L’orthographe française

D’habitude, le vendredi, je propose une analyse de texte. Mais aujourd’hui, j’ai eu envie de partager quelque chose de différent.

Je me suis inscrite à 2 MOOC la semaine dernière dont un intitulé “renforcer ses compétences orthographiques”. Si l’autre MOOC me plait beaucoup, celui-ci m’a vraiment déçue car il propose de renforcer ses compétences en orthographe du passé. C’est tellement français en fait… Une réforme a été proposée il y a bientôt 30 ans, mais on enseigne toujours aux gens les règles d’antan. Ce n’était pas ce que j’espérais, je me suis donc désinscrite. L’autre est proposé par une professeure belge qui enseigne dans une université de Bruxelles. C’est un MOOC dynamique et qui me pousse vraiment à m’interroger. Je doute constamment, et j’adore ça ! Le niveau est très avancé, le thème du cours, c’est les fautes de français de toutes sortes (pas seulement d’orthographe), alors cela peut être un bon défi à relever, et vous apprendrez sans aucun doute beaucoup de vocabulaire. On peut s’y inscrire jusqu’au 18 novembre.

Sur le thème de l’orthographe, j’aimerais vous proposer une vidéo à regarder. Ce que ces deux profs mettent en lumière est extrêmement intéressant et en dit long sur une certaine mentalité toujours très présente en France. J’ai moi-même énormément changé d’opinion sur le sujet. Marre de la grammaire prescriptive et exclusive. Marre de l’orthographe complexe et illogique qui traumatise et stigmatise tellement d’enfants, qui une fois devenus adultes continuent d’être stigmatisés. Même sur les règles du participe passé, je suis maintenant d’avis qu’elles pourraient tout simplement être révisées pour être plus logiques. Je ne crois pas que je pensais ça l’an dernier… Il n’est jamais trop tard pour changer d’avis !

Je ne dirai pas que les fautes d’orthographe m’enchantent, surtout quand elles mettent un frein à la communication, mais je sais que si moi, j’ai la chance d’avoir toujours été bonne en orthographe, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de livres à ma disposition dès ma plus tendre enfance. Parce que j’avais des parents qui comprenaient l’orthographe et qui pouvaient m’aider. Parce qu’il y avait toujours des adultes pour s’assurer que je ne décroche pas. Parce que j’ai une mémoire visuelle qui me permet de photographier les mots, et qui à l’époque me permettait de photographier les règles de grammaire et d’orthographe de mon petit carnet juste en le lisant. Parce qu’on m’a encouragée à aimer les livres et que ça a marché. Du coup, j’aimais les dictées parce que c’était la bonne note garantie. Facile à obtenir. Aucune préparation spéciale.

Mais je me souviens de camarades de classe qui angoissaient terriblement rien qu’à l’idée de la dictée. J’ai connu et je connais toujours des Français qui ne maitrisent pas du tout l’orthographe et qui angoissent à l’idée de devoir écrire un courrier formel. Mais pourquoi donc tant de Français sont réticents aux rectifications orthographiques ?

Regardez cette vidéo, elle dure moins de 20 minutes et elle est très instructive. Prenez des notes. Vous relèverez forcément quelques mots ou expressions que vous ne maitrisez pas encore et vous pénètrerez un peu plus dans la psyché française. Ces deux professeurs sont belges, rien d’étonnant à ça, car les Belges, les Suisses et les Québécois sont beaucoup plus progressistes que les Français à mon avis…

“Quand les enfants demandent pourquoi, on leur explique comment, comment on écrit ou comment ou accorde. Pourquoi est-ce que l’esprit critique s’arrête au seuil de l’orthographe ?

Accord des adjectifs de couleur

Les règles de ces adjectifs ne sont pas toujours très claires, ni pour les étudiant·es, ni pour les Français. Il m’arrive parfois d’avoir des hésitations et de devoir revérifier les règles, pour être sure de ne pas écrire de bêtises.

  • Comme tous les adjectifs, l’adjectif de couleur s’accorde en genre (masculin ou féminin) et en nombre (singulier ou pluriel) avec le nom auquel il se rapporte. Par exemple : des fleurs bleues et des courgettes vertes.

Mais bien sûr, ce serait trop facile si ça s’arrêtait là. 🙂

  • On n’accorde pas l’adjectif si la couleur est un nom de plante (marron, orange, cerise, noisette…), d’animal (canari, sépia, alezan…), de minéral (turquoise, ardoise…), de métal (argent, or, cuivre…), etc. Par exemple : des yeux marron, des photos sépia, des valises turquoise, des chaussures or.

Exceptions à cette règle, car sans exceptions, ce serait moins drôle : rose et mauve s’accordent – des lunettes roses, des sacs mauves.

  • On n’accorde pas l’adjectif de couleur quand il est accompagné d’un autre adjectif, de couleur ou autre : des yeux bleu clair, des tomates rouge foncé, une robe bleu vert.
  • On n’accorde pas l’adjectif de couleur quand il est accompagné d’un nom (adj + nom = couleur) : des vêtements bleu ciel, une serviette bleu de Prusse.
  • Attention à l’accord quand vous avez deux adjectifs de couleur coordonnés par et. Si j’écris : J’ai beaucoup de robes grises et blanches, vous pouvez comprendre que j’ai beaucoup de robes grises et beaucoup de robes blanches OU que j’ai beaucoup de robes qui ont à la fois du gris et du blanc. Si j’écris que j’ai beaucoup de robe gris et blanc, vous savez pour sûr que j’ai beaucoup de robes qui contiennent à la fois du gris et du blanc.

L’importance de se relire

J’essaie toujours d’encourager mes étudiants à écrire, même s’ils ne préparent pas d’examen. La majorité d’entre eux sont contents de le faire et se rendent compte que c’est important de travailler la langue de cette façon aussi. Ecrire permet de penser au langage et de le manipuler différemment. Et l’on se rend souvent compte que ce n’est pas une tâche très facile. Pourtant, plus on le fait, plus on est à l’aise avec l’écriture, même si parfois, c’est vraiment frustrant de ne pas arriver à formuler sa pensée clairement. 

Quand on parle, on peut se permettre de ne pas finir une phrase, on peut revenir en arrière, on peut être approximatif avec la grammaire, ce qu’on a dit fait déjà partie du passé. Il n’y a pas de trace. Quand on écrit, ça reste. Les erreurs sont là, noir sur blanc. Certains étudiants écrivent comme ils parlent, d’autres écrivent comme ils écriraient dans leur langue maternelle, en traduisant littéralement ce qu’ils veulent dire. Cela demande beaucoup de pratique de pouvoir écrire parfaitement. On a l’impression de ne pas voir les progrès qu’on fait. On ne sait pas par où commencer pour bien écrire. On peut facilement se sentir découragé. Mais chez mes étudiantes qui écrivent régulièrement, je vois le progrès.

On ne peut pas améliorer et corriger tout en même temps. Il faut être patient et il faut être méthodique. La première chose sur laquelle j’insiste, c’est la relecture. Je corrige plusieurs écrits par semaine, majoritairement de niveaux B2 et C1, tous écrits par des étudiantes qui ont des connaissances grammaticales assez solides. Et pourtant, je relève toujours beaucoup trop de verbes conjugués incorrectement et d’adjectifs mal accordés. Une fois que j’ai surligné les erreurs de ce type, elles sont toutes capables de se corriger car elles connaissent parfaitement les règles de conjugaison et d’accords. Mais cela ne les empêche pas de faire des fautes. 

 Je le dis et je le redis : il faut se relire attentivement. Pour chaque verbe, on se demande quel est le sujet et on vérifie si la conjugaison est correcte. Pour chaque adjectif, on se demande à quel nom il fait référence et on vérifie si l’accord est logique. Si l’on a un doute sur le genre d’un nom, on fait en sorte que le déterminant et l’adjectif coïncident. 

Ce n’est pas facile de se relire et de repérer ses erreurs quand on vient juste d’écrire un texte. C’est aussi pour ça que je conseille de se donner du temps, pour pouvoir relire à froid. Mais si l’on manque de temps, il faut vraiment s’arrêter à chaque verbe et à chaque adjectif et se poser la bonne question. C’est basique, mais c’est nécessaire ! Au bout d’un moment, ça deviendra naturel et vous y passerez moins de temps car vous y aurez déjà réfléchi en écrivant votre brouillon. Une fois les fautes basiques éliminées, on pourra se concentrer sur la structure des phrases et la variété du vocabulaire.