La France serait le bonnet d’âne des langues étrangères

D’après un article paru dans Ouest France cette semaine, la France a des progrès à faire du côté de l’apprentissage des langues étrangères en Europe. Ce qui ne m’étonne guère. 

Je dis toujours à mes étudiants qu’il est important de lire la presse francophone régulièrement pour enrichir son vocabulaire et développer une meilleure compréhension de la culture. C’est aussi très utile pour observer les structures grammaticales et les figures de style. Tous les articles qu’on peut trouver dans la presse ne sont pas extraordinairement bien écrits, mais il y en a énormément qui sont assez bien, voire très bien écrits. 

Dans cet article, on peut relever du vocabulaire intéressant. Le connaissez-vous ? : 

  • dispenser (des cours)
  • bonnet d’âne
  • l’Hexagone
  • piètre
  • au plus haut sommet de l’Etat
  • le corps enseignant
  • infaisable
  • nos voisins nordiques
  • les tout-petits
  • un dessin animé
  • la VO
  • mettre en garde

Vous pouvez aussi remarquer les verbes déclaratifs utilisés dans l’article, qui sont des alternatives au verbe dire : réaffirmer, indiquer, supposer, estimer.

Finalement, vous pouvez relever le nom du ministre français de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et le nom de certains médias français (le journal Le Figaro, la radio RMC et la chaîne de télévision BFMTV).

La lettre formelle : les formules de salutations

Quand vous écrivez une lettre en anglais, il est tout à fait normal de commencer par “Dear …“, que vous connaissiez ou non la personne. Alors logiquement, on veut le traduire directement en français et utiliser “Cher…” ou “Chère…“. 

Toutefois, en France, nous n’utilisons pas cette formule quand on adresse une lettre à un ou une inconnu(e). D’ailleurs, j’ai longtemps trouvé difficile d’écrire “Dear…” en écrivant en anglais à quelqu’un que je ne connaissais pas, et même si je le fais sans me poser de questions à présent, j’avoue que je trouve toujours cela un peu bizarre. J’ai l’impression de ne pas être sincère.  Je ne connais pas cette personne, elle ne m’est pas chère ! Mais ce sont les codes en anglais, alors je le fais quand même.

Quand vous ne connaissez pas du tout la personne à qui vous vous adressez, vous écrivez tout simplement Madame, Monsieur, pour commencer votre lettre. Mais si vous savez que c’est une femme, vous écrivez Madame, et si vous savez que c’est un homme, vous écrivez Monsieur,

Si vous écrivez à une personne avec un titre, vous écrivez Madame la Directrice, Monsieur le Maire, etc.

Si vous connaissez le prénom de la personne, n’écrivez jamais Madame Sophie ou Monsieur Pierre ! Et gardez cher et chère pour vos amis et votre famille !

 

Quand D entre en contact avec T ou P

Comment allez-vous prononcer les phrases suivantes ?

  • J’ai pas envie de travailler.
  • J’ai envie de partir en vacances. 
  • J’ai fini de préparer ma valise. 
  • J’ai oublié de t’appeler hier soir. 

Peut-être allez-vous les prononcer en prononçant le <e> de de, mais la plupart des Français (pas ceux du sud de la France) ne vont pas prononcer ce <e>. Et par conséquent, le <d> ne va pas non plus sonner /d/, car il est suivi directement par le son /t/ ou le son /p/, ce qui va le modifier. 

J’ai pas envie de travailler donnera /ʒe-pa-ã-vit-tʁa-va-je/.

J’ai pas envie de partir en vacances donnera /ʒe-pa-ã-vit-paʁ-ti-ʁã-va-kãs/.

Si vous observez bien la transcription phonétique découpée en syllabes, vous voyez que le d est prononcé /t/. Vous pouvez maintenant essayer de faire la même chose avec les deux autres phrases. 

C’est pour cette raison que souvent, les étudiants n’entendent pas le de et ne comprennent pas tout à fait ce qu’ils entendent.

Vous pouvez écouter les 4 phrases que j’ai données en exemple : 

Pour ou pendant ?

Ces deux prépositions peuvent être utilisées pour exprimer la durée. Mais elle ne sont pas interchangeables comme semblent le penser beaucoup d’étudiants.  

Pour une période projetée dans le futur, vous pouvez utilisez pour.

  • Je pars au Cambodge pour une semaine le mois prochain.
  • J’en ai pour 30 minutes et je rentre.

Pendant peut être utilisé pour exprimer une durée limitée dans le passé, dans le présent ou dans le futur, durant laquelle se déroule une action ou une situation. 

  • J’ai étudié le russe pendant deux ans à l’université.
  • Je cours pendant une heure tous les matins.
  • Je pars faire un tour du monde l’an prochain. Je pense rester en Asie pendant au moins trois mois. 

I’m confused!

J’adore cette phrase en anglais. Elle décrit si bien ce que je ressens parfois ! 

En français, l’adjectif confus(e) existe bien, ainsi que le verbe confondre, mais ils vont rarement être les mots idéaux pour traduire votre état de confusion. 

J’entends souvent de la part des anglophones et hispanophones “*je me suis confondu“, “*je suis confondue“, “*je suis confusé(e)“, “*c’est confusant“… Aucune de ces formulations n’est correcte. Le pire, c’est que moi-même, j’ai souvent envie de dire que *c’est confusant : cela serait tellement pratique si ce mot existait. Mais il n’existe pas ! 

Alors il faut trouver d’autres façons d’exprimer ce que vous voulez dire. Voici quelques exemples : 

  • I’m confused. I thought they were friends but they seem to hate each other. : je ne comprends pas
  • I’m confused. Can you explain that grammar rule once more? : je suis perdu(e)
  • It confuses me when you give me too much information at once. Can you slow down so I understand what really happened? : ça m’embrouille 
  • His instructions were so confusing nobody was able to understand a thing. : confuses, pas claires, prêtaient à confusion
  • I always confuse Lucas with his brother. : Je confonds toujours Lucas avec son frère. 
  • The other day, I confused Céline with her sister. : j’ai pris Céline pour sa sœur. 

Confus(e) peut parfois être la traduction de confused / confusing, mais quand on est confus, cela peut aussi vouloir dire qu’on est désolé(e), embarrassé(e), troublé(e). 

Stromae

Je me suis rendu compte que je n’avais jamais écrit de post sur Stromae, qui est pourtant un de mes artistes francophones préféré. Il n’est pas français, mais belge.

Je ne l’ai pas aimé dès le début. Son premier tube (= chanson à succès) s’appelait Alors on danse, et je n’avais jamais vraiment fait attention aux paroles car je n’aimais pas le titre. Parfois on passe à côté de quelque chose juste comme ça. 

Comme je ne vivais pas en France et ne regardais pas de télé française ni n’écoutais la radio, je n’ai jamais su s’il avait fait d’autres chansons. Je crois que je pensais que c’était sa seule chanson et qu’il était un de ces jeunes chanteurs qui font un carton (= ont du succès) un été et dont on n’entend plus jamais parler .

Puis, un soir de 2013, alors que je vivais à Londres, je suis tombée sur une émission de télé française par hasard et Stromae était là pour parler de son nouvel album, Racine Carrée. Non seulement j’ai trouvé la musique super mais le jeune homme m’a beaucoup plu. Il avait l’air intelligent et humble. Un style vestimentaire bien à lui. Et les paroles de ses chansons m’ont marquée. J’ai acheté son album et il m’a accompagné à la salle de sports pendant pratiquement deux ans sans pause (puis Netflix a permis le téléchargement…). Je sautais peut-être une ou deux chansons qui ne se prêtent pas bien au cardio, mais l’album dans son ensemble est super pour faire du sport. Pour moi en tout cas, c’est le rythme et l’énergie parfaits. Il est aussi super à écouter sans faire de sport !

Ces chansons abordent des sujets de société sur fond de musique électro fusionnée avec d’autres styles (je ne suis pas critique musicale, je ne connais pas les termes exacts).  

Je ne saurais pas dire quelle est la chanson que je préfère sur l’album, je les aime toutes, mais je vais en choisir une à partager ici. Je ne trouve pas les sous-titres excellents, alors écoutez plutôt les paroles !

Le quart d’heure de politesse

Si des amis vous invitent à dîner en France et vous disent de venir à 20h, à quelle heure allez-vous arriver ? 20h ? Vous feriez une erreur !

J’étais encore bien jeune quand j’ai quitté la France et je ne connaissais pas cette règle car à l’époque, je n’organisais pas de dîners et mes amis non plus. On faisait plutôt des soirées et c’était très informel. Cependant, à Londres, je connaissais beaucoup de Français et une amie qui organise régulièrement des dîners m’a un jour expliqué que si elle invitait les gens à dîner à 20h, ils étaient supposés arriver à 20h15. Moi, naïve, j’ai demandé pourquoi elle ne les invitait pas à 20h15 si elle voulait qu’ils arrivent à 20h15. Elle a eu l’air étonnée que je n’ai jamais entendu parler du quart d’heure de politesse, et pourtant, je n’en savais rien. Alors j’imagine que si cette règle n’existe pas dans votre pays, vous ne pouvez pas la deviner non plus ! 

Ce que j’avais trouvé assez amusant, c’est que ses invités étaient souvent un mélange d’Anglais et de Français, et les premiers arrivaient toujours à l’heure de l’invitation, tandis que les derniers arrivaient bien 15 minutes après. Et elle n’était en général pas tout à fait prête quand les Anglais arrivaient, ce qui me laissait assez perplexe. Ne serait-ce pas plus simple de dire aux gens de venir à l’heure à laquelle on veut véritablement qu’ils arrivent ? 

Mais là n’est pas la question. Le fait est qu’en France et dans l’esprit des Français, ce quart d’heure existe et il compte ! Alors évitez le faux-pas et respectez la règle ! Si des Français vous invite à dîner, arrivez 15 minutes plus tard que l’heure à laquelle vous êtes invité(e) ! 

Le participe passé fait parler de lui

C’est de loin le sujet d’actualité qui m’a le plus intéressée cette semaine. J’ai vu qu’ils en parlaient aussi dans certains journaux anglophones, mais en France cette semaine, c’est un grand débat, tout le monde en parle (quand je dis tout le monde, je veux dire les médias, qui racontent tous la même histoire, les uns après les autres).

Il paraîtrait donc que deux anciens profs de français belges militent pour réformer les règles d’accord du participe passé. Parce que c’est trop compliqué. Ils justifient leur demande en disant que de toute façon, l’accord du participe avec l’auxiliaire avoir quand le COD est placé avant le nom part d’une erreur et qu’il n’aurait jamais dû exister. Il paraît même que Voltaire était contre, d’après ce que j’ai entendu à la radio hier. 

Je n’ai pas fait de recherches et je ne sais pas si les règles d’accord sont parties d’une erreur ni si Voltaire a vraiment dit ce qu’ils disent qu’il a dit (et même si, il n’ a pas dit que des choses intelligentes au cours de sa vie, j’en suis certaine, et il ne m’influencera pas !) mais je ne suis pas sûre d’être emballée à l’idée d’une réforme. J’aime le participe passé et toutes les règles qui vont avec !

Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose de toujours vouloir simplifier le langage en général et la grammaire en particulier. Je trouve que les règles de grammaire font partie du charme de la langue française et je sais que je ne suis pas la seule à le penser ! D’ailleurs, un homme interrogé par la télé suisse dit exactement ça dans cette vidéo

Certes, beaucoup de francophones trouvent les règles d’accord difficiles, ainsi que beaucoup d’étudiants étrangers. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui ont réussi à les comprendre, les apprendre et qui les applique sans problème. J’ai connu beaucoup d’étudiants qui savaient parfaitement utiliser les règles d’accord. Si on les apprend petit à petit, ce n’est pas plus difficile que de retenir quels noms sont féminins et quels noms sont masculins. Est-ce qu’on va un jour demander d’éradiquer le féminin (ou le masculin, mais je sais pas pourquoi, je pense que si le débat était soulevé, le féminin perdrait) sous prétexte que ça serait plus simple si tous les noms étaient masculins ? Comme ça, plus besoin d’accorder les adjectifs non plus. Et éradiquons toutes les exceptions aux règles aussi, parce que c’est vraiment compliqué de se souvenir de tout. Grrrr. 

J’espère que cette réforme n’aboutira pas de mon vivant ! Qu’ils forment mieux les profs pour qu’ils soient mieux équipés pour enseigner la grammaire ! 

Je suis en train de me rendre compte de quelque chose. Quand j’ai fait ma première formation pour devenir prof d’anglais, j’étais très étonnée de découvrir que mes collègues anglophones (anglais et australiens) ne connaissaient pas la grammaire de leur langue (pourtant beaucoup plus simple que la nôtre ). On m’avait expliqué que la grammaire n’était pas vraiment enseignée à l’école. J’étais choquée, car quand moi j’étais à l’école, on faisait beaucoup de grammaire. Je peux encore visualiser mon carnet de grammaire du CP (j’avais 5 ans, dans la classe de madame Lopez) et on avait une règle par page. Et je me souviens d’avoir fait de la grammaire continuellement en primaire et au collège. D’après ce que j’ai lu cette semaine, on ne ferait plus autant de grammaire à l’école en France. Donc, là encore, si c’est vrai, on a 10 ans de retard sur les US et le UK. On finit toujours par faire la même chose, plus ou moins 10 ans après.  Cependant, je crois qu’en Angleterre, ils ont fini par se rendre compte de leur erreur parce que les enfants auxquels je donnais du soutien scolaire à Londres faisaient tous de la grammaire et c’était du sérieux ! 

Je vais suivre de près l’évolution de ce débat et croiser les doigts pour qu’on laisse le participe passé tranquille et qu’on donne les moyens aux profs de pouvoir l’enseigner correctement !

Préparer l’écrit du DELF B2

Tout d’abord, il est important de savoir ce qui vous attend le jour de l’examen. Vous aurez une heure pour écrire un texte de 250 mots minimum (sans limite maximum). Ce texte devra être structuré de façon cohérente (avec des connecteurs logiques) et répondre à la consigne. Il est primordial de bien lire et analyser l’énoncé avant de commencer à écrire car si l’on ne comprend pas bien la question, on peut facilement répondre à côté et faire un hors sujet.

Voici un exemple de sujet : 

Source : http://www.ciep.fr/en/delf-tout-public/sample-papers

La première chose à faire, c’est vous demander quel genre d’écrit vous devez produire et qui vous êtes quand vous écrivez : ici, vous devez écrire une lettre au maire (donc, une lettre formelle) et vous êtes une personne qui vit dans un immeuble dans une zone piétonne du centre-ville et vous représentez les habitants de votre immeuble

Ensuite, il faut vous demander quelle est la situation : le maire a décidé d’ouvrir des rues de la zone piétonne pour que les autobus puissent circuler pendant la journée. 

Enfin, il faut bien comprendre pourquoi vous écrivez : vous devez contester cette décision, c’est-à-dire que vous n’êtes pas d’accord et vous devez justifier vos raisons

Une fois que tout ceci est clair, vous pouvez commencer à faire un plan. Essayez toujours de trouver trois arguments. Plus vous commencez à mettre vos idées sur papier vite, plus vous aurez de temps pour écrire votre essai. Donnez-vous 5 minutes pour écrire tout ce qui vous passe par la tête. Pourquoi vous et les habitants de votre immeuble êtes en désaccord avec la décision du maire ? Vous pourriez parler de bruit, de pollution, de danger, de trottoirs trop étroits, d’enfants qui ne pourront plus jouer dans la rue, du fait que si les rues sont ouvertes aux bus, il est évident que certains automobilistes et autres motoristes vont saisir cette opportunité pour les emprunter également, comme cela a été le cas dans une ville voisine où il n’y a plus de zone piétonne, etc. Vous pourriez donnez des exemples précis d’habitants de votre immeuble pour lesquels cette décision affecterait grandement leur qualité de vie, comme madame Dupuis qui se déplace en fauteuil roulant et pour qui l’arrivée de véhicules dans la zone serait une catastrophe car les trottoirs ne sont pas assez larges pour son fauteuil. Cette pauvre résidente a acheté un appartement récemment dans cette zone justement parce qu’elle était piétonne et commode pour sa situation. Etc.

Une fois que votre plan est défini, vous commencez à écrire. N’oubliez pas de connecter vos idées avec des connecteurs logiques.  

Il faut vous mettre dans la peau d’une autre personne pendant une heure et trouver des arguments adaptés à la situation. Ce n’est pas toujours évident d’être inspiré par un sujet, et c’est pour ça que c’est important de ne pas se présenter à l’examen sans préparation. Il faut écrire des textes, encore et encore, et plus on écrit, plus on trouve ça facile. On n’atteint pas le niveau B2 sans travail sérieux !

Quand vous êtes le représentant ou la représentante d’un groupe de personnes, vous pouvez par exemple commencer votre lettre par : En tant que représentant des / Au nom des habitants de l’immeuble Les Hortensias, rue du commerce…

Quand vous devez contester, vous pouvez écrire : je tiens à / je souhaiterais vous faire part de mon/notre mécontentement…

Si vous écrivez régulièrement, vous développerez des automatismes et vous saurez utiliser le vocabulaire adéquat pour chaque situation. Vous serez aussi plus prompt à trouver des idées, à donner des exemples originaux. Une de mes étudiantes qui écrit au niveau B2 donne toujours des noms aux personnes qu’elle mentionne dans ses écrits et elle invente des noms de villes dont je n’ai jamais entendu parler mais qui sonnent bien. 

Il est très utile de pratiquer sa créativité car vous n’êtes pas seulement évalué sur votre vocabulaire (qui doit être étendu) et votre grammaire (qui doit être bien contrôlée et variée) mais aussi sur votre capacité à présenter des faits et argumenter avec des points pertinents. La cohérence et la cohésion de votre écrit sont très importantes aussi (entendez : connecteurs logiques présents et bien utilisés). Et c’est aussi plus amusant et intéressant d’écrire des textes nouveaux à chaque fois !

Il faut aussi savoir s’adapter à la situation. Vous ne vous adresserez pas de la même façon au maire de votre ville et aux internautes qui vont lire votre contribution à un forum en ligne. 

Le rythme du français

Vous avez sûrement remarqué que très souvent, les étrangers qui parlent votre langue ont non seulement un accent mais aussi que le rythme de leurs phrases vous paraît manquer de naturel, non ?

Quand un français parle anglais, il a tendance à appliquer les règles rythmiques du français et même si tous les mots qu’il utilise sont des mots anglais, un anglophone peu habitué à entendre des étrangers peut ne pas comprendre immédiatement ce qu’il a entendu. Le français, contrairement à l’anglais n’est pas une langue à accent tonique. En anglais, tous les mots de plus d’une syllabe ont une syllabe accentuée (stressed syllable), c’est-à-dire qui se prononce avec plus d’insistance que les autres syllabes. Le français fonctionne par groupes rythmiques et c’est la dernière syllabe du groupe qui est prononcée avec un peu plus d’insistance, un peu allongée par rapport aux autres. Quand on prononce un mot seul, c’est toujours la dernière syllabe qui est plus longue que les autres. 

Prenons un mot de 4 syllabes semblable dans les deux langues, tel que presentation / présentation. En anglais, on le prononce presentation, avec le stress (l’accent tonique) sur la troisième syllabe. En français, on le prononce présentation en appuyant et allongeant un peu la dernière syllabe. En anglais, où qu’il soit dans la phrase, il sera toujours prononcé de la même façon. En revanche, en français, si je dis maintenant une présentation exceptionnelle, toutes les syllabes de présentation seront de longueur égale. C’est la dernière syllabe du groupe qui sera allongée, un peu plus appuyée : une présentation exceptionnelle.

Il est très commun que les anglophones parlent français en appliquant les règles de phonétique anglaise. Ils mettent des accents toniques là où il ne devrait pas y en avoir, ce qui les amène aussi à ne pas prononcer les voyelles correctement car en anglais, les voyelles non accentuées sont très souvent prononcées comme le i de family, le a de elephant, le e et le ou de dangerous, le o, le deuxième i et le a de original, c’est à dire /ǝ/. Alors qu’en français, le a se prononce /a/, le i se prononce /i/, et ou se prononce /u/. Je reviendrai plus en détails sur la prononciation des voyelles très prochainement, mais en attendant, gardez en tête qu’en français, toutes les syllabes sont égales sauf la dernière d’un mot individuel ou d’un groupe rythmique, qui est légèrement plus allongée. Je reviendrai aussi sur le concept de groupe rythmique.

Ce ne sont pas seulement les anglophones qui mettent des accents toniques un peu partout. Si votre langue maternelle est une langue a accent tonique, vous le faites probablement aussi. 

Pour les Français, c’est très difficile de mettre l’accent tonique à la bonne place. Il m’arrive encore de temps à autre de me tromper sur certains mots en anglais et je n’ai jamais vraiment assimilé les règles en espagnol (parce que je n’ai pas fait l’effort, j’avoue). Je me souviens d’avoir dit un jour à ma prof de sport en Espagne que j’allais peut-être aller à Malaga (en espagnol). Elle n’a pas compris ce que je disais immédiatement. J’ai dit, mais si, Malaga, dans le sud. Et elle a répété, aaaah, Malaga ! Pour moi, c’est la même chose !!! Mais pour elle, c’était vraiment différent. J’avais dû mettre l’accent sur la dernière syllabe sans même y penser, mais dans ma tête, j’avais toutes les lettres, donc c’était correct. Toutefois, comme j’avais placé l’accent tonique à la mauvaise place, elle n’avait pas compris ce que je pensais avoir dit correctement. Quand j’ai raconté cet incident à une de mes chères étudiantes et amie, elle m’a dit qu’évidemment les Espagnols n’allaient pas comprendre si je disais Malaga au lieu de Malaga. 🙃

Tout ça pour illustrer que le rythme et l’accent tonique, ça compte vraiment ! Et plus on s’y met tôt, mieux c’est ! Et si c’est quelque chose à laquelle on n’avait jamais vraiment pensé (j’ai mis des années avant de me rendre compte qu’en anglais, c’était vraiment super important, et en fait une erreur de mettre le stress à la mauvaise place), il n’est jamais trop tard pour se corriger. Il faudra juste de la patience et un travail régulier !