J’ai écouté cette interview aujourd’hui. C’est la deuxième interview de Joe Sacco que j’écoute en quelques jours, et maintenant, je veux lire tous ses livres. C’est un journaliste et dessinateur de BD américain (né à Malte).
Il ne parle pas français, mais le traducteur est très bon. Il est interviewé par Yanis Mhamdi, journaliste de Blast qui avait participé à une des flotilles pour Gaza l’année dernière.
Il y a trois ans, je ne savais pas grand-chose de ce qui se passait en Palestine. Depuis toujours, j’entendais parler du “conflit israélo-palestinien”, sans vraiment comprendre de quoi il s’agissait. Ayant grandi en France, j’ai appris l’histoire d’un certain point de vue. La France a collaboré avec les nazis, alors il y a une énorme culpabilité vis-à-vis des Juifs au niveau de l’Etat. J’ai probablement appris à l’école que l’état d’Israël avait été créé à la suite de la seconde guerre mondiale, mais ce n’est pas quelque chose qui m’a marquée. Et je suis presque certaine qu’on ne nous a jamais appris qu’il y avait des gens qui vivaient déjà sur les terres choisies pour créer un état juif. Tout comme on nous apprenait que Christophe Colomb avait “découvert” l’Amérique, sans jamais nous parler des gens qui vivaient déjà sur ce continent et ce qui leur avait été infligé.
J’étais bonne élève à l’école, mais pour que je m’intéresse vraiment à une matière, il fallait que j’aime le ou la prof. Et le seul prof d’histoire intéressant que j’ai eu, c’était pendant mes deux dernières années de lycée. Et à cette époque, je passais plus de temps à fumer des pétards et à embrasser des garçons qu’à lire des livres d’histoire. Et j’avais l’impression que l’histoire, c’était ennuyeux. Les personnages principaux étaient pratiquement toujours des hommes, et du coup, ça ne captait pas vraiment mon attention. Je préférais lire de la fiction, dans laquelle on trouvait des filles et des femmes.
Puis j’ai grandi. J’ai voyagé. J’ai découvert d’autres cultures, appris d’autres langues. J’ai toujours su que le monde était injuste, qu’il y avait de la misogynie, du racisme, de l’homophobie, etc. Mais j’ai pris un peu de temps à tout connecter. Me Too a été un tournant pour moi car ça me concernait, ça me parlait plus que n’importe quel sujet mis en avant dans les actualités avant ce moment, et c’est là que j’ai eu envie de vraiment comprendre le monde. J’ai commencé à lire des livres féministes, antiracistes, des auteurs et autrices queer et/ou non occidentales, et très vite, j’ai compris la connexion entre toutes les oppressions. Devenir végane a aussi fini par devenir une évidence. Et maintenant, je souhaite plus que tout voir l’effondrement du capitalisme et du patriarcat, sources de toutes les oppressions.
Pour la Palestine, ça a pris plus de temps, et c’est seulement en 2024 que j’ai commencé à comprendre ce qui s’y passait réellement. Je savais que l’histoire n’avait pas commencé le 7 octobre 2023, mais je n’avais pas conscience de tout ce qu’Israël avait infligé aux Palestiniens depuis des décennies. Je ne sais plus exactement ce qui m’a fait comprendre la réalité, mais je pense que c’est une combinaison des médias indépendants que je consomme, des personnalités publiques dont je partage généralement les idées qui en parlaient, et des images que je voyais en ligne.
Guillaume Meurice, humoriste que j’aime beaucoup et dont j’ai parlé plusieurs fois sur ce blog, avait fait une blague comparant Netanyahu à un nazi, fin octobre 2023 et je pense que ça m’avait mis la puce à l’oreille. Et petit à petit, j’ai découvert les écrits d’Ilan Pappé, le travail de Norman Finkelstein, j’ai commencé à suivre les actualités sur Gaza religieusement, j’ai vu les images horrifiantes de l’apartheid en Cisjordanie, j’ai écouté les récits de gens qui y sont allés, j’ai vu que Greta Thunberg (que j’adore) en parlait beaucoup, je suis tombée par hasard sur une interview de Francesca Albanese, et j’ai commencé à écouter tout ce que je pouvais trouver avec elle (j’admire tellement cette femme), j’ai vu que Gabor Maté (que j’aime beaucoup) parlait en faveur du peuple palestinien, j’ai suivi les flotilles en direct, j’ai lu des auteurs palestiniens, j’ai écouté des voix palestiniennnes, etc. Et aujourd’hui, je connais l’histoire de la Palestine, et je me dis que quiconque connait son histoire ne peut que se ranger du côté du peuple palestinien.
J’ai aussi écouté des personnes israéliennes et des personnes juives non israéliennes expliquant la propagande dans laquelle elles avaient grandi. Ça aide à comprendre, mais ça n’excuse rien.
J’ai pris note des personnalités publiques qui défendent les droits des Palestiniens et qui dénoncent le génocide, et de celles qui n’ont jamais eu un mot en leur faveur malgré leur fortune indécente et le pouvoir d’influence dont elles disposent. De la même façon que je boycotte les hommes qui ont commis des violences sexuelles ou autres, je boycotte les sionistes ou les artistes qui parlent de “guerre” ou de “deux côtés’, ou celleux qui ne se prononcent pas clairement. J’aimais bien Pink jusqu’à récemment. Plus jamais je ne l’écouterai. Je ne connaissais pas vraiment Ed Sheeran, et je continuerai à ne pas l’écouter.
On ne peut pas tout savoir et tout suivre, et j’ai encore beaucoup à apprendre sur la Palestine. Mais ce que je sais me suffit pour comprendre que le but d’Israël a toujours été le nettoyage ethnique des Palestiniens, ce qui ne semble pas déranger ses nombreux soutiens à travers le monde. Et ça me sidère qu’il n’y ait pas plus de gens en colère.
Les médias grand public sont complices à travers le monde entier. Ils font preuve de malhonnêteté à tous les niveaux. Ils continuent à ne pas vouloir prononcer le mot “génocide”. Ils continuent à mentionner le 7 octobre 2023 comme si l’histoire avait commencé ce jour-là. Ils continuent à décrire le Hamas comme un groupe terroriste, sans jamais expliquer le contexte de sa création, en 1987. Ils sont à la botte du gouvernement israélien et accusent toute personne qui aurait l’audace de le critiquer d’antisémite.
J’ai envie d’hurler, j’ai envie de secouer les gens pour qu’ils comprennent à quel point c’est important de ne pas être neutre et/ou silencieux face à un génocide. Ça m’attriste, ça me rend furieuse, ça me dégoute.
Mais ça me fait du bien d’écouter des gens comme Joe Sacco, que je ne connaissais pas avant la semaine dernière.
