J’ai lu cinq livres la semaine dernière. Quatre en français, un en anglais. J’ai enfin arrêté de lire sur Kindle et à la place, j’utilise une appli de lecture qui a la fonction text to speech (contrairement au Kindle car Amazon veut qu’on achète des livres audio sur Audible). Du coup, je peux lire beaucoup plus vite !
Même si j’adore me poser pour lire et ne rien faire d’autre, j’ai beaucoup plus de temps pour écouter des livres que pour les lire, car je peux écouter quand je me balade, quand je cuisine, quand je mange, quand je fais le ménage, quand je jardine, quand je conduis, quand je prépare les repas des animaux, et même quand je me douche !
Et comme je me sens pas hyper sociable ces temps-ci, je passe beaucoup de temps seule ou avec mes animaux et avec mes livres.
Cela faisait un moment que le livre de Léane Alestra, Les hommes hétéros le sont-ils vraiment ? était sur ma liste de livres à lire, et je suis bien contente de l’avoir lu !
Cela fait des années que je dis qu’il n’y a personne qui déteste les femmes autant que les hommes hétéros – pour celleux qui penseraient à protester, je suggère de se renseigner sur les féminicides et les violences sexistes et sexuelles, il y a plein de recherches et de données disponibles en ligne et en librairie, et même sur ce blog, il y a plein d’exemples qui soutiennent mon propos. L’autrice demande dans son introduction “comment expliquer que les hommes hétéros en couple, censés aimer leur conjointe, représentent le principal risque de violence pour elles ?”, et nous renvoie au livre de Laurène Daycard, Nos absentes.
Léane Alestra explique aussi dans son introduction que le titre est une référence à une blague commune dans les milieux gays : “il n’y a rien de plus gay qu’un homme hétéro”, et ses variantes.
Elle n’est pas la première à remarquer qu’on élève les petits garçons dans le mépris de tout ce qui est féminin, tout en les poussant à l’hétérosexualité. Ils apprennent très tôt ce que c’est d’être “un homme, un vrai”, et sont plus ou moins forcés à réprimer leurs émotions et surtout leur sensibilité. Parce que je crois bien que la colère, c’est acceptable chez un homme. Les larmes aussi, mais préférablement quand il s’agit de sport. J’ai pas fait de recherches à ce sujet pour vous donner des chiffres, mais j’ai vu plus d’un homme chialer parce que son équipe de foot ou de rugby avait perdu un match. Je me souviens même d’où j’étais la première fois et quand c’était. Vietnam, 2007. Coupe du monde de rugby. Ce que j’ai observé pendant cette période m’a laissé une impression très étrange. J’étais pas capable d’expliquer pourquoi ça me dérangeait autant, mais aujourd’hui, c’est beaucoup plus clair. Et c’est pas du tout les larmes d’un homme qui me dérangent. En fait, j’aimerais qu’ils pleurent plus souvent ! Mais je préfèrerais qu’ils le fassent quand ils entendent parler de violences sexuelles et de féminicides.
Les hommes hétéros passent leur temps à performer pour les autres hommes hétéros. Et je pense qu’il est légitime de se demander s’ils aiment vraiment les femmes pour autre chose que pour les baiser (et pouvoir le dire à leurs potes).
L’autrice écrit :
“S’il fallait les énumérer, combien d’hommes autour de vous s’intéressent profondément aux femmes ? Combien le font sans jamais les rabaisser ni douter de leur parole ? Sans les interrompre, ni couvrir leur voix pour s’écouter parler ? Combien demeurent attentifs à elles, peu importe l’âge et l’apparence qu’elles ont ? Combien ne prêtent pas attention à leurs poils, leurs vergetures, bourrelets, peau d’orange et rides ? Combien d’hommes hétéros ont toujours respecté leur consentement, prennent autant leur plaisir en compte que celui des femmes ? Combien sont prêts à partager ou à prendre en charge la contraception, par exemple en passant le cap de la vasectomie ? Combien payent au moins la moitié de la contraception ? Combien ne les prennent pas pour leur psy ou leur conseillère, en étalant leurs désagréments et questionnements quotidiens sans rendre la pareille ? Combien ne font pas reposer l’organisation d’un week-end, d’un anniversaire ou de Noël sur les femmes de leur entourage ? Combien se préoccupent sincèrement de leur bien-être et de l’avancée de leurs droits et combien les écoutent, préoccupés, quand elles abordent ces sujets ? Demain, si dans votre groupe d’amis, un homme s’avère avoir eu des comportements violents envers une femme, combien d’entre eux se désolidariseront de lui et feront de la victime leur priorité ? Si vous songez qu’ils sont nombreux, en êtes-vous sûr·es ?
En revanche, qu’y a-t-il de plus banal que la misogynie ? Nous vivons dans un monde où une femme sur trois est victime de violence physique ou sexuelle au cours de sa vie. Où, en France, un jeune homme sur trois pense que forcer une femme à avoir des rapports sexuels n’est pas un viol. Où près de 10 % des Françaises ont été victimes de violences conjugales durant le premier confinement résultant de la pandémie du Covid. Où les femmes effectuent en moyenne une heure de travail domestique non rémunéré de plus par jour que leur conjoint. Certes, c’est une vérité cruelle, mais il faut savoir le reconnaître si l’on veut avancer : aujourd’hui encore, une part non négligeable des hommes ne se préoccupe pas des femmes. Pourtant, beaucoup affirment haut et fort les aimer. Comment expliquer ce paradoxe ?“
Je n’ai plus beaucoup d’hommes hétéros dans ma vie, parce que ça fait bien longtemps qu’ils ne m’intéressent plus. Je crois que j’ai compris très jeune que les garçons ne s’intéressaient pas vraiment aux filles pour qui elles étaient, même si je savais pas le formuler clairement. Ados, ils voulaient faire des trucs avec les filles pour obtenir la validation de leurs copains, et en fait, ça ne s’arrête jamais vraiment quand ils vieillissent. Le boys club est partout et comme j’ai toujours trouvé plutôt inintéressantes les bandes de garçons (j’en ai connu quelques-unes, il y a bien longtemps), je m’en suis progressivement éloignée.
Pas plus tard que ce weekend, une amie me racontait que le principal de son école avait fait une réflexion sexuellement dégradante lors d’une soirée organisée dans un bar, quand l’image d’une femme s’est figée sur un écran, avec la bouche ouverte. Cet homme, responsable d’une école, d’une grande équipe de profs et autres membres du personnel, d’enfants et d’ados, était là avec son boys club et n’a rien trouvé de mieux à dire que sa bouche était parfaite pour y mettre une bite. Il l’a dit en anglais, j’ai traduit pour vous.
J’ai trouvé le livre très facile à lire/écouter. Très bien référencé (j’ai ajouté quelques livres à ma liste 🙈). Plein d’exemples tirés de l’histoire et de la culture pop. Et plein de réflexions qui résonnaient complètement avec ce que je sais et pense déjà.
L’autrice est queer et chercheuse en études de genre.
