Enseigner le français langue étrangère : le master FLE

Après avoir parlé du MOOC du Cavilam, d’un autre MOOC avec l’université de Liège, du DAEFLE de l’Alliance française, et du DU FLE, je vais aujourd’hui parler du master FLE.

Si vous voulez enseigner le français langue étrangère dans des institutions sérieuses, il est en général exigé. Cela ne veut pas dire que vous serez beaucoup mieux payé·e, mais vous trouverez plus facilement un travail de prof de FLE et les conditions pourront être meilleures que dans beaucoup d’institutions.

Je ne vivais pas en France quand j’ai commencé le master. Je vivais en Espagne où les conditions de travail pour les profs de langues sont abominables (très mal payé, contrats bidons, très peu de ressources disponibles, pas de possibilité de développement professionnel, etc.) J’avais déjà considéré travailler en ligne, mais j’avais quelques réserves. J’avais du temps, et je me suis dit que j’allais regarder quelles étaient les options pour faire un master. J’ai découvert que je pouvais le faire à distance, sans avoir besoin de me déplacer en France, même pas pour les examens. J’avais fait ma licence en Angleterre, je connaissais le prix des études en Angleterre et aux États-Unis, et quand j’ai vu le prix des masters en France, je me suis dit que ce serait bête de ne pas le faire.

Au final, le prix était la seule chose de vraiment intéressante…

J’ai plusieurs amis qui ont fait leur master à distance avec des universités anglaises, j’ai aussi pas mal recherché les possibilités avec les universités anglaises, et disons que c’est très différent. L’organisation est complètement différente. Le prix aussi. Un master en Angleterre, c’est très très cher.

J’ai détesté mon année de master. Je ne regrette pas de l’avoir faite car je me suis fait trois super copines pour la vie. Sans elles, je ne sais pas si j’aurais terminé cette année. On était dans la même galère et on s’est vraiment soutenues. Par rapport à elles, je l’avais facile en fait. Une travaillait 40 heures par semaine comme conseillère d’éducation dans un collège, une autre était institutrice à temps plein avec un trajet d’une heure en voiture pour aller au travail tous les matins et rentrer le soir, et l’autre avait deux jeunes enfants et donnait aussi des cours. Moi, j’avais commencé à travailler en ligne, je gérais mon emploi du temps comme je le voulais, je n’avais pas d’enfants, je vivais dans un pays où la vie n’était pas très chère et je pouvais me permettre de ne pas trop travailler. De plus, j’avais déjà suivi des formations pour enseigner, ce qui n’était pas le cas d’une de mes copines. Malgré cela, je manquais terriblement de temps. Je ne sais pas comment elles faisaient de leur côté !

Déjà, j’aurais dû me méfier au moment de l’inscription. Après avoir envoyé ma candidature par voie postale, j’ai dû faire mon inscription de la même façon ! J’allais commencer une formation à distance, dans laquelle, à priori, Internet allait avoir une place centrale, mais il n’était pas possible de s’inscrire en ligne !

Puis, l’année universitaire a commencé avec trois semaines de retard pour nous, à cause d’un souci administratif. On n’a jamais su ce qui s’était passé, mais on a eu accès aux cours avec trois semaines de retard. Le premier semestre était en fait un court trimestre. On a eu les cours en octobre, la plupart des devoirs étaient à rendre avant Noël. Certains profs ont bien voulu nous accorder un délai mais cela les dérangeait clairement. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y avait 8 cours à suivre par “semestre”. Le programme pour les étudiants à distance était exactement le même que celui pour les étudiants en présentiel ! Il n’était tenu aucun compte que la plupart des étudiants à distance travaillaient. Le format de la plupart des cours était ennuyeux à mourir, pas du tout adapté à l’enseignement à distance. C’était tout simplement les cours que les profs proposaient à leurs étudiants en présentiel. Chaque cours nous proposait une bibliographie, évidemment, mais à l’étranger, nous n’avions pas accès aux bibliothèques universitaires et il n’y avait pas de bibliothèque virtuelle où nous aurions pu avoir accès aux livres recommandés ! C’était 2016. Je me souviens d’avoir étudié aux US en 2003 et d’avoir eu accès à une base de données fantastique. Après on se demande pourquoi je dis toujours que la France a du retard…

Il y avait plusieurs cours parmi lesquels choisir. J’ai oublié si certains étaient obligatoires. J’avais choisi les cours suivants au premier semestre : enseigner la grammaire, méthodologies et pratiques d’enseignement, littérature et enseignement, la langue vue par les écrivains, linguistique : grammaire et orthographe, phonologie et système graphique, anglais, et il y avait un atelier de préparation au stage obligatoire. J’aurais pu choisir de ne pas faire le stage car j’avais déjà quelques années d’enseignement derrière moi, mais c’est le côté pratique qui m’intéressait le plus et je voulais voir comment se passaient les choses à l’Institut français où j’espérais faire mon stage (et où je l’ai fait). Parmi ces cours, j’ai adoré celui de la langue vue par les écrivains car il était non seulement super intéressant mais la prof était aussi vraiment bienveillante, contrairement à d’autres. Le prof de linguistique était horrible, vieux, apparemment réputé dans le monde de la linguistique, mais évidemment pas du tout intéressé par nos questions, ni par la possibilité de proposer des cours plus interactifs. La prof de phonétique ignorait également nos questions et ils ont tous les deux réussi à me dégouter de ces matières pendant quelque temps. Car on avait un forum, sur lequel on pouvait communiquer et poser des questions. Sauf que la majorité des profs n’intervenaient pas sur les forums et ne répondaient jamais aux questions. Ni aux emails contenant des questions. Ni aux emails signalant des erreurs factuelles dans leurs cours.

Il y a une partie de moi qui pense que ce n’est pas entièrement la faute des profs. Il y a très certainement une question de budget derrière tout ça. La plupart sont aussi chercheurs et probablement plus intéressés par leur recherche que par leurs étudiant·e·s, surtout celles et ceux qu’ils ne voient jamais. Mais je ne comprends pas pourquoi ces programmes sont proposés aux étudiants. Ils sont mal conçus, pas du tout pensés pour l’enseignement à distance et apparemment, les ressources ne sont pas suffisantes pour proposer un service de qualité. Mais bon, à moins de 300€ le master, j’aurais dû m’y attendre. Et pourtant, il y avait une minorité de profs qui étaient vraiment sympas et bienveillant·e·s, un peu plus à l’anglaise ou à l’américaine. Mais dans l’ensemble, les universitaires français sont beaucoup plus hautains que leurs homologues anglophones. C’est une tout autre mentalité et même pour moi qui suis française, cela a été très dur à gérer.

Puis il y a aussi les cours proposés qui ne sont pas toujours en rapport avec notre domaine. Au deuxième semestre, je me suis retrouvée à prendre un cours d’anthropologie. Très intéressant, mais on avait déjà très peu de temps pour lire les cours, ne parlons même pas d’approfondir car c’était quasi-impossible, alors devoir lire un cours d’introduction à l’anthropologie et faire un devoir recherché et documenté sur un sujet d’anthropologie, alors que moi, ce qui m’intéresse, c’est les langues en général et le français en particulier, ça m’a vraiment gonflée. Si on avait pu faire ce master à temps partiel, avec un rythme moins soutenu, moins de cours simultanément, comme ils font en Angleterre, j’aurais eu le temps de lire beaucoup plus et d’approfondir chaque sujet, mais là, on n’avait simplement le temps de rien. Tout ce qui semblait compter, c’était la note finale. La plupart des profs n’étaient en contact que pour nous parler des devoirs à rendre et pour nous faire passer les examens oraux. La plupart d’entre nous étions des adultes, beaucoup avec déjà quelque expérience dans l’enseignement, mais tout le monde flippait au moment des examens et à mon avis, l’attitude des profs y était pour beaucoup.

Mes trois copines et moi-même avons obtenu des résultats très satisfaisants, mais si deux d’entre elles ont ensuite décidé de faire la deuxième année de master et d’écrire un mémoire, et de revivre une année de stress intense, l’une d’elles et moi-même avons décidé de nous en tenir là pour le moment ! Je continue à regarder de temps en temps si les choses ont progressé, si de nouveaux programmes sont disponibles, mais je n’ai encore rien trouvé d’intéressant. Et en fait, ce que j’aimerais faire maintenant, c’est des études de genre, mais ce n’est pas du tout développé en France et les universités américaines et canadiennes (qui proposent des cours qui m’intéressent) sont chères ! Alors en attendant qu’un inconnu généreux me lègue sa fortune, je lis des livres sur le sujet.

Je me suis un peu éparpillée, mais en gros, si vous décidez de faire un master à distance avec une université française et que vous avez étudié dans une université anglophone auparavant, attendez-vous à ce que ce soit très très différent à tous les niveaux. Si vous voulez enseigner le français dans des conditions décentes, le master vous ouvrira des portes, sans aucun doute, mais vous allez probablement souffrir pendant un an (ou deux si vous êtes courageux·se). J’ai fait le mien avec Paris 3 Sorbonne Nouvelle, master Didactique des langues. Il y a d’autres universités qui proposent un programme de master FLE, mais il me semble qu’elles exigent toutes de se rendre en France pour les examens une fois par semestre et selon où l’on vit, ça ajoute pas mal au budget, surtout quand les examens s’étalent sur une semaine, voire plus. Si étudier en France vous intéresse, vous pouvez consulter Campus France. Vous pouvez aussi faire une recherche sur ce site pour les formations à distance.

D’après certaines personnes que je connais et certaines de mes étudiantes qui ont étudié en France, l’étonnement et la frustration sont aussi garantis si vous étudiez en présentiel. En Angleterre et aux US (les deux seuls autres pays où j’ai étudié à l’université), les profs sont vraiment bienveillants dans l’ensemble et vous traitent comme des égaux. J’ai vraiment de super souvenirs de mes profs américains et anglais. De mon master, je retiens deux profs géniales sur quinze, qui non seulement étaient bienveillantes et présentes mais qui proposaient aussi des cours bien présentés et adaptés au système d’enseignement à distance, avec des devoirs intéressants à faire, qui exigeaient une certaine réflexion et une certaine analyse, plutôt que de réciter le cours par cœur comme à l’école primaire (comme en linguistique et en phonologie par exemple…)

Enseigner le français langue étrangère : le DU FLE

Après avoir parlé d’un MOOC dans ce post et d’une formation en partenariat avec l’Alliance française dans ce post, j’ai demandé à une amie avec qui j’ai fait mon master si elle pouvait nous parler d’une formation qu’elle a suivie avant le master : le DU FLE.

Caroline a initialement fait des études de commerce en France et en Angleterre puis a poursuivi une carrière dans la finance à Londres pendant plusieurs années. Puis, elle a déménagé en Inde où elle a ouvert un centre de langue en 2012. Elle y enseigne depuis en collaboration avec l’Alliance française du Bengale pour les passations du DELF.

Trois ans plus tard, elle a décidé de reprendre des études pour valider ses acquis et être reconnue comme enseignante qualifiée. Elle a fini par trouver le DU FLE qui pouvait se faire entièrement à distance avec l’université de Caen. DU signifie diplôme universitaire. Ce diplôme s’adresse aux personnes titulaires d’une licence et qui, dans le cadre d’une reprise d’études, souhaitent compléter leur formation universitaire par un diplôme attestant d’une formation en didactique du Français Langue Étrangère.

Voici ce qu’elle a à en dire :

Les enseignements du DU FLE de l’université de Caen reprennent l’intégralité des cours qui sont à la fois dispensés dans le cadre de l’enseignement présentiel et dans le cadre de l’offre de formation en L3 (3ème année de licence) de Sciences du langage parcours FLE du CEMU (Centre d’Enseignement Multimédia Universitaire). Il s’agit d’une formation de 144 h répartie en deux semestres et proposée en présentiel ou à distance.

Les cours pour cette formation étaient répartis sur deux semestres :

Pour le premier semestre : Phonétique, phonologie et interface écrit-oral, Didactique du FLE et variations linguistiques, Didactique de la civilisation, Ingénierie pédagogique I

Pour le deuxième semestre : Francophonie et dialectologie, Didactique de la littérature, Grammaire pour l’enseignement du FLE, Ingénierie pédagogique II

Pour chaque cours, il y avait une évaluation à envoyer par e-mail, voire même parfois deux comme pour « Grammaire pour l’enseignement », « Didactique de la civilisation », « Ingénierie pédagogique » avec aussi pour ce dernier cours une évaluation en web conférence au deuxième semestre pour la soutenance d’un projet.

Les cours que j’ai préférés étaient la « Didactique de la civilisation » avec notamment la prise en compte de l’interculturalité dans une classe de FLE, j’ai d’ailleurs tellement aimé ce cours que l’interculturel est devenu le sujet de mon mémoire. Un autre cours intéressant dispensé par une enseignante motivée et bienveillante était « Ingénierie pédagogique » qui incluait l’apprentissage de l’utilisation des TICE en classe de langue. Ce que j’ai le plus apprécié avec ce cours, c’était qu’il y avait des projets à réaliser en groupe, cela m’a permis d’échanger avec d’autres étudiants et ainsi réduire le sentiment d’isolation qui peut parfois devenir pesant dans les cours à distance.

Le cours que j’ai le moins aimé était celui de « Phonétique, phonologie et interface écrit-oral » car il était dispensé par des professeurs qui n’étaient pas du tout formés à la pédagogie de l’enseignement à distance, leurs cours n’étaient pas adaptés et vraiment très techniques avec même des courbes d’étude de mesure en hertz pour la partie phonétique !

Pour ce qui est du temps consacré à ces cours je me souviens qu’à l’époque mon investissement personnel m’avait semblé énorme mais si je compare avec les années de master, ce n’était en fait pas si intensif. Il est quand même important de souligner que, se remettre dans les études après plusieurs années dans la vie professionnelle demande un certain effort et une bonne dose de motivation personnelle (surtout dans le cadre de cours à distance).

Le coût total de cette formation s’élevait à l’époque à environ 400 euros, ce qui reste très raisonnable je pense pour la qualité des cours dispensés et avec à la fin l’acquisition d’un diplôme universitaire.

Les débouchés professionnels après le DU FLE sont les suivants :

Métiers de l’enseignement dans le domaine du Français Langue Étrangère :

 – à l’étranger : écoles, lycées, universités, instituts (sous contrat ou non avec la France). Recrutement local ou en détachement de l’Éducation nationale (pour les personnes titulaires d’un concours de l’enseignement primaire ou secondaire).

 – en France : centres de langues pour étudiants étrangers dans les universités, centres de formation pour migrants, entreprises privées, associations, cours du soir…

Ce DU constitue notamment un complément de formation pour des personnes titulaires d’un concours de l’enseignement primaire (professorat des écoles) ou secondaire (agrégation, CAPES, CAPET, CAPLP) qui souhaitent occuper un poste à l’étranger dans des lycées français ou dans des établissements sous contrat avec l’Éducation nationale. Cette spécialisation est également nécessaire et bien souvent requise lors du recrutement des enseignants de français dans les établissements étrangers (assistant et lecteur de français).

Pour conclure, je ne regrette pas d’avoir suivi cette formation, elle m’a permis de vraiment évoluer dans ma maitrise personnelle de l’enseignement du FLE avec une acquisition de connaissances théoriques qui me manquaient, et la capacité à mettre en œuvre des projets pédagogiques.

Caroline enseigne maintenant en présentiel et en ligne. Elle est également examinatrice du A1 au B2. Elle peut être contactée à cette adresse pour des cours en ligne : caroheubert (at) gmail.com

Ici, là et là-bas

Une croyance très répandue chez les étudiants est qu’ici désigne un lieu proche et désigne un lieu éloigné. C’est une idée fausse !

Ici et là désignent tous deux un lieu proche. Ils peuvent même désigner le même endroit dans une conversation.

  • Tu peux mettre la chaise ici, s’il te plaît ?
  • Où ? Ici ?
  • Oui, .

Dans ce dialogue, ici et indique exactement le même endroit.

Souvent, quand mes étudiants me racontent des histoires dans lesquels ils font référence à des lieux éloigné, ils utilisent . Et moi je rajoute bas. Plusieurs fois par semaine.

Par exemple, une étudiante m’a raconté ses vacances en Australie :

  • *J’ai fait de la plongée là.
  • *J’ai beaucoup mangé quand j’étais là.

Elle aurait dû dire : J’ai fait de la plongée là-bas. J’ai beaucoup mangé quand j’étais là-bas.

Je suis là et je suis ici peuvent tous deux être traduits par I’m here.

Être là veut dire être présent. Observez cet échange de textos :

  • T’es ? (are you there ?)
  • Oui, je suis . (yes, I’m here)
  • Toujours ok pour le cinéma ce soir ? (still ok for the cinema tonight?)
  • Oui. On se retrouve là-bas ? (yes. meet there?)
  • Ok, je te retrouve là-bas à 20h. (ok, I’ll meet you there at 8pm)