La glottophobie en France

Il y a quelques mois, je découvrais ce terme : glottophobie. Il avait fait l’actualité en France, lors d’un incident dont je parle brièvement dans ce post.

J’ai un peu changé d’opinion depuis. Comme sur beaucoup de choses en fait. Mon déménagement, ma nouvelle vie et le bazar que ça a été depuis le début, m’ont fait beaucoup réfléchir. Le fait que j’ai une vie sociale quasi inexistante m’a permis d’écouter beaucoup de podcasts et de lire beaucoup d’articles sur des sujets qui ont commencé à m’intéresser de plus en plus. J’ai toujours été sensible à la discrimination contre les femmes, à la façon dont on traite les handicapés, au racisme et à l’homophobie, mais je n’avais jamais vraiment pensé à toutes les autres sortes de discriminations qui existent. Étant une femme blanche et hétéro, née en occident, sans handicap visible, avec un corps qui correspond à la norme de ce qui est acceptable par la société patriarcale dans laquelle nous vivons, sans grave problème de santé mentale ou physique à part mes allergies alimentaires, sans accent régional ou autre signe particulier, les seules discriminations que j’ai subies et que je subis encore régulièrement sont dues au fait que je suis une femme (je laisse de côté le racisme dont je fais occasionnellement l’objet ici, parce que j’ai encore du mal à l’analyser). Et cela me met dans une colère folle à chaque fois. Alors je suis de plus en plus consciente que si en plus d’être femme, on est noire et/ou homosexuelle, et/ou grosse, et/ou handicapée, etc, la vie doit être vraiment super frustrante et je pense que je ne peux même pas comprendre entièrement ce que vivent et ressentent ces femmes.

Alors maintenant, quand j’entends parler de discrimination, quelle qu’elle soit, je ne veux plus penser qu’on fait une montagne de tout pour pas grand-chose. Parce que même si la glottophobie concerne un nombre réduit de personnes, elle en concerne assez pour qu’on en parle. Et d’ailleurs, même si cela ne concernait qu’une personne, il faudrait quand même en parler ! C’est une véritable discrimination qui a longtemps été socialement acceptable. Jusqu’à récemment, c’était acceptable de refuser d’offrir un emploi à quelqu’un à cause de son accent. C’était socialement acceptable de se moquer de quelqu’un à cause de son accent ou de lui faire des commentaires désobligeants.

J’ai écouté un podcast super intéressant cette semaine sur ce thème, que je vous recommande vivement d’écouter : Programme B épisode 89, Glottophobie, façons de parler.

Accents régionaux et stigmatisation

J’ai appris un nouveau mot cette semaine : la glottophobie. En fait, il n’est même pas dans mon dictionnaire. Je n’ai pas fait de recherche poussée, mais il aurait été créé en 2008 par un sociolinguiste pour décrire la discrimination linguistique. 

Ce mot est apparu dans l’actualité de la semaine dernière après qu’un politicien s’est moqué d’une journaliste parlant avec l’accent du sud-ouest. Comme on vit dans un monde complètement dingue, une députée aurait alors proposé une loi contre la glottophobie, qu’elle aurait ensuite dit être une blague. Je n’ai pas lu les articles en détail car honnêtement, ils me fatiguent avec leur propension à faire un fromage de tout (= grossir démesurément l’importance d’un fait) mais si ça vous intéresse, en voici un

Mais il est vrai qu’il y a une certaine discrimination en France envers certains accents régionaux, très certainement comme dans la plupart des pays, et que l’accent de la capitale est celui reconnu comme le “bon” accent, l’accent “sérieux”, l’accent à rechercher, celui qu’on doit imiter. 

L’accent du Nord est souvent moqué, celui du Sud souvent aimé. L’accent belge, l’accent suisse et l’accent québécois sont souvent l’objet de blagues et de moqueries. 

Quelqu’un me demandait récemment si j’étais capable de reconnaître d’où était un Français juste en l’écoutant. Je reconnais quelques accents, mais je ne reconnais pas la plupart je pense. Il y en a vraiment beaucoup ! Voyez si vous, de langue maternelle autre que le français, êtes capable de déceler les accents en écoutant ceci. Entendez-vous des différences ou est-ce que tout se ressemble pour vous ? Je sais que j’ai souvent du mal à différencier les accents des autres langues. En anglais, je vais en général reconnaître l’accent d’un pays, mais je ne sais pas vraiment différencier les accents selon les états aux US, et je peux à peu près reconnaître qu’une personne à un accent du Nord de l’Angleterre, mais je ne saurai pas dire de quelle ville exactement. 

Voici une petite vidéo diffusée sur France 24 la semaine dernière, dans laquelle on entend quelques accents aussi : 

C’est rien beau !

Êtes-vous déjà allé en Normandie ? Si c’est le cas, vous avez peut-être entendu des expressions qui vous paraissaient étranges.

J’ai grandi dans cette région et je comprends la plupart des expressions typiquement normandes, même si je ne les utilise pas. J’avais même oublié qu’elles étaient typiques d’ici en fait. Ou je ne m’étais peut-être même pas posé la question en grandissant. Après 10 ans sans avoir mis les pieds par ici, je trouve que les gens ont un accent étrange, auquel je ne suis plus habituée, et je prends conscience des expressions qui peuvent être incomprises des étrangers, mais aussi des Français d’autres régions.

Si vous avez acheté une peinture, que vous la montrez à un ami normand et qu’il vous dit, “c’est rien beau !”, cela veut dire qu’il trouve la peinture très belle.

Autres exemples :

  • Ce nouvel immeuble ? Il est rien laid ! = il est très laid.
  • Elle est rien gentille, ta grand-mère ! = elle est très gentille.

Ici, un petit test de vocabulaire normand.

Plus de vocabulaire régional

Je continue donc aujourd’hui avec quelques mots de la Yaute.

Si vous croisez quelqu’un ici, il est possible qu’il vous salue en disant “adieu donc“. Je me souviens d’avoir trouvé cela très très étrange quand j’ai commencé ma vie ici. Pour moi, “adieu”, ça veut dire qu’on ne se reverra jamais. Mais ici, ils le disent comme on dit “bonjour” et aussi pour dire “au revoir”. Pour dire au revoir, ils disent aussi “arvi” ou “arvi pa“.

J’ai appris hier soir que les pommes de terre s’appelaient “tartifles” ici. Si vous connaissez la tartiflette, vous y verrez un lien.

Et j’ai appris aujourd’hui qu’il y avait beaucoup de gnolus sur la route ces jours-ci. Mon amie était allée chercher son fils au ski et m’a annoncé ça en rentrant. Je n’ai évidemment pas compris. Elle m’a expliqué que c’était comme ça qu’ils appelaient les gens qui n’avançaient pas, qui étaient mous. Il n’est évidemment pas nécessaire d’être en voiture pour se faire appeler ainsi, mais si un Savoyard vous qualifie de gnolu, ce n’est pas un compliment !

Les parlers régionaux

Je suis en France aujourd’hui, en Haute-Savoie exactement, dernière région de France où j’ai vécu. Je suis chez des amis qui sont nés ici et j’ai sans cesse envie de corriger leur français !

Quand je suis venue m’installer dans cette région il y a très longtemps, je ne comprenais pas toujours tout. En visite, plus de 15 ans après être partie, il y a encore des moments où je ne suis pas sûre du sens d’un mot, et comme je le disais, je brûle de corriger ce qui sonne comme des fautes de grammaire à mes oreilles, mais qui sont simplement leur façon de parler.

Aujourd’hui, je n’ai pas pu m’empêcher de corriger mon amie quand elle m’expliquait qu’elle faisait du yoga entre midi. J’ai dit entre midi et quoi? Je savais ce qu’elle voulait dire, mais c’était très bizarre pour moi. J’avais envie qu’elle finisse sa phrase !!! Elle voulait parler de l’heure du déjeuner bien sûr, et m’a expliqué qu’ils disaient comme ça ici.

Quand ils parlent de “peuf“, ils parlent de poussière ou de neige poudreuse.

Si l’on vous dit que ça va roiller demain, évitez de sortir, ça veut dire qu’il va pleuvoir très fort.

Si l’on vous demande “ça va ou bien ?“, on veut juste savoir comment vous allez, rien d’autre en particulier !

Et si vous entendez des “y” partout, ce n’est pas un effet de votre imagination, ils mettent vraiment des “y” partout !! Comme par exemple, “j’y sais” au lieu de “je sais”, “j’y fais” au lieu de “je fais”, etc.

Je vais essayer de relever d’autres mots qui sont étranges pour moi demain.