Quand le second degré nous échappe…

J’ai à plusieurs reprises parlé du Gorafi sur ce blog, journal satirique qui m’amuse beaucoup. Je le consulte quand j’en ai marre de lire les actualités déprimantes, c’est-à-dire très régulièrement. Je suis aussi abonnée au compte Instagram du journal.

À l’occasion d’Halloween, ils ont posté un titre très drôle (à mon avis) : Les enfants de chômeurs méritent-ils des bonbons ?

Et cette semaine, ils ont posté ceci :

Si vous avez Instagram, vous savez qu’il s’agit d’un message personnel reçu par le Gorafi, qu’ils ont décidé de partager avec leurs abonnés.

Si vous faites une petite analyse de ce message, vous devriez pouvoir dire si c’est une femme ou un homme qui a écrit. Vous devriez aussi relever une faute de grammaire.

Vous pouvez aussi relever le vocabulaire :

  • tomber par inadvertance
  • être né avec une cuillère en argent dans la bouche

C’est un exemple de comment Instagram peut être utile à votre apprentissage et perfectionnement du français !

Je sais qu’il est très difficile d’étudier avec régularité et assiduité quand on est toujours sollicité·e à droite à gauche, mais Instagram est le format idéal pour les gens débordés ! Les posts ne sont jamais très longs, et s’ils ont plusieurs pages, on peut choisir de se limiter à une seule. Le Gorafi, c’est bien pour rigoler, mais on peut aussi suivre des comptes plus sérieux si l’on préfère (TV5 monde, France 24, RFI, etc.) et si l’on manque de temps pour lire un article entier ou que l’on ne peut pas consacrer beaucoup de temps à l’étude du français un jour, on peut toujours se pencher sur un post Instagram en français et en faire une petite analyse. Bien sûr, il faut choisir un post avec un minimum de texte. Ou avec une vidéo.

Un de mes posts préférés de la semaine : https://www.instagram.com/p/B4c6mQQnQcz/ et toute l’histoire derrière ce post, dont vous pouvez lire et voir un extrait ici, entre autres. L’enquête a été publiée sur Mediapart.

Être auto-entrepreneur en France

Voici un article dont le titre m’a immédiatement interpelée. Je me suis demandé si mes étudiant·e·s comprendraient facilement de quoi il s’agissait ou s’ils et elles seraient perplexes.

Si vous connaissez le verbe abattre, uniquement au sens de tuer, il se peut que vous soyez un peu déstabilisé·e (observez le é de la première syllabe, devant deux consonnes 😉 ).

L’article est court et je vais me concentrer sur le vocabulaire qui, à mon avis, pourrait poser problème à mes étudiant·e·s avancé·e·s ou qu’ils et elles n’utiliseraient pas forcément naturellement. Et quelques formes verbales.

  • un abattement : on parle ici d’une réduction du cout de qqch. On entend souvent parler d’abattement fiscal, qui est une réduction d’impôts.
  • raboté : raboter qqch, au sens propre, c’est le rendre plat avec un outil qui s’appelle un rabot (rebate plane en anglais). Ici, nous sommes évidemment au sens figuré, et raboté veut dire diminué.
  • un dispositif d’exonération : des mesures pour dispenser, exempter
  • cotisation sociales : ce sont les impôts prélevés sur les salaires qui, techniquement, servent à contribuer à la société
  • être revu à la baisse : revoir qqch à la baisse signifie que l’on avait fait une estimation qu’il va falloir diminuer. On peut l’utiliser dans d’autres contextes qu’en parlant d’argent. On peut revoir ses ambitions à la baisse par exemple. Je voulais obtenir 100% des points à mon examen de japonais, mais je pense que je vais revoir mes ambitions à la baisse et viser les 70%.
  • se sont élevés contre : ils se sont fait entendre, ils ont fait entendre leurs voix qui allaient à l’encontre de la décision
  • atteinte au pouvoir d’achat : le pouvoir d’achat, c’est notre capacité pécuniaire à dépenser ; une atteinte, ici, c’est une agression, une attaque, le fait de causer un dommage.
  • un projet de décret : un décret, c’est un acte réglementaire, officiel, un peu comme une loi
  • l’alignement : même si c’est un peu comme en anglais, vous auriez pensé à l’utiliser de vous-même ?
  • a-t-elle justifié : observez la structure
  • serait maintenue : observez l’utilisation du conditionnel pour exprimer la probabilité
  • nouvellement : vous le comprenez facilement, mais utilisez-vous cet adverbe ? Je ne crois pas l’avoir entendu chez mes étudiants dernièrement, si jamais…
  • passerait : encore un conditionnel pour la probabilité
  • ce projet de refonte : refonte, vient de fondre (to melt). La refonte, c’est l’action de remanier afin d’améliorer (en théorie)
  • dans un communiqué : expression très courante dans les articles de journaux – un communiqué est une information, un rapport, un renseignement transmis officiellement au public.

Candide, de Voltaire

Si vous vous intéressez à la culture française, vous avez probablement entendu parler de Voltaire, philosophe des Lumières dont les œuvres les plus connues sont probablement Candide et le Dictionnaire philosophique.

Si vous n’avez jamais lu Candide, c’est un petit livre que je vous recommande. Je l’ai lu plusieurs fois et comme j’ai un peu oublié les détails, je vais surement le relire bientôt.

Vous pouvez le télécharger gratuitement ici.

Voici le premier chapitre que vous pouvez vous amuser à analyser si vous en avez envie. Vous pourrez observer l’utilisation des différents temps du passé, du vocabulaire que vous ne rencontrez probablement pas très souvent (palefreniers, précepteur, souffletée…) et remarquer le ton ironique de ce premier chapitre, qui vous donnera peut-être envie de lire les suivants.

C’est un livre très court. Il contient 29 chapitres qui tiennent sur 83 pages. Candide a été publié en 1759 et bien sûr, la langue française a évolué depuis et personne n’écrirait ainsi aujourd’hui, mais cela n’empêche pas qu’il soit facile à lire et très divertissant. Et si les temps du passé vous laissent toujours des doutes, c’est 83 pages de matériel utile à analyser !

Savoir reconnaitre et apprécier ses propres efforts

Comme je l’ai déjà écrit à maintes reprises, atteindre un niveau de langue semblable à un·e locuteur·trice de langue maternelle prend du temps. Beaucoup plus de temps que d’atteindre un niveau de communication décent.

J’ai travaillé avec des étudiant·e·s de tous niveaux et quand on me demandait autrefois quel niveau je préférais, je ne savais pas vraiment, je trouvais difficile de choisir. Aujourd’hui, je sais. Je préfère travailler avec les étudiant·e·s avancé·e·s. D’un côté, c’est plus difficile, mais d’un autre côté, je trouve ça plus intéressant. J’aime aussi les vrai·e·s débutant·es, celles et ceux qui n’ont jamais eu d’autres profs avant moi. C’est moins intéressant au début, mais c’est facile et on voit le progrès très vite. Et surtout, je suis sure qu’ils apprendront à maitriser le passé composé avant d’apprendre le subjonctif. Et quand ces étudiant·e·s peuvent enfin tenir des conversations en français, c’est vraiment satisfaisant !

Aujourd’hui, la majorité de mes élèves sont de niveau avancé. Certaines ont réussi le C1, ce qui n’est pas une mince affaire, et les autres le réussiraient sans aucun doute. Mais ce qu’ils et elles ont tout·e·s en commun, c’est cette frustration de ne pas parvenir à parler ou écrire sans faire d’erreurs. Et cela leur donne en plus l’impression d’être nul·le·s. Ils et elles sont tout·e·s très intelligent·e·s mais adorent tout·e·s se dénigrer quand il s’agit de leurs compétences linguistiques en français.

Je suis une ancienne snob du langage. J’étais du genre à juger sévèrement les autres (Français) quand ils faisaient des fautes d’orthographe ou s’exprimaient avec une grammaire douteuse. Quand j’ai vécu à Londres, je jugeais tout aussi sévèrement les Français et autres Européens qui y vivaient depuis des années mais qui ne maitrisaient pas du tout la grammaire anglaise.

J’ai radicalement changé et c’est un changement assez récent en fait. Je suis toujours assez exigeante avec moi-même mais j’ai compris qu’on n’était pas tous égaux devant les langues, l’orthographe, la grammaire, etc. Et si ça m’agace toujours un peu de voir des fautes dans les journaux ou dans la bouche des journalistes, qui sont des personnes supposées maitriser la langue, cela ne me dérange plus venant d’autres personnes, et encore moins de locuteurs non natifs. J’ai des amis qui sont fâchés avec l’orthographe de leur propre langue. Avec la grammaire aussi. Je ne vais pas arrêter de les aimer et de les fréquenter, ce serait dommage quand même !

Mais il y a un certain stigma attaché aux fautes de langage. On juge les autres qui en font, on se croit moralement supérieur si on fait moins d’erreurs, on s’offusque des fautes des autres, comme si elles étaient impardonnables, on dit des choses comme, “Ah, moi, ce que je supporte pas, c’est quand les gens écrivent ses au lieu de ces !” ou “je supporte pas quand les gens disent malgré que !” Comme si on était irréprochable nous-même. Et comme si ça affectait notre bien-être. Et oh, ce qu’on aime faire la leçon aux autres pour démontrer notre supériorité ! 🤮 Alors qu’en fait, la plupart de ces critiques ne viennent pas de linguistes, que la plupart de ces personnes ont très peu de connaissances linguistiques, et ne sont même pas conscientes, entre autres, que malgré que est devenu plus ou moins acceptable (certains livres de grammaire le mentionnent) et que les langues évoluent avec le temps et que leur complexe de supériorité n’y changera rien.

Tout ceci fait qu’on est facilement complexé de faire des fautes. On sait que l’on en fait, on sait que l’on est jugé et pour beaucoup d’entre nous, c’est une source de malaise. D’où ce sentiment de ne jamais être assez bon quand on apprend une langue et qu’on fait quelques erreurs par-ci par-là.

Beaucoup de mes étudiant·e·s avancé·e·s parlent plus de deux langues. Il y a une Anglaise qui en plus d’apprendre le français apprend le sanskrit (coucou si tu me lis !), deux Brésiliennes qui parlent un anglais très avancé en plus d’un très bon français, un Américain qui parle couramment russe et espagnol en plus d’avoir un excellent niveau de français et une prononciation presque sans accent, une Espagnole qui passe du français à l’espagnol et à l’anglais sans effort apparent, une Saoudienne (👋) qui parle très bien anglais et très bien français, un Américain qui parle espagnol et qui a atteint un niveau de français avancé en un an seulement, etc. Il y a aussi un anglais qui est peut-être un peu moins avancé mais quand même très bon, qui lui, apprend, en parallèle du français, l’italien, l’espagnol, le portugais, le russe, et je crois qu’il s’est mis au polonais aussi. Il étudie différemment des autres car ce qui lui importe, c’est de parler et de pouvoir communiquer quand il est à l’étranger. Il a appris d’autres langues par le passé et a une attitude très détendue. Il ne se soucie pas trop de faire des fautes mais il essaie de se corriger sur ses erreurs les plus fréquentes. Les autres, et d’autres que je n’ai pas mentionnés ici, ont tendance à être très sévères avec eux-mêmes. Peut-être que l’étudiant américain qui parle espagnol et l’étudiante saoudienne sont un peu plus détendus, et ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils sont plus jeunes que tous les autres. Je viens juste de me rendre compte que cela pourrait avoir une incidence sur leur façon d’aborder les erreurs.

Mais moi, quand je les écoute parler et/ou quand je les lis, je les trouve formidables. Eux, et elles, voient principalement leurs erreurs (et évidemment, c’est ce que je leur fais remarquer le plus pour qu’ils apprennent à se corriger), mais moi, je vois à quel point ils et elles sont doué·e·s, je les vois progresser avec constance, et j’aimerais qu’ils et elles soient moins dans le jugement envers eux·elles-mêmes.

Donc, si comme mes chers·ères élèves, vous avez un niveau de français avancé mais avez souvent l’impression de ne pas être à la hauteur, si vous vous sentez frustré·e car vous avez l’impression que vous n’y arriverez jamais, commencez déjà par reconnaitre tout le travail que vous avez fourni jusqu’ici et admettre que votre niveau de français est tout à fait honorable ! Si vous lisez ce blog régulièrement et le comprenez sans effort, votre niveau est sans aucun doute honorable 😉 Si quelqu’un parlait votre langue comme vous parlez français, vous penseriez quoi de cette personne ? Lui adresseriez-vous toutes les critiques que vous vous infligez ou vous diriez-vous qu’elle est vraiment douée ?

L’étude d’une langue est un projet qui peut durer toute une vie. On peut apprendre quelque chose de nouveau tous les jours. Personne ne connait tous les mots du dictionnaire. Personne ne fait jamais de fautes. À chaque fois que vous apprenez un nouveau mot, une nouvelle expression, que vous comprenez enfin pourquoi vous faites cette erreur depuis des années et travaillez pour la corriger, c’est du progrès. Vous ne pouvez pas apprendre tout ce que vous ne savez pas en une heure, un mois, un an. Vous pouvez apprendre beaucoup de choses mais il y aura toujours des choses que vous ne saurez pas. Si vous êtes sérieusement perfectionniste comme certaines de mes élèves, je peux le comprendre car je suis un peu pareille pour moi-même, mais dans ce cas-là, il faut se donner les moyens de son ambition. Autrement dit, il faut travailler méthodiquement et y passer du temps. Beaucoup de temps ! Et si vous faites les mêmes erreurs depuis des années car personne ne vous a jamais corrigé·e, il faudra probablement avoir recours à des exercices pas toujours super amusants, mais cela vaudra la peine au final. En linguistique, ces erreurs s’appelle “fossilisation”. Ce sont des erreurs très difficiles à corriger, c’est un processus qui prend du temps, mais en travaillant méthodiquement, tout peut se corriger. Pour ce type d’erreurs, je recommande de faire appel à un·e prof qui vous aidera à identifier vos erreurs et vous guidera pour les corriger.

Pour perdre du poids, le sport n’est pas la meilleure solution

Rien de bien transcendant dans cet article pour ce qui est du fond. Je pense qu’on a tous entendu dire que si l’on voulait perdre du poids, l’alimentation était plus importante que le sport, même si avoir une activité physique avait son importance aussi.

Mais, à la lecture de l’article, quelque chose me paraissait étrange. Je trouvais le style un peu trop scolaire, manquant un peu de naturel. Je me disais que cela aurait pu être écrit par un·e de mes élèves de niveau avancé. Et arrivée au bout, j’ai compris pourquoi : c’est une traduction ! L’article original a été écrit en espagnol. Si la suite vous intéresse, elle est ici.

Ce n’est pas un texte très compliqué, mais il y a quelques éléments intéressants. J’ai surligné en bleu les connecteurs logiques, en vert les prépositions, en jaune les pronoms compléments et j’ai mis en gras et en bleu le vocabulaire des régimes et souligné du vocabulaire à observer. Je ne vais pas tout détailler, mais je vais faire une petite analyse à la suite du texte.

Vocabulaire des régimes : en français, on perd ou on gagne du poids. Le même vocabulaire que si l’on jouait. L’ironie cependant, c’est que c’est en général mal vu de gagner dans ce contexte. Il y a une nette tendance à la grossophobie en France. Elle existe partout, il me semble, mais me parait bien plus forte en France que dans d’autres pays où j’ai vécu. Il en résulte que l’on parle énormément de poids et de régime. Par conséquent, connaitre le vocabulaire autour de ce thème peut être intéressant, si ce n’est que pour pouvoir débattre avec des Français et leur expliquer que leur point de vue est dépassé et que gagner du poids ne fait pas d’une personne une mauvaise personne ou perdre du poids une personne avec plus de valeur.

  • faire de l’exercice : une autre façon de dire faire du sport
  • j’ai une tendance au surpoids : observez la structure avoir tendance à + NOM
  • depuis : quelque chose me chiffonne dans cette phrase. On a depuis + passé composé. Après avoir lu l’article original (desde hace unos años, mis cifras de glucosa en sangre me colocan al borde de la diabetes), je me dis que je cela aurait pu être mieux traduit. Je ne suis pas experte en traduction, mais je dirais plutôt : depuis quelques années, mon taux de glucose dans le sang me place aux portes/à la limite du diabète. Avec un présent, pas un passé composé qui sonne faux.
  • m’ont emmené : observez le pronom et l’accord du participe passé – on sait que c’est un homme qui écrit. Si c’était une femme, on aurait m’ont emmenée.
  • m’y poussent : me poussent à manger – pousser qqn à faire qqch
  • rien de très méchant : on pourrait aussi dire rien de bien méchant, rien d’exceptionnel
  • m’obliger à : obliger qqn à faire qqch
  • le vélo stationnaire : aussi appelé vélo d’appartement
  • je me suis alors mis à : j’ai alors commencé à – se mettre à faire qqch
  • le pédalage : mots de la même famille : une pédale, pédaler, un pédalier.
  • peu importent : remarquez l’accord. Si je vous dis que l’on aurait pu aussi l’écrire peu importe, ça vous parle ?
  • durant : synonyme de pendant
  • enfourcher un vélo : on peut aussi enfourcher une moto, ou un balai si l’on est une sorcière 😉
  • comme un malheureux : il sous-entend qu’il pédale à fond, que ses efforts sont considérables
  • tout ce que : remarquez le pronom neutre ce entre tout et que – les apprenant·e·s l’oublient très souvent !
  • j’ai tendance à avoir froid : avoir tendance à + INFINITIF
  • les matins lorsque j’ai pratiqué : j’ai un petit problème avec cette structure ! Je dirais plutôt : les matins où j’ai pratiqué
  • ce que / le : ils désignent la même chose – quoi donc ?
  • il me fait avoir froid : observez la structure faire avoir froid à qqn et réfléchissez un peu plus à faire + infinitif

La gueule de bois en Allemagne

Mon téléphone m’a suggéré de lire cette info récemment et le titre m’a assez interpelée pour que j’aie envie de voir ce qu’il en était. Je ne sais pas si le titre est tout à fait honnête, comme souvent, mais j’ai trouvé qu’il y avait assez d’éléments intéressants dans cet article pour avoir envie de le partager avec vous.

J’ai souligné le vocabulaire à observer, j’ai surligné en bleu les connecteurs, en rose les verbes et en vert les prépositions. Je ne me suis pas attardée sur les connecteurs et les prépositions, vous pouvez faire vos propres observations, mais j’ai analysé un peu plus le vocabulaire.

  • la gueule de bois : l’état dans lequel on se retrouve quand on a trop bu la veille (d’alcool, bien entendu)
  • désormais : connecteur qui veut dire à partir de maintenant
  • la cour : attention à l’orthographe (ne pas confondre cour avec court, cours, courre…). Dans le texte, on parle de la cour de justice. C’est la même orthographe que pour la cour de récréation.
  • statuer sur qqch : décider de – remarquez la préposition qui suit
  • prétendant : participe présent que l’on pourrait remplacer par la relative “qui prétend
  • une soirée trop arrosée : une soirée lors de laquelle on a trop bu d’alcool
  • tombe en pleine Fête de la bière : on peut employé le verbe tomber pour parler d’une date, d’un moment (= se produire) et quand qqch tombe en plein qqch, cela veut dire, en plein milieu de qqch, pendant, durant qqch.
  • l’autre côté du Rhin : façon de désigner l’Allemagne, le Rhin étant le fleuve qui coule entre la France et l’Allemagne
  • elle a estimé que… était… : observez la concordance des temps
  • un arrêt : un décret
  • statuant : Observez le participe présent et à quoi/qui il se réfère. Demandez-vous aussi s’il a la même fonction que le précédent et les suivants.
  • en appel : en justice, en appel veut dire que le cas avait déjà été jugé et que l’on a demandé un autre jugement
  • ont donné raison à : observez la structure
  • proposant : encore un participe présent équivalant à une relative (qui propose)
  • se remettre de qqch : de quoi d’autre peut-on se remettre ?
  • l’arrêté : la décision
  • concernant : un autre participe présent remplaçable par une relative (qui concerne)
  • explique, précisent : verbes déclaratifs
  • commercialisant : et encore un autre = qui commercialise
  • portés sur la boisson : façon de dire “qui boivent beaucoup trop” – quand on est porté sur qqch, c’est qu’on aime cette chose. Il y a généralement une connotation négative, de trop, d’abus.
  • un arrêt maladie : quand vous êtes trop malade pour travailler, le médecin peut vous donner un arrêt maladie. Ou vous pouvez décider de vous-même de vous mettre en arrêt maladie, c’est-à-dire de ne pas aller travailler car vous êtes malade.
  • pas si sûr : pas forcément
  • les Lorrains : les habitants de la Lorrain, région de l’est de la France
  • les Alsaciens : les habitants de l’Alsace, région de l’est de la France – Depuis le redécoupage des régions françaises, les deux régions font partie de la même région : le Grand Est.
  • faire la fête : s’amuser, souvent avec l’idée qu’il y aura de l’alcool

Le ministre est enceinte

Si vous me lisez régulièrement, vous savez que certains sujets me tiennent particulièrement à cœur, dont, entre autres, la façon dont les femmes ont été traitées à travers les siècles et continuent d’être traitées aujourd’hui. Plus je lis et plus je m’instruis sur ce sujet, plus je suis en colère et plus je sais que ma colère est légitime.

Je suis assez fascinée par le parallèle entre le traitement des femmes dans la société française et l’évolution de la langue française . Et furieuse bien sûr. J’avais été ravie en début d’année quand l’Académie française (ce groupe majoritairement constitué de vieux bonshommes d’un autre temps) avait enfin accepté la féminisation des noms de métiers, dont j’avais parlé ici. Puis j’avais lu ce formidable petit livre d’Éliane Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, dont j’avais parlé ici et dans lequel j’avais appris un tas de choses que j’ignorais alors.

Récemment, j’ai lu un livre de Bernard Cerquiglini, universitaire et linguiste que je trouve très sympathique, qui s’intitule Le Ministre est enceinte, ou la grande querelle de la féminisation des noms.

J’ai décidé d’en partager un petit extrait que j’ai recopié pour vous aujourd’hui (pp. 123-126) :

Si cet extrait vous interpelle, je vous recommande vivement de lire le livre ! Cerquiglini est un amoureux de la langue française et écrit très bien. Vous apprendrez forcément de nouveaux mots, tout en vous instruisant sur l’évolution de la langue et de la société. J’ai trouvé sa façon d’aborder l’écriture inclusive très logique et intéressante et j’aime son ton humoristique.

Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de le lire, vous pouvez toujours faire une analyse du texte ci-dessus 😉

Par exemple, savez-vous pourquoi “attardé” reste au masculin singulier dans la première phrase ? Ce n’est pas une faute de frappe…

ISBN-10: 2021402118
ISBN-13: 978-2021402117

Au revoir là-haut

C’est le titre d’un roman de Pierre Lemaitre, auteur dont j’avais déjà parlé car j’avais lu Robe de Marié de lui l’an dernier, que j’avais beaucoup aimé.

Tandis que Robe de Marié était un roman à suspense que j’avais lu en deux jours, Au revoir là-haut m’a pris un peu plus de temps. Déjà, j’ai choisi la version livre audio car il était lu par l’auteur, et s’il m’est plus facile d’écouter que de lire pendant que je m’affaire dans la cuisine ou que je me rends au supermarché, j’ai aussi parfois du mal à rester concentrée, selon les jours. Et comme la lecture par l’auteur durait presque 17 heures, j’ai dû mettre 3 ou 4 semaines pour le terminer, car je lis plusieurs livres en même temps, et je passe de l’un à l’autre selon mes humeurs.

Je ne savais pas qu’il avait obtenu le prix Goncourt en 2013 et je ne savais pas non plus de quoi il parlait avant de l’acheter. Je savais qu’il avait été adapté au cinéma, je savais qu’à priori l’auteur me plaisait et un copain m’avait dit qu’il l’avait trouvé super.

Quand j’ai compris que l’histoire prenait place à la fin de la Première Guerre mondiale, j’ai un peu fait la grimace, car je ne suis pas friande d’histoires de guerre. J’ai plutôt tendance à les éviter. J’ai quand même décidé de continuer, et bien que cela m’ait pris un peu de temps, j’ai fini par rentrer dans l’histoire et à prendre plaisir à l’écouter.

C’est l’histoire de deux jeunes hommes qui ont survécu à la guerre mais pas sans séquelles. L’un, Albert, a tout perdu (son emploi, sa fiancée…) et l’autre, Édouard, se retrouve défiguré, après avoir reçu un obus en sauvant le premier. La guerre se termine et on les suit de retour à Paris, où ils mènent une vie d’exclus mais finissent par imaginer une vie meilleure en mettant en place une escroquerie à grande échelle.

Plusieurs autres personnages jouent un rôle important dans l’histoire, dont un lieutenant devenu capitaine, absolument odieux. L’atmosphère est assez lourde. En écoutant l’histoire, je m’imaginais Paris après la guerre, assez glauque, et les images étaient en sépia dans ma tête. J’avais du mal à voir Édouard car il est décrit comme n’ayant plus de visage. Albert me faisait de la peine. Mais bizarrement, l’histoire m’a beaucoup plu. Elle est pleine de rebondissements et plus je m’approchais de la fin, plus j’avais hâte de savoir comment toute cette histoire allait se terminer.

Ce n’est pas un livre qu’on lit pour se sentir bien, mais l’histoire est captivante, le style est agréable, les personnages ne laissent pas indifférent, alors si vous avez du temps, c’est un peu moins de 17 heures en version audio ou 624 pages en version livre de poche.

ISBN-10: 2253194611
ISBN-13: 978-2253194613

Les étudiants préfèrent lire sur papier

J’ai sélectionné cet article tout d’abord parce que le sujet m’intéressait et ensuite parce qu’il contient de nombreux éléments dont j’avais envie de parler aujourd’hui.

Pouvez-vous penser à point de grammaire qui pose problème aux étudiant·e·s quel que soit leur niveau et qui frustre tou·te·s les étudiant·e·s avancé·e·s ? Les prépositions !

Dans cet article, observez les verbes suivis de prépositions (en rose) et les prépositions associées à des noms (en jaune). J’ai aussi surligné les connecteurs en bleu. Disposant de peu de temps, je vais seulement développer un peu les verbes à la suite de l’article. Pour le reste, si les prépositions vous font vous arracher les cheveux, prenez le temps d’analyser pour vous-même !

  • continuer à faire qqch : est-ce la seule construction possible ? Non, évidemment. Vous avez peut-être déjà entendu ou lu continuer de faire qqch, qui est également correct (vous en avez d’ailleurs un exemple à la fin du texte). On peut aussi continuer qqch. Continuer ses études, sa route, un voyage, etc.
  • assister à qqch : être présent physiquement. On peut aussi assister qqn, c’est à dire l’aider.
  • recommandées par : qqch peut vous être recommandé par qqn. Ou vous pouvez recommander qqch/qqn à qnn. Qui dans ce cas aura été recommandé par vous.
  • il reste à savoir : structure impersonnelle, expression parfois utilisée sans le pronom sujet, qui signifie la question est, on a encore besoin de savoir…
  • plongée dans : quand on est vraiment à l’intérieur de qqch, pris par qqch, on peut dire qu’on est plongé dans…
  • faire partie de qqch : locution verbale très employée. Faites-vous partie d’un groupe ?
  • donner la priorité à qqch : on peut aussi donner la priorité à qqn. À quoi donnez-vous la priorité dans votre vie ? J’espère que vous donnez la priorité à votre santé !
  • il s’agit de : cette construction verbale impersonnelle est parfois mal employée par les étudiant·e·s car ils et elles oublient que le seul sujet possible de ce verbe, c’est “il” impersonnel. Dans le texte, on pourrait le remplacer par “lorsqu’il est question de lire des textes”. D’autres exemples avec ce verbe ? Vous n’avez pas très bien compris l’exercice. Il s’agissait de relier les synonymes, pas les contraires ! / De quoi s’agit-il ? Il ne s’agit de rien qui vous regarde ! / Quand il s’agit de boire, il est toujours partant !
  • être enclin·e à faire qqch : être disposé, prédisposé à faire qqch. On peut aussi être enclin à qqch. Il est enclin à la paresse = il a un penchant pour la paresse.
  • être face à qqch : on est en face de qqch mais face à qqch.
  • l’emporter par : ici, par introduit la cause. L’emporter = gagner, avoir le dessus. L’équipe du Chili l’a emporté sur l’Argentine par 10 points.
  • se focaliser sur : même sens et structure que se concentrer sur
  • être contenu dans : qqch est contenu dans autre chose
  • apprendre à faire qqch : on peut apprendre qqch, apprendre qqch à qqn, qpprendre qqch de qqn, apprendre à faire qqch (mais pas apprendre de faire qqch !)
  • être rompu à qqch : langage soutenu – si vous êtes rompu·e à qqch, c’est que vous êtes très expérimenté·e en qqch. Vous pouvez rechercher le verbe rompre ou le participe passé adjectif rompu, vous trouverez plusieurs sens
  • amener qqn à faire qqch : conduire, entrainer, pousser qqn à faire qqch
  • recommander de faire qqch : ah, revoilà le verbe recommander que l’on avait déjà croisé dans le premier paragraphe. Avec une structure différente. 😲

Maintenant, faites vos propres phrases avec ces verbes !

S’installer à Paris : récit et conseils d’une étudiante

En arrivant à Paris en 2018, je ne m’attendais pas à être toujours ici un an plus tard. J’avais prévu de rester dans cette très jolie ville pendant 3 mois pour apprendre le français. Mais après une semaine j’en suis tombée amoureuse et j’ai décidé de rester un peu plus longtemps. Paris, c’est une ville qui offre l’opportunité de faire d’innombrables activités. Vous pouvez visiter des musées, voir des expositions, vous balader dans de nombreux parcs, faire du shopping selon ce que vous permet votre portefeuille, etc. En outre, la nourriture et le vin sont extrêmement délicieux. C’est un vrai rêve pour les touristes ! Cependant, si vous voulez vous installer en France, c’est important de savoir certaines choses avant votre installation.

D’après mon expérience, les démarches administratives constituent les plus grands obstacles lorsque l’on décide de rester à Paris. Premièrement, il faut ouvrir un compte en banque pour vivre en France surtout lorsque vous travaillez ici. Quand j’habitais à Londres, il était possible d’ouvrir un compte en ligne sans aller à la banque – c’était toujours un processus simple qui prenait quelques jours tout au plus. Mais en France, j’ai eu l’impression d’être dans les années 80. J’ai dû organiser un rendez-vous avec un conseiller pour remplir le formulaire avec lui et fournir des pièces d’identité. Malheureusement, lors de l’ouverture du compte, j’ai eu quelques problèmes et j’ai été obligée d’aller à la banque pour voir mon conseiller à chaque fois (au total 4 fois en 4 semaines !) pour les résoudre. Finalement j’ai réussi à ouvrir un compte mais si j’ai des problèmes, je dois consulter mon conseiller, c’est-à-dire qu’il faut aller à la banque à chaque fois. La technologie semble inutile dans le secteur bancaire ou peut-être est-ce seulement la banque avec laquelle j’ai choisi de créer une relation.

Deuxièmement, comme je travaille à Paris, je dois avoir un numéro de sécurité sociale. Cependant, j’ai une situation unique, ce qui signifie que je n’ai pas d’acte de naissance. Je suis née au Laos et quand j’avais sept mois, mes parents ont dû quitter le pays à cause de la situation politique, sans papiers. J’ai grandi en Australie et j’ai habité à Londres pendant 16 ans. Cela ne m’a jamais posé de problème de toute ma vie mais en France il faut avoir un acte de naissance pour tout faire. Donc quand j’ai demandé un numéro de sécurité sociale, c’était compliqué. J’ai eu plusieurs discussions avec des employés de la Sécurité Sociale et tout le monde m’a dit que je n’obtiendrais pas de numéro sans acte de naissance. Il me semblait être entrée dans un cauchemar administratif sans aucune directive sur la façon de m’en sortir. J’avais peur d’aller dans leurs bureaux parce que j’avais entendu dire que c’était le pire. Vous pouvez le vérifier à travers les commentaires sur Google ! Finalement après de nombreuses conversations avec des amis au cours desquelles ils m’ont conseillé de leur envoyer une lettre avec toutes les pièces d’identité et une explication de ma situation, j’ai réussi à avoir une conversation avec un membre du personnel. Au début, elle a hésité à me donner le numéro et m’a dit qu’elle voulait avoir plus d’informations. Mais ce même jour elle m’avait laissé un message vocal dans lequel elle me disait qu’elle avait décidé de me permettre d’avoir un numéro – enfin ! Par contre, j’attends toujours un formulaire pour demander ma carte vitale depuis 2 mois…

De plus, je vous recommanderais d’apprendre la langue avant de vous installer en France. Au minimum, soyez capable de dire quelques phrases, de poser des questions et de connaitre les règles de politesse. J’ai visité Paris plusieurs fois avant mon arrivée l’année dernière et j’avais appris qu’il était commun que les gens ne parlent pas l’anglais. Donc si vous voulez effectuer des démarches administratives, il sera très utile d’avoir un bon niveau de français. Je connais des gens qui habitent ici sans vraiment parler la langue (seulement quelques mots) mais je trouve que c’est restrictif et que cela diminue votre indépendance. Si vous voulez vraiment vous intégrer à la société et vous faire des amis français, il sera essentiel de le parler. Néanmoins, la communauté des expatriés est grande et vous pouvez toujours passer un bon moment à rencontrer des gens du monde entier.

Je voudrais vous dire quelques petites choses sur la vie quotidienne. Je ne suis pas sure si cela s’applique partout en France mais cela a été mon expérience à Paris. Tout d’abord, si vous voulez garder vos chaussures propres, faites toujours attention en marchant sur les trottoirs. Les crottes de chiens sont partout ! C’est vraiment dégoutant et cela m’a étonnée quand je suis arrivée ici. La chose suivante, c’est les passages piétons. En Angleterre, dès que vous faites un pas sur le passage piétons, les véhicules s’arrêtent pour vous permettre de traverser. Mais à Paris, ces marques servent plutôt de décorations dans la rue. Ne vous attendez pas à ce qu’un véhicule s’arrête pour vous. Enfin, les Parisiens marchent sur les trottoirs comme s’il n’existait pas d’autres personnes – ça veut dire un peu agressivement surtout quand ils ne sont pas tout seuls. Au début, c’était agaçant parce que je devais constamment m’écarter pour me protéger. Cependant j’ai appris à adopter la même approche qu’eux et j’ai constaté qu’en fait, ils se déplacent à la dernière minute pour éviter une collision.

C’était donc quelques conseils pour quiconque souhaite s’installer en France, basés sur mon expérience. Avant de vous installer ici, préparez-vous psychologiquement aux démarches administratives. Sachez que vous devrez être patient et ferez probablement face à de longues attentes (quelques semaines ou mois). Pour vous aider, créez de bonnes relations avec des Français – cela améliorera votre français en même temps ! Sur ce sujet, comme je l’ai dit plus haut, à mon avis, c’est nécessaire d’apprendre le français pour avoir une vie plus facile ici. Alors prenez ces manuels de français et commencez à apprendre dès que vous le pouvez. Et finalement, quand vous arrivez, faites attention aux trottoirs – des choses dangereuses vous y attendent !

Julie Lee – www.borntobeyou.co.uk

Julie a réussi le DELF B2 l’an dernier et travaille maintenant le français à un niveau avancé. Elle progresse très rapidement car elle est très active dans son apprentissage, recherche la compagnie de Français et de Françaises, fait des échanges linguistiques, est ambassadrice de réunions meetup, et elle fait attention à tous les petits détails de la langue ! Et bien sûr, elle fait toujours ses devoirs et se pose toujours plein de questions pour comprendre le fonctionnement de la langue ! 🙂