Rectification orthographique : l’accentuation des mots empruntés aux autres langues

Nous arrivons maintenant à la règle C4 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée qui concerne les accents sur les mots étrangers.

Je me suis rendu compte que c’était une règle que j’appliquais sans aucune constance. J’écris bien média et téquila, mais j’écris pizzeria et diesel. Selon la réforme, e devient é dans les mots étrangers lorsqu’il se prononce é. Logique ! On écrira donc bien média et téquila, mais aussi pizzéria, diésel, artéfact, égo, véto, placébo, critérium, crédo, nucléus, mémorandum, spéculum, ténuto, kébab, etc.

De la même façon, e deviendra è quand il se prononce è. Comme dans faciès, condottière ou limès par exemple.

Et finalement, a devient à quand il est considéré comme une préposition comme dans à priori, à capella, à minima, etc.

On ne mettra pas d’accent quand les mots ont valeur de citation. Le livre donne l’exemple du mea culpa. Il explique aussi que le Nouveau Littré l’orthographie déjà méa-culpa et suppose qu’il sera un jour écrit en un seul mot.

Rectification orthographique : le tréma

Parlons aujourd’hui de la règle C3 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée qui concerne l’emploi du tréma.

J’ai longtemps enseigné à mes étudiant·es que le tréma se plaçait sur la seconde voyelle et signifiait que la voyelle précédente était prononcée, comme dans aiguë et ambiguïté. Et pourtant, cette règle m’avait toujours énervée, car je la trouvais compliquée et illogique. Si j’avais su que depuis 1990, on peut en fait mettre le tréma sur le u dans les suites güe et güi, ça m’aurait fait très plaisir et aurait surement simplifié la vie de mes étudiant·es.

On écrit donc aujourd’hui aigüe, ambigüité, ambigüe, contigüe, contigüité, etc.

On ajoute aussi un tréma sur certains mots pour que la prononciation soit logique. Je me souviens d’une prof de français au lycée qui m’avait reprise sur le mot gageure, que j’avais prononcé comme rimant avec heure. Comment aurais-je pu deviner qu’il fallait que je le fasse rimer avec pure ? L’orthographe de ce mot est complètement illogique. Ou l’était, devrais-je dire, jusqu’à ce que le Conseil supérieur de la langue française propose d’y ajouter un tréma pour l’écrire gageüre et ainsi l’écrire comme il se prononce. La même règle s’applique à d’autres mots, plus rares, dont j’avoue ne pas vraiment connaitre le sens : bringeüre, égrugeüre, mangeüre, vergeüre, etc.

C’est aussi le cas du verbe arguer, qui devient argüer après les rectifications, car il rime avec tuer. Le tréma se retrouve dans les formes conjuguées : j’argüe, nous argüons, en argüant, etc.

J’aime beaucoup cette rectification !

Rectification orthographique : mots composés

Je vais aujourd’hui parler de la règle A5 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée

Cette règle concerne les mots composés, mais pas tous. Ils étaient trop nombreux pour qu’on décide de tout modifier, mais des modifications ont été apportées dans un souci d’alignement de mots semblables. L’exemple le plus souvent donné est celui de porte-monnaie, devenu portemonnaie, pour ressembler à portefeuille. Il était aussi question de souder les mots dont le sens n’était plus perçu comme il avait pu l’être autrefois. C’est ainsi que j’ai appris que pot-pourri s’écrivait maintenant potpourri.

Cette règle s’applique au mots composés avec bas, basse, bien, haut, haute, mal, mille, croque, et quelques autres. Je suis encore en phase d’apprentissage avec cette règle car dans la petite liste donnée par le livre, j’écrivais hier encore la plupart des mots avec un trait d’union. Mais c’est bien de connaitre la règle et de s’interroger quand on veut écrire un mot composé.

Quelques exemples du livre : une bassecour, le bienêtre, un hautparleur, un millepatte, une chauvesouris, un croquemonsieur, un fairepart, un porteclé, un rondpoint, une sagefemme, un tirebouchon, une volteface. Ils ont tous un pluriel régulier.

J’ai choisi tous ces exemples car ce sont des mots à priori simples, que j’ai toujours envie d’écrire avec un trait d’union et que ni WordPress, ni mon dictionnaire en ligne (Robert) ne reconnaissent sans le trait d’union.

La règle A5 mentionne également les mots composés formés d’un verbe et du mot tout. Le trait d’union disparait pour ne former qu’un seul mot, comme dans de l’essuietout, un fourretout, un vatout, etc.

Rectification orthographique : onomatopées et mots étrangers

Voici la règle A4 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée. Elle est divisée en deux parties et concerne encore des mots auparavant écrits avec un trait d’union (ou un espace) qui s’écrivent à présent sans trait d’union (ni espace) mais en un seul mot.

La première concerne les onomatopées ou mots similaires. Petit rappel : les onomatopées sont des mots qui imitent ou évoquent des bruits, comme miaou, meuh, vlan, etc.

Jusqu’à récemment, j’écrivais bla bla bla. Mais en fait, j’aurais pu écrire blablabla depuis 1990. Les mots composés à partir d’onomatopées sont désormais soudés. Le livre donne quelques exemples, tels que guiliguili, tictac, hihan, chachacha, etc. De plus, leur pluriel est régulier, c’est-à-dire que l’on ajoute un s : du blablabla, des blablablas.

La deuxième partie de la règle A4 concerne les mots d’origine étrangère bien implantés dans l’usage, c’est-à-dire qu’on utilise régulièrement et facilement depuis longtemps. Avant, on écrivait base-ball, cow-boy, statu quo, hara-kiri. Maintenant, on écrit baseball, cowboy, statuquo, harakiri, etc.

On ne soude pas les mots pour lesquels la soudure entrainerait une prononciation erronée. Le livre donne l’exemple de music-hall. Si l’on enlevait le trait d’union, la prononciation ne serait plus bonne, alors on le garde.

À noter également que tous les mots étrangers ne sont pas soudés et que cette règle affecte principalement des noms.

Rectification orthographique : les mots composés d’éléments savants

C’est la règle A3 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : comme pour les règles A1 et A2, il n’y a plus de trait d’union.

Quand on parle d’éléments savants, on parle de ces préfixes (se terminant en majorité par o, mais pas que) tels que : agro, auto, électro, socio, hydro, néo, anti, etc. Un élément savant ne constitue pas un mot autonome. Il doit être associé à un mot pour former un mot. Est-ce clair ? 🤔 Exemples à suivre !

Avant la réforme de l’orthographe, on écrivait auto-évaluation, agro-alimentaire, néo-libéral, télé-conférence, mini-jupe, anti-bactérien, etc.

Depuis la réforme, il n’est plus nécessaire de mettre un trait d’union. On écrira donc : autoévaluation, agroalimentaire, néolibéral, téléconférence, minijupe, antibactérien.

À noter que l’on garde le trait d’union dans les mots pour lesquels la soudure nous forcerait à mal prononcer le mot. Si le deuxième mot commence par un i ou un u par exemple, et que le mot savant se termine par un o, on devra prononcer oi /wa/ et ou /u/ s’il n’y a pas de trait d’union. On continue donc à écrire bio-industrie et socio-ingénierie, entre autres, pour respecter la prononciation.

À noter également que l’on garde le trait d’union quand il sert à marquer une relation de coordination entre deux termes désignant des noms propres ou géographiques, comme franco-vietnamien, anglo-américain, russo-turc, etc.

Rectification orthographique : les mots composés avec les préfixes extra, infra, intra, ultra

C’est la règle A2 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : il n’y a plus de trait d’union. Comme pour la règle A1 avec les préfixes contre et entre.

Extra-terrestre devient extraterrestre, infra-rouge devient infrarouge, intra-veineuse devient intraveineuse et ultra-violet devient ultraviolet.

On garde le trait d’union quand le deuxième mot commence par un i ou un u, pour que la prononciation reste logique : extra-institutionnel doit garder le trait d’union par exemple, sinon on prononcerait ex-train (2 syllabes), au lieu de extra-in (3 syllabes). Pareil pour intra-utérin. Sans trait d’union, on prononcerait in-trau (intro : 2 syllabes) au lieu de intra-u (2 syllabes).

Rectification orthographique : les mots composés avec les préfixes contre et entre

C’est la règle A1 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : il n’y a plus de trait d’union.

Contre-pied devient contrepied, contre-jour devient contrejour, contre-pas devient contrepas, etc. Entre-deux devient entredeux, entre-jambe devient entrejambe, entre-temps devient entretemps.

Quand ce qui suit entre et contre commence par une voyelle, le e final disparait, comme dans contrattaque, contrespionnage, contrindication, entrapercevoir, s’entraider, etc.

À noter que cette règle ne s’applique pas aux mots composés de plusieurs éléments, tels que entre-deux-guerres ou contre-la-montre.

Rectification orthographique : les nombres

Règle C2 dans le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée.

C’est une règle pour laquelle je savais qu’il y avait eu des rectifications car cela fait des années que je vois les nombres orthographiés de plusieurs façons, parfois avec des traits d’union partout, d’autres fois avec des traits d’union seulement entre certains mots. Jusqu’à ce que je lise le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée récemment, j’écrivais les nombres selon les règles que j’avais apprises à l’école, donc sans tenir compte des rectifications.

Et pourtant, je trouve que les changements rendent l’écriture des nombres beaucoup plus simple : la réforme préconise de mettre des traits d’union entre tous les mots d’un numéral composé. Pas seulement entre certains nombres précis.

Par exemple :

  • 372 : trois-cent-soixante-douze
  • 5622 : cinq-mille-six-cent-vingt-deux
  • 7400 : sept-mille-quatre-cents
  • 19000 : dix-neuf-mille
  • 8 143 051 : huit-millions-cent-quarante-trois-mille-cinquante-et-un

Facile, non ?

Et c’est pareil pour les numéraux ordinaux (qui indiquent un ordre)

  • 194ème : cent-quatre-vingt-quatorzième
  • 4321ème : quatre-mille-trois-cent-vingt-et-unième

Quelques petits rappels utiles :

  • mille est invariable (et on ne dit jamais *un mille)
  • cent (100) prend un s seulement s’il y en a plusieurs et qu’il n’y a rien derrière : deux-cents (200), mille-sept-cents (1700), mais deux-cent-trente (230), mille-sept-cent-quatre (1704)
  • Pareil pour vingt (20) : quatre-vingts (80), mais quatre-vingt-dix (90)
  • million et milliard ne sont pas invariables : ils prennent un s s’il y en a plusieurs.

Nouveaux mots du Larousse, édition 2020

C’est à nouveau ce moment de l’année où l’on apprend quels nouveaux mots ont fait leur entrée dans les dictionnaires. Pour l’instant, je n’ai vu que des articles concernant le Larousse. Et les journaux rapportent tous les mêmes mots. Je n’ai pas réussi à trouver la liste complète.

Il y aurait apparemment 150 nouveaux mots dans la nouvelle édition du Larousse et parmi eux, il y en a un certain nombre pour lesquels je n’avais pas conscience qu’ils n’étaient pas encore dans le dictionnaire, comme par exemple – d’après les articles que j’ai lus (du Monde à Madmoizelle, en passant par LCI, l’Express, Atlantico, Midi Libre, le Dauphiné Libéré, le journal de Montréal, et bien d’autres) – locavore et obsolescence programmée (qui apparaissent tous deux dans le manuel de FLE Entre Nous, dès le niveau A2), divulgâcher (qui est déjà utilisé au Québec depuis un moment il me semble et que certaines de mes étudiantes connaissent déjà), ou encore charge mentale, ubériser, malbouffe et adulescent (que j’utilise depuis longtemps déjà et qui apparaissent en fait dans le dictionnaire que j’utilise – les trois derniers en tout cas).

Parmi les mots cités dans les articles, on trouve également : survivalisme, bioplastique, fachosphère, antispécisme, bigorexie, bore-out, deep learning, darknet (euh, là je me dis qu’ils auraient pu faire un effort pour trouver des mots à consonance plus française peut-être…), slasheur, benaise, biopiraterie, écoquartier, covoiturage, emportiérage, nounoune, datacratie, illectronisme, smicardisation, klouker, dédiésélisation, zone morte, licorne (pas l’animal imaginaire, mais une start-up valant plus d’un milliard de dollars), fiché S, sorteur, taxieur, ramen, udon, dagobert,… et c’est tout ce que j’ai trouvé.

Le dictionnaire sortira le 21 mai.

Personnellement, j’adore les mots divulgâcher et emportiérage, tous deux venant du Québec. Divulgâcher, c’est divulguer un élément clé d’un film, d’un livre, d’une histoire, prématurément et ainsi gâcher le plaisir d’une ou de plusieurs autres personnes qui auraient préféré ne pas savoir. Un emportiérage, c’est ce que fait un automobiliste quand il ouvre sa portière sans précaution et percute un cycliste. J’ai failli me faire emportiérer plus d’une fois quand je me déplaçais à vélo à Londres, et je maudissais ces idiots d’emportiéreurs ! Je suppose que si l’on peut dire emportiérage, on peut le décliner, non ?

Rectification orthographique : l’accent circonflexe qui disparait

Règle C2 dans le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : l’accent circonflexe disparait sur les lettres i et u.

Je ne peux pas imaginer que cette règle ne vous réjouisse pas car j’ai souvent entendu mes étudiantes se plaindre de l’inutilité de cet accent. Je l’utilise encore souvent par réflexe, mais je veux appliquer cette règle et je vais faire de mon mieux pour corriger cet automatisme et le transformer en un autre automatisme.

N’écrivez plus connaître, apparaître, coûter, brûler, île, naître, sûrement, août, fraîche, maître, entraîner, etc.

ÉCRIVEZ : connaitre, apparaitre, couter, bruler, ile, naitre, surement, aout, fraiche, maitre, entrainer, etc.

Les cas pour lesquels on garde l’accent circonflexe ne sont pas très nombreux et faciles à mémoriser :

  • Dans , mûr et sûr, pour faire la distinction avec du, mur, et sur.
  • Dans jeûne et jeûnes, du verbe jeuner (anciennement jeûner) et quand c’est le nom (un jeûne)
  • Dans les formes du verbe croitre qui pourraient être confondues avec celles du verbe croire (crû, croîs, croît, crût, crûrent, etc.)
  • Dans les terminaisons des verbes au passé simple et au subjonctif imparfait, et par conséquent au passé antérieur et subjonctif plus-que-parfait, mais ces formes verbales sont très peu utilisées.