L’accord du participe passé – deuxième partie : les verbes pronominaux

La semaine dernière, j’ai commencé à expliquer l’accord du participe passé. Comme le post contenait beaucoup d’informations, j’avais décidé de garder le cas spécifique des verbes pronominaux pour plus tard. Nous y voilà donc !

Les verbes pronominaux sont donc les verbes avec “se” dans leur infinitif. Par exemple : se laver, se réveiller, se parler, se demander, se taire, se souvenir, s’évanouir, etc.

Rappelons tout d’abord que les verbes pronominaux se conjuguent toujours avec l’auxiliaire être.

Ensuite, il faut distinguer les verbes qui sont essentiellement pronominaux de ceux qui ne le sont pas. Un verbe essentiellement pronominal est un verbe qui n’existe qu’à la forme pronominale.

Se laver n’est pas un verbe essentiellement pronominal car le verbe laver existe également. On peut dire que l’on s’est lavé (du verbe se laver) ou que l’on a lavé ses chaussettes (du verbe laver).

Se souvenir, au contraire, est un verbe essentiellement pronominal. On ne peut que se souvenir de quelque chose. On ne peut jamais *souvenir quelque chose. Cette forme verbale n’existe pas.

Quelques verbes essentiellement pronominaux : se souvenir, s’évanouir, s’écrier, s’enfuir, s’absenter, se méfier, se soucier, s’envoler, se suicider, s’époumoner, se raviser, s’obstiner, s’insurger, s’évertuer, s’entraider, se rebeller, etc.

  • Toutes les filles se sont suicidées dans le film de Sofia Coppola.
  • Elle s’est absentée pendant un mois.
  • Ils se sont insurgés contre le gouvernement.

POUR LES VERBES ESSENTIELLEMENT PRONOMINAUX, LE PARTICIPE PASSÉ S’ACCORDE TOUJOURS AVEC LE SUJET.

Le pronom des verbes essentiellement pronominaux ne représente rien de spécial dans la phrase et n’a pas de fonction syntaxique, contrairement au pronom des autres verbes pronominaux.

Emma et John se sont rencontrés l’an dernier. = se représente l’un et l’autre, Emma et John. Il est COD du verbe rencontrer. Se rencontrer n’est pas un verbe essentiellement pronominal. Emma a rencontré John. John a rencontré Emma.

Les verbes essentiellement pronominaux n’ont pas de COD.

Certains verbes pronominaux ont un sens complètement différent à la forme pronominale du sens qu’ils ont à la forme non pronominale. Ces verbes vont suivre les mêmes règles que les verbes essentiellement pronominaux. C’est le cas de verbes tels que s’apercevoir, s’entendre, se tromper, s’ennuyer, etc. Dans certaines grammaires, ces verbes sont appelés verbes de sens indistinct et sont expliqués comme étant ceux pour lesquels il est difficile de départager la part d’activité et la part de passivité du sujet. Si cela vous aide, retenez ceci, mais ce n’est pas forcément évident en ces termes, il me semble. Mais pour ces verbes, ce qu’il est plus facile de repérer, c’est que le pronom n’a aucun rôle syntaxique. Il n’est ni COD, ni COI.

  • Elle s’est aperçue de son erreur.
  • Les deux enfants se sont bien entendus.
  • Ils se sont trompés sur beaucoup de questions.
  • Elle s’est plainte auprès de la direction.

Parlons maintenant des verbes occasionnellement pronominaux, tels que se laver, se baisser, se réveiller, se former, se permettre, se parler, s’appeler, se téléphoner, etc.

La règle à suivre est la même que pour le participe passé avec l’auxiliaire avoir : s’il n’y a pas de COD, on n’accorde pas. S’il y a un COD, on accorde le participe passé avec le COD s’il est placé avant le verbe, on n’accorde pas s’il est placé après le verbe.

Petite démonstration :

Elle s’est lavée. Elle s’est lavé les mains.

Ces phrases sont toutes deux correctes. Pourquoi ?

Dans la première, on se pose la question : elle a lavé quoi / qui ? On répond : elle-même. s’ est le COD du verbe laver et représente elle. Il est placé avant le verbe = on accorde au féminin singulier.

Dans la deuxième, on se pose la question : elle a lavé quoi / qui ? On répond : ses mains. Ses mains est le COD du verbe laver. Il est placé après le verbe = on n’accorde pas.

POUR LES VERBES OCCASIONNELLEMENT PRONOMINAUX, ON APPLIQUE LES MÊMES RÈGLES QU’AVEC L’AUXILIAIRE AVOIR.

L’accord du participe passé – première partie

Il serait peut-être temps que j’écrive quelque chose sur ce sujet épineux ! Je ne l’ai pas fait avant car la plupart de mes étudiant·e·s avancé·e·s ont l’air d’avoir bien compris ces règles et mêmes s’ils et elles font de petites erreurs occasionnellement, j’ai souvent l’impression que j’en entends plus dans la bouche de Français et que j’en relève plus dans les journaux français en ligne que chez mes étudiant·e·s.

Partons donc de la règle la plus simple et voyons où cela nous mène !

L’accord du participe passé employé sans auxiliaire

  • des devoirs faits à la dernière minute
  • une chanson chantée magnifiquement
  • un verre bu vite fait
  • des filles habillées en sorcières

→ ON ACCORDE LE PARTICIPE PASSÉ AVEC LE NOM AUQUEL IL SE RAPPORTE

L’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire ÊTRE – verbe non pronominal

  • Elle est partie tard hier soir.
  • Lisa et Maria sont rentrées chez elles.
  • Jules est arrivé ce matin.
  • Les jumeaux d’Ewa sont nés le mois dernier.

→ ON ACCORDE LE PARTICIPE PASSÉ AVEC LE SUJET

L’accord du participe passé avec l’auxiliaire AVOIR

  1. On n’accorde JAMAIS le participe passé avec le sujet si l’auxiliaire est avoir.
  2. On commence par repérer le complément d’object direct (COD). Pour celles et ceux qui ne sont pas très sûr·e·s, on part du verbe et on pose la question quoi ? ou qui ? Par exemple :
  • Je mange une pomme : je mange quoi ? une pomme – une pomme est donc le COD du verbe manger.
  • J’ai vu Julie hier : j’ai vu qui ? Julie – Julie est le COD du verbe voir.

Le COD est toujours lié au verbe, et il est lié directement au verbe, sans préposition, c’est-à-dire sans à, de, par, etc. Il complémente le verbe.

Si le COD est placé après le verbe dans la phrase :

  • Elle a mangé tous les bonbons.
  • Elles ont regardé des films toute la nuit.
  • Il a sorti les poubelles.
  • Ils ont lu des livres.

→ ON N’ACCORDE PAS LE PARTICIPE PASSÉ

Si le COD est placé avant le verbe dans la phrase :

  • Les bonbons, elles les a tous mangés. (elles ont mangé quoi ? les bonbons – les = pronom COD qui remplace les bonbons : placé avant le verbe)
  • Les poubelles, il les a sorties. (il a sorti quoi ? les poubelles – les = pronom COD qui remplace les poubelles : placé avant le verbe)
  • J’ai regardé l’émission que tu m’avais recommandée. (j’ai regardé quoi ? l’émission – que = pronom relatif qui remplace l’émission : placé avant le verbe)

→ ON ACCORDE LE PARTICIPE PASSÉ AVEC LE COD

DIFFICULTÉS

  1. Attention à ne pas confondre les pronoms COD et COI (me, te, nous, vous) : Il nous a appelés (nous = COD : il a appelé qui ? – construction directe) VS Il nous a téléphoné (nous = COI : il a téléphoné à qui ? – construction indirecte)
  2. Pas d’accord si le pronom COD est EN : Des films, j’en ai regardé toute la nuit. Des pommes, j’en ai mangé toute la semaine. Des livres, j’en ai lu beaucoup.
  3. Pas d’accord si on a un verbe impersonnel : Quelle chaleur il a fait cet été !
  4. Pas d’accord avec les structures FAIRE + infinitif et LAISSER + infinitif : Ma voiture était cassée alors je l’ai fait réparer. Mes chaussures ? Je les ai laissé sécher dehors.
  5. Probablement la difficulté la plus difficile à saisir : quand on a les verbes VOIR, REGARDER, ENTENDRE, ECOUTER, SENTIR, ENVOYER + INFINITIF, le participe passé s’accorde avec le COD quand celui-ci est également le sujet de l’infinitif. Vous vous dites, hein ??? Pas de panique, moi aussi je me le dis souvent et c’est probablement la règle que j’ai le plus de mal à retenir et pour laquelle il faut que je me concentre le plus. Je reviens toujours aux exemples que j’avais appris il y a très longtemps :
  • L’actrice que j’ai vue jouer était géniale. (actrice = sujet de jouer et COD de voir : on accorde)
  • La pièce que j’ai vu jouer était de Molière. (la pièce = COD de jouer. Le sujet de jouer est sous-entendu = les acteurs)

Pour la première phrase, on se demande : j’ai vu quoi/qui ? l’actrice. Est-ce que c’est elle qui chantait ? Oui. = on accorde.

Pour la deuxième phrase, c’est plus ambigu. On se demande : j’ai vu quoi/qui ? On peut répondre la pièce. Mais est-ce que la pièce jouait ? Non. On n’accorde pas.

Comme cela commence à faire long, je garde l’accord du participe passé avec les verbes pronominaux pour la semaine prochaine !

Peu importe OU peu importent ?

Vous écririez plutôt… ? :

  • Peu importe nos problèmes d’argent, notre amour est plus fort que tout.

ou

  • Peu importent nos problèmes d’argent, notre amour est plus fort que tout.

Eh bien, peu importe ce que vous avez choisi, les deux sont possibles !

Cette expression signifie que ce qui suit le verbe importer a peu d’importance et si le nom qui suit est au pluriel, on peut choisir d’accorder le verbe au pluriel ou de le laisser au singulier.

C’est la même chose avec qu’importe / qu’importent si ce qui suit est au pluriel :

  • Qu’importe les résultats de l’examen, le principal, c’est d’avoir progressé !
  • Qu’importent les résultats de l’examen, le principal, c’est d’avoir progressé !

Par contre, on ne l’accorde jamais au pluriel dans n’importe.

  • N’importe quels bibelots feront l’affaire, dépêche-toi de choisir !
  • *N’importent quels = IMPOSSIBLE

Le pluriel des mots composés

J’ai parlé dans ce post des rectifications orthographiques concernant les noms composés. Ces rectifications portaient sur les noms composés d’une forme verbale et d’un nom commun et ceux composés d’une préposition et d’un nom commun. Mais qu’en est-il des mots composés d’un adjectif et d’un nom, de deux adjectifs, de deux noms, etc. ?

On peut les séparer en 4 catégories : ceux qui restent invariables, ceux pour lesquels seulement le premier mot s’accorde, ceux pour lesquels seulement le deuxième mot s’accorde, et ceux pour lesquels les deux éléments prennent la marque du pluriel.

LES NOMS COMPOSÉS INVARIABLES

  • adjectifs de couleur composés : des yeux bleu-vert, des tomates rouge foncé (voir ce post pour plus de détails sur le pluriel des adjectifs de couleur)
  • verbe + adverbe : des lève-tôt, des lève-tard
  • verbe + verbe : des savoir-faire, des ouï-dire
  • verbe + article/préposition + nom : des tape-à-l’œil, des pince-sans-rire
  • verbe + nom au pluriel : des sèche-cheveux
  • expressions : des hors-la-lois, des hors-d’œuvre

LE PREMIER MOT S’ACCORDE

  • nom + complément prépositionnel (=avec une préposition) : des pots-de-vin, des arcs-en-ciel
  • nom + nom à valeur de complément prépositionnel : des années-lumière, des pauses-café

LE DEUXIÈME MOT S’ACCORDE

  • verbe + nom / préposition + nom : voir ce post
  • point cardinal + nom : des Sud-Africains, des Nord-Américains
  • adverbe + nom : des non-lieux

LES DEUX MOTS S’ACCORDENT

  • nom + nom : des choux-fleurs
  • adjectif + adjectif : les derniers-nés
  • nom + adjectif : des coffres-forts
  • adjectif + nom : des fous rires

Il est possible de trouver des listes avec plus de sous-catégories, mais elles ne prennent pas toujours en compte les rectifications orthographiques. Il est aussi possible que j’aie oublié d’en mentionner, bien que j’aie recoupé plusieurs sources. N’hésitez pas à m’interpeler si tel était le cas !

Rectification orthographique : le pluriel des noms composés

Je vais aujourd’hui parler de la règle B1 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée. Elle concerne les mots composés et leur pluriel. Je me souviens que quand j’étais à l’école primaire, ce point de grammaire posait problème à beaucoup de mes camarades. J’avais la chance d’avoir des facilités, alors j’avais intégré la règle facilement à l’époque, mais je l’avais ensuite un peu oubliée. Pourquoi ? Parce que c’était un peu compliqué. Il y avait trop d’irrégularités !

Maintenant, c’est plus clair. On met la marque du pluriel sur le deuxième mot seulement, pour :

Les noms composés d’une forme verbale et d’un nom commun :

  • un brise-glace = des brise-glaces
  • un abat-jour = des abat-jours
  • un cure-dent = des cure-dents
  • un protège-cahier = des protège-cahiers
  • un ramasse-feuille = des ramasse-feuilles

Les noms composés d’une préposition et d’un nom commun :

  • un sans-abri = des sans-abris
  • un après-midi = des après-midis
  • un à-côté = des à-côtés
  • un hors-jeu = des hors-jeux
  • un après-ski = des après-skis

Pour ce qui est des noms composés d’un adjectif et d’un nom, rien n’est précisé. Doit-on écrire des grand-mères ou des grands-mères ? Mon dictionnaire (le Grand Robert de la langue française) dit que les deux sont possibles ! Par contre, pour la forme pluriel d’un petit-fils, il n’autorise que petits-fils. De mon point de vue, il serait plus logique de n’avoir qu’une seule règle, non ? À savoir que cela varie selon les dictionnaires…

J’écrirai un post plus complet bientôt sur les règles des noms composés d’un adjectif et un nom, de deux adjectifs, de deux noms, d’un adverbe et un nom, d’un nom et un adjectif, etc. J’avais déjà parlé dans ce post des accords des adjectifs de couleur, qui sont parfois composés de plusieurs éléments.

Avoir l’air + adjectif

Dit-on “elle a l’air content” ou “elle a l’air contente” ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? Moi, oui, parce que j’ai entendu dire les deux et aussi parce que j’ai entendu des gens corriger d’autres gens, persuadés d’avoir raison, alors qu’ils n’étaient pas forcément irréprochables dans leur utilisation du français par ailleurs.

Le fait est que l’on peut dire les deux ! Tout dépend de ce que l’on veut dire exactement.

Avoir l’air peut signifier sembler, paraitre. Dans ce cas, on accorde l’adjectif avec le sujet.

  • Julia a l’air contente. (= Elle parait contente)
  • Elles ont l’air furieuses. (= Elles semblent furieuses.)
  • Ces chaises ont l’air confortables. (= Elles paraissent confortables.)
  • Cette pièce de théâtre a l’air intéressante. (Elle semble intéressante)

L’air peut aussi signifier l’aspect, la mine. Dans ce cas, l’adjectif qui suit s’accorde avec air, particulièrement si l’on parle d’une personne, car une chose peut difficilement avoir un air.

  • Elle n’a pas l’air content du tout. (= son air, son visage, sa mine) / Elle n’a pas l’air contente du tout. (= Elle parait très mécontente) : Les deux veulent dire la même chose en fait. Le premier exemple met l’accent sur son aspect, le deuxième sur sa personne.

Dans certains cas, on ne peut accorder qu’avec air, quand l’expression est suivie d’un complément qui se rapporte à air.

  • Elle a l’air insouciant des personnes de son âge.
  • Ils ont l’air penaud d’enfants qui se sont fait gronder.

Rectification orthographique : participe passé de LAISSER

Je vais aujourd’hui parler de la règle E du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée. J’applique cette règle depuis longtemps et je l’enseigne à mes étudiants, mais je ne savais pas qu’elle faisait partie de la réforme de l’orthographe.

Je sais que l’accord du participe passé peut être un casse-tête pour beaucoup, Français inclus. Mais comme je l’avais expliqué dans ce post, je ne pense pas que ce soit une règle plus difficile qu’une autre. Il suffit de l’apprendre, la pratiquer et la mémoriser. Elle crée des doutes parfois, même chez celles et ceux qui connaissent bien la grammaire, alors c’est bon de réviser les règles de temps à autre. Je pense pouvoir dire que je connais très bien la grammaire, mais il m’arrive de douter. Surtout si je dois utiliser une règle à laquelle je n’avais pas réfléchi depuis longtemps.

La règle d’aujourd’hui est très facile : le participe passé laissé suivi d’un infinitif est invariable quand il est utilisé avec l’auxiliaire avoir ou en emploi pronominal (se laisser). Vous connaissez peut-être cette règle avec le participe passé de faire. C’est exactement la même.

Quelques exemples :

  • Je les ai laissé refroidir avant de les servir.
  • Ils nous ont laissé sortir 10 minutes pour faire une pause.
  • Mes chaussures ? Je les ai laissé sécher dehors.
  • Nous nous sommes laissé tenter par un dernier verre.
  • Elle ne s’est pas laissé embrasser car il ne lui plaisait pas.

La majorité et la plupart

Il est assez commun que les étudiants soient hésitants sur l’accord du verbe quand ils utilisent des structures telles que “la majorité de/des…“, “la plupart de/des…” suivi d’un pluriel. Et ça se comprend parce que ce n’est pas évident !

Avec “la majorité…“, vous avez le choix en fait, selon où vous voulez mettre l’accent.

  • La majorité de mes amis vit à l’étranger. (= je mets l’accent sur l’ensemble, sur mes amis en tant que groupe)
  • La majorité de mes amis vivent à l’étranger. (= je mets l’accent sur mes amis en tant qu’individus)

Avec “la plupart…”, vous n’avez pas le choix ! Le verbe est toujours au pluriel. Même s’il est utilisé sans le nom.

  • La plupart des gens aiment le chocolat.
  • La plupart de mes amis ne parlent pas français.
  • La plupart ne vivent pas en France.
  • La plupart des enfants n’aiment pas les brocolis.
  • La plupart aiment les bonbons.

Le participe passé fait parler de lui

C’est de loin le sujet d’actualité qui m’a le plus intéressée cette semaine. J’ai vu qu’ils en parlaient aussi dans certains journaux anglophones, mais en France cette semaine, c’est un grand débat, tout le monde en parle (quand je dis tout le monde, je veux dire les médias, qui racontent tous la même histoire, les uns après les autres).

Il paraîtrait donc que deux anciens profs de français belges militent pour réformer les règles d’accord du participe passé. Parce que c’est trop compliqué. Ils justifient leur demande en disant que de toute façon, l’accord du participe avec l’auxiliaire avoir quand le COD est placé avant le nom part d’une erreur et qu’il n’aurait jamais dû exister. Il paraît même que Voltaire était contre, d’après ce que j’ai entendu à la radio hier. 

Je n’ai pas fait de recherches et je ne sais pas si les règles d’accord sont parties d’une erreur ni si Voltaire a vraiment dit ce qu’ils disent qu’il a dit (et même si, il n’ a pas dit que des choses intelligentes au cours de sa vie, j’en suis certaine, et il ne m’influencera pas !) mais je ne suis pas sûre d’être emballée à l’idée d’une réforme. J’aime le participe passé et toutes les règles qui vont avec !

Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose de toujours vouloir simplifier le langage en général et la grammaire en particulier. Je trouve que les règles de grammaire font partie du charme de la langue française et je sais que je ne suis pas la seule à le penser ! D’ailleurs, un homme interrogé par la télé suisse dit exactement ça dans cette vidéo

Certes, beaucoup de francophones trouvent les règles d’accord difficiles, ainsi que beaucoup d’étudiants étrangers. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui ont réussi à les comprendre, les apprendre et qui les applique sans problème. J’ai connu beaucoup d’étudiants qui savaient parfaitement utiliser les règles d’accord. Si on les apprend petit à petit, ce n’est pas plus difficile que de retenir quels noms sont féminins et quels noms sont masculins. Est-ce qu’on va un jour demander d’éradiquer le féminin (ou le masculin, mais je sais pas pourquoi, je pense que si le débat était soulevé, le féminin perdrait) sous prétexte que ça serait plus simple si tous les noms étaient masculins ? Comme ça, plus besoin d’accorder les adjectifs non plus. Et éradiquons toutes les exceptions aux règles aussi, parce que c’est vraiment compliqué de se souvenir de tout. Grrrr. 

J’espère que cette réforme n’aboutira pas de mon vivant ! Qu’ils forment mieux les profs pour qu’ils soient mieux équipés pour enseigner la grammaire ! 

Je suis en train de me rendre compte de quelque chose. Quand j’ai fait ma première formation pour devenir prof d’anglais, j’étais très étonnée de découvrir que mes collègues anglophones (anglais et australiens) ne connaissaient pas la grammaire de leur langue (pourtant beaucoup plus simple que la nôtre ). On m’avait expliqué que la grammaire n’était pas vraiment enseignée à l’école. J’étais choquée, car quand moi j’étais à l’école, on faisait beaucoup de grammaire. Je peux encore visualiser mon carnet de grammaire du CP (j’avais 5 ans, dans la classe de madame Lopez) et on avait une règle par page. Et je me souviens d’avoir fait de la grammaire continuellement en primaire et au collège. D’après ce que j’ai lu cette semaine, on ne ferait plus autant de grammaire à l’école en France. Donc, là encore, si c’est vrai, on a 10 ans de retard sur les US et le UK. On finit toujours par faire la même chose, plus ou moins 10 ans après.  Cependant, je crois qu’en Angleterre, ils ont fini par se rendre compte de leur erreur parce que les enfants auxquels je donnais du soutien scolaire à Londres faisaient tous de la grammaire et c’était du sérieux ! 

Je vais suivre de près l’évolution de ce débat et croiser les doigts pour qu’on laisse le participe passé tranquille et qu’on donne les moyens aux profs de pouvoir l’enseigner correctement !