Livre : Méfiez-vous des hommes qui se disent féministes

Ce weekend, j’ai lu ce livre, que j’ai trouvé fascinant. Effrayant. Pas surprenant. Angoissant. Important.

Il m’a donné envie d’hurler et de m’arracher les cheveux.

C’est l’histoire vraie d’une jeune femme qui tombe amoureuse d’un mec odieux mais qui en tombe follement amoureuse et qui se retrouve sous emprise. Dans la première partie du livre, chapitre après chapitre, elle nous raconte sa souffrance, sa confusion, à travers diverses situations de vie avec ce type. Et on sait que ce n’est qu’un échantillon, car la relation a duré deux ans et le livre est plutôt court. Mais c’est suffisant pour cerner la personnalité du mec. Un manipulateur, un véritable pervers narcissique.

Quelques extraits :

  • Il lit Liv Strömquist. Cite bell hooks. M’offre Le Manifeste lesbien. Il se dit féministe. Je le crois. Il supporte très peu de critiques à cet égard : je n’ai pas à lui dire comment être féministe. C’est un travail quotidien, de longue haleine, bien antérieur à notre rencontre. Il se méfie des autres hommes. Il s’entoure de femmes. Elles sont presque toutes ses amantes. Lorsqu’il agit de façon résolument machiste, je le perçois mais l’information D. est féministe me dissocie. Le mensonge, énoncé et revendiqué, l’emporte sur le constat des faits. La parole déjoue le sensible. Sa force impérative me coupe de ma lucidité.
  • D. fait la sourde oreille. J’exprime pourtant avoir ressenti des brûlures intenses pendant plusieurs jours. Pourquoi ça ne l’émeut pas, lui qui est si sensible ? J’insiste. D. se fait sombre et s’emporte : « Tu dis que c’est moi, le problème. »Je dis que ne pas se laver les mains dans certaines circonstances peut devenir un problème. Qu’à partir de maintenant, je voudrais qu’il applique cette petite précaution, surtout s’il revient de chantier. Ce qui me désempare alors, c’est que D. ne répond pas du tout quelque chose comme Oui, bien sûr, toi seule sais ce qui est bon pour ton propre corps, je respecte ton sanctuaire, j’aspire à ta santé. À la place, il m’embrouille. Comment est-ce possible, alors qu’il est si sensible et féministe ? Cette discordance ne me permet pas de déclencher un signal d’alarme. Je trouve l’attitude de D. très néolithique lors de cet épisode. Je lui en garde rigueur, mais un écran demeure entre moi et moi-même. Jusque dans le dialogue avec ma mémoire, je n’ai pas accès à ma capacité d’indignation. Et sur l’instant, je suis tellement surprise que je me tais.
  • Une incompréhension fondamentale m’obsède, sans que l’aplomb de D. me laisse la moindre brèche pour l’énoncer. Mais pourquoi m’accuse-t-il au lieu d’être compréhensif ou désolé ?
  • Je vide mon sac à un ami que je n’ai pas vu depuis longtemps. Je parle beaucoup des colères. Je suis épuisée. Il paraît très soucieux. Il émet des réserves. Je sors aussitôt le récit amoureux dans ce qu’il a de plus séduisant, pour contrebalancer. J’y vais fort. Son visage s’éclaire : « J’aime mieux ça ! » Ça me fait si chaud au cœur que je reprends l’habitude de raconter la légende. La rencontre si romanesque. La passion immédiate. Les décisions folles. L’emménagement au bout de trois mois. L’allégeance à la liberté de l’autre. J’ai terriblement besoin d’être validée. D’entendre que je fais bien de me battre et d’endurer. Que tout en vaut la peine. Que tout en vaut la peine.

Je l’ai lu avec un mélange de dégout (pour lui) et d’incompréhension (vis-à-vis d’elle). Et aussi beaucoup d’empathie pour elle. Je savais qu’elle n’était plus dans cette relation au moment de l’écriture, alors j’étais pas trop stressée, mais quand même, j’avais mal pour elle.
Elle est loin d’être idiote. Elle a une famille aimante, des ami·e·s. Mais comme bien d’autres avant elle, et probablement après elle, elle s’est laissé enfermer dans cette relation toxique. La deuxième partie du livre parle de sa sortie de la relation.

Je sais que c’est commun, j’ai connu bien trop de femmes qui se sont retrouvées dans des relations toxiques et qui refusaient de le voir ou de se l’avouer. Mais à chaque fois, ça me laisse perplexe. J’essaie de comprendre, mais j’ai du mal. Je comprends le processus du pervers narcissique. Je comprends aussi qu’il cible les femmes pleines d’empathie. Et je crois aussi qu’il cible les femmes qui manquent d’amour pour elles-mêmes et qui feront passer son bonheur et son confort à lui, avant de penser au leur. Il a appris à les repérer, à détecter leurs failles. Il les manipule tellement qu’elles ne savent plus vraiment qui elles sont.

Je me demande s’il y a beaucoup de recherches qui ont été menées sur ce sujet. Ce serait un sujet de thèse qui me passionnerait, si je décidais un jour de faire un doctorat. Je n’en ferai pas, mais j’espère mieux comprendre un jour pourquoi tant de femmes tombent dans le panneau.

Je recommande vivement ce livre, c’est un témoignage hyper puissant. J’ai beaucoup aimé l’écriture aussi. Les phrases courtes me donnaient un sentiment d’urgence. J’aurais pu le lire d’une traite, mais je l’ai lu en deux sessions car je l’ai commencé le soir. Il fait moins de 200 pages.

Et souvenez-vous de vous méfier des hommes qui se disent féministes. Perso, je ne leur ai jamais fait confiance !

Scroll to Top