Prononcer e et o

Depuis peu, j’ai des étudiantes qui ont l’arabe comme langue maternelle et c’est très intéressant pour moi, car je découvre de nouvelles difficultés phonétiques que je n’avais pas rencontrées avant.

La distinction entre le son de la lettre e, comme le son vocalique de deux, et celui de la lettre o, comme dans dos en est une.

Et c’est vrai que la position de la bouche est la même pour ces deux sons. Les lèvres sont arrondies et en avant et la bouche est assez fermée, c’est-à-dire que les mâchoires sont très rapprochées. Ce qui diffère, c’est que pour le e, la langue doit être en avant (collée derrière les dents du bas) et pour le o, elle doit être en arrière. Impossible de faire le o correctement si votre langue reste en avant. Essayez, vous verrez !

Si vous avez tendance à mélanger ces deux sons, entraînez vous avec des paires de mots en vous concentrant sur la position de votre langue:

  • eux / eau
  • ceux / sot
  • deux / dos
  • feu / faux
  • le / lot
  • me / mot
  • ne / nos
  • peu / pot
  • queue / qu’au
  • te / tôt
  • vœu / veau

Puis essayez quelques phrases :

  • Je veux de l’eau chaude.
  • C’est trop sérieux pour eux.
  • Je ne peux pas le bouger.
  • Tu en veux un peu ou beaucoup ?
  • Lola a de beaux cheveux auburn.

Pratiquer le son /a/ avec un texte farfelu qui parle d’un lama et d’un alpaga

Le son /a/ est parfois problématique pour les anglophones, qui même quand ils parlent très bien français, oublient parfois de bien ouvrir la bouche pour produire le son correct.

Je ne suis pas une grande amatrice de poésie, mais le format d’un poème est assez adéquat pour pratiquer la prononciation. Après trop de temps à en rechercher un qui me plaisait et qui contenait des /a/ sans être trop compliqué, j’ai décidé d’écrire moi-même un texte avec des /a/. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais il contient beaucoup de /a/ et si vous avez tendance à oublier de bien ouvrir vos voyelles, vous pouvez l’utiliser pour pratiquer votre /a/ !

Un lama, ça n’a pas de bras et ça adore le chocolat

Ça habite à la montagne et ça s’habille en parka

Un alpaga, ça ressemble à un lama et pas du tout à un rat

Ça attaque les amateurs qui s’aventurent en altitude

Ces animaux sont adorables

Mais prenez garde à leur crachat

L’accent québécois

Il y a quelques semaines, j’avais partagé deux vidéos qui parlaient de l’accent québécois. J’avais expliqué que les Français avaient parfois du mal à comprendre les Québécois. Ce que je n’avais pas vraiment mentionné, c’est que parfois, les Français n’aiment vraiment pas cet accent et s’en moquent ouvertement.

Cette vidéo touche le sujet en surface. Je ne connais pas ce YouTubeur, mais au vu du nombre d’abonnés qu’il a, il doit être un peu connu dans le monde étrange des YouTubeurs, en tout cas au Québec. Je ne sais pas s’il fait des vidéos plus profondes que celles-ci, mais je voulais la partager car il mentionne le fait que certains commentaires de Français critiquent son accent, avec des commentaires parfois assez insultants de mon point de vue.

Petit test pour vous. Arrivez-vous à comprendre ce qu’il dit ? Je mets la transcription sous la vidéo, de la 19ème à la 40ème seconde, en enlevant des mots. Saurez-vous compléter ce petit extrait ? Je n’approuve pas tout à fait la grammaire, mais je ne suis pas très au courant du fonctionnement du québécois et je ne sais pas ce qui correspond à de la bonne grammaire là-bas. Au niveau académique, c’est comme en France, mais à l’oral, je ne sais pas. Le français parlé est beaucoup moins formel que le français écrit en France, et une de mes étudiantes m’a dit que c’était exactement la même chose à Montréal, avec des codes différents toutefois.

Bref, donc oui, c’est _____ un secret pour personne, j’habite à Montréal au Québec. Puis, _____________ même vous _____ prouver. __________ moi toute cette neige ! Juste au Québec, __________ autant _____ neige que… ça. Donc, __________, on peut voir mon _________, __________ juste là-bas. C’est là où ____________ chaque _______ en fait. Mais _____ comme j’ai __________, je _______________________ l’orignal, et puis __________________ juste après.

Il peut manquer plus d’un mot. Solutions ici.

En haut, très haut, plus haut

Il y a quelque temps, j’avais parlé du h français, parfois aspiré, parfois non aspiré, en donnant quelques exemples.

Ce h est très embêtant pour les étudiants car parfois, on peut faire l’ellipse et la liaison (l’hôtel, un hôtel /ɛ̃notɛl/), et d’autres fois, l’ellipse et la liaison sont interdites (le haricot, un haricot /ɛ̃aʁiko/).

Une erreur que j’entends très régulièrement et que j’ai entendue encore plus fréquemment ces derniers temps, sans vraiment comprendre pourquoi, concerne le mot haut.

Comment prononcez-vous en haut, très haut, plus haut ? Dites-vous le haut du mur ou l’haut du mur ? (un seul est correct !)

Si, comme certains de mes étudiants dernièrement, vous faites la liaison et l’ellipse, c’est une erreur !!!

On parle du haut des escaliers, du voisin d’en haut (en-o /ɛ̃-o/), on dit qu’on est monté très haut (trè-o /tʁe-o/) dans la montagne et qu’on aimerait aller plus haut (plu-o /ply-o/) la prochaine fois.

Pour vous aider, vous pouvez penser à la chanson de Tina Arena, Aller plus haut. Elle ne prononce pas tout parfaitement (les sons vocaliques sont un peu imprécis par moments) mais elle prononce correctement “plus haut” sans faire de liaison. Ecoutez-la plusieurs fois pour qu’elle vous reste en tête pour le reste de la journée et que cette règle reste ancrée dans votre mémoire ensuite ! 😉

La prononciation du E

Le e n’est pas très aimé des étudiants en général.  Pourtant, tous les étudiants avec lesquels j’ai travaillé ont été capables de le prononcer. Mais pour bien le prononcer systématiquement, il faut une certaine discipline et un certain dévouement. Et il faut accepter de positionner ses lèvres comme on le fait rarement, voire jamais, quand on parle sa propre langue. Pour les germanophones, c’est assez simple, car le ö se prononce plus ou moins pareil.  Pour les hispanophones (qui parlent espagnol), les lusophones (qui parlent portugais) et les Italiens, c’est une autre histoire. Ils voient un e, ils savent qu’il y a un e, et il veulent dire é, comme ils diraient en espagnol, en portugais ou en italien. Même les étudiants de niveau avancé. Les anglophones ont aussi du mal à le prononcer. Parfois il se rapproche du é, d’autre fois du u, et en fin de mot, j’entends parfois comme un i.

Il faut oser pousser les lèvres en avant et les arrondir !

Je recommande souvent à mes étudiants de s’entraîner en prononçant cette petite liste en boucle, en mettant les lèvres bien en avant et sans les bouger du début à la fin : ce, de, je, le, me, ne, que, se, te. Ces petits mots existent vraiment en français et si vous ne les prononcez pas correctement, il se peut qu’on comprenne ces, des, j’ai, les, mes, né, quai, ses, tes ! Il est important de s’entraîner et de conditionner son cerveau pour prononcer le e correctement. Ce n’est pas facile, mais beaucoup d’étudiants y parviennent, alors ce n’est absolument pas impossible !

Il faut s’entraîner à prononcer les mots qui vous posent problème. Cela varie selon les étudiants. Parfois, ce sont les e dans la première syllabe, parfois ceux à l’intérieur d’un mot.

Si les mots qui commencent par re- sont difficiles pour vous, entraînez-vous  à prononcer des listes de mots commençant ainsi (en vous concentrant sur la position de vos lèvres à chaque mot nouveau) : repas, repos, recycler, recyclage, retirer, recadrer, recaler, rediriger, repaire, remise, renard, renaissance, recette, redoubler, remanier, remonter, remontant…

Et enregistrez-vous !

 

Exercice : où sont passés les accents ?

Voilà un article paru hier sur slate.fr, et je me suis dit que ce serait amusant de vous le présenter sans accents (et sans fautes, alors j’ai corrigé celles que j’ai trouvées, en espérant ne pas en avoir oublié). Vous pouvez vous amuser à replacer les accents partout où ils manquent – pas seulement sur les e :

Quelques onomatopees suffisent a faire passer nos emotions

Un cri de terreur, un «ohhh» attendri, un «baaaah» degoute ou un soupir fatigue, depuis des millenaires l’etre humain communique a travers des sons et des exclamations. Bien loin des discours construits, ces onomatopees a l’impulsion primitive en disent long sur ce que nous ressentons. La preuve grace a cette carte interactive mise au point par des universitaires americains, qui repertorie l’ensemble des sons utilises pour traduire ce que nous eprouvons (a parcourir avec le son allume). «Nos recherches montrent que la voix est un outil de communication bien plus puissant pour exprimer nos emotions que nous ne l’imaginions», explique Alan Cowen, co-auteur et instigateur de l’etude.

En enregistrant les bruits emis par des volontaires a la lecture d’histoires tantot tristes, tantot droles, puis en demandant a un autre groupe de cobayes de les categoriser, les chercheurs sont parvenus a cartographier les emotions humaines. Pour l’explorer, il suffit de faire glisser sa souris sur les differentes regions de la carte. On entend ainsi les sons associes aux vingt-quatre emotions repertoriees par l’etude: l’embarras, l’allegresse, le triomphe, la tristesse, l’amusement, l’adoration, le mepris, la deception, le degout, le desir, la douleur, l’extase, la sympathie, la colere, la detresse, le soulagement, la prise de conscience, le contentement, l’interet, la confusion, l’admiration, la surprise positive, la surprise negative et la peur. A titre de comparaison, les precedentes etudes menees sur ce sujet ne faisaient etat que de treize emotions.

En naviguant sur la carte, on perçoit comment les sons sont vecteurs d’informations et nous permettent de communiquer entre nous en quelques fractions de secondes. «Ces resultats montrent que les expressions emotionnelles et vocales colorent nos interactions sociales a travers de vives declarations de nos sentiments les plus intimes. Ce sont sur ces signaux que se basent nos proches ou nos collegues pour decrypter nos intentions les plus sinceres», affirme Alan Cowen.

Outre son aspect ludique, selon ses auteurs, cette carte peut egalement servir a faire progresser les robots et autres intelligences artificielles dans leur comprehension de l’etre humain grace a la technique du deep learning. Dans un autre secteur, elle pourrait aussi aider des soignants et soignantes a mieux comprendre ce que souhaitent exprimer des personnes souffrant d’autisme ou de troubles mentaux.

Vous pouvez écouter le texte lu (par moi). Ma langue a fourché à un moment, mais j’ai décidé que ce n’était pas grave car notre langue fourche occasionnellement et c’est normal, même quand c’est notre langue maternelle !

L’article original peut être trouvé ici (il contient quelques fautes).

L’exercice peut être téléchargé ici. (sans les fautes)

La correction peut être téléchargée ici.

Il et elle

Écoutez cet enregistrement et faites particulièrement attention aux pronoms personnels :

Ce sont des phrases faciles à comprendre, donc le sens ne devrait pas vous poser problème. Mais que remarquez-vous dans la prononciation de il et de elle ?

  1. Il me dit toujours bonjour quand il me voit. /imdi/ /imvwa/
  2. Elle m’a dit qu’elle mangeait pas le soir. /ɛmadi/ /kɛmãʒe/
  3. Il nage très bien. /inaʒ/
  4. Elle nage encore mieux. /ɛnaʒ/
  5. Il s’appelle Julien. /isapɛl/
  6. Elle sait qu’elle doit travailler dur. /ɛsekɛdwa/
  7. Il veut partir bientôt. /ivø/
  8. Elle peut parler trois langues. /ɛpø/

C’est assez commun que le son /l/ disparaisse à l’oral quand il et elle sont suivis d’un mot commençant par un son de consonne. Cela s’applique aussi à ils et elles. C’est souvent problématique pour les étudiants débutants car ils ne comprennent pas ce que sont ce i et ce è qu’ils entendent. Et parfois, même les étudiants plus avancés se posent des questions et ne sont pas sûrs d’avoir bien entendu. Alors ne soyez pas surpris d’entendre des i et des è quand vous écoutez les Français parler ! Cela fait juste partie de ces petits trucs de prononciation en français : les Français aiment parler vite et raccourcir les mots, et parfois, certains sons se perdent. C’est bien sûr tout à fait correct de prononcer tous les sons dans ce cas. Mais à choisir entre /ilmǝdi/ et /imdi/, vous préférez lequel ? 😉

Quelque

Quelque est un mot très utilisé par les étudiants, particulièrement pour former la locution quelque chose, qu’ils prononcent presque toujours /kɛlkǝʃoz/.

C’est correct, mais quand on parle, /kɛlkǝ/ devient souvent /kɛk/, notamment dans quelque chose et quelque part. C’est important de le reconnaître pour mieux comprendre les Français qui parlent vite !

Essayez, puis écoutez :

  • J’ai quelque chose à te dire.
  • J’aimerais bien aller quelque part ce week-end.
  • Tu veux quelque chose à boire ?
  • J’ai l’impression que tu me caches quelque chose.
prononcé /kɛlkǝ/
prononcé /kɛk/

Maintenant

Ce mot n’est pas évident à prononcer pour les apprenants de français car il contient deux voyelles nasales : /mɛ̃tǝnã/ ou plus souvent /mɛ̃tnã/.

Récemment, une de mes chères étudiantes qui vit à Paris m’a demandé de lui confirmer comment prononcer “maintenant” car elle était persuadée d’avoir entendu des Français le prononcer d’une façon qui lui semblait bizarre et elle voulait vérifier si c’était possible qu’elle ait bien entendu. Et elle avait bien entendu, en effet.

À l’oral, il n’est pas inhabituel que maintenant devienne quelque chose qui sonne comme “main-nan“. J’ai une amie proche qui le prononce ainsi et c’est quelque chose que j’avais remarqué chez certaines personnes quand j’étais enfant, parce que je trouvais cela très bizarre moi-même.

Si vous vivez en France ou avez l’occasion de passer du temps en France ou en compagnie de Français pendant quelque temps, je suis sûre que vous finirez par l’entendre aussi. Quand les Français parlent vite, beaucoup de sons disparaissent.

Essayez de prononcer ces phrases en jouant un peu avec la prononciation de “maintenant” :

  • J’ai bien mangé. Maintenant j’ai plus faim.
  • On y va maintenant ?
  • Elle a quel âge maintenant ?
  • Maintenant qu’il pleut, j’ai plus envie de sortir.
on entend le t
on n’entend pas le t

La liaison entre le sujet et le verbe

Après plusieurs années d’étude du français, les étudiants savent bien qu’ils existent trois types de liaisons : les liaisons obligatoires, les liaisons interdites et les liaisons facultatives. Ils savent aussi que plus on fait de liaisons, plus cela dénote un langage soutenu. Toutefois, il faut faire attention de ne pas trop en faire et de ne pas faire de liaison quand elle est interdite.

Les débutants oublient souvent de faire la liaison qui est obligatoire entre le pronom sujet (on, nous, vous, ils, elles) et le verbe qui commence par une voyelle. Les étudiants de niveau avancé l’oublient occasionnellement, mais c’est beaucoup plus rare.

Par contre, ce que j’entends parfois, ce sont des liaisons entre le nom sujet et le verbe qui suit. Mais celle-ci est interdite !

  • On a mangé des pommes. = liaison entre on et a
  • L’enfant a mangé une pomme. = pas de liaison entre enfant et a
  • Ils ont passé leurs vacances au Brésil. = liaison entre ils et ont
  • Nos amis ont passé leurs vacances au Brésil. = pas de liaison entre amis et ont