Influence

Cette semaine, deux amies m’ont dit que je leur avais ouvert les yeux sur certaines choses et je dois dire que ça m’a fait très plaisir.

Je ne connais pas toutes les personnes qui lisent ce blog, mais j’imagine que toutes ont des valeurs qui ressemblent aux miennes. Au moins en partie. J’imagine pas que des mascus votant pour l’extrême droite s’intéressent beaucoup à ce que je raconte.

Les livres, podcasts, séries et films que je recommande sont souvent orientés politiquement et quand j’aime pas un film, c’est souvent parce qu’il est plein de clichés sexistes (encore très présents dans le cinéma français).

Donc à priori, vous savez à qui vous avez affaire.

Je n’ai jamais l’ambition d’influencer qui que ce soit, mais ça me fait toujours chaud au coeur quand quelqu’un·e me dit que j’ai joué un rôle dans sa prise de conscience. C’est arrivé plusieurs fois ces dernières années, et deux fois rien que cette semaine !

Une amie très chère a vécu une expérience très désagréable avec un homme qui lui a hurlé dessus parce que ses enfants s’étaient comportés comme des enfants, dans un contexte où il n’y avait que des enfants. Et même si sur le coup, elle s’est excusée au lieu de lui dire d’aller se faire foutre, elle l’a retrouvé plus tard pour lui dire que c’était vraiment pas ok de s’adresser aux gens comme il l’avait fait. Elle se remet doucement d’un cancer, elle ne peut pas se déplacer sans béquilles, et quand elle s’est tout d’abord excusée, elle lui a précisé qu’elle n’avait pas pu aller s’occuper de la situation car elle avait des béquilles et était coincée. Il lui avait dit que c’était pas son problème. Les gamins ne faisaient de mal à personne, ils faisaient juste du bruit. J’ai vu la vidéo, filmée par le frère de mon amie (qui aurait probablement dû leur dire de se calmer au lieu de les filmer, mais où est-ce raisonnable de demander à des gamins de 6 ans de rester assis pendant 90 minutes ?)
Bref, mon amie, après le choc initial de s’être fait crier dessus par un illustre conard, s’est dit que ce type n’aurait jamais osé parlé ainsi à un autre homme. D’ailleurs, il a apparemment commencé à s’énerver en demandant où était la mère des enfants. Pourquoi pas le père ?

Moi, c’est la première chose que j’ai pensé quand j’écoutais son message et je lui ai répondu exactement ça par texto. Et c’est la qu’elle m’a dit qu’elle avait aussi eu cette pensée et que c’était parce que je lui avait ouvert les yeux sur le comportement des hommes. Et en fait, elle m’a dit qu’elle observait des micro-agressions sexistes tout le temps maintenant.

Cette amie est quelqu’une de très intelligente, très sensible, pleine de compassion et d’empathie (la seule personne que je connais en vrai, je crois, qui a accueilli des réfugiées chez elle), elle a beaucoup lu et beaucoup voyagé, et elle savait que le monde était sexiste, elle en a fait l’expérience elle-même en tant que femme, mais le côté systémique de la chose lui échappait un peu.

On s’envoie beaucoup de messages vocaux, presque tous les jours, et il y a quelque temps, on a eu des échanges sur le mec qui a la chaine YouTube Diary of a CEO. J’ai regardé des interviews qu’il a faites par le passé quand il recevait des gens que j’aimais bien (Trevor Noah, Gabor Maté…) mais j’ai jamais vraiment été intéressée par ce mec, car bien qu’il soit plutôt beau gosse, il pue le capitalisme. Tout ce qui a CEO dans le titre, ça m’intéresse pas vraiment, et je crois que c’était dans une interview avec Gabor Maté qu’il disait que son rêve avait toujours été d’être millionnaire, et bon, pffff. Puis il y a quelques mois, une copine m’a appris qu’il y avait plein de critiques sur lui qui circulaient sur les réseaux, comme quoi il inviterait des gens problématiques qui tiennent des discours masculinistes et qu’il les laissait parler sans remettre en question leurs points de vue.

J’ai regardé une courte vidéo qui était en effet hyper problématique, mais j’avais pas envie d’aller me taper les interviews entières pour vérifier si c’était un montage et ce qui s’était vraiment dit lors de l’interview, donc j’ai chargé mon mari de le faire ! Les invités étaient des hommes en plus, donc pas envie de leur donner mon temps et mon énergie ! Michael m’a ensuite fait un rapport et il a pu me confirmer que les vidéos étaient en fait un montage (complètement con car publiées sur la chaine officielle du mec et qu’il en ressort pas grandi), mais qu’en effet, il y avait pas mal de choses problématiques, et plus particulièrement les questions posées et le manque total de questionnement du présentateur par rapport aux réponses données. J’ai oublié les détails, mais c’est facile à trouver en ligne j’imagine, si ça vous intéresse.

Cependant, quand les détails étaient frais dans ma tête, je les ai partagées avec mon amie tout en lui expliquant pourquoi je ne consommerai plus de contenus publiés par ce mec et pourquoi c’était important de boycotter les hommes problématiques. Au début, j’ai senti une petite résistance de sa part, mais elle était très ouverte à mes arguments, et avec toutes les autres réflexions que j’ai partagées avec elle, les livres féministes que j’ai lus et dont je lui ai parlé et ce qu’elle savait déjà, les graines que j’ai semées ont fini par germer, et maintenant, elle ne pourra plus jamais ne pas voir l’évidence !

Elle m’a dit un peu désespérément qu’elle aurait préféré ne pas savoir, mais en fait ce qu’elle préfèrerait, c’est que le monde ne soit pas ainsi. Elle a deux petits garçons et elle veut qu’ils grandissent dans un monde plus juste, moins violent, elle ne veut pas qu’ils deviennent des mascus.

Et le même jour où elle m’a dit ça, une autre amie m’envoyait un long message vocal pour réagir à celui que je lui avais envoyé peu de temps avant, dans lequel je lui disais que l’auteur du livre qu’on lisait était apparemment problématique. On a commencé à lire The Body Keeps The Score en même temps, et je suis tombée sur un article qui disait qu’il y avait eu des plaintes contre lui car il avait créé un environnement de travail toxique dans le centre médical où il travaillait comme psychiatre. Et ça m’a soulée. Après j’ai aussi lu qu’il avait parlé de Gaza en comparant les Israéliens aux nazis et qu’il avait donc été accusé d’antisémitisme, et ça, ça m’a aussi soulée. L’accusation, pas la comparaison. Heureusement qu’il y a des personnes juives assez honnêtes pour dire la même chose et pour rappeler que quand ils avaient dit plus jamais, c’était pour tout le monde.

Mais bon, pour revenir à Van Der Kolk, je sais pas si je vais finir le livre (qu’en fait j’ai déjà plus ou moins lu en diagonale il y a quelques années). Il y a beaucoup de livres sur le trauma écrits par des femmes docteures telles Judith Herman, Janina Fisher ou Rachel Yehuda. Et j’en ai marre de donner mon temps et mon énergie à des hommes hypocrites, abusifs, et que sais-je encore.

Cette amie est plus jeune, pas très politisée, elle a grandi dans un pays européen plus égalitaire (mais quand même sexiste, parce que les pays non sexistes n’existent pas), et quand je l’ai connue, je lui posais des questions là-dessus. Elle avait l’air de dire que non, vraiment, elle avait pas souffert du sexisme dans sa vie. Elle est très jolie et elle est ethniquement asiatique. Elle m’a aussi affirmé ne pas avoir souffert de racisme.

Je ne dirai jamais à personne que je sais mieux qu’iel ce qu’iel a vécu, mais une partie de moi doutait quand même un peu. Et plus on passait de temps ensemble, plus elle me racontait des histoires, et plus je me disais que si, elle avait subi du sexisme ! Mais elle ne savait pas que c’en était. Et je ne lui ai pas dit. Mais j’ai continué à partager mes histoires, à dire du mal des hommes et de leurs comportements inappropriés, à pointer du doigt certaines choses, à commenter certains comportements, etc.

Et d’elle-même, elle a commencé à me dire qu’elle avait commencé à remarquer certaines choses qui ne lui plaisaient pas trop. Et quand je lui ai dit pour l’auteur du livre, tout en lui expliquant pourquoi je préférais lire des femmes, elle m’a remerciée de lui avoir fait savoir et elle s’est lancée dans une petite réflexion sur les hommes toxiques. Et elle m’a demandé de continuer à partager ce genre d’informations avec elle.

J’écoutais son message sous la pluie en promenant les chiens et j’avais un grand sourire aux lèvres.

Et tout ça m’a rappelé que c’était important de continuer à porter cette parole. Parce que parfois, je me dis que ce qui est évident pour moi est forcément évident pour les autres parce que c’est tellement tellement évident pour moi que je comprends pas que les autres ne voient pas ce que je vois. Mais c’est pas vrai. Sinon on serait tou·te·s d’accord sur tout. Et pourtant, il y a tellement de gens qui ne voient pas / refusent de voir le sexisme, le racisme, l’homophobie, n’importe quelle sorte de discrimination et les dégâts du capitalisme. Il reste encore tellement de gens qui refusent de voir ce qui se passe en Palestine, au Soudan, au Congo, en Iran, au Liban, au Myanmar, et dans tellement d’autres endroits du monde. Et ces gens-là, sont-ils tous de mauvaise foi, ou croient-ils vraiment ce qu’ils disent ? Comment quelqu’un peut-il affirmer que le sexisme n’existe pas quand tant de femmes meurent à cause des violences masculines partout dans le monde ? Ou que ce qui se passe à Gaza n’est pas un génocide quand tout est documenté ?

Je sais pas si je peux faire voir ce que je vois aux gens qui ont des valeurs totalement opposées aux miennes, mais je sais que je peux aider certaines personnes à ouvrir les yeux sur certaines réalités, en continuant à partager des ressources et des histoires. Donc, je vais continuer à partager !

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