Ce livre, écrit par Jacqueline Harpman, a été publié en 1995, mais j’en ai entendu parler pour la première fois il y a quelques semaines seulement. C’est un de mes étudiants qui m’en a parlé !
L’autrice, morte en 2012, était une écrivaine et psychanalyste belge francophone. Sa famille, juive, a dû fuir la Belgique pour échapper aux nazis pendant la seconde guerre mondiale. Je n’ai pas fait beaucoup de recherches sur elle, ni n’ai lu aucun autre de ses livres, mais je crois que l’on peut supposer que cette expérience a largement influencé son écriture. En tout cas, pour ce livre qui soulève tellement de questions existentielles, j’en suis convaincue !
Ce n’est pas du tout un livre feel good, je vous préviens !
C’est un livre très étrange. J’ai opté pour la version audio, et je l’ai commencé hier, pendant que je faisais du jardinage. J’ai été happée par l’histoire. La préface m’a immédiatement accrochée, et la voix de la lectrice (Lola Naymark) m’a immédiatement plu. J’avais prévu de travailler sur mon devoir de counselling ethics, mais je n’en ai rien fait. Je suis restée avec le livre, et au lieu de mettre ma casquette d’étudiante, j’ai mis celle de cheffe cuisinière, pour pouvoir continuer à écouter. J’avais plein de légumes au frigo qu’il fallait couper et préparer. Puis je me suis retrouvée avec plein de vaisselle à faire. Très vite est arrivée l’heure des chats (diner et traitement pour la bronchite de Selina), et peu après, c’était l’heure d’aller chercher Michael à l’aéroport. J’ai donc pu continuer à écouter en conduisant. Le seul moment où j’ai arrêté d’écouter, c’est quand j’ai pris une douche. J’aurais pu connecter ma petite enceinte bluetooth, mais j’ai fait une pause. Il me restait une heure et demie à écouter ce matin, et je l’ai donc terminé.
Je ne peux pas dire que je l’ai adoré, mais je l’ai trouvé assez fascinant. La narratrice, la petite, est une jeune ado, dont on ne connait pas exactement l’âge. Elle est enfermée dans une cage souterraine avec 39 femmes. Elles sont gardées en permanence par des gardiens (des hommes) qui ne leur disent jamais un mot. Elles ne savent pas pourquoi elles sont là, ni depuis combien de temps elles y sont. Il est probable que la petite avait à peu près 4 ans quand elles se sont retrouvées enfermées. Les gardiens ne les touchent jamais. Elles n’ont pas le droit de se toucher entre elles. Elles ont perdu tout sens du temps qui passe. La petite se pose beaucoup de questions, mais personne ne lui apporte vraiment de réponse. Les femmes lui disent que ça ne lui servirait à rien de savoir ceci ou cela car elle n’en aura jamais besoin.
Et puis, un jour, une alarme retentit alors que la clé est dans la serrure. Les gardiens partent à toute vitesse, et les femmes peuvent sortir. Elles n’ont aucune idée d’où elles sont. Personne ne reconnait le monde extérieur. Elles n’ont rien d’autre qu’elles-mêmes.
Ce n’est pas un livre très long et on le finit avec beaucoup plus de questions que de réponses. Probablement frustrant pour beaucoup. Mais ce que j’ai trouvé intéressant, c’est justement toutes les questions que cette histoire m’a évoqué. On s’interroge sur l’identité, l’humanité, le rapport au corps, la solitude, la socialisation, le sens de la vie, la conscience de soi, l’ignorance, le savoir, l’oppression, l’emprisonnement, la disparition de la civilisation, la survie, le temps, la mémoire, la transmission, etc.
J’ai lu quelque part que ce livre avait été très populaire pendant la pandémie, en français et en traduction, alors ça se trouve, vous l’avez déjà lu. Mais si ce n’est pas le cas, je vous le recommande !
J’écoute peu de livres audio en français, et je dois dire que l’emploi du passé simple m’a fait une drôle d’impression à l’oral. Soyez prévenu·e·s si vous décidez de l’écouter également !
