Les gens

La gente en espagnol. La gente en italien.  Et dans les deux langues, le verbe qui suit est au singulier. Par conséquent, les étudiants hispanophones et italophones ont tendance à vouloir faire de même en français. J’ai souvent entendu des phrases telles que celle-ci : *Les gens va en vacances en été. Mais en français, “les gens” est toujours suivi d’un verbe au pluriel !

Les gens sont fous. Les gens du nord ont un accent. Les gens pensent souvent que la capitale de l’Australie est Sydney. Les gens aiment qu’on leur fasse des compliments.

Ce qui m’intrigue un peu plus, c’est quand les étudiants anglophones font la même erreur. People est bien suivi d’un verbe au pluriel en anglais (people are crazy). Peut-être est-ce parce que quand il signifie “peuple” plutôt que “gens“, il est aussi suivi du singulier ?

Le président français

Il y a presque exactement un an, les Français élisaient un nouveau président. Mes étudiants savent que je ne suis pas une passionnée de politique mais j’essaie de suivre un peu, de loin, ce qui se passe en France. Pour ceux qui s’intéressent à la politique française, voici une petite vidéo sortie pour le premier anniversaire de Macron à la tête de l’Etat français :

Faubourg 36

Cette semaine , j’ai fait deux trajets en car de cinq heures chacun. J’avais prévu de lire, ce que j’ai pu faire quelque temps, mais j’avais aussi téléchargé quelques vidéos au cas où j’aurais du mal à me concentrer. Les cars en Espagne ont tendance à être beaucoup plus bruyants que les cars au Japon, à mon grand désespoir, et je trouve vraiment difficile de lire quand les gens parlent fort autour de moi. Du coup, j’ai branché mes écouteurs pour m’isoler et au lieu de m’apitoyer sur mon sort et de maudire la vie de ne pas m’avoir donné de jet privé, j’ai regardé des vidéos.

Je n’avais jamais entendu parler de Faubourg 36, mais comme il était téléchargeable sur Netflix, je me suis dit que j’allais l’essayer. Et je ne regrette pas de l’avoir fait. Je ne suis pas spécialiste des années 30, alors je ne sais pas si l’atmosphère du film est fidèle à celle de cette époque, mais elle est sans aucun doute très différente de l’atmosphère moderne. J’ai aimé les acteurs et même si l’histoire n’est pas transcendante, je l’ai trouvée touchante.

Période d’avant-guerre, quartier populaire de Paris (au sens de working-class, pas de well-liked), spectacles de music-hall, montée des extrêmes, meurtre, accordéon… Un film très français. Je me demande toujours comment le public étranger réagit à ce genre de film.

Plus QUE ou plus DE ?

Voici un point de grammaire sur lequel les étudiants sont souvent hésitants. Moi-même, je me souviens n’avoir jamais vraiment été à l’aise en italien, même quand je le parlais plutôt bien. Dit-on piu che ou piu di, et quelle est la différence ? Je ressens cette hésitation en français chez beaucoup de mes étudiants. On apprend le comparatif assez tôt dans l’apprentissage du français langue étrangère et on retient qu’on utilise que après plus. Cependant, cela ne signifie pas que l’on doit toujours utiliser que.

On dit bien :

  • Marie est plus jeune que son frère. (She’s younger than her brother)

 

Ce genre de structure ne pose pas vraiment de problème. La confusion vient généralement quand il faut mettre un nombre, ou une quantité, après plus.

Pour dire there are more than 280m French speakers in the world, on ne dit pas *Il y a plus que 280 millions de locuteurs francophones dans le monde. On dit : Il y a plus de 280 millions de locuteurs francophones dans le monde.

On dit aussi :

  • J’ai couru plus de 20 kilomètres hier.
  • Elle a vécu plus de 100 ans.
  • J’ai mangé plus de la moitié du paquet de biscuits.

Toutefois, il n’est pas complètement impossible de trouver plus que + nombre. Par exemple, j’organise une fête avec une amie et on fait une liste des boissons à acheter. Elle écrit sur une liste “10 bouteilles de champagne”. Je vois ça et je lui dis : Je pense qu’il nous en faudra plus que 10 !

J’aurais pu dire “plus de 10”, mais j’ai choisi de dire “plus que 10”, qui veut dire en quelque sorte “plus que ça”, “plus que le nombre que tu as suggéré”.

Dans l’exemple avec les locuteurs francophones, on pourrait aussi dire “que”, mais il faudrait que quelqu’un ait dit auparavant qu’il y avait 280 millions de locuteurs pour que je dise ensuite que je n’étais pas d’accord et qu’il y en avait plus que ça. L’intonation serait différente et le sens aussi, même si subtilement. En anglais, ce qui ne facilite pas les choses, la traduction serait la même mais dans le premier exemple j’écrirais: There are more than 280m French speakers in the world ; dans le second  : There are MORE than 280m… Dans le premier exemple, on donne simplement une quantité et dans le second, on insiste sur la quantité.

ça n’a pas de sens

Je me trompe parfois en espagnol pour dire ceci car je le traduis de l’anglais et je dis “no hace sentido” au lieu de “no tiene sentido“.

Il semblerait que les étudiants fassent la même chose en français car j’entends parfois “ça ne fait pas sens” au lieu de “ça n’a pas de sens“.

La traduction de “it doesn’t make sense” est pourtant bien “ça n’a pas de sens“.

Les Français et la politesse

Voici un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et provoqué de nombreux débats, alors je ne pense pas avoir quoi que ce soit de nouveau à ajouter, si ce n’est quelques anecdotes personnelles.

Récemment, j’étais au Portugal et je me baladais avec mon mari quand une Américaine nous a interpelés avec un très direct “What time do you have?” On lui a donné l’heure et j’ai tout de suite dit à mon mari que cette façon de faire ne passerait pas du tout en France. Pas de “bonjour“, pas de “excusez-moi“, et une question posée en anglais alors qu’on est dans un pays où, même si les gens le parlent très bien, l’anglais n’est pas une langue officielle. Une recette excellente pour agacer un Français ou une Française. En France, c’est très mal vu de ne pas saluer et s’excuser quand on s’adresse à un inconnu dans la rue pour demander une information. Comme c’est très mal vu de s’adresser à un vendeur pour lui demander un renseignement sans lui avoir tout d’abord dit bonjour. Alors que dans d’autres pays, on ne pense pas du tout en ces termes.

La politesse, notre perception de ce qu’est la politesse, est à mon avis une simple question de culture. On ressent que quelqu’un a été malpoli avec nous s’il n’a pas suivi les codes qui correspondent à notre conception de la politesse.

Après, il y a aussi les idiots (j’en ai rencontré quelques-uns) qui pensent que les stéréotypes sont parole d’évangile et que puisque les Français ont la réputation d’être grossiers, c’est qu’ils le sont.  Tous les 67 millions. Sans exception.

Dieu sait que les Français peuvent m’agacer, et ce pour une multitude de raisons, et j’ai moi-même eu affaire à des serveurs très désagréables en France qui ne dureraient pas trois jours au service en Angleterre ou aux US avec un tel comportement, mais je ne pense vraiment pas que les Français soient plus malpolis que d’autres nationalités. Ils fonctionnent tout simplement avec des codes différents. On aime ou on n’aime pas. On peut s’y faire ou on ne peut pas. Si l’on décide de vivre en France, il est quand même préférable de s’y faire et d’adopter les codes autant que possible pour une meilleure intégration parmi les Français.

Pour ma part, j’ai longtemps trouvé les Anglais très malpolis car ils ne disaient pas les choses directement et clairement. Même quand j’ai compris que pour eux, c’était au contraire être poli que de procéder de cette façon, j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter, car c’était vraiment éloigné de mes codes à moi. Pour moi, c’est hypocrite, donc malpoli, de ne pas parler directement. J’ai mis de l’eau dans mon vin après quelques années passées à Londres (surtout depuis que j’en suis partie pour être honnête) et après bientôt trois ans en Espagne, je trouve les Anglais super polis ! Les Espagnols, beaucoup moins. Et là, je pourrais raconter une bonne vingtaine d’anecdotes qui me font dire que les Espagnols sont malpolis, mais les Espagnols auraient raison de me faire remarquer que ce que je considère impoli ne l’est pas pour eux. Ils ont juste des codes différents. Qui me rendent folle, certes, mais bon, je suis une étrangère en Espagne et ce n’est pas à moi de définir les règles de la politesse. Même si j’en crève d’envie !!!

Je pourrais aussi parler des Cambodgiens, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mes étudiants cambodgiens m’ont un jour dit que j’étais beaucoup moins belle après avoir passé des vacances à la mer et en être revenue toute bronzée. Ils ont aussi dit à une de mes collègues qu’elle avait vraiment grossi pendant le semestre. Deux remarques qui seraient considérées impolies dans la majorité du monde occidental, non ? Mais pour eux, c’était de simples remarques factuelles sans intention de blesser.

Voici une petite vidéo (en anglais) qui traite de la politesse française :

Parler de l’âge – I’m in my twenties

Wishful thinking!

Mais je me suis souvent fait la réflexion qu’on n’a pas d’équivalent parfait en français pour exprimer l’idée de la décennie dans laquelle on se situe.

Je ne peux pas vraiment dire que j’ai la vingtaine si on me demande mon âge car 1) ça serait un mensonge et 2) je connais mon âge, donc je ne vais pas donner une approximation. Si l’on me demande l’âge de ma voisine que je croise de temps en temps, je peux dire qu’elle a la vingtaine, plus ou moins / autour de la vingtaine si je ne connais pas vraiment son âge mais que je pense qu’elle a entre 18 et 22 ans, à peu près. Par contre si je suis presque sûre qu’elle a 28 ou 29 ans, je pourrais dire qu’elle a la trentaine, ou qu’elle n’a pas encore 30 ans.  Alors qu’en anglais, elle serait “in her late twenties“.  C’est tout de suite plus simple et plus sympa, dit comme ça.

Si je vous dis que mon collègue a la quarantaine passée, c’est qu’il a plus de 40 ans et si je vous dis que ma patronne a cinquante ans et des poussières, c’est qu’elle a un peu plus de 50 ans. Ma coiffeuse va sur la soixantaine, c’est-à-dire qu’elle approche les 60 ans. En anglais, elle aussi serait tout simplement “in her late fifties“. Ma concierge est septuagénaire, ce qui veut dire qu’elle a entre 70 et 79, et cette façon de dire serait peut-être la plus proche de l’anglais, au niveau du sens. Ma grand-mère est octogénaire – elle a entre 80 et 89 ans – et mon grand-père est nonagénaire – il a entre 90 et 99 ans. Et nous vivons dans un monde où il y a de plus en plus de centenaires, c’est-à-dire de personnes qui atteignent 100 ans.

Même si, à mes oreilles, ça ne sonne pas aussi bien que l’anglais, je pense que la meilleure traduction de “in one’s thirties / forties / fifties / sixties” serait : être trentenaire / quadragénaire / quinquagénaire / sexagénaire.  Bizarrement, je crois qu’il n’y a pas de mot qui corresponde à 20-29 ans.

On peut dire, c’est une jeune trentenaire, pour faire passer l’idée qu’elle est dans la première partie de la décennie. Mais dire, c’est une vieille trentenaire, ça sonne faux. Et vraiment pas sympa. On dira plutôt, elle a 35/40 ans.

Tout ceci peut paraître compliqué, mais c’est aussi amusant de pouvoir dire la même chose de plein de façons différentes, non ?

Le secret des banquises

Cela faisait un moment que je l’avais mis dans ma liste de films à regarder sur Netflix mais je n’étais pas trop pressée de le commencer. Je n’avais ni lu le résumé de l’histoire ni lu les avis. J’aime bien les acteurs principaux et j’adore les pingouins, alors j’avais envie de le voir. Mais ce n’était pas un film de tapis de course. Alors j’ai profité d’une visite chez le coiffeur pour le regarder.

Et… que dire ? C’était un peu bizarre comme film. L’histoire est farfelue et même si je ne comprends pas grand-chose à la science, j’ai quand même eu l’impression que c’était vraiment tiré par les cheveux. Ce n’est pas un film que je recommanderais pour son scénario, mais si vous n’avez rien de mieux à faire pendant 1h20, ça sera toujours 1h20 de compréhension audiovisuelle en français. L’histoire se passe principalement dans un laboratoire et les dialogues comportent beaucoup de vocabulaire en rapport avec la science et les laboratoires. Et les pingouins sont vraiment très mignons.

Le passé simple

C’est le passé littéraire, celui que l’on retrouve dans les livres, tant classiques que contemporains. Même les livres pour enfants utilisent parfois le passé simple. Si l’on a l’intention de lire en français, il est donc important de le reconnaître et de le comprendre, ce qui, à mon avis, n’est pas trop difficile si l’on connaît bien les autres temps et que l’on reconnaît les radicaux des verbes avec aisance.

Pour les verbes du premier groupe, les terminaisons sont toujours les mêmes :

PARLER : je parlai, tu parlas, il parla, nous parlâmes, vous parlâtes, ils parlèrent

Pour les verbes du deuxième groupe, les terminaisons sont toujours les mêmes (et le singulier est semblable au présent)  :

FINIR : je finis, tu finis, il finit, nous finîmes, vous finîtes, ils finirent

Pour les verbes du troisième groupe, ça varie. Certains ont les mêmes terminaisons que les verbes du deuxième groupe, comme VENDRE (je vendis, tu vendis, il vendit, nous vendîmes, vous vendîtes, ils vendirent), d’autres se conjuguent avec la voyelle U, comme VOULOIR (je voulus, tu voulus, il voulut, nous voulûmes, vous voulûtes, ils voulurent), et d’autres (moins nombreux), comme VENIR, se conjuguent ainsi : je vins, tu vins, il vint, nous vînmes, vous vîntes, ils vinrent.

Être et avoir sont irréguliers et se conjuguent ainsi :

  • ÊTRE : je fus, tu fus, il fut, nous fûmes, vous fûtes, ils furent
  • AVOIR : j’eus, tu eus, il eut, nous eûmes, vous eûtes, ils eurent

Se rendre compte

Cette locution verbale est souvent délaissée par les étudiants qui lui préfèrent “réaliser“, tellement plus proche de l’anglais.

Moi-même, je m’entends parfois dire que j’ai réalisé quelque chose plutôt que je m’en suis rendu compte. Et je pense que l’influence de l’anglais sur la langue française fait que je ne suis pas la seule dans ce cas. J’essaie pourtant de ne pas utiliser “réaliser” dans ce sens, mais parfois, ça m’échappe.

Pour dire “I realised my mistake“, on pourrait dire : Je me suis rendu compte de mon erreur, Je me suis aperçu de mon erreur, ou même J’ai compris mon erreur.

Quelques exemples de phrases avec “se rendre compte” :

  • Je me rends compte qu’il faut étudier sérieusement si je veux réussir mon examen. (I realise I need to study seriously if I want to pass my exam.)
  • Je me suis rendu compte trop tard que j’avais oublié mon écharpe au café. (I realised too late I had left my scarf at the café.)
  • Je me suis rendu compte qu’il était amoureux d’elle dès que je l’ai rencontré. (I realised he was in love with her the moment I met him.)

NB : Le participe passé “rendu” est invariable dans cette locution car “compte” est le COD de rendre et se place toujours directement après le verbe.