Quoi ?

Êtes-vous à l’aise avec ce petit quoi pour poser des questions ?

Il parait facile à première vue, mais en réalité, j’ai souvent remarqué que les apprenant·e·s n’était pas très à l’aise quand il s’agissait de l’utiliser dans une question.

Pourtant, ce n’est pas sorcier ! On l’utilise soit en fin de question, posée dans un registre familier, soit en début de question, après une préposition.

  • Tu veux quoi ? (= Que veux-tu ?)
  • Il t’a dit quoi ? (= Que t’a-t-il dit ?)
  • Tu penses à quoi ? (= À quoi penses-tu ?)
  • De quoi as-tu besoin ? (= Tu as besoin de quoi ?)
  • Sur quoi t’appuies-tu pour dire ça ? (= Tu t’appuies sur quoi pour dire ça ?)
  • Avec quoi as-tu écrit ? (= Tu as écrit avec quoi ?)

Il n’est jamais le premier mot d’une question. Si vous avez envie de mettre quoi en début de question (probablement parce que vous le traduisez de what en anglais) arrêtez-vous et dites que à la place ! (ou qu’, bien entendu)

Livre : Kiffe kiffe demain

En ces temps de confinement, celles et ceux d’entre nous qui vivent seul.e.s, et qui ont donc du temps pour lire à priori, vont pouvoir en profiter.

Il y a quelques semaines, j’ai lu un petit livre très sympa, très touchant et très rafraichissant, qui m’a laissée de bonne humeur après l’avoir terminé, même si j’ai versé quelques larmes pendant la lecture.

Il est très rapide à lire. Je crois que j’ai mis deux heures au total.

La narratrice, Doria, est une ado de 15 ans, assez solitaire, qui vit seule dans une cité avec sa mère analphabète, depuis que son père est retourné au Maroc pour y épouser une femme plus jeune qui pourra lui donner d’autres enfants. Elle regarde beaucoup la télé et a une façon d’analyser le monde et les gens autour d’elle à la fois amusante et réaliste.

On croise plusieurs personnages récurrents qui font partie de la vie de Doria, certains plutôt attachants. Le ton de la narration est très oral, très facile à lire. Une de mes étudiantes qui l’a lu m’a dit l’avoir trouvé très vivant.

Je trouve que c’est un livre qui fait réfléchir au monde dans lequel on vit, à la vie à laquelle sont destinées certaines personnes, juste parce qu’elles sont nées à un certain endroit, dans un certain pays. Ça fait réfléchir aux systèmes mis en place, qui souvent entravent les gens, et qui dictent à certaines personnes quelle doit être leur place dans ce monde, sans leur donner la possibilité d’en choisir une autre. Le ton est léger et on sourit beaucoup, mais les thèmes abordés ne le sont pas forcément et on a aussi parfois une grosse boule dans la gorge.

En voici un petit extrait:

Mme Burlaud vient de me proposer un truc chelou : un séjour aux sports d’hiver organisé par la municipalité. Elle a insisté en disant que ce serait bénéfique pour moi, que j’allais rencontrer du monde, me couper un peu du quartier. Ca devrait peut-être m’aider à m’ouvrir aux autres.

Je veux pas y aller parce que j’ai pas envie d’abandonner ma mère, même si c’est rien qu’une semaine. Et puis les séjours en groupe, avec des gens que j’ai même pas choisis, hors de question ! Rien que le voyage, même pas en rêve. Huit heures dans un car qui pue le vomi, où on chante des chansons des années quatre-vingt et où on fait des pauses-pipi toutes les demi-heures, laisse tomber !

Au début Mme Burlaud elle croyait que c’était à cause des sous que je voulais pas y aller.

– Tu sais comment ça se passe, on en a déjà discuté ensemble. Ça va rien coûter à ta mère si c’est ça qui te préoccupe…

De toute façon, le ski ça pue la merde. C’est comme si tu faisais du toboggan debout avec un bonnet et une combinaison boudinante et fluo. Je le sais, j’ai déjà regardé des compétitions de ski à la télé.

Vous pouvez observer, entre autres, qu’elle utilise beaucoup d’argot, du verlan, et qu’elle ne s’encombre pas des deux parties de la négation.

L’autrice, Faïza Guène, avait 19 ans quand ce premier livre a été publié. Depuis, elle en a écrit d’autres, que j’ai très envie de lire.

Elle était l’invitée de l’épisode 3 de Kiffe ta race, l’un de mes podcasts préférés, dans cet épisode.

dont VS duquel

La semaine dernière, je parlais des pronoms relatifs composés dans ce post.

On m’a souvent demandé quand il fallait utiliser dont plutôt que duquel et vice versa et s’il y avait une explication logique.

Bien sûr qu’il y a une explication logique ! Et pas très difficile en fait.

Observez :

  • Je n’aime pas la façon dont tu me parles.
  • C’est le livre dont j’ai besoin.
  • Voici la peinture dont je suis très fière.
  • C’est l’hôpital en face duquel ma sœur habite.
  • C’est le fleuve le long duquel j’aime me promener.
  • C’est l’arbre à gauche duquel on a trouvé un trésor.

Ce qui perturbe les apprenant·e·s, et d’après mes observations, les locuteurs natifs parfois aussi, c’est le fait que dans les deux cas, la préposition DE est impliquée. On emploie dont pour remplacer un complément introduit par de, et duquel (desquels, desquelles, de laquelle) est la contraction de de + lequel (de + lesquels, de + lesquelles). Alors comment sait-on s’il faut utiliser dont ou duquel ?

Dans les 3 premiers exemples :

  • tu me parles d’une façon que je n’aime pas
  • j’ai besoin de ce livre
  • je suis fière de cette peinture

Dans les 3 derniers exemples :

  • ma sœur habite à côté de cet hôpital
  • j’aime me promener le long de ce fleuve
  • on a trouvé un trésor à gauche de cet arbre

Vous pouvez observer que l’on utilise duquel après un groupe prépositionnel et que dont remplace un complément de nom, un complément de verbe ou un complément d’adjectif.

Pas si difficile que ça ! 😉

Pronoms relatifs composés

Ces pronoms ont tendance à stresser mes élèves. Je m’en amuse un peu, car ces apprenant·e·s qui redoutent les pronoms relatifs ont souvent bien intégré des notions à mon avis bien plus compliquées.

Mais le fait qu’ils et elles s’inquiètent autant n’est pas si étonnant en réalité. Pour maitriser l’utilisation des pronoms relatifs composés, il faut surtout maitriser les constructions verbales. Puis il faut penser vite et anticiper, car le verbe dont va dépendre le pronom relatif sera prononcé plus tard dans la phrase. Une seconde plus tard tout au plus, mais plus tard tout de même.

Pour commencer, de quoi parle-t-on quand on parle de pronoms relatifs composés ?

Petit rappel important : un pronom est un mot qui remplace un nom, habituellement déjà mentionné dans la phrase ou dans une phrase précédente, dans le souci d’éviter la répétition. Plus rarement, il sera fait mention du nom plus tard dans la phrase.

Vous connaissez les pronoms relatifs simples : qui (sujet), que (COD), dont (remplace un complément introduit par de) et (complément de lieu ou de temps). Ils introduisent une proposition relative et on les utilise constamment.

Les pronoms relatifs composés s’utilisent après des prépositions et sont les suivants : lequel, lesquels, laquelle, lesquelles. Quand ils suivent la préposition à, ils deviennent auquel, auxquels, à laquelle, auxquelles. Et quand ils suivent une locution prépositionnelle (près de, à côté de, à droite de, au cours de, etc.), ils deviennent duquel, desquels, de laquelle, desquelles. Ils remplacent généralement des objets ou des concepts, mais peuvent aussi être utilisés pour se référer à des personnes, mais qui, à qui et de qui, etc. sont aussi corrects si l’on parle de personnes (voire plus facile si vous avez des doutes).

Maintenant, on arrive au moment où cela se complique. Quand doit-on les utiliser ?

  • C’est la raison pour laquelle je ne suis pas contente. – Raisonnement : Il m’a menti. Je ne suis pas contente pour cette raison.
  • Le spectacle auquel j’ai participé était intense. – Raisonnement : J’ai participé à ce spectacle.
  • Ils ont détruit le bâtiment à l’intérieur duquel on s’est rencontrés. – Raisonnement : On s’est rencontrés à l’intérieur de ce bâtiment.
  • C’est la femme pour laquelle il a tout quitté. = C’est la femme pour qui il a tout quitté. – Raisonnement : Il a tout quitté pour cette femme.

Quelques phrases tirées de l’actualité à analyser :

  • La nouvelle selon laquelle le taux de décès du coronavirus de Wuhan serait maintenant de 3,4% en a pris plus d’un par surprise.
  • Nous avons aussi programmé des jeux intervillages pour lesquels nous recherchons des communes volontaires.
  • Trois clés pour comprendre quelles sont les institutions auxquelles les Français font le plus confiance.
  • Ce geste auquel le pape François n’a pas pu résister.
  • … en face du navire à bord duquel se trouvent environ 2400 passagers et 1100 membres d’équipage.
  • Les plus contraignantes, au premier rang desquelles le confinement de millions de personnes, ont déjà été prises par la Chine.

Dans un prochain post, je parlerai de la différence entre dont et duquel, pas toujours très claire pour les apprenant·e·s.

Une petite victoire

Le mois dernier, je mentionnais dans un post quelque chose qui s’était passé avec un des entraineurs de ma salle de sport. Il avait tenu un discours tellement aberrant pour moi que j’en avais perdu le sommeil. Il n’y avait pas eu que cet incident, mais il y avait largement contribué car je devais, entre autres, me poser la question de savoir si j’allais continuer à aller à la gym ou non.

Je ne suis jamais retournée au cours de CrossFit quand c’était lui qui faisait cours. Et malheureusement pour moi, il fait cours les jours qui me conviendraient le mieux. Alors, comme l’abonnement à cette salle de sport est super cher et que j’ai décidé que je ne pouvais pas faire abstraction de cet incident et ne souhaitais en aucun cas me retrouver en présence de cet homme, j’ai pris la décision de le résilier.

J’ai rempli le formulaire en ligne pour donner mon préavis de 30 jours, et je me suis dit que j’irais aux cours du coach que j’aime bien pour ce dernier mois, même si ce n’est pas très pratique et que je ne peux pas y aller très souvent. Le formulaire demandait d’évaluer la gym et de laisser un commentaire. J’ai écrit simplement que je n’étais plus à l’aise avec tous les entraineurs et que comme je ne pouvais plus venir autant que je le souhaiterais, cela n’avait pas de sens que je continue à payer pour cet abonnement. J’ai aussi suggéré que, considérant qu’ils travaillaient avec toutes sortes de personnes, de cultures variées et chacune avec sa propre histoire, les entraineurs pourraient suivre une formation qui les sensibiliseraient à certains sujets.

J’ai reçu une réponse du propriétaire de la gym s’excusant de la situation. Il pensait que c’était lui qui m’avait poussée à prendre cette décision, et comme j’avais assisté à un de ses cours pour la première fois quelques jours auparavant, je peux voir comment il a fait ce rapprochement, bien qu’il n’ait absolument rien dit ou fait qui aurait pu m’offenser. Il a même résilié mon abonnement sur-le-champ, pensant que c’était ce que je voulais.

Je lui ai donc répondu que cela n’avait rien à voir avec lui mais qu’il y avait certains sujets sur lesquels je n’avais aucune envie de faire des compromis et qu’il y avait des gens que je refusais de fréquenter une fois que je connaissais leur vision du monde.

Il a décidé de poursuivre la conversation et m’a affirmé qu’il comprenait et respectait ma décision, mais qu’il se demandait toutefois si cela pouvait être un malentendu qui pouvait être résolu. Il a ajouté qu’il était persuadé que le coach serait ouvert d’esprit et prêt à entendre mon point de vue.

Ce à quoi j’ai répondu par un long email dans lequel j’ai expliqué que pour moi, il n’y avait aucun malentendu et que non, cela ne pourrait pas se régler comme ça. J’ai entendu ce que j’ai entendu et je ne peux pas le “désentendre” (je ne crois pas que ce soit un mot, mais si le français avait la flexibilité de l’anglais, c’en serait un). Je lui ai expliqué que je refusais de m’imposer d’être en présence de qui que ce soit qui perpétuait la culture du viol, en l’occurrence en défendant un violeur avéré en disant qu’il n’était pas le genre d’homme à faire ça. Que d’être riche et célèbre ne voulait pas dire qu’on était un homme bien. Que n’importe quel criminel était un mec super aux yeux de certains. Et que quand je disais à mon coach que j’avais un problème avec le fait qu’on fasse d’un violeur un héros et que ce coach me répondait que les femmes accusent les hommes célèbres de viols pour l’argent et que le violeur qui a reconnu les faits n’était pas le genre d’homme à faire ça, cela me causait un vrai problème. Je lui ai dit que c’était débile, dangereux, et que ça me dégoutait. Et que pour moi, il n’y avait pas de marche arrière possible.

Puis j’ai continué mon email en lui disant qu’en tant que coach, ce mec devrait faire attention aux idées qu’il défend. J’ai ajouté plusieurs autres points et j’ai même partagé un article de Roxane Gay sur ce sujet que j’ai lu et relu et qui m’a fait un bien fou. (J’adore Roxane Gay)

Puis je lui ai dit que maintenant, il savait exactement pourquoi je ne voulais plus venir à la gym et qu’il pouvait faire ce qu’il voulait de cette information.

Il m’a remerciée d’avoir partagé cette histoire et mon point de vue avec lui et m’a dit qu’il allait prendre un peu de temps pour digérer toutes ces informations, qu’il allait enquêter de son côté et revenir vers moi.

Le soir, mon dernier cours de français ne finissait pas trop tard alors je suis allée au CrossFit car c’était mon coach préféré qui faisait cours.

Le patron de la salle de sport m’attendait à la fin du cours et m’a demandé s’il pouvait marcher un peu avec moi. J’ai accepté et il m’a dit qu’il avait parlé avec le coach, qu’il le connaissait depuis un moment et qu’il ne pensait vraiment pas qu’il soit sexiste. Je lui ai dit que je me contrefichait de son opinion et que sa parole d’homme n’avait aucune valeur à mes yeux si c’était pour contredire la mienne à ce sujet. J’ai fait le parallèle avec le racisme pour qu’il comprenne mieux, en lui disant que s’il me disait qu’un type blanc était un gros raciste et que je lui disais “non, tu dis n’importe quoi, je le connais bien, il est pas raciste du tout”, ma parole et mon opinion à ce sujet n’auraient, pour les mêmes raisons évidentes, aucune valeur. On a continué à discuter et comme on était presque chez moi, je lui ai proposé de venir boire un coup. On s’est arrêtés au magasin du coin de la rue, on a acheté de quoi boire un coup et on est allés chez moi. Mon mari, qui est à la fois non blanc et féministe, était là et nous avons discuté tous les trois pendant trois heures. Ce fut une discussion très intéressante et très sympa.

Le lendemain, j’ai reçu un texto de ma copine du CrossFit, qui était là le jour où le coach a fait ce commentaire dégueulasse, me disant que les entraineurs avaient demandé à lui parler après le cours pour lui demander son ressenti par rapport à tout ça. Elle m’a soutenue à 100%, parce qu’elle est complètement d’accord avec moi, même si elle a fait le choix de continuer d’aller à ses cours, et leur a dit que ce qu’il avait dit était complètement idiot et irrespectueux des femmes et que les accusations des femmes étaient trop souvent ignorées et rejetées sous prétexte que le mec était riche et/ou célèbre. Apparemment, l’entraineur en aurait parlé avec sa compagne qui lui aurait dit que c’était un sujet très sensible. Ma copine m’a raconté qu’il s’était excusé, mais son impression à elle, c’est qu’il ne se rend pas vraiment compte de la gravité de ce qu’il a dit. Mais au moins, maintenant, il sait !

Alors je lui ai dit, super, on change le monde un homme à la fois… À ce rythme là, la planète a le temps d’exploser avant qu’on ne voie quelque changement que ce soit !

Mais cette semaine, j’ai reçu un email du propriétaire de la salle de sport me disant qu’il avait apprécié notre discussion et que je pouvais continuer à aller en cours pour le dernier mois, gratuitement. Puis il m’a assuré qu’il prendrait des mesures pour que son personnel soit mieux formé pour mieux servir les clients. Et il a conclu en disant qu’il espérait qu’avec le temps, je laisserais une chance à cet homme de s’excuser en personne et que s’il savait alors ce qu’il sait maintenant, il n’aurait pas tenu le même discours et qu’il souhaiterait me parler autour d’un café.

Je ne vois pas ma victoire dans le fait que je peux aller pratiquer le CrossFit gratuitement ce mois-ci si ça me chante, mais dans le fait que peut-être, un homme qui tenait ce genre de propos abjects encore récemment, va réfléchir à son comportement, à ses paroles, et prendre conscience de la réalité dans laquelle vivent les femmes. Peut-être qu’il va être plus attentif et plus sensible à notre cause. Peut-être qu’il va décider de s’instruire sur le sujet et qui sait, faire passer le mot parmi ses potes sexistes. Mais il est aussi possible qu’il ne change pas et qu’il fasse semblant d’être désolé parce que cela s’est passé sur son lieu de travail et que son patron s’en est mêlé.

Je n’ai aucune envie d’aller boire un café avec lui. Déjà parce que je ne bois pas de café, et ensuite parce que c’est trop frais et que je ne pense pas qu’il ait eu le temps de réfléchir à tout ceci en profondeur. Je ne dis pas jamais, mais pas pour l’instant. Si je le recroise dans un autre contexte à l’avenir et qu’il choisit de venir me parler et que je le sens sincère et plus informé sur le sujet, alors pourquoi pas. Mais pas maintenant.

Quant à aller en cours ce mois-ci, je ne sais pas. J’adore le CrossFit, mais j’avais l’intention de payer pour le dernier mois, et accepter d’y aller gratuitement me donnerait un peu l’impression qu’on achète mon silence, en quelque sorte. Qu’on me fait un cadeau pour que je passe l’éponge sur cet incident, pour que je l’oublie. Mais je ne veux pas l’oublier et je ne vais pas l’oublier. Ce n’est pas un problème personnel, même s’il m’affecte personnellement. C’est le problème de toutes les femmes qui ont été abusées, de toutes les femmes qui ont raconté leur histoire et qui n’ont pas été crues, de toutes les femmes qui doivent se plier au système patriarcal et s’écraser constamment parce que la société exige qu’elles restent à “leur” place, de toutes les femmes qui se retrouvent sans voix quand quelqu’un leur dit que c’est la faute des filles/femmes si elles se font violer, etc. Si je retournais au CrossFit maintenant, juste parce que je n’ai pas besoin de payer, j’aurais l’impression de trahir ce en quoi je crois.

Du coup, j’ai repris la Zumba.

Internet et vie privée

Le coronavirus et les mesures mises en place par les différents gouvernements de mon côté de la planète ont un peu chamboulé ma routine dernièrement et bien que je travaille en ligne et ne devrais pas être très affectée, je le suis. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais ma routine quotidienne a été bouleversée car je ne vis pas seule et que mon mari, qui lui ne travaille pas en ligne, a dû se plier à certaines décisions prices par le gouvernement et par son employeur. Mon voyage au Japon, que j’ai passé des heures à préparer, va probablement être annulé et ma déception est immense. Mais j’essaie de me dire que le Japon devrait toujours exister une fois que l’épidémie se sera calmée, et j’y retournerai alors.

J’ai eu l’impression que ce virus était le thème principal des actualités dernièrement et je n’avais aucune envie d’écrire à ce sujet. Alors pendant mon temps libre, j’ai lu, j’ai fait du sport et j’ai regardé Netflix.

Puis j’ai recommencé à lire la presse et je suis tombée sur ce court article dans Courrier International, hebdomadaire auquel je suis abonnée et dans lequel on peut lire un tas d’articles de journaux du monde entier, traduits en français (l’abonnement numérique n’est pas très cher, jetez-y un œil !)

Il y a quelques mois, j’ai lu Permanent Record, d’Edward Snowden, que j’ai trouvé fascinant et aussi plus qu’un peu flippant. Je n’ai pas grandi avec Internet, j’ai commencé à l’utiliser quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai eu ma première adresse email à 22 ans, quand j’ai quitté la France et que c’est devenu nécessaire de communiquer à distance à moindre prix. J’ai eu mon premier smartphone il y a sept ans et cela ne fait pas très très longtemps que j’ai le réflexe de tout chercher sur Internet. J’ai effectué ma première commande sur Amazon en février 2008, je viens de vérifier. C’était un sac de sport Puma, que j’ai encore d’ailleurs.

Je pense que je suis assez prudente en ligne, mais en réalité, il y a aussi des moments où ça me soule de lire toutes les conditions et je clique que j’accepte pour pouvoir naviguer sur tel ou tel site. En général, je prends le temps de refuser tout quand c’est possible, mais certains sites restent très vagues et l’option de refuser la collection de mes données n’est pas présentée clairement. Puis selon les pays où sont enregistrés les sites, les lois sont différentes. Et comme je ne suis pas la personne la plus renseignée à ce propos, je ne sais pas vraiment où vont mes données. Une partie de moi se dit que je n’ai rien à me reprocher et que ce n’est pas bien grave, mais une plus grande partie de moi, celle qui adore les dystopies, est grandement dérangée par ces procédés. Je le suis d’autant plus depuis que j’ai lu le livre de Snowden, qui explique très clairement à quel point nous sommes tous surveillés.

Dans cet article, j’ai mis plusieurs éléments en évidence que vous pouvez observer : en vert, des expressions et des collocations, en bleu, du vocabulaire en rapport avec Internet, en rouge, deux verbes associés à des noms que mes étudiant·e·s utilisent peu, voire pas du tout, et j’ai surligné en bleu des connecteurs (j’ai choisi de mettre au détriment de dans le lot, car c’est une bonne expression à connaitre, mais je la vois peu et l’entends peu chez mes élèves), et en jaune des structures à observer. Pratiquez-vous l’inversion dans les phrases affirmatives ? L’avez-vous déjà observée ? Et le pronom neutre ce, le maitrisez-vous ?

Accents aigu, grave, circonflexe et tréma

Si je vous demande sur quelles lettres on peut trouver chaque accent, êtes-vous capable de répondre avec certitude ?

Je remarque régulièrement que ce n’est pas forcément évident pour les étudiant·e·s avancé·e·s alors si vous n’êtes pas sûr.e, continuez à lire.

L’ACCENT AIGU

Il ne se trouve que sur le E – éléphant, marché, bébé…

L’ACCENT GRAVE

  • sur le A, dans la préposition à et dans l’adverbe là
  • sur le U, uniquement dans le pronom où
  • sur le E – mère, collège, progrès, succès…

L’ACCENT CIRCONFLEXE

  • Avec les rectifications orthographiques de 1990, l’accent circonflexe n’est plus nécessaire sur le I et le U dans beaucoup de mots, mais il est maintenu dans certains mots pour distinguer les homophones : boite VS boîte, croit VS croît, du VS dû, jeune VS jeûne, etc. Il est aussi maintenu au passé simple, au passé antérieur, au subjonctif imparfait et au subjonctif plus-que-parfait.
  • sur le A – tâche, gâteau, château…
  • sur le O – hôtel, hôpital, côté…
  • sur le E – fenêtre, forêt, bête…

LE TRÉMA

  • sur le E – Israël, Raphaël, Gaël…
  • sur le I – maïs, coïncidence, haïr, astéroïde…
  • sur le U – la réforme de l’orthographe recommande de mettre l’accent sur le U dans les suites güe, güi, ainsi que geü quand on prononce /ʒy/. Quelques exemples : aigüe, ambigüe, exigüité, argüer, gageüre

Livre : Beauté fatale

Le mois dernier, j’ai beaucoup lu. Je tiens ma résolution de ne lire que des livres écrits par des femmes. Que j’ai d’ailleurs élargie en décidant de ne regarder que des séries et des films soit réalisés ou produits par des femmes, soit avec au moins une femme comme personnage principal, ou qui traitent de discriminations que subissent d’autres groupes. J’ai adoré Fleabag et Big Little Lies, que je recommande vivement, même si ce n’est pas en français. Et l’on peut trouver des listes en ligne de séries et de films réalisés par des femmes sur Netflix. Je les ai mis dans ma liste.

J’ai adoré tous les livres que j’ai lus en janvier et je ne saurai dire lequel j’ai préféré, car ils m’ont tous apporté quelque chose de différent.

Mais j’ai découvert l’écriture de Mona Chollet, journaliste et essayiste suisse que j’avais déjà écoutée dans un podcast et que j’avais trouvée fascinante. J’ai plusieurs livres d’elle qui m’attendent, mais j’ai commencé pas Beauté fatale, un livre qui parle de l’industrie de la beauté et de ce qu’elle fait aux femmes en particulier et à la société en général. C’est un livre tellement riche en informations et tellement profond et juste dans sa réflexion que je ne sais pas par où commencer pour en parler. Cela fait deux ou trois semaines que je veux écrire un post à ce sujet, mais il y a trop de choses à dire et j’ai été un peu bloquée.

Mona Chollet analyse les diktats de la beauté et démontre comment l’industrie de la beauté s’est infiltrée dans nos vies et participe au sexisme ambiant. Comment nous, les femmes, en sommes arrivées à détester notre corps car il ne correspond pas aux images dont nous sommes matraquées à longueur de temps et dont on nous dit qu’elles sont les seules représentations de la beauté possibles, et que, évidemment, toute femme qui se respecte doit aspirer à être aussi belle que possible. 🤮

A travers sept chapitres, elle analyse les discours publicitaires, les séries télé, la presse féminine, des enquêtes sociologiques, des témoignages de mannequins et autres, et nous explique comment le monde dans lequel nous vivons nous pousse à nous détester, à être mal dans notre peau, à ne voir notre valeur que dans le regard des hommes, et ainsi à être éternellement soumises et subordonnées.

J’aime penser que je suis plutôt intelligente et que j’ai toujours été féministe. Mais si je veux être honnête, j’ai longtemps pensé que ma valeur était dans le regard des hommes. J’ai toujours détesté me faire emmerder dans la rue, mais adolescente, si j’avais peur quand les hommes me faisaient des commentaires sexistes dans la rue, des “compliments” selon eux, j’étais aussi immensément flattée de l’attention, car j’étais persuadée d’être moche comme un pou. Si un homme, aussi moche et dégueulasse soit-il me remarquait, c’est que peut-être je n’étais pas aussi horrible que ça. Complètement tordu, non ? J’ai un peu envie de vomir en y repensant, et je suis ravie d’avoir évolué et d’avoir arrêté de penser de cette manière il y a bien longtemps (et de ne plus avoir peur de dire aux hommes d’aller se faire mettre tout en leur montrant mon majeur) mais j’ai compris maintenant pourquoi je ressentais ce besoin de validation, et pour en avoir discuté avec beaucoup de femmes, je sais que je n’étais pas la seule. Et je sais aussi que même si les choses évoluent et que les nouvelles générations sont plus “woke”, il y a encore trop de femmes qui pensent que leur valeur ne peut être validée que par le regard des hommes, qui se retrouve dans la mode, à la télé, au cinéma, dans la pub, et partout en fait.

Mona Chollet parle plus spécifiquement de la France dans son livre et comme pour beaucoup de mes autrices préférées, son regard critique est en plein dans le mille.

Dans le premier chapitre, elle parle de la série Mad Men. Je ne l’ai pas vue et je la regarderai si je prends ma retraite un jour et que j’ai plus de temps, mais elle m’a été recommandée par plusieurs amis dont j’approuve les gouts en général. Mona Chollet la décrit assez bien pour que l’on puisse comprendre que la série se déroule dans les années 60, à une époque où le sexisme régnait et où j’aurais détesté vivre.

Puis elle écrit : “On reste donc pantois en découvrant, lorsque le phénomène déferle pour de bon sur la France, à l’automne 2010, sur quoi se fonde l’engouement pour Mad Men : sur les jolies robes. Sur le style. Couturiers et magazines de mode se sont emparés de l’univers de la série, à laquelle ils multiplient les hommages. “Quelle jeune femme d’aujourd’hui n’a pas envie d’un brushing impec et de jolis ongles carmin ? C’est l’effet Mad Men ! s’extasie Elle. “Alors que nous vivons aujourd’hui dans un monde où le style casual est devenu la norme, Mad Men ressuscite une période où chaque femme faisait l’effort de s’habiller avec soin pour mettre en valeur sa féminité” écrit L’Express Styles.” (🤢🤢🤢 = moi)

Et voici une petite capture d’écran avec des passages que j’ai surlignés pour moi-même.

Tout ça se trouve dans les premières pages du livre. J’ai été happée immédiatement.

Du début à la fin, c’est un livre fascinant.

Un cafard du nom de votre ex

Vous avez peut-être déjà entendu cette information insolite à l’approche de la Saint-Valentin, que vous viviez aux États-Unis ou non. J’ai trouvé ce court article dans Courrier International, traduit d’un article de CNN, qui vous amusera peut-être si vous n’en aviez pas entendu parler.

Personnellement, je ne suis pas sure que j’aurais participé si j’avais été dans le coin, mais l’idée m’amuse beaucoup. Je ne fête pas la Saint-Valentin, tout comme je ne fête pas les autres fêtes commerciales dont le seul but est de nous faire consommer et dépenser de l’argent, mais pour 5 dollars, j’aurais peut-être hésité à y prendre part cette fois-ci. J’aurais choisi d’imaginer que le cafard était une personne bien pire qu’un de mes ex par contre.

L’article est court, et donc idéal pour une petite analyse rapide. J’ai mis plusieurs éléments en évidence : en rose, les de, du et des (article indéfini ? article partitif ? préposition ?) en vert les prépositions pour, par et en (observez comment elles sont utilisées, quel est leur rôle dans la phrase, quel nom elles précèdent, etc.) en jaune, le pronom complément en (que remplace-t-il ?) et en rouge, des structures verbales. Comment les comprenez-vous ? Font-elles partie de votre vocabulaire actif ?

Bonne analyse !

Avoir ses règles en Inde

Je ne connais aucune femme qui pense qu’avoir ses règles est une partie de plaisir. Mais jusqu’à récemment, je n’avais pas vraiment conscience que même dans les pays riches, il y a des femmes pour qui choisir entre s’acheter à manger et s’acheter des protections périodiques est une réalité

Je savais par contre qu’avoir ses règles en Inde était une raison de plus pour traiter les femmes comme des citoyennes de seconde classe, voire de troisième classe, voire d’aucune classe du tout. J’ai lu pas mal sur le sujet et j’ai eu l’occasion de l’aborder avec des femmes indiennes. Je savais qu’une femme hindoue ne pouvait pas entrer dans un temple hindou durant ses règles car j’ai visité des temples hindous avec des amis indiens et mon amie, qui avait alors ses règles, nous attendait à l’extérieur à chaque fois. N’étant croyante en aucun dieu, c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à comprendre, et je lui ai fait remarquer que personne n’irait vérifier. Mais pour elle, pourtant féministe convaincue, c’était juste impensable d’enfreindre cette règle (sans aucun doute créée par des hommes).

Quand j’ai lu cet article ce weekend, j’ai bouilli de colère. J’ai envie d’hurler, j’ai envie de tout casser, j’ai envie de pleurer, je me sens désemparée. Quel est ce monde dans lequel on vit, où tout est bon pour humilier les femmes ?

Pour faire un peu de français en même temps qu’on se révolte, j’ai mis en rouge des verbes et des constructions verbales à observer, en vert, des groupes prépositionnels et en bleu, des connecteurs. L’article n’est pas très compliqué linguistiquement, mais c’est bon de parfois reprendre quelques bases et d’observer des structures qu’on est supposé connaitre mais sur lesquelles on a parfois des hésitations.

Sur un autre thème – le racisme – ce weekend, j’ai regardé le documentaire d’Ava DuVernay, 13th, sur Netflix, qui m’a laissée en larmes et auquel j’ai du mal à arrêter de penser. Les derniers mots prononcés dans ce documentaire résonnent encore en moi. L’homme dit que les gens affirment tout le temps qu’ils ne comprennent pas comment les gens pouvaient tolérer l’esclavage, comment avaient-ils pu accepter ce système, comment les gens avaient pu aller à des lynchages et y participer, comment les gens pouvaient-ils accepter la ségrégation, c’est complètement fou, que s’ils avaient vécu à cette époque, ils n’auraient jamais toléré tout ça (ma grammaire et ma concordance des temps, c’est un peu n’importe quoi ici, mais j’essaie de traduire ce dont je me souviens et de retranscrire le discours direct et ça donne un drôle de résultat). Puis il dit, très justement à mon avis, que nous vivons à cette époque et que nous le tolérons.

Comment peut-on tolérer le traitement réservé aux Noirs aux Etats-Unis (et partout ailleurs) ? Comment peut-on tolérer le traitement réservé aux femmes en Inde (et partout ailleurs) ? Comment peut-on tolérer le traitement réservé aux homosexuels, aux handicapés, aux gros, aux pauvres, etc. ? La violence de ce monde est intolérable, mais la plupart d’entre nous la tolérons, voire l’ignorons totalement.