Réflexions sur les compagnies aériennes

Hier, j’étais hyper crevée à cause de mes règles, et je n’avais pas vraiment d’énergie pour faire quoi que ce soit. J’étais allongée sur mon lit, et je scrollais sur mon téléphone quand j’ai lu une énième histoire à propos d’une personne qui avait payé pour son siège dans l’avion, et à qui on avait demandé de changer de place pour permettre à une famille de s’assoir ensemble. Ce genre de récit suscite toujours beaucoup de réactions : certain·e·s accusent les parents d’être égoïstes ou mal organisé·e·s et défendent fermement le droit de garder un siège pour lequel on a payé, et d’autres pensent que la personne qui refuse de changer de siège pour calmer un enfant qui pleure est une conasse. Et il y a souvent peu de place pour la nuance.

J’ai fait défiler les commentaires pendant un moment, pour voir s’il y en avait un qui sortait du lot, mais je n’ai rien trouvé. Et c’est ça qui m’a frappée : que personne ne remette en question le système qui crée cette situation en premier lieu.

Pourquoi est-ce devenu normal de devoir payer un supplément pour pouvoir choisir son siège, alors qu’on a déjà acheté un billet ? Pourquoi les familles doivent-elles s’inquiéter de ne pas être placées ensemble ? Et pourquoi accepte-t-on si facilement cette logique, qui nous pousse à nous diviser, à nous juger, à défendre nos “droits” individuels, au lieu de remettre en cause un système qui monétise un service de base ?

Il n’y a pas si longtemps (je suis pas si vieille que ça, et je m’en souviens !), le choix ou l’attribution des sièges faisait tout simplement partie du billet. Si on voyageait ensemble, on était assis ensemble. Aujourd’hui, on a intégré cette nouvelle norme où certaines personnes peuvent payer pour plus de confort, de sécurité, ou simplement pour ne pas être séparées de leur famille. Et si on ne paie pas, tant pis. Ce n’est plus une question de service équitable, c’est une affaire de portefeuille.

Cette logique, profondément individualiste, crée un climat de tension et de méfiance. Elle détourne notre attention de la vraie question : pourquoi est-ce à nous de gérer les conséquences d’un système injuste mis en place par des entreprises qui cherchent uniquement à augmenter leurs profits ?

Et surtout : pourquoi est-ce qu’on accepte ça comme si c’était normal ?

Sommes-nous tellement habitué·e·s à devoir payer plus pour moins qu’on ne remarque même plus quand un droit devient un privilège ? Sommes-nous tellement fatigué·e·s, pressé·e·s, accablé·e·s par le quotidien qu’on n’a plus l’énergie de remettre les choses en question ? Ou avons-nous fini par croire que c’est nous le problème — qu’on n’a pas bien anticipé, pas bien réservé, pas bien organisé notre voyage, notre vie ?

Mais si vous voulez mon avis, ce n’est pas à nous de porter la charge mentale, émotionnelle et financière de systèmes conçus pour nous diviser et nous faire culpabiliser. Ce n’est pas à nous de résoudre individuellement ce que des entreprises ont délibérément compliqué pour maximiser leurs profits.

Ce que je trouve dangereux, c’est que plus ce genre de logique s’installe, plus on l’intériorise. On ne s’indigne même plus. On défend “notre droit” à garder une place qu’on a dû acheter en plus comme si c’était une victoire, alors que ça devrait juste être la base.

Et pendant qu’on s’écharpe entre nous – entre celleux qui paient et celleux qui ne peuvent pas -, on oublie de poser les vraies questions : qui décide que le confort, la sécurité, ou le fait de voyager avec son enfant doivent être des options payantes ? Et surtout : jusqu’où va-t-on laisser faire ça ?

Cela pourrait être une question à aborder lors de l’une de nos sessions de conversation ! Non seulement ce qui se passe dans les avions, mais ce qui se passe partout pour nous diviser et nous faire croire que c’est normal de payer un supplément pour un service qui était autrefois gratuit et tout simplement inclus dans le prix de la prestation. 

Je sais que je ne suis pas la seule à voir tout ça et à ressentir ce que je ressens par rapport aux dégâts créés par le capitalisme, mais j’ai l’impression que tellement de gens ne le voient pas que ça affecte pas mal mon optimisme par moments.

Du coup, je vais aller câliner mes chats. 

Bon weekend !

Scroll to Top