Un cours, une course, les courses…

Comme je le mentionnais dans le post précédent, course et cours semblent poser problème à de nombreux étudiants. Parfois on me demande si on peut faire une course la semaine prochaine, d’autre fois on me parle de ce dont on avait parlé au *course précédent.

Je pense que l’anglais “course” induit les étudiants en erreur. Mais “a course” en anglais est “un cours” en français !

Vous pouvez dire que vous prenez des cours de français, que vous avez eu un cours de français ce matin, que vous aimeriez faire cours jeudi plutôt que vendredi, ou que vous trouvez les cours de français difficiles mais intéressants.

La course, c’est quand on court (du verbe courir).

Et quand on dit qu’on va faire les courses, on veut en général dire qu’on va faire des achats au supermarché.

On pourrait développer beaucoup plus car selon le contexte, “cours” et “course” peuvent avoir beaucoup d’autres définitions, mais avant de creuser un peu plus, essayons de nous rappeler celles-ci !

Un magasin ou un magazine ?

Cette confusion est plutôt rigolote et si vous pensez être la seule personne à hésiter de temps à autre, détrompez-vous ! J’ai souvent des étudiants qui me disent qu’ils sont allés au magazine pour faire des courses (et encore plus d’étudiants qui confondent courses et cours – j’en parlerai dans le prochain post).

Cette confusion m’intrigue car magazine en français, c’est magazine en anglais ! Un magazine, c’est une revue. Il y a des magazines féminins, comme Elle ou Cosmopolitan, des magazines people, qui parlent de célébrités , des magazines sportifs, des magazines spécialisés dans l’automobile, l’économie, la mode, etc.

Un magazine peut aussi être un programme de télé ou de radio, qui traite d’un sujet déterminé. Cela fait moins longtemps que le terme est utilisé dans ce sens, mais il l’est.

Je ne fais donc pas mes courses dans un magazine mais bien dans un magasin. Il est vrai que les deux noms sont assez semblables et qu’il peut paraître étrange de dire magasin pour quelqu’un qui connaît le mot magazine. Au lieu de dire qu’on est allé faire du shopping, on peut dire qu’on est allé faire les magasins. On peut acheter des bottes dans un magasin de chaussures et un pantalon dans un magasin de vêtements. Les plus petits magasins sont parfois appelés des boutiques.

Savoir ou connaître ?

Beaucoup d’étudiants ont des doutes quant à l’utilisation de ces deux verbes. Cette fois encore, c’est généralement à cause de l’anglais car ils peuvent tous les deux se traduire par “to know”. Cependant, on ne le les utilise pas de la même façon !

  • Je sais chanter. Je sais nager. Je sais cuisiner.  JE SAIS FAIRE des choses. (savoir + infinitif)
  • Je sais que tu as raison. Je sais que je dois étudier pour progresser. Je sais comment il s’appelle. Je sais où elle habite. Je sais qui il est.  JE SAIS QUE/QUI/Où/COMMENT, etc… (savoir + proposition subordonnée)
  • Je connais Marie. Je connais son frère. Je connais sa mère. Je les connais. JE CONNAIS QUELQU’UN. (connaître une personne)
  • Je connais cette ville. Je connais ce livre. Je connais le Cambodge. Je connais ce quartier. (avoir une idée plus ou moins précise de qqch car on en a fait l’expérience ou on en a entendu parler) 

Si l’on applique ces règles, on ne devrait plus se tromper !

Cependant, il y a des situations pour lesquelles l’un ou l’autre verbe peut être utilisé et il est probable que vous entendrez des natifs utiliser des structures qui vous feront douter. Mais en suivant les règles ci-dessus, vous éviterez les erreurs quand vous voudrez traduire “know” !

Un exemple de situation qui accepte les deux verbes : je suis une actrice et j’ai des lignes à apprendre pour la répétition de ce soir. J’ai appris toutes mes lignes par cœur . Je peux dire que je sais mon texte ou que je connais mon texte. Les deux façons de dire sont correctes.

Et comme pour la plupart des règlesde grammaire française, il y aura des cas particuliers bien sûr.

 

Pour que + subjonctif

A cause de l’influence de l’anglais, j’entends souvent des phrases tournées  comme celles-ci :

*C’est fait pour les gens comprendre.

*J’ai dit ça pour lui réfléchir.

*Je viens pour toi ne pas être seule.

Ces trois phrases sont incorrectes et elles correspondent toutes à la structure de l’anglais “for + noun/pronoun + infinitive” traduite littéralement. Mais en français, on ne peut pas structurer les phrases ainsi !

Pour traduire It’s made for people to understand, I said that for him to think about it, I’m coming for you not to be alone, il faut utiliser “pour que + subjonctif”. On aura donc :

C’est fait pour que les gens comprennent.

J’ai dit ça pour qu’il réfléchisse.

Je viens pour que tu ne sois pas seule.

Entendre ou écouter ?

Pas une semaine ne se passe sans que j’aie à reprendre un étudiant ou une étudiante sur l’utilisation de ces deux verbes.

Tous les soirs, j’entends la musique de mes voisins. : Est-ce que c’est mon choix ? Suis-je active ou passive ?

Tous les matins, j’écoute la radio. : Est-ce que c’est mon choix ? Suis-je active ou passive?

Quand j’écoute quelque chose, c’est que je l’ai choisi. Je suis à l’instant en train d’écouter une chanson des Plain White T’s en écrivant ce post.

Quand j’entends quelque chose, je ne l’ai pas forcément choisi. Les immeubles espagnols sont très mal isolés. J’entends mes voisins même si je n’en ai aucune envie. J’entends quand ils tirent la chasse d’eau, j’entends quand l’enfant du dessus pleure, j’entends quand quelqu’un claque sa porte, j’entends tout, même si je n’écoute pas. Je n’ai pas le choix. Mais quand j’écoute ma musique, je n’entends plus les voisins et je retrouve le sourire.

Ou, on pourrait tout simplement traduire : “entendre”, c’est “to hear”, et “écouter”, c’est ‘to listen to”.

 

 

Quelques conseils pour améliorer son écrit

Tout d’abord, je dirais que la première chose à faire, c’est d’écrire le plus possible. Il n’est pas nécessaire d’écrire un long texte à chaque fois, un court paragraphe suffit. Les étudiants que je vois progresser le plus vite et le plus nettement sont ceux qui écrivent régulièrement.

Il faut ensuite essayer d’utiliser du vocabulaire nouveau, dont on n’est pas toujours sûr. Le reproche que je fais sûrement le plus à mes étudiantes de B2, c’est que leur vocabulaire n’est pas assez varié quand elles écrivent. Pourtant, elles comprennent toutes du vocabulaire bien plus soutenu que celui qu’elles utilisent. Je pense qu’elles n’osent pas, de peur de se tromper. Alors je lis souvent des textes truffés de “grand”, “petit”, “difficile”, “facile”, “être”, “avoir”, “faire”, “aller”, etc. Cela me fait moins d’effet que si je lis des adjectifs tels que “considérable”, “minuscule”, “ardu”, “aisé” et des verbes qui ne font pas partie des quatre verbes les plus utilisés par les étudiants !! J’aime lire des textes avec du vocabulaire un peu plus élaboré. Et s’il n’est pas utilisé adéquatement, c’est l’occasion d’en discuter et de mieux comprendre le sens d’un mot ou d’une expression pour pouvoir l’utiliser convenablement à l’avenir.

Cela s’applique également aux connecteurs logiques. Ces chers connecteurs ne sont pas toujours très aimés des étudiants. Ils les rendent un peu nerveux. Pourtant, ils rendent les textes tellement plus agréables à lire et à comprendre. Là encore, je conseille toujours aux étudiants de se forcer à en utiliser un minimum dans leurs écrits. Depuis le début de ce post, j’en ai déjà utilisé quelques-uns (tout d’abord, ensuite, pourtant, alors, et, également) dont il est aisé de comprendre le rôle et que n’importe quel étudiant de B2 est capable d’utiliser correctement, s’il pense à s’en servir ! Par contre, il faut faire attention à ne pas surcharger ses textes de connecteurs. On les utilise pour introduire une idée, ajouter une idée, opposer une idée à une autre, nuancer, cadrer ce qu’on écrit, donner un exemple, introduire une conséquence, une cause, une explication, et pour conclure.  Ils sont essentiels pour articuler ses idées et sont très importants dans les écrits du DELF et du DALF.

La dernière chose que je mentionnerai aujourd’hui, c’est l’importance de se relire ! Les erreurs les plus fréquentes, de loin, sont les fautes d’accord : les pluriels des noms et des adjectifs oubliés, les accords des adjectifs pas faits, les accords du participe passé incorrects… C’est acceptable chez les étudiants débutants et élémentaires, mais un peu moins chez les étudiants de niveau plus avancé ! Je peux comprendre une hésitation sur le genre d’un nom. Ce n’est pas évident de se souvenir du genre de tous les noms. Par contre, quand je lis “une chose important”, je fais la grimace.

D’ailleurs, je vais conclure avec quelque chose que je dis très souvent à mes étudiants : évitez le mot “chose” dans vos écrits et en général ! Dans 99,9% des cas, vous devriez pouvoir penser à un mot plus précis !  Et toute dernière chose : “ça” est à bannir de vos écrits formels !!! A l’oral, pas de problème, dans un écrit informel, pas de problème. Mais jamais dans vos écrits formels !

Les codes du français écrit sont difficiles. Même pour beaucoup de Français ! Alors avant de parvenir à écrire des chefs-d’oeuvre, il va falloir s’armer de patience, beaucoup pratiquer et apprendre de ses erreurs ! Et pour ceux qui visent le niveau C2 à l’écrit, c’est en pratiquant et en persévérant que vous y parviendrez.

Tout, tous, toute, toutes

Je tiens ce blog en français car je souhaite m’adresser ici aux étudiants qui ont déjà atteint un certain niveau.

J’ai beaucoup d’étudiants de niveaux intermédiaires et avancés. Ils sont tous capables d’avoir des conversations sur des sujets variés, ils regardent des films en français, écoutent des émissions de radio en français, lisent en français, mais ils font de temps à autre des erreurs sur des points de grammaire habituellement enseignés aux niveaux A1 et A2.

Ce dont j’aimerais parler aujourd’hui, c’est d’un point qui semble souvent causer problème. Et cette fois encore, je pense que l’influence de l’anglais y est sûrement pour quelque chose !

En anglais, on dit all my courage, all my friends, all my life, all my cups.  On retrouve le même ALL à chaque fois. Alors il arrive souvent qu’on veuille le traduire par TOUT, tout simplement. Mais en français, on dira tout mon courage, tous mes amis, toute ma vie et toutes mes tasses.

Il faut accorder tout avec le nom qui le suit. Et ça aide de connaître le genre des noms bien sûr !

Ensuite, il faut faire attention à bien le prononcer : dans tout mon courage et tous mes amis, on prononce /tu/ ; dans toute ma vie et toutes mes tasses, on prononce /tut/ 

Et pour ceux qui se demandent quand on prononce /tus/, c’est quand “tous” est pronom, comme dans, par exemple : Bonjour à tous ! (Hi everyone!), Les biscuits? Je les ai tous mangés (The biscuits, I ate them all),  Travaillons tous ensemble ! (Let’s all work together)

5 erreurs de verbes très fréquentes chez les étudiants anglophones

D’où qu’ils viennent, tous mes étudiants parlent anglais, langue maternelle ou langue seconde, ce qui fait qu’ils ont tendance à faire les mêmes erreurs. Car même si leur langue maternelle n’est pas l’anglais, ils s’en servent comme référence pour apprendre une autre langue étrangère. Je ne leur jette pas la pierre car je fais parfois la même chose quand je parle espagnol, bien que le français et l’espagnol aient bien plus en commun que l’anglais et l’espagnol. J’ai relevé cinq verbes qui sont très fréquemment utilisés par les étudiants sur le modèle des “phrasal verbs” anglais : to be interested in, to look for, to ask for, to wait for, to think about/of.

Ne dites pas : Je suis intéressé(e) dans l’histoire.

Dites: Je m’intéresse à l’histoire. Ou : Je suis intéressé(e) par l’histoire.

Ne dites pas : Je vais chercher pour mon stylo.

Dites : Je vais chercher mon stylo.

Ne dites pas : J’aimerais te demander pour un service.

Dites : J’aimerais te demander un service.

Ne dites pas : J’attends pour le bus.

Dites : J’attends le bus.

Ne dites pas : Je pense d’aller en vacances en France cet été.

Dites : Je pense à aller en vacances en France cet été.

Penser peut aussi être suivi de “de”.  Comme dans : Qu’est-ce que tu as pensé de ce livre ?

On pense à quelqu’un quand il nous manque. On pense à quelque chose quand on est perdu dans ses pensées. On pense quelque chose de quelqu’un quand on a un avis sur une personne. On pense quelque chose de quelque chose quand on à une opinion sur une chose (comme dans mon dernier exemple), on pense à faire quelque chose (toujours penser à + infinitif) et on peut aussi penser que le français n’est pas toujours très facile.

 

Films français

Mes étudiants me demandent souvent si je peux leur recommander des films français. Mais si j’essaie de me tenir au courant de ce qui se passe en France au niveau culturel, je passe quand même à côté de beaucoup de choses et peu de films français sortent dans les grandes salles à l’étranger. Cependant, grâce à Netflix, je peux regarder quelques films français/francophones, même si le Netflix espagnol n’est pas très fourni. Récemment, j’ai eu l’occasion d’en regarder quelques-uns. Tout d’abord, une comédie de Lucien Jean-Baptiste, qui a pour titre Il a déjà tes yeux. Je l’ai trouvée originale et drôle, mais profonde et émouvante en même temps. Trois de mes étudiantes l’ont regardée et beaucoup aimée aussi. Puis j’ai vu un thriller réalisé par Jalil Lespert, Iris. Atmosphère tendue, un rebondissement auquel je ne m’attendais pas, ce film m’a tenue en haleine et fait courir assez vite sur le treadmill. Ensuite j’ai regardé un film de Richard Berry dont je n’avais jamais entendu parler, L’immortel, avec Jean Reno.  Une histoire de gangsters qui se passe à Marseille. Une histoire pas très originale, mais je suis bon public en général et j’ai été captivée du début à la fin. Je n’ai pas vu le temps passer sur le treadmill encore une fois, mais j’ai dû détourner les yeux à plusieurs reprises car il y a des scènes assez violentes. Et le dernier en date, c’est Un peu, beaucoup, aveuglément, une comédie romantique un peu décalée. C’est un genre cinématographique qui a tendance à m’agacer un peu à cause de tous les clichés qu’on y retrouve constamment, mais la loufoquerie de ce film m’a bien plu.

Sur les conseils d’une étudiante cinéphile, j’en ai ajouté plusieurs à ma liste de films à regarder et je réécrirai un post à la fin du mois pour en parler.

Être lessivé

Quand je parle avec mes étudiants, j’aime beaucoup utiliser des expressions qu’ils sont peu susceptibles de connaître. Cela m’amuse beaucoup et ils peuvent ainsi enrichir leur vocabulaire d’expressions idiomatiques et/ou familières. Hier, je me suis fait une grande session à la salle de sport. A mon retour, une étudiante m’a envoyé un message et en lui répondant, j’en ai profité pour lui dire que j’étais lessivée.

J’aurais également pu lui dire que j’étais rincée. Que j’étais sur les rotules. Vannée. Vidée. Ereintée. Crevée. Claquée. Nase. Ou j’aurais pu lui dire d’une façon plus simple, pour qu’elle comprenne immédiatement : j’étais très fatiguée !