Les élections municipales en France

Non, je ne vais pas parler de politique française. J’ai simplement sélectionné un article qui parle des élections récentes qui ont eu lieu en France, dans cette période d’après confinement où les gens en ont ras-le-bol je crois. Je sais que moi, je serais au bord de la crise de nerf si je vivais dans ce pays où la politique me parait être un grand cirque.

Mais je dois dire que je suis ravie que les écolos soient les grands vainqueurs de ces élections.

J’ai trouvé cet article sur The Conversation, et si vous voulez le lire en entier, c’est ici.

Ce n’est pas que le sujet me passionne, mais le style de cet article devrait intéresser certain.e.s d’entre vous. Vous y trouverez une variété de structures et pas mal de vocabulaire que vous ne connaissez peut-être pas et que, je parierais, vous n’utilisez jamais vous-mêmes.

J’ai mis en rouge tous les verbes conjugués pour faciliter l’analyse. Vous savez que les phrases sont articulées autour des verbes et qu’un verbe = une proposition. À vous de déterminer quels sont les propositions principales, les subordonnées, les différents compléments, etc. J’ai mis en vert le vocabulaire autour du thème des élections, mais il y a d’autres mots et expressions que vous voudrez peut-être examiner. J’ai mis en bleu la plupart des connecteurs qui articulent le discours. Et en jaune, les pronoms relatifs. Vous pouvez bien sûr vous amuser à repérer les autres subordonnants.

Bonne analyse !

Récit d’une étudiante qui a réussi le DALF C1

Récemment, une de mes chères étudiantes avait préparé une PO pour son cours de français et je l’ai trouvée super. L’exposé était très clair et très bien organisé, agréable à écouter, et Lucy paraissait très à l’aise, comme si elle avait fait cela toute sa vie. Cependant, quand je l’ai connue, elle n’était pas aussi à l’aise que ça. Elle était en pleine préparation du DALF C1 et elle ressentait une pression qu’elle ne ressent plus à présent. Je lui ai donc demandé si elle accepterait d’écrire un texte pour parler de son expérience de l’examen et donner quelques conseils aux futur.e.s candidat.e.s. Malgré son stress, elle l’a réussi avec un très bon score. Et elle continue à perfectionner son français au quotidien. Voici son récit :

Il pleuvait lorsque j’ai quitté le bureau à midi pile pour aller à l’Institut Français. J’avais l’estomac noué et les mots “pourquoi, mais vraiment pourquoi ?” qui tournaient sans cesse dans ma tête. Deux heures plus tard j’étais dans une pièce sombre avec deux autres étudiants et une surveillante qui, sans dire un mot, m’a donné un choix de trois dossiers sur des sujets variés, le stimulus pour la production orale. Le lendemain j’y suis retournée pour un examen de quatre heures et demie. Le soleil brillait ; j’avais toujours l’estomac noué. Pourquoi, mais vraiment pourquoi ?

Trois ans plus tôt j’avais décidé de passer l’examen du DELF B2 – pour me prouver à moi-même, et aux autres, que j’en étais capable. Lors de mes préparations pour passer le DELF B2, je suis tombée amoureuse non seulement de la langue mais également du processus d’apprentissage. J’ai découvert que je pense différemment en français, que j’écris avec un plaisir qui me manque en anglais – même si jusqu’à présent je ne réussis guère à m’exprimer avec l’élégance, la légèreté et la simplicité que je recherche. Lire des romans ou des articles en français me fait plaisir ; écouter des podcasts français ouvre un nouveau monde dans lequel je plonge avec enthousiasme. En apprenant le français, je m’échappe et je me découvre, j’échappe au quotidien et je le découvre.

Cependant, la question se pose toujours : pourquoi passer l’examen du DALF C1 ? En fait, je n’avais aucune raison pour le faire : je n’avais pas besoin d’une attestation ni pour étudier ni pour travailler et il y avait peu de chances que je déménage en France. Donc, pourquoi me soumettais-je à la torture d’un examen qui, tout le monde s’accorde là-dessus, pose un grand défi, même pour ceux qui s’immergent chaque jour dans la langue ? J’ai besoin de défis ? Peut-être. Je suis masochiste ? Sans doute !

Franchement, je ne sais toujours pas pourquoi. Sauf que, pensais-je, peut être que le but de passer un examen exigeant me forcerait à prendre mes études de français au sérieux, à voler un peu de temps au quotidien pour l’étudier.

Étant donné que je n’ai jamais vécu en France, comment me suis-je préparée pour passer – et réussir – l’examen ? Puis, maintenant, comment va la continuation de mes études ? Ce que j’ai appris après avoir réussi le DALF C1, c’est qu’il y a encore beaucoup à apprendre, il y a encore plus à améliorer – et il y a beaucoup de choses que j’oublierais si je ne continuais pas à les pratiquer ! En fait, je dirais que plus j’apprends, plus je me rends compte de tout ce qu’il reste à apprendre !

Tout d’abord, j’ai suivi un cours qui vise à aider les étudiants à préparer cet examen. (Je n’avais pas encore eu la chance de tomber sur le site web de Manon ! Heureusement, je l’ai trouvé juste avant l’examen et j’ai vraiment mis à profit les deux cours durant lesquels j’ai pratiqué la production orale.) Selon moi, il est essentiel d’en suivre un car les quatre épreuves sont très particulières, voire bizarres pour les apprenant·e·s ! De plus, je suis une étudiante qui apprend quelque chose en le pratiquant. Mémoriser du vocabulaire et comprendre les règles de grammaire, sans les utiliser, c’est presque impossible pour moi.

Je veux discuter ici principalement les deux épreuves de production. Pourtant, avant que je ne les aborde, quelques idées sur la compréhension orale et la compréhension écrite : pour réussir ces épreuves il faut sans aucun doute beaucoup écouter et lire. C’est l’une des choses qui m’a beaucoup apporté, au-delà des exigences de l’examen : j’ai lu – et je continue à lire – des articles de science vulgarisée, d’économie, de culture française, de questions variées de société ; j’ai écouté – et je continue à écouter – des podcasts qui traitent de racisme, de féminisme, des grèves, du système de santé, de philosophie, du quotidien, etc. Grâce à mes études de français ma vie est vraiment enrichie.

De surcroit, cela m’a beaucoup aidée pour l’examen : c’est plus facile de répondre aux questions d’un examen si le sujet et le format de l’émission sont familiers. Pourtant, on doit aussi apprendre à comprendre les nuances du texte et à répondre aux questions. Utilisez les ressources en ligne. Même si l’on est très à l’aise avec le français, capable de comprendre globalement tout ce qu’on lit ou qu’on écoute, on doit apprendre ce qui est requis pour l’examen. J’ai fait tous les exercices proposés par TV5 et je pense que cela m’a été vraiment bénéfique.

En outre, la lecture d’articles vous aide également dans les épreuves de production. La production écrite comprend un essai et une synthèse – cette dernière est un exercice à la fois précis, exigeant et, selon moi, satisfaisant. Le contenu étant donné, la synthèse offre la possibilité de pratiquer la manipulation du langage. De plus, en la pratiquant, vous développerez la capacité d’apprécier ce qu’est un argument efficace – quelque chose dont vous avez besoin si vous voulez réussir l’examen du DALF C1.

L’essai argumenté est une discipline particulière : en seulement 250 mots on doit construire un argument clair, concis, écrit avec un vocabulaire sophistiqué et varié et bien structuré avec des connecteurs logiques. (Il faut que les connecteurs soient logiques ! On ne peut pas utiliser n’importe quelle sorte de connecteur !)

D’après moi, la meilleure méthode pour s’entrainer à cette épreuve est …écrire, écrire, écrire toujours plus : pas seulement des essais, mais aussi des plans. Entrainez-vous à écrire trois phrases différentes pour ouvrir un essai ou pour le conclure. Essayez d’écrire des phrases qui lient vos paragraphes (et donc vos points différents). Faites un jeu avec le langage. Mettez en œuvre la grammaire que vous venez d’apprendre. Au moment de l’examen on veut ressentir une certaine aisance à utiliser de nombreuses expressions variées, qui démontrent nos connaissances avancées mais qui conviennent aussi à l’argument (y compris la forme que l’essai prend). J’ai tendance à utiliser le subjonctif lorsque cela rend la phrase trop lourde et peu naturelle, maladroite (même si en théorie l’utilisation est correcte). Je voudrais désormais m’exprimer avec plus de clarté et de simplicité, développer ma compétence à manipuler la langue et faire plus attention au style.

Selon moi, pour la production orale on a besoin d’une structure claire, de points substantiels et exemplifiés et, dans l’idéal, d’un peu de spontanéité – une combinaison tellement exigeante ! De plus, une heure passe vite quand on a plusieurs articles à lire avant que l’on ne puisse commencer à organiser son discours.

Pour préparer une production orale, j’ai besoin d’une structure de base en tête. Je la note sur le papier pendant que je pense au sujet et que je réfléchis aux articles que je viens de lire. Cela me calme et donne également une forme à mes idées. Ce que je voudrais souligner, c’est que cette structure n’est pas rigide. En fait, elle me permet l’inverse : de me détendre, de prendre une respiration profonde, de penser plus clairement – et d’être plus fluide, plus naturelle quand je commence à parler.

L’aspect que j’ai trouvé le plus difficile, c’est la formulation d’une problématique, c’est-à-dire la question que l’on veut aborder. Après avoir éprouvé beaucoup d’anxiété, je me suis rendu compte qu’une question claire et simple qui me permet de traiter le sujet sous plusieurs angles marche bien. En fait, je pense qu’il est plus important de décider d’une question que de trouver la question parfaite. Je l’écris au centre d’une feuille de papier. Ensuite je me concentre sur le développement de mon argument, en utilisant ma structure. J’essaie d’inclure des exemples de ma vie ou de ce que j’ai lu et parfois de citer des articles du dossier. La tentation est de rédiger la production orale entière : essayez d’y résister ! Après tout, ce n’est pas une production écrite. Je crois qu’une partie importante de la production orale est la façon dont on interagit avec nos auditeurs – en les regardant dans les yeux, en souriant (oui, vraiment !), en faisant des gestes, même en hésitant. C’est un jeu. Dans la production écrite il faut jouer le jeu, en écrivant une lettre, un blog, un article. Pour la production orale, c’est la même chose : nous devons prétendre que nous sommes experts sur un sujet et très à l’aise pour en faire une présentation. Même si c’est loin d’être le cas !

Si je préparais l’examen à nouveau, je passerais plus de temps à pratiquer la deuxième partie de l’épreuve orale. Lors de l’examen lui-même, je garderais un peu de temps pour réfléchir aux questions que les examinateurs pourraient me poser.

Comme Manon le sait très bien, il y a un tas de choses sur lesquelles j’ai besoin de me concentrer pour consolider et développer mes connaissances en langue française, y compris des choses assez basiques sur lesquelles j’ai encore des doutes.

Lucy Webster, étudiante de FLE, niveau C1

Merci Lucy !

Dénoncer la bêtise par l’humour

Paru dans le Gorafi du 4 juin, cet article m’a fait marrer. Je le copie ici (après avoir corrigé les fautes).

Le gouvernement affirme que le nuage du racisme systémique s’est arrêté à la frontière française

Paris – Souhaitant désamorcer la crise qui s’étend à travers le monde, le gouvernement a tenu à rassurer en expliquant que le nuage du racisme systémique s’était arrêté à la frontière française, de même que toutes formes de racismes, les inégalités sociales et tous les types de discriminations raciales, ainsi que les violences policières. Reportage.

« Toutes nos datas le prouvent, l’anticyclone, courageusement, repousse et ce depuis toujours le racisme systémique au-delà de la frontière française, on a vraiment de la chance » a souligné l’expert lors de la remise du rapport à Matignon. Selon lui, tous les autres pays du monde sont touchés par ce problème à l’exception fantastique et incroyable de la France qui n’a ainsi jamais rencontré le moindre problème de racisme systémique sur son territoire et ce depuis l’époque gallo-romaine. « J’irai même plus loin, en rappelant que le mot « systémique » n’existe pas dans la langue française, vous pouvez vérifier par vous-même. Dès lors, cela prouve que nous n’avons jamais été confrontés à ce problème sociétal ».

Une fois ce point établi comme un fait authentique, la plupart des manifestants demandant la fin des violences policières et du racisme systémique se sont platement excusés et sont rentrés chez eux. « Je suis rassurée de savoir qu’il n’y a jamais eu de racisme systémique en France, je me faisais des idées pour rien, c’est incroyable quand même » a expliqué une jeune fille tout en voyant son dossier logement refusé pour la 18e fois en raison de la couleur de sa peau juste avant d’être contrôlée tout à fait par hasard par des policiers qui l’ont courageusement maîtrisée pour outrage envers agents après qu’elle a demandé son chemin.

Femmes soldates, agentes de la paix

Cette semaine, mes lectures se sont focalisées sur le sort des femmes en temps de guerre et particulièrement sur l’horreur des violences sexuelles qu’elles subissent inévitablement (ce fut une semaine très intense) et mon cher téléphone qui m’espionne du matin au soir m’a donc proposé des articles plus ou moins connectés à ce sujet, dont celui-ci.

J’ai surligné en jaune les participes passés et en bleu la plupart des connecteurs. J’ai mis en rouge quelques verbes et expressions verbales à observer et en vert, 2 pronoms très souvent confondus par les apprenant.e.s.

Finir l’université à 70 ans

Quand je recherche des articles qui ne parlent pas de virus et de confinement, je tombe parfois sur des histoires assez insolites.

En voici une trouvée dans Courrier International cette semaine. Je suis encore un peu trop débordée pour avoir le temps de faire une analyse plus poussée, mais j’ai mis en évidence plusieurs éléments. Vous pourrez remarquer en jaune les différentes manières employées pour désigner la même personne. En rouge, observez les verbes et expressions verbales et les prépositions qui les accompagnent s’il y en a. Surlignés en bleu, quelques connecteurs. En vert, un peu de vocabulaire à observer. Est-ce du vocabulaire que vous connaissez bien et qui fait partie de votre vocabulaire actif ? En bleu et en gras, quelques prépositions.

J’ai souligné une préposition et un article, car de mon point de vue, ce sont des erreurs. Les articles de Courrier International sont des articles plus ou moins traduits d’articles de journaux étrangers (ici, le journal italien La Repubblica) et j’aurais tendance à penser que la personne qui a traduit l’article est soit de langue maternelle autre que le français (tout en ayant un niveau très avancé), soit de langue maternelle française mais ayant l’habitude de jongler avec plusieurs langues et par conséquent faisant inévitablement de petites erreurs de temps à autre. Plus on parle de langues, plus c’est difficile de ne pas se tromper. Personnellement, j’ai très souvent des doutes ! Beaucoup plus que quand je parlais seulement français…

J’écrirais “dans ses colonnes”, plutôt que “sur ses colonnes”, et je ne mettrais pas d’article devant “chef d’entreprise” : il est devenu chef d’entreprise.

La crise actuelle et la langue française

Comme je suis un peu débordée ces temps-ci, je n’ai pas vraiment le temps de proposer une analyse de texte, mais j’ai lu cet article paru dans The Conversation et écrit par l’excellente Éliane Viennot, dont le travail m’inspire énormément, et je me suis dit que j’allais le partager.

J’ai relevé assez rapidement en rouge, des verbes et expressions verbales (observez les associations de mots et les prépositions), en vert, du vocabulaire à observer, en bleu, les connecteurs et en jaune, les pronoms relatifs (certains m’ont peut-être échappé).

Le sujet de cet article me tient évidemment beaucoup à cœur et j’espère qu’ils vous interpellera également.

Pandémie et étudiants africains en France

J’évite en général de parler de la situation actuelle car on en entend parler partout, on n’entend plus parler que de ce virus et le climat est assez anxiogène sans que je m’y mette également.

Mais mon téléphone m’a suggéré de lire cet article de France 24 cette semaine et je me suis dit que j’allais le partager ici et le proposer pour une analyse. Ce n’est que le début de l’article et vous pouvez le lire en entier sur le site de France 24.

Je pense qu’il se passe de commentaires… Mais 520 euros pour un logement social de 12 m² ! 😲

J’ai trouvé cet article vraiment attristant et rageant.

Je n’ai pas le temps de développer l’analyse, mais j’ai mis en évidence quelques verbes, expressions verbales et combinaisons en rouge, du vocabulaire à observer en vert et j’ai surligné quelques connecteurs en bleu et des pronoms relatifs en jaune.

Prenez votre temps quand vous faites une analyse, ne précipitez pas l’exercice !

10,000 cours gratuits du Collège de France

Depuis la semaine dernière, je suis un MOOC extrêmement intéressant de l’université de Stanford et je suis ébahie par la qualité du contenu, le CV de l’enseignante et l’organisation du cours. Cela m’oblige aussi à être organisée et disciplinée si je souhaite pouvoir concilier travail, études de japonais, lecture, sport, temps avec mon mari, prendre des nouvelles des amis, et maintenant, ce cours, et je vis la pandémie qui frappe la planète plutôt très bien en ce moment. Pourvu que ça dure !

Pour celles et ceux qui seraient intéressé·e·s par des cours gratuits en français, d’un établissement prestigieux, le Collège de France, réputé pour son enseignement et sa recherche, en propose un nombre incroyable que ce soit en sciences humaines en mathématiques, en histoire, en littérature, ou encore en physique et chimie.

Je n’en ai suivi aucun alors je ne peux pas vraiment commenter, mais j’avais écouté quelques cours en podcast, qui demandaient quand même une certaine concentration.

Après avoir jeté un œil aux enseignants de cet établissement, je déplore le manque de professeures. Elles sont très minoritaires et la majorité des profs se ressemblent beaucoup… J’ai compté vite fait sur leur site et j’ai trouvé 58 enseignants, dont 10 femmes. Ce qui fait 17%. J’en ai peut-être oublié, parce que je n’ai pas cliqué partout, mais je trouve ce fait un peu déprimant.

Ceci étant dit, si vous souhaitez vous cultiver en français sur des sujets divers et complexes, vous pouvez le faire gratuitement avec le Collège de France.

Livre : Nord perdu

Extrait :

Certains monolingues croient ingénument que, pour passer d’une langue à l’autre, il suffit de disposer d’excellents manuels et dictionnaires. Que nenni ! Ces outils sont même à peu près inutiles pour la communication courante. La prochaine fois que vous prenez les transports en commun, imaginez qu’un étranger se trouve à vos côtés et qu’il vous incombe de lui traduire, mot à mot, tout ce que vous entendrez au cours du trajet. C’est une tâche pour ainsi dire impossible. Ecoutez bien les gens. Que marmonnent-ils dans leur barbe ? “Putain il fait beau !”, “Eh ben dis donc !”, “M’en fous”, “Pis quoi encore ?”, “Ras-le-bol à la fin”, “Bon ça y est, je me casse”, “N’importe quoi !”… C’est lorsque ces mille syntagmes opaques deviennent enfin transparents que l’on commence à connaître réellement une langue.

Et encore : on ne la connaîtra jamais comme les natifs la connaissent. Il m’arrive encore, non pas chaque jour mais plus souvent que je n’aime à me l’admettre, de tomber sur un mot en français que je jurerais n’avoir jamais vu… alors que mes enfants, eux, le connaissent parfaitement. Comment cela est-il possible ? La mémoire des enfants est une éponge (le savoir y pénètre et s’y accumule), celle des adultes, une passoire (le savoir la traverse) !

D’autre part, ce n’est pas parce qu’on a appris un mot qu’on est capable de s’en servir…

Dîner avec des amis monolingues l’autre soir, A. et S. : très étonnés de m’entendre dire qu’il existe dans la langue française des mots, des façons de parler dont je suis, moi étrangère, incapable de me servir dans une conversation. “Quoi par exemple ?

– Eh bien… le passé simple.

Oh, ça ne compte pas, il n’y a que les académiciens qui se servent du passé simple en parlant ! C’est grotesque. Quoi d’autre ?

– Eh bien…, par exemple… : Ça me gonfle. Ça je ne peux pas le dire. Ou certains termes d’argot : des anglicismes comme news, challenge, look ; des abréviations comme perso.

– Oh ça ne compte pas, ce n’est pas une question de langue mais de génération, de milieu…

– Alors le cas échéant, surtout avec la liaison : lecazéchéant. Ça, je ne peux pas le dire.

– Oh, ça ne compte pas, c’est une question de niveau de langue, c’est une expression légaliste…”

Et ainsi de suite. Ils ne me croyaient pas ! Il ne comprenaient pas !… Alors que, bien sûr, eux aussi. Et vous aussi. Tous, nous incluons certains mots et tournures dans notre vocabulaire actif et en excluons d’autres. Seulement, l’exilé linguistique le fait après mûre, ardue, obsessionnelle pour ne pas dire paranoïaque réflexion.

Nord Perdu, Nancy Huston, 1999

Nancy Huston est canadienne anglophone. Elle écrit en français et en anglais et traduit ses propres livres. Cela faisait une éternité que je voulais lire ce petit livre qu’est Nord perdu et j’ai enfin pris le temps de le faire un soir cette semaine. Il ne contient qu’une centaine de pages, je l’ai donc lu d’une traite, tout en prenant quelques notes. L’autrice y parle de son expérience d’exilée, de son expérience de bilingue, de sa quête d’identité, 25 ans après s’être installée en France, et tellement de ses réflexions ont résonné en moi.

Ce livre devrait parler à toute personne ayant appris une autre langue que sa langue maternelle et/ou s’étant exilée dans un pays où elle doit vivre dans une autre langue que la sienne.

Assis ou accroupi ?

Difficile de trouver des articles sans aucun rapport avec le virus dernièrement et depuis que j’ai décidé de réduire le temps que je passe sur Internet, je n’ai pas vraiment lu d’articles en fait. Je lis plutôt des livres ces temps-ci. Deux ou trois en même temps de préférence. Et ça me fait beaucoup de bien.

Les médias sont trop anxiogènes. Même les émissions humoristiques me stressent. Alors je vis sans savoir combien de cas de virus ont été détectés dans le monde et combien de morts ont été recensées. Et je ne m’en porte que mieux.

Cependant, je me suis dit que ce serait bien de faire une petite analyse cette semaine alors je suis allée faire un tour sur le site de Sciences et Vie, et j’ai trouvé ce court article, qui prouve que l’on peut travailler sa lecture active à partir de deux paragraphes seulement, quand on ne dispose pas d’énormément de temps.

  • mieux vaut = c’est préférable de – on retrouve cette formule dans plusieurs expressions, telles que “mieux vaut tard que jamais”, ou encore “mieux vaut prévenir que guérir”. En connaissez-vous d’autres ?
  • accroupi : comment expliquer accroupi sans passer par la traduction ? C’est une position du corps que les enfants prennent très naturellement quand ils se baissent, mais que beaucoup d’adultes (surtout en occident) ont du mal à garder sans lever les talons. On a les jambes pliées et on se tient assis sur ses talons (ou avec les talons levés). C’est la position que l’on doit tenir si l’on utilise des toilettes à la turque.
  • n’est pas le propre de : ce n’est pas seulement l’homme moderne occidental qui est inactif
  • en suivant : gérondif utilisé pour exprimer la manière
  • vivant : participe présent, qui pourrait être remplacé par une relative : “qui vivent”
  • ceux-ci : pronom reprenant “chasseurs-cueilleurs”
  • soit : connecteur, synonyme de “c’est-à-dire”
  • adoptent : fonctionne avec “positions” – adopter une position : collocation fréquente
  • diffèrent : observez l’accent grave qui indique que nous n’avons pas affaire à l’adjectif “différent” mais au verbe “différer” à la troisième personne du pluriel. Êtes-vous capable d’expliquer pourquoi l’accent aigu de l’infinitif est devenu un accent grave ? Sinon, il est temps de revoir la règle ! (Mon post Instagram d’hier en parle)
  • agenouillés : position à genoux, les jambes totalement repliées sous soi
  • or : connecteur, synonyme de “cependant”, “toutefois”
  • mobilisée : observez l’utilisation du participe passé (beaucoup d’étudiants auraient tendance à écrire “qui est mobilisée”, ce qui alourdit un peu le style)
  • ce n’est pas tant : observez l’utilisation de cette structure
  • délétère : dangereux, nocif, toxique