Le conditionnel pour exprimer la probabilité

Je cours un peu après le temps cette semaine après avoir été malade en fin de semaine dernière et j’ai failli ne rien écrire aujourd’hui, mais j’ai pensé à un petit point de grammaire qui a laissé plusieurs de mes élèves perplexes récemment et comme c’était des élèves de niveau avancé, je me suis rendu compte que ce n’était probablement pas aussi évident que je l’imaginais.

Si vous lisez la presse française, il est probable que vous tombiez sur des phrases de ce genre :

  • L’homme aurait tué sa femme avec une arme à feu.
  • Le jeune homme a porté plainte. Les policiers l’auraient violemment agressé lors d’un contrôle d’identité alors qu’il n’avait pas résisté.
  • Trop de temps passé devant les écrans provoquerait une diminution de la vue.
  • Selon Edward Snowden, on serait espionnés en continu par Google et Amazon.
  • Le championnat devrait se terminer par une victoire des Espagnols.

On m’a demandé plusieurs fois ces derniers temps pourquoi les verbes étaient au conditionnel dans des phrases semblables.

Dans ces phrases, le conditionnel sert à exprimer la probabilité, à faire des suppositions.

Vous ne pouvez pas les traduire par “would” en anglais. La première phrase ne veut pas dire “the man would have killed his wife with a firearm“. Elle signifie “the man allegedly killed his wife with a firearm“. On suppose qu’il l’a tuée, il est très probable qu’il l’a tuée, plusieurs personnes affirment qu’il l’a tuée, mais on utilise le conditionnel par prudence car il n’a pas encore été reconnu officiellement coupable et qu’on n’est pas sûr·e à 100%, et probablement pour des raisons légales aussi.

Allegedly” peut être utilisé dans la traduction de ces phrases. Pour la dernière, “should” suffit.

Si + conditionnel : possible ou non ?

Oui, c’est possible, même s’il est également possible que vous ayez appris que “les scies n’aiment pas les raies“. Si vous ne connaissez pas cette phrase, c’est un moyen mnémotechnique que certains profs enseignent pour que leurs élèves se souviennent que l’on n’utilise pas le conditionnel (et le futur) après “si“.

Toutefois, ce n’est pas toujours vrai.

C’est vrai dans les phrases hypothétiques, dans lesquelles “si” exprime une condition. Le verbe qui suit “si” ne ne conjugue jamais au conditionnel (ou au futur).

  • Si j’étais riche, je voyagerais en classe affaires. (pas *si je serais)
  • Si j’avais compris la règle, je ne me serais pas trompée. (pas *si j’aurais compris)
  • S’il pleut demain, on ne pourra pas aller en pique-nique. (pas *s’il pleuvra)

Le conditionnel est correct après “si” dans les phrases au discours indirect, quand “si” introduit une interrogation indirecte.

  • Je me demandais si tu serais disponible pour m’aider à déménager le mois prochain. (au discours direct, on aurait soit un conditionnel, soit un futur : Seras-tu / serais-tu disponible pour m’aider ?)
  • J’aimerais savoir si tu voudrais partir en vacances avec moi.

C’est aussi possible de trouver le conditionnel (ou le futur) après “si” quand celui-ci exprime une concession. Cette structure appartient au langage soutenu.

  • S’il faudrait toujours être vigilant pour s’assurer que rien ne leur arrive, il est aussi vrai que l’on ne peut pas surveiller nos enfants constamment. (= s’il est vrai qu’il faudrait…)