Il y a un peu plus de deux ans, j’ai écouté cette interview, et je m’étais dit que j’aimerais bien lire le livre de la journaliste interviewée. J’avais déjà lu plusieurs livres sur ce sujet en anglais, notamment les livres de Laura Bates (que j’adore), et ça m’énervait qu’ils ne soient pas traduits en français et que personne ne couvre ce sujet en France. Bien sûr, il y a des livres qui parle de sexisme, d’inégalités, etc., mais je n’avais encore pas trouvé de livre qui parlait de ce dont Laura Bates parle dans son livre Men Who Hate Women, à savoir les incels, les pick-up artists, les coachs en séduction, les MGTOW (men going their own way), les men’s rights activists, etc. – tous ces hommes qui détestent les femmes, qui les rendent responsables de tous leurs malheurs, qui les harcèlent en ligne et hors ligne, qui veulent les voir souffrir, voire mortes, etc.
J’ai enfin lu le livre de Pauline Ferrari, et elle parle de tout ça, en français (il était temps!) dans son livre Formés à la haine des femmes, sorti en 2023. Le sous-titre, c’est Comment les masculinistes infiltrent les réseaux sociaux.
Je n’ai rien appris de nouveau – n’empêche que ça fait froid dans le dos ! Dès l’introduction, on est dans l’ambiance. La journaliste est dans un collège, où elle intervient auprès d’ados pour parler de réseaux sociaux et de violences en ligne.
Extrait :
Parmi les élèves de cette classe de quatrième, il n’y a que deux filles ; retranchées au fond de la classe, elles gardent le silence. Les garçons, de 13 ou 14 ans, parlent fort, oublient de lever la main, accaparent l’espace. « D’après vous, qui subit le plus de violences en ligne ? Filles ou garçons ? » je leur demande innocemment, prête à dégainer mes statistiques. Au premier rang, un garçon au pull jaune soupire : « Vous allez parler des comptes fisha, Madame ? » lâche-t-il, visiblement exaspéré par ma question. Les comptes fisha sont des comptes Snapchat ou Telegram, qui comptent parfois plusieurs centaines de membres, sur lesquels sont partagées des photos dénudées de jeunes filles à visage découvert, où sont généralement dévoilés leur nom complet, leur adresse et leur numéro de téléphone. Le but de ces comptes est d’« afficher » ces filles, c’est-à-dire de les livrer à la vindicte populaire en quelque sorte, pour les punir d’avoir été « trop allumeuses » ou d’avoir « fait la pute avec pleins de mecs ».
Elle fait le même constat que Laura Bates, qui intervient également dans des écoles, mais au Royaume-Uni. Les jeunes garçons sont terriblement misogynes : si les filles sont harcelées, c’est parce qu’elles l’ont bien cherché, si les garçons s’échangent des photos de filles dénudées, c’est la faute des filles qui ont fait ces photos, et bien sûr, les filles sont des menteuses. 70% des plaintes pour viol sont fausses, c’est TikTok qui l’a dit au garçon qui sort cette statistique… Hyper flippant.
L’autrice crée de faux comptes sur les réseaux en se faisant passer pour de jeunes garçons, pour voir ce que l’algorithme va leur proposer. Selon vous, combien de temps avant que ces faux ados se voient proposer du contenu masculiniste ?
C’est hyper rapide. Et d’après ce que les rares hommes dans ma vie m’ont dit, eux aussi reçoivent du contenu masculiniste régulièrement, même s’ils ne consultent jamais ce genre de contenu ! C’est constamment mis en avant sur les comptes de garçons et d’hommes. Même s’ils sont gays, féministes, etc.
Je vous recommande vivement ce livre si vous n’êtes pas super informé·e sur ce sujet et que vous voulez en savoir plus. Et même si vous êtes déjà bien informé·e, c’est bon pour votre français !
