Où va la France ?

Celleux d’entre vous qui s’intéressent un peu à la politique française savent probablement que c’est actuellement un grand bordel en France. Suite aux élections européennes où l’extrême droite a remporté le plus de sièges pour la France, le roi Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale et de refaire voter les gens pour choisir de nouveaux députés. Je ne m’étalerai pas sur les différentes théories de pourquoi il a fait ça, mais vous pouvez trouver plein de vidéos en ligne, comme celle-ci, si ça vous intéresse.

Quiconque fait un minimum attention à ce qui se passe autour de lui ou elle depuis des mois, voire des années, est peu surpris·e de voir l’extrême droite aux portes du pouvoir en France. En fait, de mon point de vue, elle y est déjà plus ou moins. Si la politique de Macron ne suffit pas à vous convaincre, observez le paysage médiatique français. Ça me fait un peu marrer de continuer à entendre des gens dire que les médias français sont de gauche (discours très répandu en France, mentionné dans ce sketch qui m’a bien fait rire), alors que les médias grand public sont à la botte du pouvoir et/ou entre les mains de milliardaires aux idées nauséabondes.

Je ne consomme plus les médias comme avant, et j’évite autant que possible les médias mainstream. Je m’en tiens aux médias indépendants, tels que Mediapart ou Blast, mais ce que j’aime le plus dans les médias français, c’est l’émission de Charline Vanhoenacker sur France Inter. Si vous êtes mon élève, vous savez de quoi je parle car on a forcément travaillé ensemble sur au moins une chronique de l’émission. Sinon, c’est une émission humoristique dans laquelle les chroniqueurs font de la satire politique. Jusqu’à l’année dernière, elle était diffusée du lundi au vendredi après-midi, à une heure de grande écoute, et malgré son succès, elle a été passée en hebdomadaire, le dimanche soir, quand peu de gens écoutent la radio, pour deux heures.

J’ai été dégoutée de cette décision, qui était évidemment politique. J’adorais écouter les chroniques humoristiques le matin au réveil, surtout celle de Guillaume Meurice, que je trouve super drôle et intelligent. On avait lu son livre Petit éloge de la médiocrité l’an dernier pour le club de lecture, et je crois qu’il avait bien plu à tou·te·s les participant·e·s ! Ceci dit, l’émission a continué à être hyper écoutée, et moi je me suis marrée en l’écoutant tous les lundis matins cette année.

Aujourd’hui, Guillaume Meurice ne fait plus partie de l’équipe. Il a été viré par la direction de Radio France. Pour une blague. Il avait été convoqué au commissariat après deux plaintes déposées contre lui pour cette blague (épisode de sa vie dont il a d’ailleurs fait un livre et qu’il a relaté dans plusieurs interviews), puis la justice avait classé l’affaire sans suite.

Après la décision du procureur, il avait blagué dans une chronique sur le fait que sa blague était la première blague autorisée par la justice française et avait réitéré les mots qui lui avaient causé autant de souci, disant aux gens qu’on pouvait utiliser sa blague sur des mugs et des t-shirts si on voulait, car c’était autorisé. Et après ça, il a été mis à pied et finalement licencié. Plusieurs de ses collègues, dont Laélia Véron, qu’on aime beaucoup ici aussi, ont démissionné. Perso, j’espère qu’ils vont trouver un moyen de continuer à faire quelque chose ensemble ailleurs. On a besoin de rire et ils sont tellement nécessaires !

En 2015, tout le monde brandissait des pancartes Je suis Charlie et manifestait dans la rue pour défendre la liberté d’expression. En 2024, dans la France de Macron, on vire un humoriste du service public parce qu’il a fait une blague sur un chef d’état étranger qui mène une politique génocidaire. Petit détail : la directrice de Radio France était dans la même promo que Macron à l’ENA (école élitiste où se forment pratiquement tous les politiques)…

Bref, je vais pas trop m’étaler, mais je voulais partager avec vous un entretien que j’ai écouté ce matin en marchant tour à tour à reculons (parait que c’est bon pour les genoux) et en avant sur mon tapis de course (il pleut comme vache qui pisse aujourd’hui, je suis coincée à l’intérieur), et que j’ai trouvé très chouette. J’adore écouter Guillaume, et dans cet entretien, il discute avec Clément Viktorovitch, politologue et prof de rhétorique à Sciences Po Paris. C’est long, mais la conversation est intelligente et stimulante, et j’ai pas vu les deux heures passer. Si vous voulez pratiquer votre compréhension orale tout en vous informant, je vous la recommande !

Si vous voulez juger vous-même de la blague qui a fait polémique, elle est ici, au tout début de la chronique. Celle de l’émission suivante, intitulée Le Grand Pardon est ici. Et sa dernière chronique, celle qui lui a valu d’être finalement viré, elle est .

Je sais pas vous, mais moi, j’ai besoin de rire et je trouve ça vachement perturbant qu’on censure des humoristes qui critiquent le pouvoir, et comme vous pourrez l’entendre dans la vidéo, ce ne sont pas que les humoristes qu’on censure en France. Les écolos aussi… Il est beau le pays des droits de l’Homme !

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