Quand tout le monde perd la mémoire en même temps

Hier, au réveil, j’ai allumé mon téléphone et posté sur Instagram comme je le fais tous les matins au réveil et j’ai regardé vite fait s’il y avait des choses intéressantes à lire. Et la grande nouvelle du jour, c’était la mort du basketteur Kobe Bryant dans un accident d’hélicoptère, avec sa fille et sept autres personnes.

J’aimais beaucoup le basket plus jeune. Je regardais la NBA à la télé, je connaissais tous les grands joueurs, je jouais au basket sur ma console de jeux, et j’ai même vu Michael Jordan jouer en vrai à Washington DC en 2003.

Je vivais donc aux Etats-Unis en 2003. Et je me souviens très bien de la première fois que j’ai entendu le nom de Kobe Bryant. C’était cette année-là et il était accusé de viol par une jeune femme qui travaillait dans un hôtel où il avait passé la nuit.

Je me souviens qu’il y avait peu de doute possible sur ce qui s’était passé. Personne n’était là pour vérifier, évidemment, mais la victime avait porté plainte, l’ADN de Bryant avait été retrouvé sur elle (son sperme aussi je crois), et il ne pouvait pas nier qu’il y ait eu une relation.

Je me souviens d’avoir vu le type pleurer à la télé en demandant pardon. Je crois qu’il demandait pardon à sa femme plutôt qu’à la victime, et il lui avait acheté une bague qui coutait une fortune pour se faire pardonner. C’était une affaire énorme et c’est pour ça que je m’en souviens. Je pensais que sa carrière était finie, mais comme on le sait, il a continué à jouer au basket et a être encensé par les médias. J’ai été très surprise de découvrir des années plus tard, alors que je ne vivais plus aux US, qu’il était devenu une énorme star.

La jeune victime, de son côté, a été détruite par les médias. J’étais jeune et n’avais pas de grande conscience politique à l’époque, mais je me souviens d’avoir été assez choquée par le traitement réservé à cette jeune femme. Ma mémoire me joue peut-être des tours, mais Internet est une chose merveilleuse dans certains cas, et il est facile de retrouver les excuses que Bryant avait faites à sa victime, admettant qu’il l’avait violée, sans vraiment le dire comme ça. Il avait reconnu qu’elle n’avait peut-être pas vécu l’expérience de la même façon que lui…

Avec tout l’argent dont il disposait, il n’est pas difficile de croire que son équipe d’avocats ait intimidé la victime et l’ait menacée jusqu’à ce qu’elle accepte de ne pas aller devant un juge.

Alors très bien, il était fort pour jeter un ballon dans un panier, mais est-ce qu’il mérite les hommages qui lui sont rendus ? Est-ce qu’il mérite d’être qualifié de “loving husband” par la presse américaine, alors qu’il était tristement célèbre pour tromper sa femme ? Comment tant de monde a pu oublier ce qu’il avait fait ?

Quel message cela transmet-il à la société ? Violez, mais soyez bons en sport et on vous pardonnera ? On ira même salir l’image de vos victimes si vous êtes très très fort ! La culture du viol a de beaux jours devant elle, semblerait-il…

Ce matin, j’ai lu qu’une journaliste du Washington Post avait été renvoyée (ou suspendue temporairement, je ne suis pas certaine) parce qu’elle avait tweeté pour rappeler cette affaire de viol. J’ai aussi vu que l’actrice Evan Rachel Wood avait rappelé ce fait et que les réactions avaient été violentes. Cette femme a elle-même été victime de viol.

Si vous voulez en savoir plus, il y a un paquet d’infos disponibles en ligne.

Je ne comprendrai jamais pourquoi on fait tout un cinéma quand des personnes célèbres meurent, et je ne supporterai jamais qu’on encense un violeur. Aucune raison n’est valable. Je m’en fous qu’il ait été un bon père et un bon basketteur. Des milliers de gens, enfants inclus, meurent chaque jour dans des conditions atroces, après avoir vécu des vies difficiles. On en parle quand de ces gens ? On s’apitoie quand sur leur sort ?

Voici un petit article du Nouvel Obs. En vert, du vocabulaire légal. En rouge, des expressions utiles. Pour subir une arthroscopie, ce qu’il faut retenir, c’est que l’on dit subir une opération !