La liberté de la presse en France

C’est un sujet que je traite régulièrement en cours, avec les étudiant·e·s qui s’y intéressent. Je dois avouer que jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça, je ne me posais pas trop de questions à ce sujet. J’ai toujours pris avec des pincettes ce que les médias disaient, consciente que leur liberté était relative et que le profit était souvent la motivation première (même si je ne comprends toujours pas vraiment comment les groupes de presse gagnent autant d’argent). J’ai toujours pensé que la subjectivité des journalistes était un leurre et qu’il était impossible d’être objectif. On a tous une histoire, on a tous des opinions basées sur notre histoire et notre expérience personnelles, et je doute qu’avoir un diplôme de journaliste immunise contre la subjectivité.

Mais ce n’est qu’assez récemment que j’ai commencé à me poser beaucoup plus de questions à ce sujet. Avec la présidence de Trump et le mouvement Me too, j’ai commencé à m’intéresser beaucoup plus à l’actualité. J’ai longtemps cru que je ne verrais pas de changements importants de mon vivant, que le monde continuerait à être le même, un monde d’hommes, un monde rempli d’inégalités et de discriminations. Puis Me too a commencé et je suis devenue beaucoup moins pessimiste. Je ne vais pas dire que je suis super optimiste, mais je crois qu’il est possible que je voie de véritables changements un jour.

Je me suis mise à regarder beaucoup de documentaires. Souvent recommandés par mes élèves d’ailleurs. Le weekend dernier, j’ai regardé un documentaire sur Netflix intitulé Nobody speak : Trials of the free press. Je ne connaissais aucune des histoires traitées dans le documentaire. Je savais qui était Hulk Hogan, mais je n’avais jamais entendu parler de Gawker, je connaissais le visage de Sheldon Adelson, mais je n’avais aucune idée de qui il était. Je déteste la presse people et la presse à scandale. Mais je déteste encore plus le fait qu’un milliardaire puisse acheter la justice. Ou un journal. Ou un groupe de médias. Si vous n’avez pas vu ce documentaire, je vous le recommande vivement. J’ai aussi commencé à regarder Dirty Money, et l’épisode intitulé Cartel Bank fait vraiment froid dans le dos.

Le visionnage de ce programme m’a donné envie de vérifier qui étaient les médias libres en France. Je savais déjà que la France n’était pas très bien placée dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières, et que beaucoup de médias français appartenaient à de grands propriétaires ou à l’Etat français, mais j’ai été choquée de voir l’étendue du phénomène !

Vous pouvez jeter un œil à ce site qui présente une infographie très informative sur les relations de propriété entre les médias français et leurs principaux actionnaires. C’est tout simplement hallucinant !

Je ne connais pas tous les noms, mais certains me sont familiers. On a des milliardaires, des millionnaires, des banques, des noms associés à l’affaire des Panama papers, des qui ont eu affaire à la justice pour des affaires de fraude, ou même de proxénétisme, et qui ont été condamnés pour corruption, des qui font dans le commerce des armes, etc. Evidemment, nous avons en très grande majorité des hommes blancs, vieux, copains comme cochons avec les politiques. Si ce sont ces personnes qui contrôlent les médias français, qui peut croire une minute à la liberté de la presse française ?

Quelle blague !!!

Seule 5% de la presse française serait indépendante. Vous pouvez trouver une liste de médias indépendants ici. Bien sûr, certains ont une orientation politique marquée. La liste date de l’an dernier et je ne suis pas sure qu’elle ait été mise à jour récemment, car l’étudiant qui l’a compilée n’a pas l’air d’être très actif sur son blog, mais c’est néanmoins une liste intéressante.

Quand le second degré nous échappe…

J’ai à plusieurs reprises parlé du Gorafi sur ce blog, journal satirique qui m’amuse beaucoup. Je le consulte quand j’en ai marre de lire les actualités déprimantes, c’est-à-dire très régulièrement. Je suis aussi abonnée au compte Instagram du journal.

À l’occasion d’Halloween, ils ont posté un titre très drôle (à mon avis) : Les enfants de chômeurs méritent-ils des bonbons ?

Et cette semaine, ils ont posté ceci :

Si vous avez Instagram, vous savez qu’il s’agit d’un message personnel reçu par le Gorafi, qu’ils ont décidé de partager avec leurs abonnés.

Si vous faites une petite analyse de ce message, vous devriez pouvoir dire si c’est une femme ou un homme qui a écrit. Vous devriez aussi relever une faute de grammaire.

Vous pouvez aussi relever le vocabulaire :

  • tomber par inadvertance
  • être né avec une cuillère en argent dans la bouche

C’est un exemple de comment Instagram peut être utile à votre apprentissage et perfectionnement du français !

Je sais qu’il est très difficile d’étudier avec régularité et assiduité quand on est toujours sollicité·e à droite à gauche, mais Instagram est le format idéal pour les gens débordés ! Les posts ne sont jamais très longs, et s’ils ont plusieurs pages, on peut choisir de se limiter à une seule. Le Gorafi, c’est bien pour rigoler, mais on peut aussi suivre des comptes plus sérieux si l’on préfère (TV5 monde, France 24, RFI, etc.) et si l’on manque de temps pour lire un article entier ou que l’on ne peut pas consacrer beaucoup de temps à l’étude du français un jour, on peut toujours se pencher sur un post Instagram en français et en faire une petite analyse. Bien sûr, il faut choisir un post avec un minimum de texte. Ou avec une vidéo.

Un de mes posts préférés de la semaine : https://www.instagram.com/p/B4c6mQQnQcz/ et toute l’histoire derrière ce post, dont vous pouvez lire et voir un extrait ici, entre autres. L’enquête a été publiée sur Mediapart.

Podcast : parler comme jamais

Certain·e·s de mes étudiant·e·s ont déjà découvert ce nouveau podcast, et je me suis réjouis quand je l’ai appris ! Le premier épisode avait été diffusé sur Programme B que j’écoute régulièrement et qui est un podcast intéressant qui traitent de différent sujets à chaque épisode. Je ne savais pas alors que Parler comme jamais deviendrait un podcast régulier.

C’est un très bon podcast qui déconstruit les clichés autour de la langue française. Je me disais hier en écoutant le dernier épisode que si ces discours avaient existé quand j’étais à l’école, je pense que les choses auraient été bien différentes pour bien des enfants. Le dernier épisode parle des fautes de français et de comment elles sont traitées en France et l’une des invitées est une institutrice vraiment bienveillante qui devrait être, à mon avis, un modèle pour les jeunes instits qui débutent. J’aime me dire qu’il y a beaucoup d’instits comme elle maintenant, mais je suis quand même un peu sceptique… S’il y a tant de programmes qui parlent de la langue française et des fautes de langage, c’est bien que l’on a affaire à un véritable sujet de société. Ce qui me plait énormément, c’est que le discours change et que l’on appelle de plus en plus à s’éloigner de la stigmatisation !

Peut-on imaginer une France où les enfants ne seraient pas traités comme des bons à rien s’ils ont du mal en orthographe et les adultes pas constamment stigmatisés parce qu’ils ne maitrisent pas très bien la grammaire ? Et une école où l’on prendrait en compte que tout le monde n’apprend pas de la même façon et où on ne laisserait personne derrière ? J’en rêve !

Être auto-entrepreneur en France

Voici un article dont le titre m’a immédiatement interpelée. Je me suis demandé si mes étudiant·e·s comprendraient facilement de quoi il s’agissait ou s’ils et elles seraient perplexes.

Si vous connaissez le verbe abattre, uniquement au sens de tuer, il se peut que vous soyez un peu déstabilisé·e (observez le é de la première syllabe, devant deux consonnes 😉 ).

L’article est court et je vais me concentrer sur le vocabulaire qui, à mon avis, pourrait poser problème à mes étudiant·e·s avancé·e·s ou qu’ils et elles n’utiliseraient pas forcément naturellement. Et quelques formes verbales.

  • un abattement : on parle ici d’une réduction du cout de qqch. On entend souvent parler d’abattement fiscal, qui est une réduction d’impôts.
  • raboté : raboter qqch, au sens propre, c’est le rendre plat avec un outil qui s’appelle un rabot (rebate plane en anglais). Ici, nous sommes évidemment au sens figuré, et raboté veut dire diminué.
  • un dispositif d’exonération : des mesures pour dispenser, exempter
  • cotisation sociales : ce sont les impôts prélevés sur les salaires qui, techniquement, servent à contribuer à la société
  • être revu à la baisse : revoir qqch à la baisse signifie que l’on avait fait une estimation qu’il va falloir diminuer. On peut l’utiliser dans d’autres contextes qu’en parlant d’argent. On peut revoir ses ambitions à la baisse par exemple. Je voulais obtenir 100% des points à mon examen de japonais, mais je pense que je vais revoir mes ambitions à la baisse et viser les 70%.
  • se sont élevés contre : ils se sont fait entendre, ils ont fait entendre leurs voix qui allaient à l’encontre de la décision
  • atteinte au pouvoir d’achat : le pouvoir d’achat, c’est notre capacité pécuniaire à dépenser ; une atteinte, ici, c’est une agression, une attaque, le fait de causer un dommage.
  • un projet de décret : un décret, c’est un acte réglementaire, officiel, un peu comme une loi
  • l’alignement : même si c’est un peu comme en anglais, vous auriez pensé à l’utiliser de vous-même ?
  • a-t-elle justifié : observez la structure
  • serait maintenue : observez l’utilisation du conditionnel pour exprimer la probabilité
  • nouvellement : vous le comprenez facilement, mais utilisez-vous cet adverbe ? Je ne crois pas l’avoir entendu chez mes étudiants dernièrement, si jamais…
  • passerait : encore un conditionnel pour la probabilité
  • ce projet de refonte : refonte, vient de fondre (to melt). La refonte, c’est l’action de remanier afin d’améliorer (en théorie)
  • dans un communiqué : expression très courante dans les articles de journaux – un communiqué est une information, un rapport, un renseignement transmis officiellement au public.

Les mots de l’actualité

Complètement débordée cette semaine, je n’ai pas eu le temps de sélectionner un nouvel article à analyser pour aujourd’hui, alors j’ai décidé de partager un lien vers un petit podcast fort intéressant. Si vous aimez lire et écouter l’actualité en français, il devrait vous plaire.

Voici sa description :

Même pour celles et ceux d’entre vous qui ne sont pas fans de podcasts car ils ont du mal à se concentrer (cela a longtemps été mon cas, avant de devenir accro), je pense qu’il est abordable. 3 minutes, c’est court ! Et qui sait, vous y prendrez peut-être gout ! 🙂

Podcast : La Question du jour

Pour celles et ceux qui n’ont pas le temps d’écouter de longs podcasts ou de regarder des films ou des séries en français, La Question du jour est un podcast de France Culture dont les épisodes durent de 6 à 8 minutes.

Chaque épisode traite d’un sujet d’actualité sur lequel un·e expert·e répond aux questions du journaliste qui présente le podcast. Si vous vous intéressez à l’actualité, vous ne trouverez probablement pas les discussions transcendantes, car quelques minutes, c’est court pour parler d’un sujet en profondeur, mais c’est aussi parfait pour travailler votre compréhension orale sur des thèmes variés et développer votre vocabulaire si vous pratiquez l’écoute active, comme expliqué à la fin de ce post ! Et si le sujet vous intéresse, vous pourrez toujours approfondir. Il y en a que j’ai trouvés particulièrement intéressants, comme celui-ci sur les “deepfake”.

La gueule de bois en Allemagne

Mon téléphone m’a suggéré de lire cette info récemment et le titre m’a assez interpelée pour que j’aie envie de voir ce qu’il en était. Je ne sais pas si le titre est tout à fait honnête, comme souvent, mais j’ai trouvé qu’il y avait assez d’éléments intéressants dans cet article pour avoir envie de le partager avec vous.

J’ai souligné le vocabulaire à observer, j’ai surligné en bleu les connecteurs, en rose les verbes et en vert les prépositions. Je ne me suis pas attardée sur les connecteurs et les prépositions, vous pouvez faire vos propres observations, mais j’ai analysé un peu plus le vocabulaire.

  • la gueule de bois : l’état dans lequel on se retrouve quand on a trop bu la veille (d’alcool, bien entendu)
  • désormais : connecteur qui veut dire à partir de maintenant
  • la cour : attention à l’orthographe (ne pas confondre cour avec court, cours, courre…). Dans le texte, on parle de la cour de justice. C’est la même orthographe que pour la cour de récréation.
  • statuer sur qqch : décider de – remarquez la préposition qui suit
  • prétendant : participe présent que l’on pourrait remplacer par la relative “qui prétend
  • une soirée trop arrosée : une soirée lors de laquelle on a trop bu d’alcool
  • tombe en pleine Fête de la bière : on peut employé le verbe tomber pour parler d’une date, d’un moment (= se produire) et quand qqch tombe en plein qqch, cela veut dire, en plein milieu de qqch, pendant, durant qqch.
  • l’autre côté du Rhin : façon de désigner l’Allemagne, le Rhin étant le fleuve qui coule entre la France et l’Allemagne
  • elle a estimé que… était… : observez la concordance des temps
  • un arrêt : un décret
  • statuant : Observez le participe présent et à quoi/qui il se réfère. Demandez-vous aussi s’il a la même fonction que le précédent et les suivants.
  • en appel : en justice, en appel veut dire que le cas avait déjà été jugé et que l’on a demandé un autre jugement
  • ont donné raison à : observez la structure
  • proposant : encore un participe présent équivalant à une relative (qui propose)
  • se remettre de qqch : de quoi d’autre peut-on se remettre ?
  • l’arrêté : la décision
  • concernant : un autre participe présent remplaçable par une relative (qui concerne)
  • explique, précisent : verbes déclaratifs
  • commercialisant : et encore un autre = qui commercialise
  • portés sur la boisson : façon de dire “qui boivent beaucoup trop” – quand on est porté sur qqch, c’est qu’on aime cette chose. Il y a généralement une connotation négative, de trop, d’abus.
  • un arrêt maladie : quand vous êtes trop malade pour travailler, le médecin peut vous donner un arrêt maladie. Ou vous pouvez décider de vous-même de vous mettre en arrêt maladie, c’est-à-dire de ne pas aller travailler car vous êtes malade.
  • pas si sûr : pas forcément
  • les Lorrains : les habitants de la Lorrain, région de l’est de la France
  • les Alsaciens : les habitants de l’Alsace, région de l’est de la France – Depuis le redécoupage des régions françaises, les deux régions font partie de la même région : le Grand Est.
  • faire la fête : s’amuser, souvent avec l’idée qu’il y aura de l’alcool

Avions et animaux de soutien émotionnel

C’est un article de France info plutôt facile et pas très riche linguistiquement que je partage aujourd’hui. Vous pourrez observer les verbes déclaratifs en rose et faire attention au vocabulaire souligné que vous comprenez certainement mais que peut-être vous n’utiliseriez pas de vous-même.

Avec un article comme celui-ci, autre qu’un travail rapide d’analyse, vous pouvez faire un travail de production écrite. Comment réagissez-vous à la lecture d’un tel article ? Moi, personnellement, j’ai beaucoup de pensées qui me traversent l’esprit.

Je publie régulièrement des posts pour pratiquer la compréhension mais il est aussi très important de pratiquer la production. Qu’idéalement vous faites vérifier par un·e prof, ou si vous n’en avez pas, quelqu’un qui maitrise la langue française. Et si vous n’avez personne sous la main pour vous aider, relisez-vous à froid, quelques jours après avoir écrit. Vous aurez un nouveau regard sur votre écrit et vous pourrez probablement l’améliorer.

Quel type d’écrit pourriez-vous pratiquer à partir de cet article ? Si vous n’avez pas d’idées, je donne quelques exemples à la suite de l’article.

  • Une lettre adressée au journal pour réagir spécifiquement à cette histoire et dire que vous n’êtes pas d’accord avec cette pratique. 3 arguments accompagnés d’exemples.
  • Une lettre adressée au journal, toujours pour réagir à cette histoire, pour dire que vous êtes favorable à cette décision du DoT . 3 arguments accompagnés d’exemples.
  • Un article “pour ou contre les animaux de soutien émotionnel dans les avions”, en étant soit pour, soit contre, soit nuancé·e.
  • Un article sur les animaux dans les transports publics en général.
  • Un article qui compare les voyages en avion d’il y a 30 ans avec les voyages en avion d’aujourd’hui.
  • Etc.

Pour améliorer votre oral, il faut parler autant que possible. Pour améliorer votre écrit, il faut écrire autant que possible ! Sur tout et n’importe quoi, mais toujours en essayant d’être un minimum organisé·e, d’utiliser un vocabulaire varié, en essayant de réutiliser des mots qui sont sur votre liste de vocabulaire mal connu / peu utilisé si vous en avez une. Essayez de proposer des arguments et des exemples pour les justifier. Utilisez des connecteurs logiques. Relisez-vous. Vérifiez vos accords. Limitez votre utilisation des verbes être, avoir, faire, dire, aller. Utilisez un dictionnaire !

L’avortement au Salvador

On s’est souvent étonné que je ne veuille pas d’enfant. Les mentalités évoluent doucement, et il est de plus en plus acceptable aux yeux de la société d’être femme et de ne pas vouloir être mère, mais ce n’est pas la réalité pour toutes les femmes de ce monde. J’ai 10000 raisons de ne pas vouloir d’enfant, la première étant que je n’en veux pas. Et quand je lis des articles comme celui que je partage aujourd’hui, je me demande même comment on peut vouloir mettre au monde un enfant dans un monde pareil. La société évolue, trop lentement, beaucoup trop lentement selon moi, et si votre enfant est une fille, la vie ne sera pas aussi douce avec elle que si c’était un garçon. Et ce, à peu près partout dans le monde. Si en plus d’être fille, elle est noire/asiatique/arabe, etc., et/ou handicapée et/ou autiste et/ou lesbienne, et/ou pauvre, quelles sont les chances que sa vie soit un long fleuve tranquille ? Ceci étant dit, une partie de moi peut comprendre que l’on veuille des enfants, mais ce n’est pas pour moi.

Je n’ai jamais été enceinte et je n’ai jamais l’intention de l’être, et si cela m’arrivait, ce serait un malheureux accident et je n’aurais aucune hésitation à aller me faire avorter. Et je suis si furieuse quand j’entends / je lis des histoires comme celles de ces femmes salvadoriennes. Je bous de colère. J’ai envie d’hurler. Quand ce monde cessera-t-il d’être si injuste et quand cessera-t-on d’opprimer les femmes ainsi ? Comment peut-il encore exister des gens au 21ème siècle, avec tout le progrès des dernières décennies, qui pensent que les hommes peuvent prendre des décisions pour les femmes ? Comment peut-il exister des gens qui pensent que les femmes sont des êtres inférieurs ? Cela me met tellement en rage que j’ai l’impression qu’aucun mot n’est assez fort pour décrire ce que je ressens. Souvent, j’en pleure, tellement je me sens impuissante, mais ce n’est pas ça qui va faire changer les choses. Alors je m’instruis. Je lis des livres qui racontent l’histoire du monde, l’histoire des femmes et des hommes. Cela m’aide à mieux comprendre, mais certainement pas à accepter, ni à me calmer. Et ça m’énerve que tout le monde n’essaie pas de s’instruire.

L’article d’aujourd’hui est assez long et j’ai choisi de le partager en entier. Pour l’analyse, je me suis limitée aux verbes (en rose), aux connecteurs (en bleu) et au vocabulaire (souligné). J’essaie toujours de faire ces analyses en me mettant dans la peau d’une étudiante avancée qui comprendrait quasiment tout, mais qui aurait tendance à toujours utiliser le même vocabulaire car elle aurait peur de sortir de sa zone de confort. Le temps dont je dispose et mon état d’esprit varient selon les semaines, ce qui fait que les analyses ne suivent pas toujours le même schéma. J’ai tendance à penser que c’est pour tout le monde pareil. Certains jours, vous avez plus de temps et vous allez rechercher les mots et les expressions mal connus dans le dictionnaire, rechercher des exemples, faire vos propres phrases, etc. D’autres jours, vous aurez plutôt recours à la traduction, car ça va plus vite. Ou vous allez mélanger plusieurs méthodes selon ce qui vous vient à l’esprit le plus vite. Il n’y a pas de méthode parfaite. Ce qui compte, c’est de faire ce travail régulièrement, de travailler la langue activement et régulièrement !

On remarquera le vocabulaire de la justice. Et des injustices…

  • toute forme de : any type of
  • y compris : including
  • s’inscrire dans : remarquez la préposition. On s’inscrit à un examen, à un cours, mais quand on dit que qqch s’inscrit dans qqch, on veut dire que ça fait partie de qqch, que c’est en accord avec qqch. Il y a beaucoup de noms qui peuvent être combinés avec s’inscrire dans : la continuité, la durée, le temps, le cadre, un courant de pensée, etc. Le sens du verbe variera un peu selon le nom qui suit.
  • imprégnant : du verbe imprégner = ici, influencer profondément
  • un bébé mort-né : stillborn baby
  • encourait : du verbe encourir = risquer de recevoir. Tous les criminels encourent une peine, risquent de recevoir une sanction
  • lors de : synonyme de pendant
  • homicide aggravé par négligence : type de crime – on entend souvent parler d’homicide volontaire ou d’homicide involontaire. Il peut être aggravé par négligence, maladresse, imprudence, etc.
  • après avoir passé : remarquez la structure : après + infinitif passé – très souvent, les étudiants avancés continuent de faire des erreurs avec cette structure. Est-ce votre cas ? Diriez-vous *après passer ?
  • derrière les barreaux : autre façon de dire en prison
  • clamé son innocence : clamer, c’est manifester ses sentiments, ses convictions, en termes violents, par des cris. Des noms souvent associés à clamer : son innocence, son indignation, son mécontentement, etc.
  • acquittée : déclarée innocente
  • aussitôt : immédiatement
  • acclamé : salué par des cris, approuvé, applaudi
  • ont-elles scandé : remarquez l’inversion, pas inhabituelle à l’écrit. On la trouve souvent après une citation. Scander, c’est dire qqch de façon rythmée, haut et fort. Les manifestants scandent souvent des slogans durant les manifestations.
  • la bataille : un combat, une lutte. Nom qui revient dans beaucoup d’expressions.
  • pourtant : remarquez sa place. Les étudiants ont tendance à le placer presque exclusivement en début de phrase. Vous avez deux exemples dans ce texte où il est placé après le verbe.
  • l’une des législations anti-IVG les plus strictes au monde : plusieurs choses à observer ici : le superlatif (l’une des NOM les plus ADJ), l’accord de l’adjectif, au monde (préposition à), IVG = intervention volontaire de grossesse.
  • stipule : du verbe stipuler – synonyme de dire
  • dans les faits : synonyme de en fait
  • passible de : on peut encourir une peine de prison ou être passible d’une peine de prison, c’est la même chose (voir plus haut)
  • de réclusion : de prison
  • même lorsque : même quand
  • juste après : right after
  • une fausse couche : a miscarriage
  • préférera : remarquez l’utilisation du futur + l’accent aigu sur le deuxième e. Avec les rectifications de l’orthographe, on écrira plutôt : préfèrera, car on prononce /pʁefɛrʁa/. Je parlerai de cette règle dans un post à venir.
  • accusé de complicité : si vous aidez un criminel, vous pouvez être accusé de complicité
  • en mars dernier : le diriez-vous ainsi ? avec la bonne préposition ?
  • à la suite de : + NOM – following
  • la plupart : remarquez que le nom “femmes” a été omis. Il est sous-entendu et c’est pour cela que le verbes qui suit est au pluriel. Voir ce post si vous avez besoin d’un rappel.
  • issues de : venant de
  • preuves ténues : des preuves très minces, fragiles, à peine recevables. Pouvez-vous penser à d’autres adjectifs qui fonctionneraient bien avec le nom “preuve” ?
  • voire : adverbe rarement utilisé par les étudiants. On l’utilise pour renforcer une idée, la pousser un peu plus loin. Par exemple : il me faudra 10 ans pour vraiment comprendre le japonais, voire 20. Tu peux me prêter un livre pour les vacances, voire deux ou trois ?
  • quelles que soient : déclinaison féminin pluriel de “quel que soit” : whatever may be… “quelles” s’accordent avec “preuves“.
  • se dessine : apparait
  • constitue : du verbe constituer – synonyme de créer
  • une double peine : double penalty
  • car : remarquez sa place en début de phrase (2 fois dans le texte) – Les livres de grammaire disent qu’on ne doit pas mettre cette conjonction en début de phrase. Je le dis aussi à mes étudiant·e·s. Mais je le fais moi-même de temps à autre. Comme les anglophones qui apprennent qu’on ne doit pas commencer une phrase avec “and”. Mais qui le font quand même. Je suis pour qu’on prenne des libertés avec la langue et ses règles, une fois qu’on la maitrise à un très haut niveau. Avant ça, je recommande la prudence.
  • les plus aisées : sous-entendu “les femmes les plus aisées
  • se rendre : synonyme de aller
  • celles sans ressources : les femmes sans ressources – utilisez-vous naturellement celle, celui, ceux ?
  • le système D : familier = le système débrouille : resourcefulness, ingenuity
  • quitte à : même si ça veut dire que, au risque de
  • ingèrent : du verbe ingérer = avaler
  • la mort-aux-rats : poison destiné à tuer les rats
  • s’introduisent : du verbe s’introduire – vous pouvez voir ici l’ambigüité du verbe (s’)introduire, avec lequel je recommande à mes étudiant·e·s d’être prudent·e·s
  • des aiguilles à tricoter : knitting needles
  • en parallèle : en même temps
  • à des fins abortives : dans le but d’avorter
  • sous le manteau : en contrebande, au marché noir, illégalement
  • précise : synonyme de dire
  • ont cherché à : du verbe chercher à = essayer de
  • les avortements clandestins : illegal abortions – à quels autres adjectifs pouvez-vous penser avec le nom “avortement” ?
  • se sont multipliés : du verbe se multiplier
  • ont été pratiqués : forme passive
  • en deçà de : en dessous de
  • souligne : synonyme de dire
  • malgré : remarquez la structure malgré + nom
  • fortement ancré : avec des racines très solides, enraciné
  • un clivage entre… et… : une forte différence de pensée
  • sans… mais aussi sans … : observez la structure – demandez-vous si vous l’utiliseriez de vous-même.