Rectification orthographique : les nombres

Règle C2 dans le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée.

C’est une règle pour laquelle je savais qu’il y avait eu des rectifications car cela fait des années que je vois les nombres orthographiés de plusieurs façons, parfois avec des traits d’union partout, d’autres fois avec des traits d’union seulement entre certains mots. Jusqu’à ce que je lise le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée récemment, j’écrivais les nombres selon les règles que j’avais apprises à l’école, donc sans tenir compte des rectifications.

Et pourtant, je trouve que les changements rendent l’écriture des nombres beaucoup plus simple : la réforme préconise de mettre des traits d’union entre tous les mots d’un numéral composé. Pas seulement entre certains nombres précis.

Par exemple :

  • 372 : trois-cent-soixante-douze
  • 5622 : cinq-mille-six-cent-vingt-deux
  • 7400 : sept-mille-quatre-cents
  • 19000 : dix-neuf-mille
  • 8 143 051 : huit-millions-cent-quarante-trois-mille-cinquante-et-un

Facile, non ?

Et c’est pareil pour les numéraux ordinaux (qui indiquent un ordre)

  • 194ème : cent-quatre-vingt-quatorzième
  • 4321ème : quatre-mille-trois-cent-vingt-et-unième

Quelques petits rappels utiles :

  • mille est invariable (et on ne dit jamais *un mille)
  • cent (100) prend un s seulement s’il y en a plusieurs et qu’il n’y a rien derrière : deux-cents (200), mille-sept-cents (1700), mais deux-cent-trente (230), mille-sept-cent-quatre (1704)
  • Pareil pour vingt (20) : quatre-vingts (80), mais quatre-vingt-dix (90)
  • million et milliard ne sont pas invariables : ils prennent un s s’il y en a plusieurs.

Nouveaux mots du Larousse, édition 2020

C’est à nouveau ce moment de l’année où l’on apprend quels nouveaux mots ont fait leur entrée dans les dictionnaires. Pour l’instant, je n’ai vu que des articles concernant le Larousse. Et les journaux rapportent tous les mêmes mots. Je n’ai pas réussi à trouver la liste complète.

Il y aurait apparemment 150 nouveaux mots dans la nouvelle édition du Larousse et parmi eux, il y en a un certain nombre pour lesquels je n’avais pas conscience qu’ils n’étaient pas encore dans le dictionnaire, comme par exemple – d’après les articles que j’ai lus (du Monde à Madmoizelle, en passant par LCI, l’Express, Atlantico, Midi Libre, le Dauphiné Libéré, le journal de Montréal, et bien d’autres) – locavore et obsolescence programmée (qui apparaissent tous deux dans le manuel de FLE Entre Nous, dès le niveau A2), divulgâcher (qui est déjà utilisé au Québec depuis un moment il me semble et que certaines de mes étudiantes connaissent déjà), ou encore charge mentale, ubériser, malbouffe et adulescent (que j’utilise depuis longtemps déjà et qui apparaissent en fait dans le dictionnaire que j’utilise – les trois derniers en tout cas).

Parmi les mots cités dans les articles, on trouve également : survivalisme, bioplastique, fachosphère, antispécisme, bigorexie, bore-out, deep learning, darknet (euh, là je me dis qu’ils auraient pu faire un effort pour trouver des mots à consonance plus française peut-être…), slasheur, benaise, biopiraterie, écoquartier, covoiturage, emportiérage, nounoune, datacratie, illectronisme, smicardisation, klouker, dédiésélisation, zone morte, licorne (pas l’animal imaginaire, mais une start-up valant plus d’un milliard de dollars), fiché S, sorteur, taxieur, ramen, udon, dagobert,… et c’est tout ce que j’ai trouvé.

Le dictionnaire sortira le 21 mai.

Personnellement, j’adore les mots divulgâcher et emportiérage, tous deux venant du Québec. Divulgâcher, c’est divulguer un élément clé d’un film, d’un livre, d’une histoire, prématurément et ainsi gâcher le plaisir d’une ou de plusieurs autres personnes qui auraient préféré ne pas savoir. Un emportiérage, c’est ce que fait un automobiliste quand il ouvre sa portière sans précaution et percute un cycliste. J’ai failli me faire emportiérer plus d’une fois quand je me déplaçais à vélo à Londres, et je maudissais ces idiots d’emportiéreurs ! Je suppose que si l’on peut dire emportiérage, on peut le décliner, non ?

Rectification orthographique : l’accent circonflexe qui disparait

Règle C2 dans le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : l’accent circonflexe disparait sur les lettres i et u.

Je ne peux pas imaginer que cette règle ne vous réjouisse pas car j’ai souvent entendu mes étudiantes se plaindre de l’inutilité de cet accent. Je l’utilise encore souvent par réflexe, mais je veux appliquer cette règle et je vais faire de mon mieux pour corriger cet automatisme et le transformer en un autre automatisme.

N’écrivez plus connaître, apparaître, coûter, brûler, île, naître, sûrement, août, fraîche, maître, entraîner, etc.

ÉCRIVEZ : connaitre, apparaitre, couter, bruler, ile, naitre, surement, aout, fraiche, maitre, entrainer, etc.

Les cas pour lesquels on garde l’accent circonflexe ne sont pas très nombreux et faciles à mémoriser :

  • Dans , mûr et sûr, pour faire la distinction avec du, mur, et sur.
  • Dans jeûne et jeûnes, du verbe jeuner (anciennement jeûner) et quand c’est le nom (un jeûne)
  • Dans les formes du verbe croitre qui pourraient être confondues avec celles du verbe croire (crû, croîs, croît, crût, crûrent, etc.)
  • Dans les terminaisons des verbes au passé simple et au subjonctif imparfait, et par conséquent au passé antérieur et subjonctif plus-que-parfait, mais ces formes verbales sont très peu utilisées.

La réforme de l’orthographe

Peut-être n’en avez-vous jamais entendu parler ? C’est le cas de beaucoup d’étudiantes avec lesquelles j’ai travaillé. Je m’en suis rendu compte car un des sujets que je fais travailler régulièrement pour la préparation du DALF C1 en PO, c’est un sujet sur la “nouvelle orthographe”. Je le mets entre guillemets car elle n’est pas si nouvelle que ça, mais pour une raison qui n’est pas claire pour moi (probablement politique), les médias en ont beaucoup parlé il y a 3 ans il me semble, comme s’ils n’en avaient jamais entendu parler avant. J’ai été très amusée en lisant la même réflexion dans le livre d’Eliane Viennot, dont j’ai parlé ici.

Les rectifications orthographiques datent en fait de 1990. J’étais très jeune, mais je m’en souviens. Je me souviens aussi qu’on nous avait dit que les changements n’étaient pas obligatoires et qu’on pouvait continuer à écrire selon les règles que l’on connaissait. Et cela montre assez bien que quand quelque chose n’est pas obligatoire, même si c’est pratique et devrait rendre les choses plus faciles à long terme, les Français sont vraiment réfractaires au changement. Je dis les Français, mais je suppose qu’on pourrait dire la même chose de beaucoup de peuples. Cependant, les Canadiens, les Belges et les Suisses ont depuis longtemps intégré la féminisation des noms de métiers à leur vocabulaire, et je n’ai pas encore assez lu pour savoir ce qu’il en est des Suisses et des Belges, mais les Canadiens ont l’air beaucoup plus en faveur des réformes orthographiques que les Français (d’après mes lectures récentes).

En France, en tout cas dans mon collège, puis dans mon lycée, aucun de mes profs, pas même ceux de français, ne m’a enseigné cette nouvelle orthographe. Je ne crois pas qu’elle soit très en pratique chez les journalistes de la presse écrite non plus. En lisant les premières pages du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée, de Chantal Contant, linguiste et spécialiste des rectifications de l’orthographe du français, je me suis rendu compte que j’avais intégré certains éléments de la réforme au fil du temps, sans vraiment savoir à quelles règles me référer. J’avais repéré, entre autres, que je pouvais écrire évènement (plus logique, car il correspond ainsi à la prononciation – et pourtant le correcteur de WordPress ne semble pas le connaitre) à la place d’événement (pas de problème pour WordPress ici), que weekend pouvait s’écrire sans trait d’union (même si j’ai continué à le mettre automatiquement), et je savais qu’ognon était la nouvelle orthographe d’oignon, mais je ne peux pas dire que j’étais au courant des nouvelles règles.

J’ai acheté le livre de Chantal Contant il y a trois ans déjà, avec l’intention d’apprendre la nouvelle orthographe, mais jusqu’à la semaine dernière, je ne l’avais que brièvement feuilleté. Par manque de temps et aussi un peu par paresse. Je suis bonne en orthographe, ai-je vraiment envie de passer du temps à apprendre un tas de nouvelles règles pas obligatoires ? Et maintenant que je l’ai lu, je dois dire que je suis totalement en faveur de cette orthographe moderne, beaucoup plus logique et légèrement simplifiée. Ne rêvez pas trop, le français reste compliqué et plein de règles. Ceux qui disent que la réforme orthographique appauvrit la langue n’ont probablement pas lu les règles. Les rectifications n’appauvrissent pas la langue, mais la simplifie logiquement en rectifiant certaines anomalies et en apportant une certaine cohérence à travers des changements pertinents. Ce qui devrait rendre l’apprentissage de l’orthographe plus simple pour les natifs comme pour les étudiants étrangers !

Comme il est expliqué dans le livre (mon édition date de 2014), les dictionnaires n’appliquent pas tous les nouvelles règles et s’ils font mention de certaines rectifications, il n’est pas dit qu’ils les mentionnent toutes et l’autrice a relevé beaucoup d’incohérences dans plusieurs dictionnaires. Elle donne un petit tuyau pour savoir très vite si un dictionnaire est à jour : vérifiez comment le verbe bruler est orthographié (WordPress me le souligne ici en rouge…). Je l’ai toujours écrit avec un accent circonflexe. Mais en fait, la nouvelle orthographe recommande de l’écrire sans.

J’ai l’intention d’écrire des posts à l’avenir sur les différentes règles des rectifications orthographiques. Elles sont divisées en catégories et j’essaierai d’expliquer une règle à la fois, avec des exemples, à l’aide du livre. Cela me permettra de bien me les mettre en tête aussi ! Je les ai toutes lues et comprises, mais il faut que je m’habitue à les appliquer.

Si vous vous sentez prêt·e pour en digérer plusieurs à la fois, voire toutes d’un coup, et si vous souhaitez en apprendre plus sur l’orthographe française en général, vous pouvez visiter ces sites :

Chantal Contant autorise aussi la diffusion d’un résumé des règles. Je l’ai donc scanné et vous pouvez le télécharger ici.

Nouveaux mots dans le dictionnaire

Tous les ans, de nouveaux mots sont sélectionnés pour apparaître dans le dictionnaire. Ici, un article du Parisien qui donne une liste des nouveaux mots du Robert 2019. Pour ma part, je ne savais pas que la plupart de ces mots n’étaient pas encore dans le dictionnaire et je dois dire que la définition du mot “frotteur” me laisse perplexe. Décrire cette pratique comme érotique me paraît passer complètement à côté de sa véritable définition.

Pour celles et ceux qui se demandent comment sont sélectionnés les nouveaux mots, vous trouverez une explication ici.