En ce moment, je vais bien. Je vais même plutôt très bien. Du coup, j’ai l’espace mental pour me tenir informée sans que cela me pèse trop et me plonge dans une dépression sévère. Parce que si on consomme les news du moment alors qu’on va pas super bien, j’imagine qu’il est très facile de se sentir abattue.
Ce matin, j’ai commencé ma journée avec la dernière vidéo de Blast, intitulée Trump, Musk et les milliardaires : pourquoi c’est bien pire que ce qu’on imaginait, que j’ai écoutée pendant que je m’occupais de mes chats et de mes plantes.
Perso, je dirais que c’est pas pire que ce que j’imaginais. C’est exactement ce à quoi je m’attendais. Je lis beaucoup, j’observe le monde, et rien de ce qui se passe aujourd’hui ne me surprend. Il y a encore deux ans, j’aurais été furieuse, j’aurais partagé un tas de posts et d’idées sur Instagram pour montrer ma colère au monde entier, ou plutôt aux quelques abonné·e·s qui regardent mes stories, et j’aurais été consumée par cette colère tout en me sentant impuissante.
Mais ça servirait à quoi ?
C’est exactement ce qu’ils veulent. Ils créent le chaos pour que l’on ait peur, que l’on soit en colère, que l’on se divise pour qu’ils puissent mieux régner.
Nous sommes nombreuses et nombreux à observer les mêmes choses et à partager les mêmes idées, à penser que les gens qui nous gouvernent sont des pourris, que Musk est un dangereux psychopathe, que la menace fasciste est réelle, etc. Je continue à penser que nous sommes plus nombreux·ses à vouloir plus d’égalité et de justice sociale, et que le problème, c’est que l’argent et le pouvoir sont concentrés dans les mains d’une minorité dangereusement misogyne, raciste, homophobe, transphobe, climatosceptique, et tout simplement antiprogressiste.
J’aimerais tellement que l’on puisse tou·te·s se mettre en grève en même temps. Que l’on arrête de les servir, de produire ce qui les enrichit et les maintient où ils sont. Si l’on ne travaille plus pour eux, si on ne les écoute plus, ils ne sont plus rien. Les femmes représentent la moitié de la population. Ajoutons les personnes de couleur, les LGBT+, les personnes handicapées, les pauvres, et toutes les personnes qui subissent de la discrimation d’une façon ou d’une autre : nous sommes majoritaires ! Même s’il y a des femmes misogynes, des gays conservateurs, des Cubains trumpistes, nous restons une majorité, j’en suis convaincue.
Je n’ai pas la solution au problème – sinon je m’autoproclamerais reine du monde immédiatement – mais de mon côté, j’ai décidé que je voulais cesser de nourrir les oppresseurs. Je suis une féministe radicale et intersectionnelle, mais je fais encore des choses qui ne sont pas tout à fait alignées avec mes croyances profondes. Par exemple, j’achète mes livres sur Kindle. Parce que c’est beaucoup plus pratique. Et j’ai un compte Audible. Donc, je soutiens Amazon, d’une certaine façon, qui est pourtant une entreprise qui me dégoute. De même, j’ai un compte Instagram, un compte Facebook, et j’utilise WhatsApp. Je peux essayer de me sentir supérieure en disant que j’ai seulement joint Instagram en 2018 et Facebook en 2021, mais les deux réseaux appartenaient déjà à Meta. J’utilisais WhatsApp bien avant qu’il soit racheté par Meta, mais la vérité, c’est que ce rachat ne m’a pas empêché de dormir.
Je n’ai jamais aimé Zuckerberg. J’ai toujours pensé qu’il puait. Et comme me l’a rappelé un de mes étudiants récemment et comme la vidéo de Blast mentionnée ci-dessus le rappelle également, n’oublions pas comment il a commencé Facebook : il avait initialement créé Facemash, pour que les mecs puissent comparer les filles de son université et leur donner des notes basées sur leur physique. C’est toujours les mecs moches comme des poux qui aiment donner des notes aux filles… 🤮Dans un monde patriarcal, ça te donne tout de suite plus de standing que de faire l’effort de développer une personnalité agréable.
J’essaie de pratiquer la compassion sur les gens à qui j’ai le moins envie d’en accorder. Mais avec lui, j’ai vraiment du mal. Je sais qu’il a probablement un paquet de traumatismes enfouis en lui, mais si ça peut expliquer ce qu’il est devenu et ses actions, ça ne l’excuse en aucun cas. Ce mec est toxique et dangereux. Une de mes étudiantes dit qu’il veut radicaliser les hommes blancs. Je pense qu’elle a raison. Je n’ai évidemment pas écouté l’interview complète qu’il a donnée à Joe Rogan, j’ai mieux à faire de mon temps, mais j’ai vu les extraits qui ont tourné, dont celui choisi par Blast pour la dernière vidéo, et je veux arrêter d’alimenter les réseaux de ce type abject. Il me donne la gerbe.
Et je sais que si je quitte Meta, ce n’est qu’une goutte dans l’océan, mais si je parviens à convaincre 10 personnes de faire de même, et que chacune de ces 10 personnes fait la même chose, on peut arriver à quelque chose, non ?
Dans les prochains mois, je voudrais arrêter d’utiliser WhatsApp. J’utilise Signal avec mon mari depuis longtemps, et je l’utilisais avec plusieurs ami·e·s pendant la pandémie, puis tout le monde est repassé à WhatsApp. Je n’ai jamais été sur Twitter, à part quelques semaines pendant la pandémie pour harceler une compagnie aérienne qui se foutait de la gueule de ses client·e·s, puis j’ai supprimé mon compte. Je n’ai jamais aimé le format. J’ai créé un compte Bluesky. Mais je sais pas trop si je vais m’en servir pour autre chose que suivre des gens qui m’intéressent. J’ai toujours le même nom, frenchwithmanon, et ma description dit ceci : French teacher, feminist, vegan, witch, mother of 7 cats. Je veux supprimer mes comptes Instagram (j’en ai plusieurs, qui servent différents objectifs), mais j’aimerais trouver une alternative, car au début, j’aimais vraiment bien cette appli, dont je me servais comme d’un journal en ligne où je ne postais que des photos de nature. Mon Insta perso est super beau ! Regardez :


Joli, non ?
Mais je n’aime pas ce qu’est devenu Instagram. C’était une appli de photos, et maintenant, on ne voit que des vidéos. Et je n’aime vraiment pas ça ! Avant, il n’y avait pas de pub, et maintenant, c’est nonstop. Et si l’on veut avoir de la visibilité, il faut faire des vidéos et poster à fond, et ça ne m’intéresse pas. Pour mes comptes personnels, je me fiche de ça, mais pour mon compte de français, Instagram n’a plus vraiment de sens, vu que je refuse de me plier aux exigences de l’algorithme.
Et Facebook… Je n’ai jamais voulu avoir de compte Facebook, mais je m’y suis mise en 2021 car ici, beaucoup de petites entreprises et organisations ne communiquent qu’ainsi. Quand je voulais contacter le refuge où j’ai fini par adopter Selina, la seule façon de les contacter était à travers FB Messenger. Que je n’aime vraiment pas ! Pour trouver un peu de communauté à Bangkok, Facebook était aussi le réseau favorisé. Je ne l’ai découvert que dans ma dernière année là-bas, mais quand j’ai joint un groupe de femmes, j’ai trouvé beaucoup de réponses à mes questions ! Ici, le groupe de femmes est moins actif, mais il a été utile à plusieurs reprises. C’est aussi là que je trouve des réponses à mes questions sur les chats, les soins, les vétos, etc. Je sais que quitter Facebook me couperait de certains réseaux, mais je déteste l’idée de participer à l’empire de Zuckerberg.
Ce que j’aimerais, c’est que des femmes et/ou des personnes non toxiques créent des réseaux sociaux qui pourraient remplacer tous ces réseaux qui sont entre les mains d’hommes qui détestent les femmes et toutes les minorités et qui permettent que la haine se répande.
En attendant, je pense qu’il est important que l’on soit solidaires et qu’on élargisse nos communautés et nos réseaux hors de ces plateformes toxiques.
Je vous propose de nous retrouver bientôt entre femmes pour discuter de tout ça, je vais ouvir une session fin janvier / début février et j’espère que vous serez plusieurs à pouvoir participer ! Je vais créer un nouveau groupe, sur Signal pour communiquer entre nous.
Dans la vidéo de Blast, elle mentionne un article du Guardian paru il y a quelques jours : How to survive the broligarchy: 20 lessons for the post-truth world
Et je vous laisse avec cette vidéo de Hasan Minhaj, marrante et pleine de sagesse ! :
