J’ai partagé récemment une interview de Manon Garcia en anglais sur la violence des hommes.
J’ai lu son dernier livre, Vivre avec les hommes, la semaine dernière, d’une traite. Il fait seulement 230 pages et je vous le recommande vivement. Mais bien entendu, TW: violences sexuelles.
Depuis quelques jours, j’entends beaucoup parler du documentaire de Louis Théroux sur la manosphère – j’ai même une copine qui m’a recommandé de le regarder, mais je sais pas si je vais le faire. J’ai lu tellement de livres qui traitaient de ce sujet, que j’ai l’impression de plus rien avoir à apprendre sur les incels et autres hommes qui détestent les femmes. Et j’ai plus envie d’écouter leurs discours de haine, même dans un documentaire.
Mais dans son livre, Manon Garcia pose des questions essentielles et nous donne plein de références pour approfondir si on le souhaite. Elle a assisté au procès Pélicot à partir de novembre 2024 et jusqu’à la fin, si je me souviens bien. Elle a vu les vidéos des viols commis par les accusés sur Gisèle, elle a vu et entendu les accusés se défendre, et leurs avocats les défendre,
Dans le premier chapitre, intitulé Le consentement, on peut lire ceci : “Une grande partie d’entre eux a plaidé l’absence d’intention, croyant que l’intention au sens juridique équivalait à avoir une intention consciente. Avec leurs avocats, comme l’a souligné maître Babonneau, un des deux avocats de Gisèle, ils ont plaidé une sorte de droit à l’erreur : certes, ils avaient vu qu’elle dormait extrêmement profondément ; certes, ils n’avaient pas recueilli son consentement ; certes, ils l’avaient tout de même touchée et pénétrée, mais ils n’avaient jamais eu l’intention de la violer.“
Qu’est-ce qui fait que des hommes peuvent dire cela honnêtement, ou du moins en pensant qu’on pourrait les croire sincères, et que ça les excuserait ?
J’ai la réponse à cette question, et la plupart des gens que je côtoie volontairement l’ont aussi. Mais ce qui est flippant, c’est que plein de gens n’ont pas du tout conscience de comment on en arrive à avoir autant d’hommes qui violent et violentent les femmes, et du sentiment d’impunité qui les traverse.
Il y avait 50 hommes sur le banc des accusés, en plus du mari. Mais combien n’ont pas été identifiés et arrêtés ? On sait qu’il y en avait beaucoup plus. Au moins 20 ou 30 de plus.
Dans son introduction, l’autrice nous explique qu’“une des thèses centrales de ce livre est la suivante : ce qui fait du procès des viols de Mazan un grand procès au sens historique, c’est paradoxalement qu’il met un terme à l’espoir exclusif placé dans le judiciaire. C’est le procès qui montre que les procès ne suffiront jamais : si un homme seul dans une bourgade comme Mazan parvient à faire venir chez lui au moins soixante-dix hommes différents habitant dans un rayon de moins de cinquante kilomètres de chez lui (le site Coco fonctionnait par géolocalisation, et Dominique Pelicot voulait s’assurer que les hommes puissent arriver vite), combien y a-t‑il d’hommes en France prêts à violer une femme inconsciente si l’occasion se présente ? Si, devant les vidéos les plus explicites et les plus accablantes que l’on puisse imaginer, tant de mis en cause cherchent encore à nier les faits ou leur intention, que peuvent les juges ou les jurés lorsqu’ils n’ont pas affaire à un collectionneur méticuleux et obsédé par la captation vidéo ? Si ces hommes semblent, pour la plupart, si peu honteux de ce qu’ils ont fait, si prompts à se trouver des excuses, même après de longues incarcérations, comment voir dans leur peine plus qu’une punition temporaire qui ne changera pas grand-chose ? Si leurs avocats utilisent tant de clichés sexistes et ne cessent de défendre leurs clients en les déresponsabilisant, comment ces hommes, leurs familles, leurs amis, vont-ils voir dans ce procès autre chose qu’une injustice ? Aucune administration pénitentiaire ne sera suffisamment large, puissante, efficace pour que les hommes arrêtent de violer. Mais si « laisser la justice faire son travail », comme y enjoignent toujours les gens qui s’inquiètent des débordements féministes, n’a aucune chance de résoudre le problème, que faire ? Comme beaucoup de femmes, une question ne cesse de me tarauder, de me hanter, qui revient, lancinante, quand je m’y attends le moins : peut-on vivre avec les hommes ? À quel prix ?”
Et ce n’est pas seulement en France. Je vous suggérais récemment de regarder le court documentaire québécois, Prêts à coucher avec une femme endormie, qui démontrait que là-bas aussi, c’était facile de faire violer sa femme par des inconnus. Et je suis sure qu’on pourrait répéter l’expérience un peu partout dans le monde et qu’on obtiendrait le même résultat.
Les agresseurs et les violeurs sont parmi nous, tout le temps, on les croise dans la rue, au supermarché, à la banque, au centre commercial, à l’hôpital, dans notre immeuble, dans notre propre appartement parfois, etc. Souvent sans le savoir. Je me demande combien d’entre eux se qualifieraient de danger pour les femmes…
Plus le temps passe et plus je m’étonne qu’il y ait encore des femmes pour aimer les hommes… L’autre jour, j’ai vu cette citation en ligne : being a straight woman is wild because you have to date your only natural predator. Et je me suis dit que c’était tellement vrai !
