Je m’y suis mise tard.
Je me souviens des débuts de Facebook. Je vivais au Vietnam, où je travaillais comme prof d’anglais. J’avais deux colocataires sudafricains avec qui je m’entendais très bien, et quand il a été question que je quitte le Vietnam pour aller reprendre mes études à Londres, l’un d’eux a essayé de me convaincre de me mettre sur Facebook. L’introvertie que je suis n’était vraiment pas emballée par l’idée d’étaler ma vie en ligne. Mon coloc m’avait montré ce que c’était, comment ça marchait, et je me souviens de la page de sa petite amie, qu’elle mettait à jour tous les quarts d’heure pour informer ses “ami·e·s” qu’elle prenait sa douche, faisait sa valise, sortait diner, etc. Je trouvais cela absolument ridicule et je ne voyais vraiment pas l’intérêt de m’inscrire sur cette plateforme. J’avais pas envie de partager avec les gens ce que je faisais à tout moment de la journée ! Mon coloc m’avait donné plusieurs arguments en faveur de Facebook, dont celui de la reconnexion avec les gens qu’on avait perdus de vue. Mais je lui avais répondu que les gens que je voulais dans ma vie faisaient déjà tous partie de ma vie et que je n’avais aucune envie de me reconnecter avec le passé. J’ai jamais été une grande nostalgique. Le passé est très bien où il est et si j’y ai laissé des gens, c’est que c’est là qu’ils doivent rester ! Il m’avait aussi avancé l’argument que ce serait un bon moyen de garder le contact quand je serais à Londres. Je lui avais répondu que j’étais tout à fait capable d’écrire des emails. Je n’aime pas les relations superficielles. Je préfère les relations profondes et personnelles. Je n’aime pas afficher ma vie en ligne et je fais très attention à ce que je partage publiquement. J’aime vivre en paix. J’aime qu’on me foute la paix ! Et Facebook ne m’a jamais attirée. J’ai perdu le contact avec mes colocs parce que je n’étais pas sur Facebook, et qu’ils avaient apparemment mieux à faire que d’écrire des emails. C’est la vie…
J’ai vécu et enseigné dans plusieurs pays et quand j’étais prof au Cambodge, j’ai découvert que le verbe utilisé pour Facebook était “jouer”. Au Cambodge, et dans d’autres pays voisins, on ne dit pas qu’on va ou qu’on est sur Facebook, mais qu’on joue à Facebook. Intéressant, non ? Mes élèves de là-bas, jeunes et moins jeunes, avaient des centaines “d’ami·e·s” sur Facebook, souvent qu’iels n’avaient jamais rencontré·e·s dans la vraie vie. Pour moi, l’amitié, ça a toujours été sacré et je ne peux pas qualifier d’ami·e quelqu’un avec qui je n’ai jamais interagi en profondeur. J’ai une amie que je n’ai jamais rencontrée en chair et en os, mais on a partagé tellement de choses ensemble que parfois j’oublie qu’on ne s’est jamais retrouvées dans le même fuseau horaire. On s’est soutenues mutuellement pendant notre master, on s’appelait régulièrement, on s’est même soulées ensemble au moins une fois, sur Skype, il y a longtemps, et on se raconte nos vies régulièrement, on partage des idées et des valeurs, on s’envoie des cadeaux, bref, c’est une vraie amitié.
Je n’ai aussi jamais rencontré la plupart de mes élèves en personne, mais je les considère comme des ami·e·s. Pour moi, ami et amie, ça veut dire quelque chose de spécial.
Donc, j’ai dit non à Facebook quand tout le monde semblait s’y inscrire et je répétais régulièrement aux gens de ne pas y mettre de photos de moi. Je crois que la plupart des gens ont respecté ma demande, mais je n’ai jamais pu vérifier pour sûr, vu que je n’avais pas Facebook moi-même.
D’autres réseaux sociaux ont émergé au fil du temps, mais ça ne m’a jamais rien dit.
Je ne me suis pas non plus ruée sur les smartphones quand ils ont commencé à être populaires. Quand j’ai rencontré mon mari, en 2013, j’avais un petit Nokia dont je me servais pour appeler et envoyer des textos qui prenaient des plombes à taper, car il fallait taper plusieurs fois sur les touches pour arriver à la bonne lettre. J’avais eu un Blackberry à un moment, mais je me servais même pas d’Internet dessus. Ce qui me plaisait, c’était le clavier ! 😂
Mon premier smartphone, c’était le vieux téléphone de mon mari, qu’il m’a donné quand il s’en est acheté un nouveau, quelques mois après notre rencontre.
Les années ont passé, je n’ai jamais eu d’Iphone car il est hors de question que je mette tant d’argent dans un objet qui peut s’éclater par terre à tout moment, mais j’ai eu plusieurs smartphones, et c’est seulement fin 2018 que j’ai commencé à être curieuse vis-à-vis d’Instagram. Un des amis de mon mari l’utilisait assez fréquemment, et il m’avait expliqué ce qu’on pouvait faire avec, tout en ayant un compte privé que personne ne pouvait voir sans notre autorisation. J’aime les photos, j’en prends beaucoup. On venait de déménager à l’autre bout du monde et je m’étais dit que ce pourrait être un bon moyen de partager un peu de notre vie ici avec nos ami·e·s. Et en bonus, je pouvais me moquer (gentiment) de mon mari en story.
Début 2019, j’ai créé un autre compte Instagram pour partager des ressources en français, sans aucune attente particulière. Je me disais que peut-être des gens me trouveraient ainsi et voudraient prendre des cours avec moi, mais j’ai vite compris que mon public n’était probablement pas sur Instagram. Mes élèves ne sont pas vraiment sur Insta, et celleux qui ont un compte l’utilisent très peu. J’ai posté quelque chose de nouveau tous les jours pendant longtemps, plus de deux ans je crois, puis j’ai arrêté, parce que ce travail gratuit ne me rapportait absolument rien et me prenait bien trop de temps. Et si j’utilise mon temps pour travailler, autant que ça me rapporte quelque chose ! Sinon, j’ai plein d’autres choses que je préfère faire de mon temps !
J’ai aussi créé d’autres comptes, pour différents objectifs. J’ai même créé un compte pour mes chats.
En 2021, j’ai voulu adopter un chat. Le refuge qu’on m’avait recommandé était joignable seulement via Facebook. J’avais pas envie de m’inscrire sur Facebook, mais c’est aussi l’année où j’ai décidé de lancer mon cours de perfectionnement et je me suis dit que peut-être je pourrais utiliser Facebook à des fins professionnelles. Apparemment, ça se fait beaucoup, mais je n’en avais aucune idée ! J’ai donc créé un compte Facebook, mais comme je ne voulais pas mettre trop d’informations, Facebook a cru que j’étais un bot et a annulé mon compte ! Du coup, j’ai réessayé en mettant un peu plus d’informations et c’est passé. Je l’ai paramétré pour qu’il soit le plus privé possible, mais j’ai toujours détesté avoir donné des informations personnelles à cette plateforme, que je n’ai finalement jamais vraiment utilisée pour le travail. Je trouve le site absolument horrible à naviguer, et j’ai toujours refusé de télécharger l’application. Du coup, Facebook ne m’a pas du tout été utile pour le travail, mais je dois reconnaitre que j’ai trouvé beaucoup d’informations locales très utiles. J’ai découvert qu’il existait des groupes de femmes plutôt bienveillants où je pouvais poser des questions liées à la santé et aux coiffeurs par exemple ! J’ai pu contacter le refuge et adopter mon premier chat. C’est aussi sur Facebook que j’ai trouvé ma véto à Bangkok, et j’y ai trouvé des groupes utiles pour véganes et pour les personnes souffrant d’allergies alimentaires. J’ai aussi découvert à quel point les gens pouvaient être horribles en ligne et terriblement moralisateurs avec les inconnu·e·s. C’est dingue le nombre de gens qui aiment donner des conseils alors qu’on leur a rien demandé ! Dans l’ensemble, je n’aime pas du tout, mais alors pas du tout, les vibes de Facebook. J’ai eu bien raison de m’en tenir éloignée toutes ces années ! Les groupes exclusivement composés de femmes m’ont été très utiles, mais j’ai quitté tous les autres groupes que j’avais joints initialement car le taux de négativité y est bien trop élevé pour moi !
Je n’ai jamais été sur Twitter, à part brièvement au début de la pandémie pour harceler une compagnie aérienne, sur les conseils d’un de mes étudiants, mais j’ai effacé mon compte dès que j’ai compris que ça ne servirait à rien. Plot twist : j’ai été remboursée 4 ans plus tard, alors que je ne m’y attendais plus du tout et que j’avais fait une croix sur cet argent depuis longtemps. C’était une surprise bienvenue mais je continuerai à boycotter AirAsia pour le reste de ma vie.
Aujourd’hui, je me demande quoi faire. Je déteste participer à l’empire de Zuckerberg. Je peux pas le voir en peinture ce type. Et si je savais pas trop pourquoi avant, c’était plutôt instinctif, ses dernières sorties et décisions ont confirmé que j’avais toujours eu raison de m’en méfier. Certaines femmes pensent qu’on peut utiliser ces plateformes dirigées par des fachos pour combattre l’oppresseur, et je comprends cette posture, elle a du sens. Mais une partie de moi se dit que si toutes les femmes, toutes les personnes opprimées, et leurs allié·e·s, quittaient Meta et X, ces enflures perdraient beaucoup de pouvoir. Ils n’ont de pouvoir que parce qu’on leur en donne. Ils détestent les femmes, ils veulent plus d’énergie masculine, alors qu’ils restent entre eux !
J’ai commencé à informer mes ami·e·s que j’allais arrêter d’utiliser WhatsApp et passer à Signal, que j’utilise déjà depuis la pandémie avec mon mari, et avec quelques autres personnes depuis quelque temps. J’ai supprimé Instagram de mon téléphone le 1er janvier. Toutefois, je n’ai pas complètement supprimé mes comptes. Ils sont toujours sur mon vieux téléphone. Mais je veux tous les supprimer et oublier l’existence d’Instagram. Les gens dont je suis proche ont tous au moins une de mes adresses email, et j’informe tout le monde petit à petit que je ne serai bientôt plus sur Instagram. Quant aux 15k followers qui suivent mon compte de français, je ne les connais pas. Il y en a un tout petit nombre avec qui j’ai discuté brièvement et sympathisé, mais en vrai, je ne connais pratiquement aucune de ces personnes. À part mes élèves qui me suivent, ces 15 mille et quelques personnes ne soutiennent pas mon travail du tout. Dans le monde dans lequel on vit, le travail est rémunéré. Avec de l’argent. Pour qu’on puisse au moins payer ses factures et s’acheter à bouffer. Mais sur Instagram, je ne gagne rien. Ça ne me bénéficie en rien. Les quelques likes que chaque post obtient ne me permettent pas de vivre. Je ne comprends même pas comment qui que ce soit peut vivre grâce à Instagram. Et je trouve ce système absolument ridicule en fait. Absolument dénué de sens. Lisez Technofeudalism de Yanis Varoufakis, il dit beaucoup de choses qui donnent à réfléchir ! Ou écoutez cette interview de lui sur Blast !
Je ne suis pas certaine que mes abonné·e·s sur Instagram apprécient mon travail, ni qu’iels comprennent que derrière ces publications, il y a une personne qui est une super prof, qualifiée, avec beaucoup d’expérience, professionnelle, dont l’enseignement du français est le travail depuis de nombreuses années, et non un hobby. Je ne sais pas si les gens qui tombent sur ma page prennent la peine de visiter mon site, mais je sais que la plupart de mes élèves ne m’ont pas trouvée sur Instagram. Les gens qui me contactent sur Instagram ne m’ont jamais semblé très sérieux dans leur apprentissage du français, ni très respectueux. Je n’ai pas compté le nombre de fois où des inconnu·e·s m’ont écrit pour que je corrige leurs devoirs ou leur explique un concept grammatical. Parfois sans même un bonjour. Et ça me fait marrer maintenant, mais qu’est-ce que ça a pu m’énerver les premières fois ! Je me disais qu’ils avaient bien du culot, ces gens !
Donc bref, je ne vais plus rien publier de nouveau sur Instagram, sauf pour orienter les gens vers mon blog pendant quelque temps, mais d’ici quelques mois, je vais supprimer tous mes comptes, y compris mon compte de français. Les gens m’ont toujours trouvée en ligne, ils continueront à me trouver, et en fait, je n’ai pas vraiment besoin de nouveaux étudiants, et les gens avec qui j’aime travailler sont des gens qui ont une vision du monde très alignée avec la mienne, et donc n’aiment pas les réseaux sociaux non plus et s’iels sont dessus, iels veulent également les quitter pour protester contre la broligarchie.
Je vais arrêter d’utiliser Whatsapp petit à petit et supprimer mon compte, ainsi que mon compte Facebook. Quitter Facebook signifie que je vais perdre accès à certaines communautés mais j’espère que j’en trouverai d’autres. Les groupes composés exclusivement de femmes sont très utiles pour s’informer, surtout quand on vit à l’étranger. Il n’est pas exclu que l’on déménage à nouveau internationalement dans quelques années, et si je peux entrer en contact avec des femmes qui vivent où on envisage de se rendre, c’est toujours hyper utile. J’aurai aussi besoin d’aide et de conseils pour transporter mes chats, car c’est hyper compliqué apparemment. Mais je ne veux pas m’inquiéter de tout ça pour l’instant. On verra le moment venu. Il me semble plus important de quitter maintenant ces réseaux détenus par des hommes qui détestent les femmes et tous ceux qui ne leur ressemblent pas. Et d’ici mon prochain déménagement, si déménagement il y a, peut-être qu’un réseau social à l’énergie féminine aura été créé. Par une ou des femmes, avec des modératrices, pas de pub, pas d’algorithme, un véritable safe space où on pourra échanger et trouver de vraies informations et créer des communautés bienveillantes.
En attendant, j’aspire à vivre ma vie loin des réseaux sociaux, et dans la nature autant que possible. Comme ce matin :

Je vous laisse avec cette vidéo qui m’a bien fait rigoler :
