Il m’est arrivé un truc ce matin, que je veux partager avec vous.
Comme tous les matins ou presque, je suis allée me balader. J’ai garé mon scooter et je me suis dirigée vers le point de rendez-vous où je retrouve les chiens tous les jours. En fait, ils étaient en train d’arriver sur le parking. Au moment où je les ai aperçus, j’ai entendu une voix qui m’interpelait et j’ai tourné la tête. J’ai vu un type que j’ai reconnu assez vite. Il m’avait parlé une fois, il y a quelques semaines, quand je rentrais de balade avec les chiens et il avait commenté quelque chose sur comment j’étais géniale avec les chiens. On avait échangé deux trois mots, il m’avait demandé d’où j’étais, et je lui avais posé la même question. Quand il m’a répondu Israël, mon corps s’est tendu immédiatement.
Ne vous méprenez pas, je ne pense pas que toutes les personnes venant d’Israël soient d’accord avec ce que fait leur gouvernement et soutiennent un génocide. Mais je sais aussi que celles qui pensent différemment sont une minorité. Et comme je me balade tous les matins avec un t-shirt Free Palestine, j’en portais un le jour où j’ai rencontré ce type. Et il n’a rien dit. J’ai pas pu m’empêcher de penser que s’il était d’accord avec le message, il aurait dit quelque chose. D’autres personnes que j’ai croisées lors de mes balades ont commenté mes t-shirts positivement. De plus, il a parlé de retourner dans son pays quand “la guerre” serait terminée. Il a dit la guerre. Pas le génocide. Donc bon, j’avais une idée assez claire de ce qu’il pensait vis-à-vis de cette situation.
Je ne l’avais jamais recroisé jusqu’à ce matin. Il est venu vers moi et m’a dit qu’il voulait m’offrir un café. Je lui ai dit que j’allais me balader avec les chiens. Il a répété qu’il aimerait vraiment m’inviter à boire un café, ou de l’eau, ou un jus, parce qu’il pense que j’ai l’air d’être si gentille mais que je ne comprends pas vraiment le sens de mon t-shirt. Je lui ai assuré que je le comprenais bien. Il a insisté que non, il pensait vraiment que je le comprenais pas. Je lui ai assuré une seconde fois que si si, je le comprenais bien.
Et là, les chiens se sont mis à aboyer et à se bagarrer avec d’autres chiens qui étaient là et j’ai continué à avancer pour éviter qu’ils se fassent du mal. Je savais que les miens allaient me suivre et qu’on allait éviter une potentielle grosse bagarre. J’ai planté le mec sans le saluer. Quel conard !
Le mec, il me connait de nulle part, mais apparemment, il sait ce que je comprends et ce que je comprends pas. Il semble aussi croire que sa flatterie est susceptible de m’amadouer (j’ai beaucoup de mal avec la flatterie, surtout quand elle manque de sincérité).
Pensez-vous qu’il aurait osé dire la même chose si j’avais été un mec hyper grand et hyper baraqué ?
Je pense que toutes les femmes ont déjà vécu quelque chose de similaire. C’est le genre de situation qui se décline à l’infini. Partout dans le monde, dans n’importe quel contexte, on peut toujours trouver un conard condescendant qui suppose que les femmes ne savent rien et qu’il doit leur expliquer la vie.
Le mec, il doit avoir la quarantaine. S’il voit le monde à travers l’idéologie sioniste à son âge, c’est pas moi qui le ferai changer d’avis, et il n’y a rien qu’il pourrait dire pour me convaincre que ce qu’il se passe en Palestine n’est pas inhumain et que les sionistes ne sont pas dangereux pour l’humanité. Ils sont malades. Et je veux bien reconnaitre qu’ils sont aussi victimes d’un système de propagande et de lavage de cerveau très efficace, mais il y en a qui en sont revenus. Il y a assez d’anciens sionistes qui témoignent aujourd’hui et qui appellent à la fin du génocide des Palestiniens. J’ai du mal à avoir de la compassion pour celleux qui pensent que c’est ok d’affamer et de tuer des innoncent·e·s. Et j’ai tellement d’admiration pour les gens tels que Gabor Maté, Ilan Pappé, Norman Finkelstein, entres autres, qui s’expriment publiquement en tant que Juifs, contre le gouvernement israélien, et les personnes israéliennes qui protestent en faveur des Palestinien·ne·s jour après jour, au risque de tout perdre, y compris la vie.
Et vous savez ce que je pense des hommes qui présument que les femmes sont ignorantes et inférieures. Pareil pour eux, ils sont quelque part aussi victimes du système patriarcal, mais il y en a quand même pas mal (pas assez, jamais assez) qui refusent de se plier aux injonctions de la masculinité toxique et qui respectent et aiment les femmes, et qui les traitent comme des égales. Quand j’ai raconté à mon mari ce qui s’était passé, il a répondu “what an arrogant prick!” Et ça, c’était chouette !
J’espère ne pas recroiser ce conard sur ma route. Je n’ai aucune envie de lui adresser la parole et je soupçonne qu’il est capable de me parler à nouveau. En fait, ça me dégoute de savoir qu’un type comme ça vit dans mon quartier. Et ça m’attriste qu’il y ait si peu de gens ici qui se préoccupent de ce qui se passe dans le reste du monde. J’aimerais rassembler des gens pour se balader avec moi en portant des t-shirts Free Palestine. Peut-être que je peux le manifester…
