Probable

Parfois j’entends des phrases de ce genre :

  • *Ils sont probables de ne pas être contents.
  • *Je suis probable d’aller à la montagne ce weekend.
  • *Elle est probable de dire oui.

Ces phrases vous paraissent-elles correctes ? Diriez-vous ceci vous-même ?

Si c’est le cas, je dois vous informer que vous vous trompez ! Il est très probable que vous faites cette erreur car vous traduisez l’anglais “likely”. Et peut-être aussi car vous savez que l’on peut dire “il est probable que…”

Dans “il est probable”, “il” est toujours impersonnel. C’est-à-dire qu’il ne représente pas une personne. C’est “it” en anglais.

On peut dire :

  • Il est probable qu’ils ne seront pas contents.
  • Il est probable que j’irai à la montagne ce weekend.
  • Il est probable qu’elle dira oui.

On peut aussi dire :

  • Ils sont susceptibles de ne pas être contents.
  • J’irai probablement à la montagne ce weekend.
  • Il y a de fortes chances qu’elle dira oui.

Attention aussi au mode utilisé. Si avec “il est possible que” on utilise le subjonctif, avec “il est probable que”, on emploie l’indicatif. Beaucoup de Français ne font pas très attention à cette règle. Même moi, il m’arrive de m’entendre utiliser un subjonctif quand j’exprime la probabilité. Personne n’est parfait.e !

Pour résumer : attention de ne pas traduire l’anglais “likely” directement par “probable” si votre sujet est une personne !

Série : Dérapages

J’ai regardé cette série sur Netflix récemment, d’une seule traite car je voulais vraiment savoir ce qui allait se passer après chaque épisode.

C’est une série adaptée d’un livre de Pierre Lemaitre, auteur dont j’ai lu deux livres qui m’avaient beaucoup plu et que j’avais eu du mal à poser. Il sait tenir ses lecteurs en haleine !

Le scénario peut paraitre un peu tiré par les cheveux, mais les thèmes évoqués restent bien ancrés dans la réalité. On a Alain, cinquantenaire qui a perdu son emploi de directeur des ressources humaines quelques années auparavant à cause de son âge, et qui s’est retrouvé obligé d’exercer des petits boulots dans lesquels il est parfois humilié par ses supérieurs. Il a sombré dans la déprime, il s’inquiète constamment de savoir s’il va pouvoir payer ses factures et garder son appartement. Jusqu’au jour où une opportunité de travail se présente. Ce qu’il doit faire pour obtenir ce travail est un peu hors normes. Il doit participer à une simulation de prise d’otages, dans laquelle les otages ne sont pas conscients qu’il s’agit d’une mise en scène. Alain a tellement envie de croire à cette chance qu’il prend des décisions irrationnelles pour se préparer à cet entretien et tout finit par déraper.

Dans le rôle principal, on retrouve Eric Cantona, ancien footballeur devenu acteur. Meilleur acteur que beaucoup d’acteurs en fait !

J’ai été agréablement surprise par le jeu des acteurs dans l’ensemble. Suzanne Clément, qui joue sa femme, est très bonne aussi.

Je l’ai regardé avec les sous-titres français et ils correspondent à ce qui est dit par les personnages.

Un bonne série pour pratiquer votre français !

Les élections municipales en France

Non, je ne vais pas parler de politique française. J’ai simplement sélectionné un article qui parle des élections récentes qui ont eu lieu en France, dans cette période d’après confinement où les gens en ont ras-le-bol je crois. Je sais que moi, je serais au bord de la crise de nerf si je vivais dans ce pays où la politique me parait être un grand cirque.

Mais je dois dire que je suis ravie que les écolos soient les grands vainqueurs de ces élections.

J’ai trouvé cet article sur The Conversation, et si vous voulez le lire en entier, c’est ici.

Ce n’est pas que le sujet me passionne, mais le style de cet article devrait intéresser certain.e.s d’entre vous. Vous y trouverez une variété de structures et pas mal de vocabulaire que vous ne connaissez peut-être pas et que, je parierais, vous n’utilisez jamais vous-mêmes.

J’ai mis en rouge tous les verbes conjugués pour faciliter l’analyse. Vous savez que les phrases sont articulées autour des verbes et qu’un verbe = une proposition. À vous de déterminer quels sont les propositions principales, les subordonnées, les différents compléments, etc. J’ai mis en vert le vocabulaire autour du thème des élections, mais il y a d’autres mots et expressions que vous voudrez peut-être examiner. J’ai mis en bleu la plupart des connecteurs qui articulent le discours. Et en jaune, les pronoms relatifs. Vous pouvez bien sûr vous amuser à repérer les autres subordonnants.

Bonne analyse !

Réagir avec naturel : ça va pas la tête !

Quand quelqu’un agit d’une façon que nous jugeons absurde, on peut réagir avec de nombreuses expressions. En voici un petit florilège :

  • Ça va pas la tête !
  • Mais tu te prends pour qui ?
  • Non mais tu rêves !
  • N’importe quoi !
  • Non mais tu te crois où ?

Si vous voulez les pratiquer avec une intonation naturelle, vous pouvez les écouter et les répéter. Evidemment, votre intonation peut varier un peu selon le contexte. J’ai imaginé que j’avais affaire à quelqu’un qui faisait quelque chose d’absolument inacceptable. :

Récit d’une étudiante qui a réussi le DALF C1

Récemment, une de mes chères étudiantes avait préparé une PO pour son cours de français et je l’ai trouvée super. L’exposé était très clair et très bien organisé, agréable à écouter, et Lucy paraissait très à l’aise, comme si elle avait fait cela toute sa vie. Cependant, quand je l’ai connue, elle n’était pas aussi à l’aise que ça. Elle était en pleine préparation du DALF C1 et elle ressentait une pression qu’elle ne ressent plus à présent. Je lui ai donc demandé si elle accepterait d’écrire un texte pour parler de son expérience de l’examen et donner quelques conseils aux futur.e.s candidat.e.s. Malgré son stress, elle l’a réussi avec un très bon score. Et elle continue à perfectionner son français au quotidien. Voici son récit :

Il pleuvait lorsque j’ai quitté le bureau à midi pile pour aller à l’Institut Français. J’avais l’estomac noué et les mots “pourquoi, mais vraiment pourquoi ?” qui tournaient sans cesse dans ma tête. Deux heures plus tard j’étais dans une pièce sombre avec deux autres étudiants et une surveillante qui, sans dire un mot, m’a donné un choix de trois dossiers sur des sujets variés, le stimulus pour la production orale. Le lendemain j’y suis retournée pour un examen de quatre heures et demie. Le soleil brillait ; j’avais toujours l’estomac noué. Pourquoi, mais vraiment pourquoi ?

Trois ans plus tôt j’avais décidé de passer l’examen du DELF B2 – pour me prouver à moi-même, et aux autres, que j’en étais capable. Lors de mes préparations pour passer le DELF B2, je suis tombée amoureuse non seulement de la langue mais également du processus d’apprentissage. J’ai découvert que je pense différemment en français, que j’écris avec un plaisir qui me manque en anglais – même si jusqu’à présent je ne réussis guère à m’exprimer avec l’élégance, la légèreté et la simplicité que je recherche. Lire des romans ou des articles en français me fait plaisir ; écouter des podcasts français ouvre un nouveau monde dans lequel je plonge avec enthousiasme. En apprenant le français, je m’échappe et je me découvre, j’échappe au quotidien et je le découvre.

Cependant, la question se pose toujours : pourquoi passer l’examen du DALF C1 ? En fait, je n’avais aucune raison pour le faire : je n’avais pas besoin d’une attestation ni pour étudier ni pour travailler et il y avait peu de chances que je déménage en France. Donc, pourquoi me soumettais-je à la torture d’un examen qui, tout le monde s’accorde là-dessus, pose un grand défi, même pour ceux qui s’immergent chaque jour dans la langue ? J’ai besoin de défis ? Peut-être. Je suis masochiste ? Sans doute !

Franchement, je ne sais toujours pas pourquoi. Sauf que, pensais-je, peut être que le but de passer un examen exigeant me forcerait à prendre mes études de français au sérieux, à voler un peu de temps au quotidien pour l’étudier.

Étant donné que je n’ai jamais vécu en France, comment me suis-je préparée pour passer – et réussir – l’examen ? Puis, maintenant, comment va la continuation de mes études ? Ce que j’ai appris après avoir réussi le DALF C1, c’est qu’il y a encore beaucoup à apprendre, il y a encore plus à améliorer – et il y a beaucoup de choses que j’oublierais si je ne continuais pas à les pratiquer ! En fait, je dirais que plus j’apprends, plus je me rends compte de tout ce qu’il reste à apprendre !

Tout d’abord, j’ai suivi un cours qui vise à aider les étudiants à préparer cet examen. (Je n’avais pas encore eu la chance de tomber sur le site web de Manon ! Heureusement, je l’ai trouvé juste avant l’examen et j’ai vraiment mis à profit les deux cours durant lesquels j’ai pratiqué la production orale.) Selon moi, il est essentiel d’en suivre un car les quatre épreuves sont très particulières, voire bizarres pour les apprenant·e·s ! De plus, je suis une étudiante qui apprend quelque chose en le pratiquant. Mémoriser du vocabulaire et comprendre les règles de grammaire, sans les utiliser, c’est presque impossible pour moi.

Je veux discuter ici principalement les deux épreuves de production. Pourtant, avant que je ne les aborde, quelques idées sur la compréhension orale et la compréhension écrite : pour réussir ces épreuves il faut sans aucun doute beaucoup écouter et lire. C’est l’une des choses qui m’a beaucoup apporté, au-delà des exigences de l’examen : j’ai lu – et je continue à lire – des articles de science vulgarisée, d’économie, de culture française, de questions variées de société ; j’ai écouté – et je continue à écouter – des podcasts qui traitent de racisme, de féminisme, des grèves, du système de santé, de philosophie, du quotidien, etc. Grâce à mes études de français ma vie est vraiment enrichie.

De surcroit, cela m’a beaucoup aidée pour l’examen : c’est plus facile de répondre aux questions d’un examen si le sujet et le format de l’émission sont familiers. Pourtant, on doit aussi apprendre à comprendre les nuances du texte et à répondre aux questions. Utilisez les ressources en ligne. Même si l’on est très à l’aise avec le français, capable de comprendre globalement tout ce qu’on lit ou qu’on écoute, on doit apprendre ce qui est requis pour l’examen. J’ai fait tous les exercices proposés par TV5 et je pense que cela m’a été vraiment bénéfique.

En outre, la lecture d’articles vous aide également dans les épreuves de production. La production écrite comprend un essai et une synthèse – cette dernière est un exercice à la fois précis, exigeant et, selon moi, satisfaisant. Le contenu étant donné, la synthèse offre la possibilité de pratiquer la manipulation du langage. De plus, en la pratiquant, vous développerez la capacité d’apprécier ce qu’est un argument efficace – quelque chose dont vous avez besoin si vous voulez réussir l’examen du DALF C1.

L’essai argumenté est une discipline particulière : en seulement 250 mots on doit construire un argument clair, concis, écrit avec un vocabulaire sophistiqué et varié et bien structuré avec des connecteurs logiques. (Il faut que les connecteurs soient logiques ! On ne peut pas utiliser n’importe quelle sorte de connecteur !)

D’après moi, la meilleure méthode pour s’entrainer à cette épreuve est …écrire, écrire, écrire toujours plus : pas seulement des essais, mais aussi des plans. Entrainez-vous à écrire trois phrases différentes pour ouvrir un essai ou pour le conclure. Essayez d’écrire des phrases qui lient vos paragraphes (et donc vos points différents). Faites un jeu avec le langage. Mettez en œuvre la grammaire que vous venez d’apprendre. Au moment de l’examen on veut ressentir une certaine aisance à utiliser de nombreuses expressions variées, qui démontrent nos connaissances avancées mais qui conviennent aussi à l’argument (y compris la forme que l’essai prend). J’ai tendance à utiliser le subjonctif lorsque cela rend la phrase trop lourde et peu naturelle, maladroite (même si en théorie l’utilisation est correcte). Je voudrais désormais m’exprimer avec plus de clarté et de simplicité, développer ma compétence à manipuler la langue et faire plus attention au style.

Selon moi, pour la production orale on a besoin d’une structure claire, de points substantiels et exemplifiés et, dans l’idéal, d’un peu de spontanéité – une combinaison tellement exigeante ! De plus, une heure passe vite quand on a plusieurs articles à lire avant que l’on ne puisse commencer à organiser son discours.

Pour préparer une production orale, j’ai besoin d’une structure de base en tête. Je la note sur le papier pendant que je pense au sujet et que je réfléchis aux articles que je viens de lire. Cela me calme et donne également une forme à mes idées. Ce que je voudrais souligner, c’est que cette structure n’est pas rigide. En fait, elle me permet l’inverse : de me détendre, de prendre une respiration profonde, de penser plus clairement – et d’être plus fluide, plus naturelle quand je commence à parler.

L’aspect que j’ai trouvé le plus difficile, c’est la formulation d’une problématique, c’est-à-dire la question que l’on veut aborder. Après avoir éprouvé beaucoup d’anxiété, je me suis rendu compte qu’une question claire et simple qui me permet de traiter le sujet sous plusieurs angles marche bien. En fait, je pense qu’il est plus important de décider d’une question que de trouver la question parfaite. Je l’écris au centre d’une feuille de papier. Ensuite je me concentre sur le développement de mon argument, en utilisant ma structure. J’essaie d’inclure des exemples de ma vie ou de ce que j’ai lu et parfois de citer des articles du dossier. La tentation est de rédiger la production orale entière : essayez d’y résister ! Après tout, ce n’est pas une production écrite. Je crois qu’une partie importante de la production orale est la façon dont on interagit avec nos auditeurs – en les regardant dans les yeux, en souriant (oui, vraiment !), en faisant des gestes, même en hésitant. C’est un jeu. Dans la production écrite il faut jouer le jeu, en écrivant une lettre, un blog, un article. Pour la production orale, c’est la même chose : nous devons prétendre que nous sommes experts sur un sujet et très à l’aise pour en faire une présentation. Même si c’est loin d’être le cas !

Si je préparais l’examen à nouveau, je passerais plus de temps à pratiquer la deuxième partie de l’épreuve orale. Lors de l’examen lui-même, je garderais un peu de temps pour réfléchir aux questions que les examinateurs pourraient me poser.

Comme Manon le sait très bien, il y a un tas de choses sur lesquelles j’ai besoin de me concentrer pour consolider et développer mes connaissances en langue française, y compris des choses assez basiques sur lesquelles j’ai encore des doutes.

Lucy Webster, étudiante de FLE, niveau C1

Merci Lucy !

E + deux consonnes : vérification

J’ai choisi cet article car il contenait un exemple dans le titre, et plein d’autres dans le texte. Vous pouvez ainsi vérifier la règle que j’ai énoncée hier, avec les exemples surlignés en jaune.

Cependant, j’ai aussi surligné deux <e> en rose. Vous pourrez remarquer qu’ils sont suivis de deux consonnes et que la règle voudrait qu’on les prononce /ε/. Pourtant, dans recherche, comme dans reprendre, reclasser, reproduire, rechange, regrouper, etc, le <e> du préfixe <re> se prononce /ø/ ou /ə/. Parce que c’est un préfixe et qu’il se prononce ainsi. Il signifie “encore”, “à nouveau”. On le retrouve dans plein de mots (dont beaucoup de verbes), sans qu’il soit suivi de deux consonnes : relire, relecture, redire, refaire, report, repasser, remettre, etc.

J’ai par ailleurs souligné en vert 3 <ex>, pour attirer votre attention sur le fait que le <e> devant un <x> ne prend pas d’accent non plus, bien qu’il se prononce /ε/. D’autres exemples : exemple, excuse, export, exercice, sexe, index, exiger, exode, réflexe, exact, etc.

C’est une autre façon de travailler la langue à partir d’un article de journal…

E + deux consonnes

Récemment, j’ai eu la même conversation avec plusieurs élèves par rapport à l’accentuation du <e>.

J’ai relevé dans plusieurs écrits des mots orthographiés ainsi : *résponsable, *èspérer, *réstituer, *cértifier, *etc.

Pourtant, je ne vois jamais des mots tels que belle, échelle, recette, tablette, terre, verre, princesse, duchesse, etc., mal orthographiés. Ils sont également bien prononcés dans l’ensemble.

Ce qui signifie que les apprenant.e.s sont capables de concevoir que le <e> devant 2 <l>, 2 <t>, etc., se prononce /ε/ (è) même s’il n’a pas d’accent.

Selon votre langue maternelle, il est possible que les accents sur le <e> soit un véritable casse-tête pour vous. Mais il y a des règles qui peuvent s’apprendre et s’appliquer !

Quand le <e> est suivi de 2 consonnes, vous n’avez pas besoin de lui mettre un accent pour qu’il se prononce /ε/. Et oui, je sais, cela contredit la règle de phonétique qui dit que le <e> sans accent se prononce /ø/ ou /ə/.

Observez les mots suivants, ils suivent tous cette règle : espace, respect, escale, certifier, vert, inertie, delta, celte, lesbienne, festin…

Maintenant, parlons des exceptions à la règle 🙂 (Vous vous y attendiez, non ?)

Cette règle ne s’applique pas quand la deuxième consonne est un <l> (sauf si c’est un double <l>) ou un <r> (sauf si c’est un double <r>). Dans ce cas, vous devez mettre un accent sur le <e> s’il se prononce /e/ ou /ε/.

Observez : règle, espiègle, siècle, trèfle, pègre, intègre, cèdre, mètre, intégration, dégrader, mépris, régler, réplique, éplucher

Observez bien ces mots quand vous lisez pour voir si la règle se vérifie !

Philosophie du mardi

Oui, c’est mercredi, mais je l’ai écoutée hier. Et je la partage aujourd’hui. Ce n’est pas la première fois que je partage une chronique de Marina Rollman, probablement pas la dernière fois non plus. Je la trouve super drôle et intelligente. Elle ne me déçoit jamais.

Lotti Latrous, une femme extraordinaire

Quand je vivais en Suisse, je lisais beaucoup. Je vivais en Suisse italienne, et j’avais un libraire qui me donnait beaucoup de livres qu’il recevait de ses éditeurs. Je ne me souviens pas très bien pourquoi, mais je crois que comme il ne parlait pas anglais, il me demandait toujours si les livres en anglais m’intéressaient. Et en général, ils m’intéressaient et je les acceptais volontiers. J’achetais aussi beaucoup de livres et j’étais une cliente appréciée je pense.

Je ne me souviens pas s’il m’avait donné ce premier livre qui m’avait fait découvrir Lotti Latrous ou si je l’avais acheté. On était en 2005 ou 2006. J’avais été extrêmement émue par l’histoire de cette femme suisse et j’avais lu un deuxième livre qui parlait de ce qu’elle faisait en Côte d’Ivoire. J’avais dû les acheter, car ils étaient en français et mon libraire ne me donnait que des livres en anglais en fait. Je n’ai plus ces livres, je les ai probablement donné, je ne sais plus à qui, et c’est dommage car j’ai essayé de les retrouver, mais on dirait qu’ils n’existent qu’en allemand et que la version française n’est plus éditée. Le premier livre s’intitulait Lotti la Blanche.

Seriez-vous prêt.e à abandonner votre confort et votre vie facile pour aider les plus démuni.e.s, celles et ceux dont tout le monde se moque, à qui personne ne pense et qu’on laisse mourir sans pitié ?

J’aimerais dire que moi, je pourrais. Mais la vérité, c’est que si je le pouvais, je l’aurais déjà fait. Ce n’est pas comme si je ne savais pas qu’il existait des gens dans la misère. J’ai choisi la voie du confort et je ne suis pas toujours fière de moi quand j’y réfléchis. Je pique aussi des colères sur des choses tellement futiles parfois que j’en ai honte. Je m’énerve parce que le livreur m’apporte mes courses commandées en ligne trop tôt ou trop tard. Je m’énerve parce que le voisin du dessus fait un trou dans son mur avec une perceuse et que ça fait du bruit pendant 30 secondes. Je m’énerve parce que les gens marchent trop lentement devant moi et bloquent le trottoir. Bref, je nage dans le privilège et je l’oublie beaucoup trop souvent.

Lotti, elle, a choisi d’utiliser tout ce que la vie lui a offert pour aider les autres. Elle a renoncé à une vie de luxe, elle a fait le choix difficile de ne pas vivre avec son mari et ses enfants pour pouvoir continuer à aider des personnes qui, de son point de vue, avaient plus besoin de son aide qu’eux.

Si vous parlez allemand, je vous recommande vivement de lire les livres écrits sur Lotti Latrous par la journaliste Gabriella Baumann-von Arx.

Sinon, regardez cette interview en français : https://www.rts.ch/play/tv/toute-une-vie/video/toute-une-vie-avec-lotti-latrous?id=9930940

Elle dure 45 minutes et si vous êtes sensible, ayez des mouchoirs à disposition. Si vous ne pouvez pas la voir dans votre pays, je l’ai mise à disposition ici.

Le français n’est pas la langue maternelle de Lotti Latrous, mais elle le parle presque parfaitement. Je rêve d’un monde plein de Lotti. J’aimerais être capable de faire ce qu’elle a fait de sa vie. En attendant de trouver une voie sur laquelle je pourrai m’engager, je puise mon inspiration dans des femmes extraordinaires.

Dénoncer la bêtise par l’humour

Paru dans le Gorafi du 4 juin, cet article m’a fait marrer. Je le copie ici (après avoir corrigé les fautes).

Le gouvernement affirme que le nuage du racisme systémique s’est arrêté à la frontière française

Paris – Souhaitant désamorcer la crise qui s’étend à travers le monde, le gouvernement a tenu à rassurer en expliquant que le nuage du racisme systémique s’était arrêté à la frontière française, de même que toutes formes de racismes, les inégalités sociales et tous les types de discriminations raciales, ainsi que les violences policières. Reportage.

« Toutes nos datas le prouvent, l’anticyclone, courageusement, repousse et ce depuis toujours le racisme systémique au-delà de la frontière française, on a vraiment de la chance » a souligné l’expert lors de la remise du rapport à Matignon. Selon lui, tous les autres pays du monde sont touchés par ce problème à l’exception fantastique et incroyable de la France qui n’a ainsi jamais rencontré le moindre problème de racisme systémique sur son territoire et ce depuis l’époque gallo-romaine. « J’irai même plus loin, en rappelant que le mot « systémique » n’existe pas dans la langue française, vous pouvez vérifier par vous-même. Dès lors, cela prouve que nous n’avons jamais été confrontés à ce problème sociétal ».

Une fois ce point établi comme un fait authentique, la plupart des manifestants demandant la fin des violences policières et du racisme systémique se sont platement excusés et sont rentrés chez eux. « Je suis rassurée de savoir qu’il n’y a jamais eu de racisme systémique en France, je me faisais des idées pour rien, c’est incroyable quand même » a expliqué une jeune fille tout en voyant son dossier logement refusé pour la 18e fois en raison de la couleur de sa peau juste avant d’être contrôlée tout à fait par hasard par des policiers qui l’ont courageusement maîtrisée pour outrage envers agents après qu’elle a demandé son chemin.