Le NE explétif

Avez-vous déjà remarqué que parfois, on emploie NE en français alors qu’il n’y a pas de négation ? On appelle ce NE le ne explétif. Il n’est pas obligatoire, il ne change pas le sens de la phrase, il est simplement le marqueur d’un niveau de langue plus soutenu. Il est surtout utilisé à l’écrit, mais rien ne vous empêche de l’utiliser à l’oral. Toutefois, vous ne pouvez pas l’utiliser n’importe quand !

Avec les verbes craindre, avoir peur, redouter, à la forme affirmative – et plus généralement dans les propositions dépendant d’un verbe à la forme affirmative exprimant la crainte

  • Je crains qu’il ne fasse une bêtise. (= qu’il fasse une bêtise)
  • J’ai bien peur qu’il ne pleuve demain. (= qu’il pleuve)
  • Je redoute qu’il ne soit déjà trop tard. (= qu’il soit)

Avec éviter que, empêcher que.

  • Débrouillez-vous pour éviter qu’il n’arrive en retard. (= qu’il arrive)
  • Les circonstances ont empêché qu’un drame ne se produise. (= qu’un drame se produise)

Avec les locutions conjonctives avant que, à moins que, sans que ; pour cette dernière, seulement si le verbe dont elle dépend est à la forme négative.

  • Tu devrais lui avouer la vérité avant qu’elle ne s’en rende compte toute seule. (= qu’elle s’en rende compte)
  • Je vais aller seule à ce concert… à moins que tu ne veuilles m’accompagner ? (= à moins que tu veuilles)
  • Je n’ai jamais pu discuter des droits des femmes avec lui sans qu‘il ne le prenne comme une attaque personnelle. (= sans qu’il le prenne)

Dans les propositions dépendant d’un verbe exprimant le doute ou la négation, à la forme négative ou interrogative.

  • Je ne doute pas qu’il ne soit un gentil garçon, mais je ne veux pas l’inviter à ma fête. (= qu’il soit)
  • Je ne nie pas que tes arguments ne soient solides. (= que tes arguments soient)

Avec les adverbes d’inégalité plus, moins, mieux, meilleur, pire, davantage, moindre, autre, suivis d’une subordonnée introduite par que.

  • Il est plus sympa qu’il n’en a l’air. (= qu’il en a l’air)
  • Elle est moins sévère qu’on ne le dit. (= qu’on le dit)
  • Cette soupe est meilleure que je ne l’avais imaginé. (= que j’avais imaginé)

La négation avec seulement NE

Je suis toujours sur le dos de mes étudiantes quand elles oublient le “pas”, dans des phrases telles que “*je n’ai fait mes devoirs“, “*je ne comprends ce mot“, ou encore “*je ne pense que ce soit vrai“. Je leur répète continuellement qu’en français, il y a toujours au moins deux mots pour la négation et que l’on ne peut pas avoir le NE tout seul.

Mais ce n’est pas tout à fait vrai. 🙂

Je le dis quand même pour leur simplifier la vie et parce qu’il faut comprendre cette règle de base pour ensuite pouvoir apprendre qu’en fait, il y a certaines structures qui permettent de ne pas employer “pas“.

On peut utiliser NE tout seul avec les verbes pouvoir, savoir, oser et cesser. C’est possible, mais ce n’est pas obligatoire.

  • Je ne peux (pas) vous renseigner à ce sujet, je suis désolée.
  • Je ne sais (pas) quelle mouche l’a piqué aujourd’hui, mais il est insupportable.
  • Il n’ose (pas) lui avouer son amour.
  • Elle ne cesse (pas) de répéter les mêmes histoires.

On peut aussi ne pas utiliser le “pas” dans des structures introduites par un “si” conditionnel. C’est encore ici une possibilité, pas une obligation.

  • Si je ne me trompe (pas), l’examen aura lieu à la fin du mois.
  • Si je ne m’abuse, son nom est Oscar, pas Hector. (Cette structure est en fait couramment employée ainsi, sans “pas” ; elle signifie “sauf erreur de ma part“, et est donc synonyme du premier exemple)
  • Si je ne t’avais (pas) rencontré, ma vie serait très différente.

Compliquons un peu les choses maintenant. Si le verbe est accompagné d’un complément de temps introduit par “de“, et que ce complément a le sens de “jamais“, on n’utilise pas “pas“.

  • De toute ma vie, je n’ai imaginé pouvoir accomplir tout ceci. (“pas” sonnerait étrange ici, mais on pourrait avoir “jamais“, même s’il serait un peu redondant, vu qu’on a “de toute ma vie“)

Dans les structures “il y a … que“, “cela fait… que“, “depuis … que“, “voici/voilà … que” suivies d’un verbe à un temps composé, il est possible (pas obligatoire) d’employer NE seul.

  • Il y a trois ans que je ne lui ai (pas) parlé.
  • Cela faisait une éternité que je n’en avais (pas) mangé.
  • Que deviens-tu, depuis tout ce temps que tu n’as (pas) donné de nouvelles ?
  • Voici dix ans que je n’y avais (pas) repensé.

Comme vous l’avez compris, ce n’est jamais obligatoire d’employer NE tout seul, même si c’est plus commun dans un très petit nombre d’expressions, et c’est la raison pour laquelle, je ne dis pas toute la vérité sur la négation à mes étudiantes avant qu’elles n’arrêtent de commettre des erreurs basiques. Ooooh, mais pourquoi donc ai-je utilisé un NE dans cette dernière phrase ? L’auriez-vous utilisé ? Réponse la semaine prochaine. 🙂

Ici, là et là-bas

Une croyance très répandue chez les étudiants est qu’ici désigne un lieu proche et désigne un lieu éloigné. C’est une idée fausse !

Ici et là désignent tous deux un lieu proche. Ils peuvent même désigner le même endroit dans une conversation.

  • Tu peux mettre la chaise ici, s’il te plaît ?
  • Où ? Ici ?
  • Oui, .

Dans ce dialogue, ici et indique exactement le même endroit.

Souvent, quand mes étudiants me racontent des histoires dans lesquels ils font référence à des lieux éloigné, ils utilisent . Et moi je rajoute bas. Plusieurs fois par semaine.

Par exemple, une étudiante m’a raconté ses vacances en Australie :

  • *J’ai fait de la plongée là.
  • *J’ai beaucoup mangé quand j’étais là.

Elle aurait dû dire : J’ai fait de la plongée là-bas. J’ai beaucoup mangé quand j’étais là-bas.

Je suis là et je suis ici peuvent tous deux être traduits par I’m here.

Être là veut dire être présent. Observez cet échange de textos :

  • T’es ? (are you there ?)
  • Oui, je suis . (yes, I’m here)
  • Toujours ok pour le cinéma ce soir ? (still ok for the cinema tonight?)
  • Oui. On se retrouve là-bas ? (yes. meet there?)
  • Ok, je te retrouve là-bas à 20h. (ok, I’ll meet you there at 8pm)

trop VS très

Récemment, une amie française a passé quelque temps chez moi et quand nous ne travaillions pas, nous passions notre temps ensemble à papoter. Mon mari, qui comprend beaucoup de français mais dont le niveau ne lui permet pas de participer à nos conversations, a remarqué quelque chose à force de nous écouter. Un jour il m’a dit “So, when you say trop, you actually mean très, right ?”

Je dois dire que j’étais assez impressionnée, car je ne pensais pas qu’il était capable de repérer ce genre de détails. Puis peu de temps après, une étudiante de niveau avancé m’a également parlé de trop et de très, pour me demander des précisions sur leur utilisation. Et c’est vrai que si l’on ne vit pas en France, ce n’est pas une évidence.

À l’oral, il est très commun d’utiliser trop pour dire très. Je le faisais beaucoup à l’adolescence et je me faisais reprendre par les adultes agacés par cet usage. Adulte, je le fais encore de temps en temps, surtout quand je participe à une conversation animée avec des amis. Je m’entends le dire et je souris intérieurement parce que plus personne n’ose me reprendre maintenant et je parle comme je veux ! Na !

Vous pouvez l’entendre dans des phrases telles que :

  • Demain c’est les vacances, je suis trop contente !
  • Sa sœur est trop sympa !
  • J’ai trop envie d’aller voir ce film au ciné !
  • Les voisins ont fait du bruit toute la nuit, je suis trop en colère.
  • Cet acteur, il est trop beau !

Dans ces 5 phrases, trop signifie en fait très (ou plutôt très très). Certains puristes désapprouvent cet usage, mais le fait est qu’il existe et qu’il est très commun quand on trouve que très ne suffit pas pour exprimer ce que l’on ressent ! Rien ne vous l’oblige à l’utiliser cependant. C’est plutôt du langage “jeune” (utilisé par les jeunes).

La place de l’adverbe

Voici une règle qui paraît assez facile au premier abord mais qui en fait cause beaucoup de souci aux étudiants, même ceux qui travaillent au niveau C. Peut-être n’est-elle donc pas si facile alors, et que ça vaudrait la peine de l’étudier un peu plus en profondeur et de faire quelques exercices !

L’erreur que j’entends le plus souvent, c’est dans ce type de phrases :

  • *Je toujours prends le train le matin.
  • *Je souvent mange au restaurant.
  • *Je parfois vais au cinéma le week-end.

Mais ça, c’est l’ordre des mots en anglais ! En français, les adverbes de fréquence se placent après le verbe.

Les phrases correctes sont :

  • Je prends toujours le train le matin.
  • Je mange souvent au restaurant.
  • Je vais parfois au cinéma le week-end.

Avec les temps composés, on le place entre les deux parties du verbe :

  • J’ai toujours pensé que la grammaire française était fascinante.
  • Elle est souvent allée en vacances en Espagne.
  • Nous n’avons jamais mangé d’escargots.

Quand l’adverbe modifie un adjectif ou un autre adverbe, il est placé directement avant le mot modifié :

  • Elle est intelligente. = Elle est infiniment intelligente.
  • Ce train va vite. = Ce train va très vite.

Il faut parfois faire attention de bien placer l’adverbe car selon où on le place, on peut avoir deux phrases correctes mais signifiant deux choses différentes, comme par exemple :

  • Je ne l’aime toujours pas. (I still don’t love him.)
  • Je ne l’aime pas toujours. (I don’t always love him)

On pourrait encore en dire sur la place de l’adverbe, mais si vous retenez déjà tout ça, c’est déjà bien !

Bien

Très souvent, on me demande quelle est la différence entre bon et bien. La réponse la plus simple que je donne est que bon est un adjectif et bien un adverbe et je donne quelques exemples d’utilisation. Mais en réalité, c’est un peu plus complexe que ça et si vous travaillez à un niveau avancé, il est temps de pousser un peu plus loin.

Bien peut en fait être un adverbe ou un adjectif. Et même un nom, mais là, c’est plus évident, alors je vais le laisser de côté pour aujourd’hui.

Observez ces phrases :

  • Elle chante bien. (= well)
  • Vous êtes bien aimable. (= very)
  • Oui, c’est bien ce que l’on avait dit ! (= exactly)
  • C’est un homme bien. (= good)
  • Je suis bien dans ma nouvelle maison. (= comfortable)
  • T’as bien de la chance ! (= a lot)
  • J’ai fait les magasins mais j’ai rien vu de bien. (= suitable)
  • Il faut bien une heure pour aller à l’aéroport. (= at least)
  • Je me ferais bien un ciné ce week-end. (= happily)
  • Tu pourrais bien faire ça pour moi (= ici, je ne le traduirais pas, mais si quelqu’un vous dit ça, il est sous-entendu que vous avez une histoire avec cette personne. Peut-être vous a-t-elle aidé dans le passé. Peut-être vous a-t-elle sorti de situations difficiles. Et là, elle aimerait que vous fassiez quelque chose pour elle, mais vous êtes réticent. Alors, avec ce petit bien, elle insiste.)

Cette liste n’est pas exhaustive mais déjà, vous pouvez voir que bien est un mot qui a beaucoup de nuances. On le retrouve également dans une longue liste d’expressions.

Si vous n’en étiez pas tout à fait conscient, essayez de faire attention la prochaine fois que vous écouterez un podcast ou regarderez une vidéo. Je suis certaine que vous pourrez remarquer différentes utilisations de bien. Et ensuite, essayez de l’utiliser autrement que comme vous en avez l’habitude !
À l’oral principalement, car à l’écrit, il est préférable de trouver des synonymes plus précis quand c’est possible !

Vachement

  • Tu as aimé le concert hier soir ?
  • Oh oui, c’était vachement bien !
  • Écoute ça, c’est moi au piano !
  • C’est beau ! T’as vachement progressé depuis l’an dernier !
  • J’ai vachement envie de vacances au soleil. J’en ai marre de l’hiver !

Si vous prenez des cours avec moi, vous connaissez forcément ce mot car je le dis assez régulièrement. 🙂 Si vous ne connaissez pas ce petit mot rigolo, j’imagine qu’avec les exemples, vous pouvez déduire qu’il signifie très, vraiment, beaucoup… On l’évite devant les enfants car c’est vraiment familier et on veut faire en sorte qu’ils attendent de grandir pour l’utiliser, mais c’est loin d’être le pire et ça reste gentillet. Alors si vous aimez ce mot, utilisez-le ! 😉

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Les adverbes en -MENT

On apprend en général comment former les adverbes en -ment en B1, mais comme pour toutes les autres règles, si l’on ne révise pas régulièrement et que l’on n’applique pas consciemment ce que l’on a appris , on oublie. Et c’est assez fréquent que les étudiants avancés disent ou écrivent des choses telles que “d’une façon différente“, “d’une manière douce“, “d’une manière polie“, comme s’ils avaient oublié que l’on pouvait dire différemment, doucement ou poliment. D’autres fois, ils se souviennent que les adverbes existent, mais ils ont un peu oublié comment les orthographier.

Alors, voici un petit rappel des règles :

On forme l’adverbe à partir de l’adjectif au féminin + -ment quand le masculin se termine par une consonne, ou un e.

  • doux – douce = doucement
  • heureux – heureuse = heureusement
  • entier – entière = entièrement
  • complet – complète = complètement
  • actif – active = activement
  • frais – fraîche = fraîchement
  • facile = facilement
  • rapide = rapidement

On ajoute -ment à l’adjectif masculin quand il se termine par i, u, é.

  • poli = poliment
  • joli = joliment
  • vrai = vraiment
  • résolu = résolument
  • absolu = absolument
  • décidé = décidément
  • aisé = aisément

Les adjectifs en “-ent” ou “-ant” deviennent des adverbes en “-emment” et en “-amment”, qui se prononcent de la même façon : /amã/.

  • prudent = prudemment
  • violent = violemment
  • patient = patiemment
  • évident = évidemment
  • élégant = élégamment
  • constant = constamment
  • bruyant = bruyamment
  • courant = couramment

On trouvera évidemment quelques exceptions, sinon ce ne serait pas drôle – celles-ci, il faut les mémoriser. :

  • gentil – gentille = gentiment
  • bref – brève = brièvement
  • gai = gaiement
  • assidu = assidûment
  • confus – confuse = confusément
  • profond – profonde = profondément
  • énorme = énormément
  • etc…

Commencer une phrase par PEUT-ÊTRE

Il est très commun de commencer une phrase par peut-être et les étudiants le font très souvent. Ce qu’ils oublient régulièrement cependant, c’est comment construire la phrase ensuite.

À l’oral, pensez à utiliser que après peut-être !

  • Elle n’est pas venue travailler aujourd’hui. Peut-être qu’elle est malade.
  • Peut-être que tu ne le sais pas, mais on a un test demain.

À l’écrit, préférez l’inversion du verbe et du sujet.

  • Elle n’est pas venue travailler aujourd’hui. Peut-être est-elle malade.
  • Peut-être ne le sais-tu pas, mais on a un test demain.

Le sens est exactement le même, que l’on utilise que ou l’inversion. Ce qu’il ne faut pas dire ou écrire, c’est :

  • *Peut-être elle est malade.
  • *Peut-être tu ne le sais pas.

Vite ou rapide ?

Il y a souvent une petite confusion entre vite et rapide qui vient sans aucun doute de l’utilisation de fast en anglais. 

Fast peut être à la fois adverbe et adjectif : 

  • He speaks too fast. (adverbe)
  • He likes fast cars. (adjectif)

En français, on ne peut pas utiliser le même mot pour traduire fast dans ces deux exemples. On fait la distinction entre l’adverbe et l’adjectif. 

Vite est un adverbe. On peut aussi dire rapidement. Rapide est un adjectif.

  • Il parle trop vite.
  • Il aime les voitures rapides. (On pourrait aussi dire : Il aime les voitures qui vont vite.) 

Vite se rapporte à un verbe : aller vite, parler vite, manger vite, s’habiller vite, comprendre vite, décider vite, marcher vite…

Rapide se rapporte à un nom (ou un pronom) : un train rapide, un coureur rapide, une conversation rapide, un animal rapide…