Un début de semaine riche en émotions

Je n’ai raconté cette histoire à personne en cours cette semaine parce qu’elle est trop longue, mais comme promis, je vais vous la raconter ici. 

Pour un peu de contexte : depuis fin septembre, j’ai 10 chats à la maison. Sept qui sont à moi, et trois qui ont été trouvés par le garde de mon lotissement et dont je m’occupe en attendant de leur trouver une famille. Quand je les ai récupérés, un des chatons avait une infection oculaire et les deux avaient des champignons. Ils avaient besoin de traitement et d’être isolés, car ils auraient pu contaminer d’autres chats. J’avais parlé de tout ça dans ce post.

Cela fait maintenant sept semaines que Mama cat et les chatons vivent chez nous et je dois reconnaitre que, même si c’est énormément de boulot, c’est aussi super chouette. Je n’avais aucune expérience avec des chatons, mais j’apprends au fur et à mesure, et je crois que je m’en sors pas trop mal ! Ils grandissent progressivement, je les ai bien soignés et ils sont guéris, ils sont mignons comme tout et je crois bien qu’ils sont heureux. Mama cat est une super maman. Elle leur apprend à être des chats, et c’est super chou de les voir faire leur toilette. Ils tètent encore, mais Mama va se faire stériliser dans trois jours. Après ça, il est possible qu’elle n’allaite plus, mais j’ai aussi lu en ligne que parfois, l’allaitement pouvait continuer après la stérilisation, alors on verra bien…

Donc, tout se passe bien à la maison, les chatons nous font beaucoup rigoler, ils sont pleins d’énergie, toujours prêts à jouer et à courir partout, et tous nos chats les ont acceptés, ce qui relève du miracle, quand on sait qu’on a deux gangs qui ne peuvent pas s’encadrer. Hier, j’ai trouvé Dangdang en train de faire la toilette du petit gris. Le même Dangdang qui a attaqué Mali il y a presque un an et qui l’a traumatisée au point qu’elle s’est mise à perdre ses poils…

Il y a trois semaines, j’ai reçu un message du garde me demandant si le petit gris était guéri. J’ai dit non. J’étais pas sure, mais j’ai immédiatement compris qu’il voulait le récupérer. J’ai contacté une copine thaïe pour confirmer que j’avais bien compris le message et je lui ai expliqué la situation. Elle n’habite pas très loin de chez nous et elle m’a dit qu’elle irait parler au garde. Ce qu’elle a fait le 27 octobre. 

Puis elle m’a fait son rapport : le garde est superstitieux. Il veut un chat gris parce qu’il n’en a pas de cette couleur et que ça porte bonheur. Mama cat et le petit chaton noir ne l’intéressent pas. Il continue à refuser de faire stériliser ses mâles, même s’ils ont plus d’un an. Il n’est pas contre faire stériliser les femelles. Il ne garderait pas le petit gris dans sa cabane de garde, mais il le prendrait chez lui, où il m’a déjà dit qu’il avait d’autres chats. Bref, il ne se soucie guère du bien-être des chats, il pense à sa gueule d’abord. Un de ses chats s’est échappé de la cabane un jour cette semaine et il est venu devant chez moi. Je lui ai donné à manger, et à la lumière du jour, j’ai pu voir qu’il était couvert de puces, ou de mites, ou de je ne sais quoi. J’ai essayé de le vermifuger, mais il n’a pas voulu avaler le médicament…

Ma copine m’a dit qu’elle était d’accord avec moi que c’était mieux de ne pas lui rendre le chat, et elle m’a conseillé d’inventer une histoire, comme quoi ils s’étaient échappés ou qu’ils étaient tombés très malades et qu’on avait pas pu les sauver. 

J’ai décidé de ne pas contacter le garde et de continuer à essayer de trouver une famille pour les chats. Puis, lundi matin, au réveil, j’ai vu qu’il m’avait envoyé un message. Je ne l’ai pas ouvert, mais je pouvais voir une ligne sur mon écran, écrite en thaï, et que j’ai comprise. Il veut le chat. J’ai commencé à avoir des palpitations, et je suis assez rapidement entrée en mode panique. Incapable de penser à autre chose, j’ai immédiatement contacté ma copine thaïe pour lui demander son avis, mais elle est guide touristique et je savais qu’elle n’était pas là et qu’elle aurait mon message peut-être bien plus tard. J’ai décidé de poster dans certains groupes Facebook auxquels j’appartiens pour demander conseil. Je suis dans des groupes de femmes et dans des groupes pour personnes qui aiment les animaux, qui en ont et/ou qui aident les chats et chiens errants. 

J’ai expliqué la situation en détail, et j’ai reçu pas mal de messages en retour. Tout le monde était d’accord pour me dire de ne pas lui rendre le chat. Plusieurs personnes m’ont raconté leurs propres histoires. Une femme m’a parlé d’un voisin italien qu’elle avait avant la pandémie qui refusait de faire stériliser ses chats parce qu’il disait que “they need to have boom boom sometimes”. La virilité fragile de certains hommes projetée sur les chats… Après que sa femelle s’est retrouvée enceinte trois fois en un an, il a fini par accepter la stérilisation des mâles. Puis quand la pandémie a commencé, il est rentré en Italie et a abandonné tous ses chats. Un bon gros conard. D’autres m’ont parlé des raisons pour lesquelles les gens refusaient de faire stériliser leurs animaux et en gros, leurs superstitions sont imbibées de masculinité toxique. Ils pensent que s’ils font stériliser leurs chats mâles, cela risque d’affecter leur performance sexuelle à eux, hommes humains. Ou qu’ils risquent de ne pas pouvoir avoir d’enfants. 

Je n’aime pas particulièrement me moquer des superstitions des autres, mais là franchement, j’ai pas grand-chose d’autre à dire que WTF?!?

Une femme m’a raconté comment elle avait été dans une situation similaire à la mienne avec une voisine qu’elle considérait comme une amie mais qui accumulait des chats tout en refusant de les faire stériliser. Donc, apparemment, ce ne sont pas que les hommes qui croient aux superstitions… Cette voisine s’était retrouvée avec 28 chats, à force de ne pas les faire stériliser, qu’elle avait fini par abandonner suite à des plaintes de voisins qui avaient abouti à une obligation de déménager. La femme qui m’a écrit m’a dit qu’elle avait dépensé énormément d’argent et d’énergie pour venir en aide aux chats, mais qu’au final, son “amie” n’en avait fait qu’à sa tête. Comme plusieurs autres personnes, elle a qualifié les agissements de mon garde de violences envers les animaux. 

Tous ces messages et témoignages me sont parvenus au cours de la journée et ont confirmé mon choix de ne pas rendre le chaton, mais le matin, je devais emmener Mama cat et les chatons à la clinique pour faire vacciner Mama et leur faire mettre des gouttes antiparasites à tous les trois. J’étais complètement flippée à l’idée de croiser le garde, et j’ai demandé à la véto si je pouvais laisser les chats à l’hôtel de la clinique. Elle a dit oui et je les ai donc laissés à l’hôtel, pensant les y laisser aussi longtemps que nécessaire. J’étais hyper triste le soir, la maison était calme comme elle ne l’avait pas été depuis longtemps et c’était bizarre. J’étais aussi hyper crevée car j’avais passé une bonne partie de la journée à pleurer. 

Le lundi midi, j’ai toujours cours de thaï, et j’avais prévenu ma prof qu’on ferait probablement pas de thaï, car j’avais surtout besoin d’une session de thérapie et de parler de tout ça avec elle. Comme ma copine thaïe mentionnée précédemment, elle pense qu’il faut inventer un mensonge. Les gens qui me conseillent de contacter la police ou le bureau qui gère mon lotissement pour signaler les agissements du garde sur son lieu de travail, ne comprennent évidemment pas la culture thaïe. Ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent ici. Pour éviter les histoires, il faut mentir. Peu importe le mensonge, tant qu’il permet à tout le monde de sauver la face. Pas question que je dise au garde que je ne veux pas lui rendre les chats car il s’en occupe mal, ce serait une déclaration de guerre. Il faut que je lui dise que je n’ai plus les chats. Soit parce qu’ils sont morts, soit parce qu’ils se sont barrés. Et après une session de remue-méninges, j’ai décidé que mon mensonge serait le suivant : je suis très malade, j’ai besoin d’aller à l’hôpital tous les jours cette semaine, et du coup j’ai laissé les chats chez un ami. Sa femme de ménage a laissé la porte ouverte et les chats se sont échappés. Il n’y a rien que l’on puisse faire. Désolée. 

Dans mon ancien logement, à Bangkok, je me suis “fâchée” avec un garde car il avait mal pris ma communication directe. Moi, je n’étais pas fâchée, mais après que je lui ai demandé très poliment et avec le sourire de dire à ses petits-enfants de ne pas essuyer leur doigts pleins de bouffe collante sur le siège de mon scooter, il a arrêté de me dire bonjour. Ma prof de thaï m’avait alors expliqué que j’avais été trop directe dans ma demande. Il aurait fallu que je lui demande de dire aux gamins de ne pas s’approcher de mon scooter car j’avais peur qu’ils se fassent mal. Ou quelque chose comme ça. Et moi, franchement, ce genre de communication m’insupporte. Je trouve ça complètement débile. 

Mais je suis l’étrangère ici, et si je veux que les choses aillent dans mon sens, sans histoires, il faut que je m’adapte et que je fasse comme les locaux. Je ne peux pas imposer ma façon de communiquer. C’est la première fois que je comprends comment cette culture de sauver la face peut être utilisée à mon avantage. Je vais mentir, il va savoir que je mens, mais sa culture l’empêche de me dire que je suis une menteuse. Et comme dit ma copine, il va pas venir chez moi pour me défier. 

Pour l’instant, j’ignore son message, je ne l’ai pas ouvert et pour ce qu’il en sait, je pourrais très bien avoir perdu mon téléphone… Si je le croise et qu’il me parle, je lui dirai que j’ai égaré mon téléphone en fait, ce qui rendra la communication très compliquée car je ne pourrai pas utiliser google traduction. Et j’essaierai de lui expliquer mon histoire inventée de toutes pièces. 

J’ai récupéré les chats le mardi au final, car les circonstances ont fait que je me suis retrouvée à la clinique vétérinaire pour apporter mon soutien à une femme avec qui j’avais parlé la veille et que je devais rencontrer à son hôtel pour chats, mais qui avait dû emmener un chat en urgence à la clinique. La même où j’emmène mes chats. On a pleuré ensemble, puis on a papoté un peu plus de ma situation et, travaillant avec des Thaïs, elle était aussi persuadée que le garde ne viendrait pas me défier si je lui mentais et que je pouvais reprendre les chatons sans m’inquiéter. Et comme elle comprend bien la culture locale, elle était aussi tout à fait en faveur du mensonge. C’est juste comme ça que ça marche ici, que ça nous plaise ou non. 

J’ai bloqué les notifications de l’application sur laquelle il me contacte, comme ça, je stresse moins. C’est une appli thaïe que j’utilise seulement avec quelques personnes, dont mon propriétaire et la clinique vétérinaire, alors je l’ouvre moins souvent. J’ai vu ce matin qu’il avait essayé de m’appeler via l’appli hier soir et je viens de voir qu’il avait à nouveau essayé en fin d’après-midi aujourd’hui. Mon téléphone est toujours en mode silencieux et comme de toute façon je ne reçois plus les notifications, je n’ai rien vu ni entendu. J’ai seulement ouvert l’appli car j’attendais un message de la clinique. 

Je n’aime pas son insistance, et même si je suis contente d’avoir pu aider Mama et les chatons, je ne veux plus aider le garde. Michael m’a dit qu’en faisant tout ce que je faisais pour l’aider, je rendais possible ses agissements, et je sais qu’il a raison. Pendant quelque temps, j’allais même nettoyer la litière des chats dans sa cabane car ça me faisait de la peine qu’ils vivent dans un endroit aussi dégueulasse. Je lui dépose de la litière régulièrement. J’ai acheté des médicaments pour ses chats, et en fait, je suis presque sure que les chatons que j’avais emmenés chez ma véto n’ont pas tous survécu. Il les a laissés avec la mère dans sa cabane où il garde trois mâles non stérilisés, et je suis presque sure que la chatte est à nouveau enceinte. Et la dernière fois que je suis allée les voir, il n’y avait que deux chatons, qui avaient à peine grandi en un mois. Quand je les lui avais ramenés de la clinique, je pensais qu’il allait les emmener chez lui et s’en occuper, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Cela me fait trop de peine d’être témoin de tout ça, et il n’a pas l’air de vouloir mieux faire, même après avoir été contacté par Soi Dog Foundation et après que ma copine a essayé de le convaincre de faire ce qui était le mieux pour les chats. 

Je ne pense pas qu’il n’aime pas ses chats, mais comme m’expliquait la femme que j’ai rencontrée à la clinique mardi, beaucoup de Thaïs aiment leurs animaux complètement différemment de comment on aime nos animaux. Pour beaucoup d’entre nous, nos animaux sont des membres de la famille, ce sont comme nos enfants. Pour le garde et beaucoup d’autres ici, ce sont des accessoires.

On a quelqu’un qui a exprimé un intérêt pour adopter les trois chats, mais rien n’est encore sûr. Croisez les doigts pour Mama cat et les chatons ! J’aimerais tellement qu’ils soient adoptés avant la fin de l’année ! 

À moins qu’un généreux bienfaiteur ou une généreuse bienfaitrice m’offre un manoir et me donne assez d’argent pour pouvoir enfin ouvrir un sanctuaire pour chats, auquel cas je les garderai. 

Si vous avez Instagram et que vous êtes gaga des chats, vous pouvez voir plus de photos sur ce compte : @sevencatsinphuket

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