le temps de travailler avec elle. Je pensais être sympa en lui permettant de réserver des cours moins chers (alors que ça se trouve elle est bien plus riche que moi, qu’en sais-je ?), et je pensais encore être sympa en rallongeant son forfait, alors qu’à aucun moment elle n’a montré de respect pour mon temps et pour mon travail. Je lui ai accordé le bénéfice du doute, mais là, ça suffit !

Je vais lui rappeler que son forfait a expiré, car on dirait qu’elle l’a oublié. Ou peut-être que j’interprète en fait. Ça se trouve, elle a bien compris et elle compte réserver d’autres cours. Dans tous les cas, je ne veux plus travailler avec elle.

Une partie de moi est un peu désolée qu’elle ait dépensé son argent pour rien, et une autre partie de moi se dit que je ne l’ai pas forcée à acheter 10 cours, et que c’est son choix de ne pas les avoir réservés à temps. Personne ne peut réserver de cours sans accepter les termes d’utilisation et ils sont très clairs, que ce soit pour les cours individuels ou les forfaits. Ils sont spécifiés dans les FAQ et ils sont re-spécifiés dans le système de réservation et doivent être lus et acceptés avant de payer. Quand on réserve 10 cours, on a 20 semaines pour les réserver, faute de quoi, on accepte de les perdre.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que les personnes qui agissent ainsi manquent totalement de considération pour autrui. Et comme moi j’ai tendance à avoir beaucoup de considération pour les autres, ça me fait un peu bouillir de l’intérieur.

Je ne sais pas si elle va me demander d’être remboursée, mais je ne compte pas le faire. Mes termes sont clairs, et je pense qu’elle ment. En fait, je sais qu’elle ment. Pourquoi par contre, je ne le sais pas. Peut-être qu’elle a un tas de problèmes dans sa vie, mais comme je ne la connais pas vraiment, cela m’importe peu. Mais quand elle me dit le 19 janvier qu’elle ira mieux dans 2 semaines, que je lui réponds le 22 janvier et qu’elle me dit le 15 avril qu’elle vient juste de recevoir mon message parce qu’elle n’a pas eu accès à Internet tout ce temps, c’est un peu gros non ? Peut-être qu’elle est mythomane…

Moi, j’ai besoin de gagner ma vie, je suis organisée pour exercer mon travail dans de bonnes conditions et pouvoir vivre décemment, je lui ai gardé une place dans mon emploi du temps assez longtemps pour qu’elle puisse organiser ses cours, j’ai refusé d’autres élèves, et peut-être que je suis passée à côté d’une autre étudiante avec qui j’aurais pu travailler sur le long terme, et je dois avouer que j’éprouve un peu de ressentiment vis-à-vis de H. Exacerbé par le fait qu’elle me prend vraiment pour une idiote. En fait, c’est ça qui me soule. Le mensonge éhonté.

Et en écrivant ça, je souris, car une de mes amies qui pratique l’astrologie védique m’a lu mon thème récemment, et quelque chose de très vrai qui est ressorti, c’est que je déteste le mensonge. Je l’ai en horreur. J’abhorre les gens qui mentent éhontément. Apparemment, il est très probable que j’étais moi-même une grosse menteuse dans une vie antérieure ! D’où mon aversion dans cette vie.

Et je sais aussi que ce serait une bonne chose pour mon développement spirituel de me détacher de ce sentiment, mais c’est pas facile ! Je réagis moins fort que par le passé, mais ça continue quand même à bien m’irriter ! Je sais que ce n’est pas personnel, je sais que ses agissements n’ont rien à voir avec moi, mais l’agacement est bel et bien là ! Je vais aller méditer un peu. Manger d’abord, car j’ai faim, je n’ai encore rien mangé aujourd’hui !

Et vous, vous en pensez quoi de tout ça ?

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