Le son /õ/ – ON

Le son /õ/ peut s’écrire ON comme dans bon, ou OM comme dans nom.

Il pose souvent problème aux apprenants. Mon propre mari prononce mon prénom correctement une fois sur deux. Depuis que j’ai quitté la France, j’ai dû entendre mon prénom mal prononcé plus souvent que bien prononcé en fait.

C’est la voyelle nasale pour laquelle les lèvres sont le plus arrondies et avancées. Comme pour la lettre O. Et aussi la lettre E. Je peux prononcer les 3 sons sans bouger mes lèvres, car elles ont la même position.

C’est un son qui revient souvent en français. Pensez à tous les noms en –tion et à la conjugaison des verbes à la deuxième personne du pluriel !

Si vous avez du mal à prononcer le /õ/, vous pouvez vous entrainer de plusieurs façons. Vous pouvez pratiquer les nasales toutes ensemble et partir du /ɛ̃/ (avec les lèvres bien étirées, comme dans pain), puis /ã/ (lèvres plus arrondies mais pas trop en avant non plus, comme dans enfant) pour arriver à /õ/. Les 3 sons passent par le nez et si vous pratiquez ainsi, il faut se concentrer sur la position des lèvres et essayer de travailler avec des groupes tels que :

  • un – an – on
  • bain – banc – bon
  • qu’un – quand – qu’on
  • daim – dans – don
  • fin – faon – fond
  • gain – gant – gond
  • geint – gens – jonc
  • lin – lent – long
  • main – ment – mon
  • pain – paon – pont
  • rein – rang – rond
  • sein – sang – son
  • teint – temps – thon
  • vain – vent – vont

Vous pouvez aussi travailler à partir du O. Là, vous n’avez pas besoin de bouger vos lèvres. Il vous faut passer du son oral au son nasal. Quand je le fais, je sens la différence dans ma gorge. C’est là que ça se passe ! Un peu comme si je la bloquais pour que le son sorte par le nez.

  • haut – on
  • beau – bon
  • co – con
  • dos – don
  • faux – fond
  • mot – mon
  • nos – non
  • pot – pont
  • qu’au – qu’on
  • rot – rond
  • sot – son
  • tôt – ton
  • vos – vont

Et maintenant quelques phrases (j’ai essayé de ne pas mettre d’autres nasales que /õ/ :

  • Ninon songe à construire une maison.
  • Manon aime composer des chansons.
  • Simon porte des pantalons trop longs.
  • Le garçon monte un avion à réaction.
  • Marion et moi portons des cartons.

Pratiquez, enregistrez-vous et persévérez jusqu’à ce que cela devienne facile ! La plupart des choses sont difficiles avant de devenir faciles. Les nasales sont difficiles pour la plupart des apprenants mais j’ai rencontré assez d’étudiants qui sont parvenus à maitriser les nasales pour vous assurer qu’avec de la pratique, tout est possible ! 🙂

Prononcer le X

J’aime bien cette lettre. J’aime bien le W, le Y et le Z aussi. Ce sont des lettres qu’on ne retrouve pas dans beaucoup de mots français. Et aussi, quand j’étais petite, je jouais au Scrabble avec ma grand-mère et c’était des lettres qui valaient 10 points. Parce qu’elles étaient rares et dures à placer. Le Q et le J valaient 8 points chacun. Je les aimais bien aussi, mais le Q était trop difficile à placer en fin de jeu. Enfin bon, pour en revenir au X, en plus de valoir 10 points au Scrabble, c’est une lettre très intéressante, à mon avis, car elle peut se prononcer de plusieurs façons différentes. Ça dépend du mot.

Evidemment, mes étudiantes ne partagent pas toujours mon avis. J’en connais même une qui déteste le X.

Déjà, la lettre en elle-même se prononce [iks] – 3 sons.

Ensuite, elle a plusieurs prononciation possibles :

  • [gz] : exercice, examen, exotique, hexagone, exemple, exact, exutoire, exigence, exil, exubérance, exagérer, exister, exhumer, exhibition, exhaustif, xénophobie, xylophone…
  • [ks] : exposition, exposé, Alex, Mexique, excuse, taxi, boxer, complexe, explication, expérience, duplex, exterminer, mixer, toxique, auxiliaire, oxygène, lynx, relax…
  • [s] : soixante, dix, six, Bruxelles
  • [z] : deuxième, sixième, dixième + liaisons : aux Etats-Unis, dix ans
  • X pas prononcé : deux, heureux, choix, prix, peux, veux, amoureux, paix…

Si vous observez bien ses listes, vous pouvez remarquer plusieurs choses :

  • [gz] : quand le mot commence par (h)ex+voyelle ou h ou que le mot commence par X
  • [ks] : quand le x est à l’intérieur du mot ou ex+consonne, et en fin de mot (mais pas après i et u, où il est muet – sauf pour quelques noms propres et pour phénix)
  • [s] et [z] sont rares.
  • le X n’est jamais prononcé quand il est la marque du pluriel ou une terminaison de verbe. C’est également le cas s’il est en fin de mot après un u ou un i (sauf phénix et quelques noms propres)

En conclusion, les deux prononciations les plus fréquentes du X sont [gz] et [ks] et selon votre langue maternelle, il faudra vous entrainer plus ou moins intensément pour les réaliser. Si votre langue maternelle est l’espagnol, il est possible que vous ne soyez pas fan du X, mais donnez-lui une chance et pratiquez-le un peu plus si vous le trouvez difficile !

Je lui parle VS Je pense à lui

Voici un point de grammaire qui pose souvent problème. Pourquoi dit-on “je lui parle” mais ne peut-on pas dire “*je lui pense” ?

En fait, je ne savais pas vraiment l’expliquer quand j’ai commencé à enseigner. J’avais l’impression que mes livres de grammaire évitaient le sujet ou ne l’expliquaient pas clairement. Du coup, je me disais, et je disais à mes élèves qu’il fallait tout simplement mémoriser quels verbes fonctionnaient avec un pronom complément placé avant le verbe et quels verbes fonctionnaient avec un pronom tonique.

Puis, la magie d’Internet a fait son effet. J’ai lu beaucoup de bêtises, mais j’ai fini par trouver ce que je cherchais !

Qu’ont en commun ces verbes : parler à, proposer à, téléphoner à, apporter (qqch) à, envoyer (qqch) à, prêter (qqch) à, offrir (qqch) à, etc. ?

Et ces verbes : penser à, s’intéresser à, s’habituer à, tenir à, faire attention à, être opposé à, s’associer à, etc. ?

Ce qui compte, c’est le type d’objet indirect qui peut suivre le verbe.

Les verbes de la première liste peuvent seulement être suivis d’un objet qui représente une/des personne·s, ou un être animé (car ça marche avec les animaux aussi). On parle à qqn, pas à qqch. On téléphone à qqn, pas à qqch. On offre qqch à qqn, pas à qqch. Etc.

Dans ce cas, on utilise les pronoms COI (me, te, lui, nous, vous, leur) qu’on place directement devant le verbe.

  • Je parle à mon chat. = Je lui parle.
  • Je téléphone à mes parents. = Je leur téléphone.
  • J’offre des fleurs à ma voisine. = Je lui offre des fleurs.

Les verbes de la seconde liste peuvent être suivis d’un objet qui représente soit une personne, soit une chose. On peut penser à qqn et on peut aussi penser à qqch. On peut s’intéresser à qqn ou à qqch. On peut tenir à qqn ou à qqch. Etc.

Dans ce cas, on utilise les pronoms toniques (moi, toi, lui/elle/soi, nous, vous eux/elles) quand l’objet est une personne et “y” quand l’objet est une chose.

  • Je pense à mes enfants. = Je pense à eux.
  • Je pense à mon avenir. = J’y pense.
  • Je m’intéresse à cette fille. = Je m’intéresse à elle.
  • Je m’intéresse à la grammaire. = Je m’y intéresse.
  • Je tiens à mon mari. = Je tiens à lui.
  • Je tiens à mes livres. = J’y tiens.

Et vous, vous changez votre avis ou vous changez d’avis ?

J’ai une étudiante en particulier qui fait régulièrement cette petite erreur. Elle me dit qu’elle a changé *son avis, car elle copie très probablement l’anglais “I changed my mind“.

Mais elle est loin d’être la seule à le faire. Je l’ai relevé plusieurs fois ces derniers temps chez des étudiantes qui étudient au niveau C1.

Alors je me suis dit que j’allais écrire ce petit post pour vous rappeler qu’en français, on ne change pas son avis, on change juste d’avis. Le possessif n’est pas nécessaire. Il est évident que si vous changez d’avis, vous parlez du vôtre. Si vous parlez de l’avis de quelqu’un d’autre et que cette personne a changé d’avis grâce à ou à cause de vous, vous devez dire que vous l’avez fait changer d’avis.

De même quand vous parlez de quelqu’un d’autre qui a changé d’avis sans que vous n’y soyez pour rien.

  • J’ai changé d’avis. Je n’ai plus envie de sortir ce soir. (pas : mon avis)
  • Elle a changé d’avis parce qu’elle était un peu fatiguée. (pas : son avis)
  • Ils ont changé d’avis. Ils ne veulent plus déménager. (pas : leur avis)

Prononcer UN et UNE devant une voyelle

Quelque chose que j’entends très souvent, c’est UN prononcé comme UNE quand il précède une voyelle. Mais on ne devrait jamais entendre le <u> dans un, seulement dans une. C’est assez commun qu’une étudiante me raconte une histoire et qu’elle me parle d’un ami ou d’une amie et que je sois confuse car elle prononce une amie, puis dit “il” pour parler de cette personne. Alors je ne sais pas si c’est une erreur de prononciation ou une erreur de pronom et je dois demander

Voilà comment vous devriez prononcer :

  • un ami = un na mi /ɛ̃nami/
  • une amie = u na mi /ynami/
  • un inconnu = un nin co nu /ɛ̃nɛ̃kony/
  • une inconnue = u nin co nu /ynɛ̃kony/
  • un enfant = un nen fan /ɛ̃nãfã/
  • une enfant = u nen fan /ynãfã/

Dans UN, il y a un seul son : /ɛ̃/. Avec UN, on entend toujours un son nasal et on fait la liaison avec le mot suivant qui commence par une voyelle, ce qui veut dire que l’on ajoute un son : ici, le son /n/. C’est comme si le mot suivant commençait par un n.

Dans UNE, il y a deux sons : /yn/. Avec UNE, il n’y a jamais de son nasal et on fait un enchaînement avec le mot suivant qui commence par une voyelle. On n’ajoute aucun son mais on combine les deux mots. Le son de la lettre u, /y/, se prononce seul et le /n/ devient le premier son de la syllabe suivante.

Entraînez-vous à lire cette liste : un éléphant, une étudiante, un abricot, un oiseau, une étoile, une imitation, un immigrant, une échelle, un arbre, un écureuil, un infirmier, une orange, une utilisatrice, une oratrice

Construction verbale : aimer, détester, adorer, préférer

On retourne un peu aux bases avec ce post, mais plusieurs de mes étudiantes qui parlent très bien français ont fait cette erreur assez basique au cours des dernières semaines. C’est une erreur que j’entends plus souvent chez les étudiants débutants qui ont tendance à traduire dans leur tête.

Alors, pour mes chères étudiantes qui, je l’espère, viennent faire un tour par ici de temps à autre, voici un petit rappel. C’est toujours bon, les petits rappels. Comme pour les vaccins.

Quand on met un verbe après aimer, détester, adorer et préférer, ON NE MET PAS DE PRÉPOSITION !

  • J’aime m’endormir en écoutant de la musique.
  • Je déteste entendre les voisins à travers les murs.
  • J’adore partir en vacances.
  • Je préfère faire du sport le matin.
  • *J’aime de voyager : INCORRECT
  • *Je déteste de me lever tôt : INCORRECT
  • *J’adore de lire : INCORRECT
  • * Je préfère d’aller au travail à pied : INCORRECT

Avoir beau

Si vous étudiez au niveau B2 ou au-delà, vous avez probablement déjà croisé cette structure en étudiant les connecteurs logiques de concession. C’est là qu’on la retrouve en général.

Pourtant, je n’entends jamais mes étudiantes l’utiliser, sauf si je leur fais faire de la grammaire et que je les force à utiliser la structure. Je pense que c’est parce qu’elles ne sont pas à l’aise avec la formulation et qu’elles préfèrent l’éviter.

Alors aujourd’hui, je vais essayer de vous donner envie de l’utiliser. Au moins d’essayer pour vous rendre compte que ce n’est pas bien sorcier!

Observez ces phrases :

  • J’ai beau manger sainement, j’ai toujours mal au ventre.
  • Elle a beau dormir huit heures par nuit, elle est constamment fatiguée.
  • Ma fille aura beau me supplier, je ne lui achèterai pas de voiture.
  • Il a beau avoir vécu 10 ans au Vietnam, il ne parle pas un mot de vietnamien.
  • J’ai eu beau étudier tout le week-end, j’ai raté mon examen.

Si vous lisez ce blog, vous êtes censé comprendre ces phrases et je suis sûre que vous pouvez remarquer qu’elles expriment toutes un effort inutile. Je fais l’effort de manger sainement mais malgré ça, j’ai toujours mal au ventre ! J’ai fait l’effort d’étudier tout le week-end mais j’ai quand même raté mon examen. Pour les autres, on ne peut pas tout à fait parler d’effort, mais l’idée est la même. Cela ne sert à rien qu’elle dorme 8 heures par nuit car elle est constamment fatiguée. Quant à ma fille, ça ne servira à rien qu’elle continue à me supplier, je ne lui achèterai pas de voiture. Et lui, bien qu’il ait vécu si longtemps au Vietnam, il ne sait pas parler la langue.

Retenez donc cette structure quand vous voulez exprimer un effort inutile : AVOIR BEAU + INFINITIF / INFINITIF PASSÉ

jour VS journée

Tout comme an et année, jour et journée semblent poser un problème aux étudiants, même ceux qui maîtrisent des points de grammaire bien plus complexes. 🤔

Essayons donc de faire un petit bilan de leurs utilisations.

On utilise jour :

  • avec toutes les expressions de quantité : un jour, cinq jours, 10 jours, 100 jours, 1000 jours, 10 000 jours, un million de jours, quelques jours, plusieurs jours, chaque jour, combien de jours, une vingtaine de jours
  • dans des expressions : un beau jour (= un jour quelconque), à ce jour, à la tombée du jour, à l’ordre du jour, en plein jour, etc

Un jour dure 24 heures. Jour est aussi le nom qui s’oppose à nuit.

On utilise journée :

  • avec demi : une demi-journée
  • après un adjectif : une belle journée, une longue journée, une mauvaise journée, une bonne journée
  • avant un adjectif : une journée magnifique, une journée inoubliable, une journée interminable, une journée ordinaire, une journée pluvieuse
  • après certaines prépositions : dans la journée, en début de journée, en fin de journée, au cours de la journée, au milieu de la journée

La journée est l’espace de temps entre le lever et le coucher du soleil.

Parfois, on peut utiliser jour ou journée sans que le sens de ce que l’on exprime ne change. Mais si vous voulez parler d’une durée de 24 heures, vous devez utiliser jour.

  • J’ai passé deux jours à Bordeaux. (= 48 heures)
  • J’ai passé deux journées à Bordeaux. (= du matin au soir seulement, pas les nuits)
  • Je suis malade depuis trois jours. (Ici, c’est impossible de le remplacer par journée, cela n’aurait pas de sens)
  • Les jours sont longs en été. = les journées sont longues en été.

Vous dites bonjour pour saluer quelqu’un, mais bonne journée pour souhaiter à quelqu’un de passer une bonne journée, au moment où vous dites au revoir.

Pratiquer le son /a/ avec un texte farfelu qui parle d’un lama et d’un alpaga

Le son /a/ est parfois problématique pour les anglophones, qui même quand ils parlent très bien français, oublient parfois de bien ouvrir la bouche pour produire le son correct.

Je ne suis pas une grande amatrice de poésie, mais le format d’un poème est assez adéquat pour pratiquer la prononciation. Après trop de temps à en rechercher un qui me plaisait et qui contenait des /a/ sans être trop compliqué, j’ai décidé d’écrire moi-même un texte avec des /a/. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, mais il contient beaucoup de /a/ et si vous avez tendance à oublier de bien ouvrir vos voyelles, vous pouvez l’utiliser pour pratiquer votre /a/ !

Un lama, ça n’a pas de bras et ça adore le chocolat

Ça habite à la montagne et ça s’habille en parka

Un alpaga, ça ressemble à un lama et pas du tout à un rat

Ça attaque les amateurs qui s’aventurent en altitude

Ces animaux sont adorables

Mais prenez garde à leur crachat

an VS année

Comment choisir entre an et année, puisqu’ils signifient exactement la même chose ? C’est un mystère que nombre d’étudiants avancés n’ont toujours pas élucidé. 🙂

Pourtant, ce n’est pas sorcier, je vous le promets ! Lisez ce qui suit et vous ne direz plus jamais *toutes les quatre années 😉

On utilise an :

  • avec les nombres : un an, cinq ans, 30 ans, 100 ans, 596 ans, 1000 ans, 10 000 ans, 100 000 ans, 999 999 ans (mais à partir d’un million, on utilise années : un million d’années)
  • pour exprimer la fréquence : une fois par an, 10 fois par an
  • dans certaines expressions : le nouvel an, le premier de l’an, l’an 2000, l’an dernier, l’an prochain (on peut aussi dire l’année dernière et l’année prochaine)

On utilise année :

  • avec les expressions de quantité (autres que les nombres) : quelques années, plusieurs années, une vingtaine d’années, chaque année, combien d’années, des années, un grand nombre d’années, un millier d’années, trois millions d’années (millier et million sont des noms suivis de de, pas des nombres)
  • pour exprimer la fréquence : 1 année sur 2, 3 années sur 4…
  • après un adjectif : une bonne année, deux longues années, la quatrième année, une grande année, de belles années
  • avant un adjectif : une année formidable, une année interminable, des années inoubliables, une année difficile, une année mémorable
  • après certaines prépositions : dans l’année, en début d’année, en fin d’année, en cours d’année