L’accord du participe passé – deuxième partie : les verbes pronominaux

La semaine dernière, j’ai commencé à expliquer l’accord du participe passé. Comme le post contenait beaucoup d’informations, j’avais décidé de garder le cas spécifique des verbes pronominaux pour plus tard. Nous y voilà donc !

Les verbes pronominaux sont donc les verbes avec “se” dans leur infinitif. Par exemple : se laver, se réveiller, se parler, se demander, se taire, se souvenir, s’évanouir, etc.

Rappelons tout d’abord que les verbes pronominaux se conjuguent toujours avec l’auxiliaire être.

Ensuite, il faut distinguer les verbes qui sont essentiellement pronominaux de ceux qui ne le sont pas. Un verbe essentiellement pronominal est un verbe qui n’existe qu’à la forme pronominale.

Se laver n’est pas un verbe essentiellement pronominal car le verbe laver existe également. On peut dire que l’on s’est lavé (du verbe se laver) ou que l’on a lavé ses chaussettes (du verbe laver).

Se souvenir, au contraire, est un verbe essentiellement pronominal. On ne peut que se souvenir de quelque chose. On ne peut jamais *souvenir quelque chose. Cette forme verbale n’existe pas.

Quelques verbes essentiellement pronominaux : se souvenir, s’évanouir, s’écrier, s’enfuir, s’absenter, se méfier, se soucier, s’envoler, se suicider, s’époumoner, se raviser, s’obstiner, s’insurger, s’évertuer, s’entraider, se rebeller, etc.

  • Toutes les filles se sont suicidées dans le film de Sofia Coppola.
  • Elle s’est absentée pendant un mois.
  • Ils se sont insurgés contre le gouvernement.

POUR LES VERBES ESSENTIELLEMENT PRONOMINAUX, LE PARTICIPE PASSÉ S’ACCORDE TOUJOURS AVEC LE SUJET.

Le pronom des verbes essentiellement pronominaux ne représente rien de spécial dans la phrase et n’a pas de fonction syntaxique, contrairement au pronom des autres verbes pronominaux.

Emma et John se sont rencontrés l’an dernier. = se représente l’un et l’autre, Emma et John. Il est COD du verbe rencontrer. Se rencontrer n’est pas un verbe essentiellement pronominal. Emma a rencontré John. John a rencontré Emma.

Les verbes essentiellement pronominaux n’ont pas de COD.

Certains verbes pronominaux ont un sens complètement différent à la forme pronominale du sens qu’ils ont à la forme non pronominale. Ces verbes vont suivre les mêmes règles que les verbes essentiellement pronominaux. C’est le cas de verbes tels que s’apercevoir, s’entendre, se tromper, s’ennuyer, etc. Dans certaines grammaires, ces verbes sont appelés verbes de sens indistinct et sont expliqués comme étant ceux pour lesquels il est difficile de départager la part d’activité et la part de passivité du sujet. Si cela vous aide, retenez ceci, mais ce n’est pas forcément évident en ces termes, il me semble. Mais pour ces verbes, ce qu’il est plus facile de repérer, c’est que le pronom n’a aucun rôle syntaxique. Il n’est ni COD, ni COI.

  • Elle s’est aperçue de son erreur.
  • Les deux enfants se sont bien entendus.
  • Ils se sont trompés sur beaucoup de questions.
  • Elle s’est plainte auprès de la direction.

Parlons maintenant des verbes occasionnellement pronominaux, tels que se laver, se baisser, se réveiller, se former, se permettre, se parler, s’appeler, se téléphoner, etc.

La règle à suivre est la même que pour le participe passé avec l’auxiliaire avoir : s’il n’y a pas de COD, on n’accorde pas. S’il y a un COD, on accorde le participe passé avec le COD s’il est placé avant le verbe, on n’accorde pas s’il est placé après le verbe.

Petite démonstration :

Elle s’est lavée. Elle s’est lavé les mains.

Ces phrases sont toutes deux correctes. Pourquoi ?

Dans la première, on se pose la question : elle a lavé quoi / qui ? On répond : elle-même. s’ est le COD du verbe laver et représente elle. Il est placé avant le verbe = on accorde au féminin singulier.

Dans la deuxième, on se pose la question : elle a lavé quoi / qui ? On répond : ses mains. Ses mains est le COD du verbe laver. Il est placé après le verbe = on n’accorde pas.

POUR LES VERBES OCCASIONNELLEMENT PRONOMINAUX, ON APPLIQUE LES MÊMES RÈGLES QU’AVEC L’AUXILIAIRE AVOIR.

Indicatif VS subjonctif

Une fois le niveau C atteint, les étudiant·e·s ont en général bien compris quand il fallait utiliser le subjonctif et l’indicatif, malgré quelques petits écarts occasionnels.

Cependant, des doutes persistent avec certains verbes et quand je corrige le subjonctif pour un indicatif et vice-versa dans certains écrits, la raison n’est pas toujours claire pour mes élèves.

En effet, il y a certains verbes qui peuvent être suivis du subjonctif ou de l’indicatif selon leur sens. C’est le cas de verbes comme dire, admettre, supposer, demander, comprendre, etc.

Observez :

  • Je ne l’aime pas beaucoup, mais j’admets qu’il est beau gosse.
  • Elle admet que son fils ne veuille pas faire d’études.

Dans la première phrase, le verbe admettre est synonyme de reconnaitre. Il a une valeur d’affirmation. Dans la seconde, admettre est synonyme d’accepter, avec donc une valeur d’acceptation.

  • Je comprends que c’est difficile pour toi.
  • Je comprends que ce soit difficile pour toi.

Dans la première, je fais un constat, je tiens pour vrai le fait que c’est difficile. Dans la seconde, j’accepte, je tiens pour possible le fait que ce soit difficile.

Un dernier exemple ?

  • Dis à ta sœur que je l’attends.
  • Dis à ta sœur qu’elle attende.

Dans la première, dire est un verbe déclaratif. Dans la deuxième, il introduit un ordre.

Liaison avec les prépositions CHEZ, EN, SANS

Il fut un temps où la liaison était automatiquement obligatoire après ces trois prépositions, mais avec le temps, elle est devenue facultative dans un certain nombre de cas. En d’autres termes, vous pouvez choisir de faire la liaison ou non. Faire la liaison indique généralement un langage plus soutenu.

Mais attention, dans certains cas, la liaison est toujours obligatoire (jusqu’à ce qu’elle devienne facultative un jour probablement).

Elle est, à ce jour, encore obligatoire dans les cas suivants :

  • chez + pronom
  • en + pronom
  • en + nom
  • sans + nom

Entrainez-vous :

  • Je suis allée chez eux la semaine dernière.
  • Elle a ça en elle, c’est inné.
  • Elle habite en Espagne en été et en Australie en hiver.
  • Ils sont dans une relation sans amour.

L’accord du participe passé – première partie

Il serait peut-être temps que j’écrive quelque chose sur ce sujet épineux ! Je ne l’ai pas fait avant car la plupart de mes étudiant·e·s avancé·e·s ont l’air d’avoir bien compris ces règles et mêmes s’ils et elles font de petites erreurs occasionnellement, j’ai souvent l’impression que j’en entends plus dans la bouche de Français et que j’en relève plus dans les journaux français en ligne que chez mes étudiant·e·s.

Partons donc de la règle la plus simple et voyons où cela nous mène !

L’accord du participe passé employé sans auxiliaire

  • des devoirs faits à la dernière minute
  • une chanson chantée magnifiquement
  • un verre bu vite fait
  • des filles habillées en sorcières

→ ON ACCORDE LE PARTICIPE PASSÉ AVEC LE NOM AUQUEL IL SE RAPPORTE

L’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire ÊTRE – verbe non pronominal

  • Elle est partie tard hier soir.
  • Lisa et Maria sont rentrées chez elles.
  • Jules est arrivé ce matin.
  • Les jumeaux d’Ewa sont nés le mois dernier.

→ ON ACCORDE LE PARTICIPE PASSÉ AVEC LE SUJET

L’accord du participe passé avec l’auxiliaire AVOIR

  1. On n’accorde JAMAIS le participe passé avec le sujet si l’auxiliaire est avoir.
  2. On commence par repérer le complément d’object direct (COD). Pour celles et ceux qui ne sont pas très sûr·e·s, on part du verbe et on pose la question quoi ? ou qui ? Par exemple :
  • Je mange une pomme : je mange quoi ? une pomme – une pomme est donc le COD du verbe manger.
  • J’ai vu Julie hier : j’ai vu qui ? Julie – Julie est le COD du verbe voir.

Le COD est toujours lié au verbe, et il est lié directement au verbe, sans préposition, c’est-à-dire sans à, de, par, etc. Il complémente le verbe.

Si le COD est placé après le verbe dans la phrase :

  • Elle a mangé tous les bonbons.
  • Elles ont regardé des films toute la nuit.
  • Il a sorti les poubelles.
  • Ils ont lu des livres.

→ ON N’ACCORDE PAS LE PARTICIPE PASSÉ

Si le COD est placé avant le verbe dans la phrase :

  • Les bonbons, elles les a tous mangés. (elles ont mangé quoi ? les bonbons – les = pronom COD qui remplace les bonbons : placé avant le verbe)
  • Les poubelles, il les a sorties. (il a sorti quoi ? les poubelles – les = pronom COD qui remplace les poubelles : placé avant le verbe)
  • J’ai regardé l’émission que tu m’avais recommandée. (j’ai regardé quoi ? l’émission – que = pronom relatif qui remplace l’émission : placé avant le verbe)

→ ON ACCORDE LE PARTICIPE PASSÉ AVEC LE COD

DIFFICULTÉS

  1. Attention à ne pas confondre les pronoms COD et COI (me, te, nous, vous) : Il nous a appelés (nous = COD : il a appelé qui ? – construction directe) VS Il nous a téléphoné (nous = COI : il a téléphoné à qui ? – construction indirecte)
  2. Pas d’accord si le pronom COD est EN : Des films, j’en ai regardé toute la nuit. Des pommes, j’en ai mangé toute la semaine. Des livres, j’en ai lu beaucoup.
  3. Pas d’accord si on a un verbe impersonnel : Quelle chaleur il a fait cet été !
  4. Pas d’accord avec les structures FAIRE + infinitif et LAISSER + infinitif : Ma voiture était cassée alors je l’ai fait réparer. Mes chaussures ? Je les ai laissé sécher dehors.
  5. Probablement la difficulté la plus difficile à saisir : quand on a les verbes VOIR, REGARDER, ENTENDRE, ECOUTER, SENTIR, ENVOYER + INFINITIF, le participe passé s’accorde avec le COD quand celui-ci est également le sujet de l’infinitif. Vous vous dites, hein ??? Pas de panique, moi aussi je me le dis souvent et c’est probablement la règle que j’ai le plus de mal à retenir et pour laquelle il faut que je me concentre le plus. Je reviens toujours aux exemples que j’avais appris il y a très longtemps :
  • L’actrice que j’ai vue jouer était géniale. (actrice = sujet de jouer et COD de voir : on accorde)
  • La pièce que j’ai vu jouer était de Molière. (la pièce = COD de jouer. Le sujet de jouer est sous-entendu = les acteurs)

Pour la première phrase, on se demande : j’ai vu quoi/qui ? l’actrice. Est-ce que c’est elle qui chantait ? Oui. = on accorde.

Pour la deuxième phrase, c’est plus ambigu. On se demande : j’ai vu quoi/qui ? On peut répondre la pièce. Mais est-ce que la pièce jouait ? Non. On n’accorde pas.

Comme cela commence à faire long, je garde l’accord du participe passé avec les verbes pronominaux pour la semaine prochaine !

Liaison obligatoire : entre un adjectif interrogatif ou exclamatif et un nom ou adjectif

Nous parlons ici de quels et quelles, bien sûr, car quel et quelle ne vont pas donner lieu à des liaisons, mais à des enchainements (où l’on enchaine les mots sans ajouter de son)

J’entends assez régulièrement les étudiant·e·s oublier de faire la liaison à la forme interrogative, et je crois que je ne les entends quasi jamais utiliser la forme exclamative.

Pourtant, si le nom ou l’adjectif qui suit quels ou quelles commence par une voyelle, il faut faire la liaison.

Entrainez-vous :

  • Quels ont été les résultats des tests ?
  • De quelles étudiantes parlez-vous ? (si vous ne faites pas la liaison ici, on croit que vous parlez au singulier)
  • Quelles histoires aimiez-vous quand vous étiez enfant ? (pareil)
  • À quels heureux évènements aimez-vous repenser ? (pareil)
  • Quels adorables bambins ! (pareil)
  • Quelles amies vous avez là ! (pareil)

Parties du corps : article défini VS adjectif possessif

Récemment, lors d’un cours, je me suis rendu compte qu’il fallait que je revoie cette règle car s’il est évident pour moi de choisir entre l’article défini et l’adjectif possessif, ce n’est pas toujours évident pour les apprenant·e·s, même les plus avancé·e·s.

En effet, on peut dire je me suis lavé les mains, j’ai lavé mes mains, j’ai mal au genou, mon genou me fait mal, j’ai teint mes cheveux, je me suis teint les cheveux en noir, etc.

Plusieurs choses doivent être prises en considération.

  • Sujet ou objet ?

Si la partie du corps est sujet, on emploie le possessif : mon genou me fait mal, mes yeux sont fatigués, mon nez a pris un coup de soleil… Cependant, souvenez-vous que nous sommes en français et qu’il n’est pas impossible que vous entendiez parfois l’article défini en sujet. Par exemple, si je dis “le genou me fait mal”, il est assez évident que je parle de mon genou, et l’article défini est donc possible. Dans ce cas, les deux sont possibles.

Si la partie du corps est object direct et que la relation de possession est évidente, on utilise l’article défini : j’ai mal à la tête (la mienne), elle a levé la main (la sienne), il a levé les yeux au ciel (les siens)… Il n’y a pas d’ambigüité sur le possesseur.

  • Qui fait l’action sur la partie du corps ?

Que vous fassiez l’action sur votre propre corps ou sur celui de quelqu’un d’autre, il faut utiliser l’article défini, mais quand c’est sur quelqu’un d’autre, vous devez également utiliser un pronom COI : je lui ai touché le bras (le sien), elle m’a attrapé la main (la mienne), il lui a écrasé le pied, etc.

Si vous dites : *J’ai touché le bras, on se demande le bras de qui ? *Elle a attrapé la main, la main de qui ? *Il a écrasé le pied, le pied de qui ?

  • Le nom est-il modifié par un adjectif (ou un équivalent) ?

Si le nom est modifié, il faut utiliser l’adjectif possessif : elle se brosse ses longs cheveux pendant 10 minutes tous les matins, il a écorché son dos musclé en faisant du sport (sans adjectif, on dirait plutôt : il s’est écorché le dos).

On utilisera l’article défini avec les adjectifs droit·e et gauche : il s’est écorché le genou gauche, j’ai mal à la main droite.

On pourrait en dire un peu plus à ce sujet et parler de l’article indéfini qui est également parfois adéquat, mais si vous savez cela, vous en savez déjà beaucoup. Une erreur assez fréquente que font les apprenant·e·s, c’est de calquer sur les structures anglaises et d’utiliser le possessif quand on doit plutôt utiliser le défini.

Savoir reconnaitre et apprécier ses propres efforts

Comme je l’ai déjà écrit à maintes reprises, atteindre un niveau de langue semblable à un·e locuteur·trice de langue maternelle prend du temps. Beaucoup plus de temps que d’atteindre un niveau de communication décent.

J’ai travaillé avec des étudiant·e·s de tous niveaux et quand on me demandait autrefois quel niveau je préférais, je ne savais pas vraiment, je trouvais difficile de choisir. Aujourd’hui, je sais. Je préfère travailler avec les étudiant·e·s avancé·e·s. D’un côté, c’est plus difficile, mais d’un autre côté, je trouve ça plus intéressant. J’aime aussi les vrai·e·s débutant·es, celles et ceux qui n’ont jamais eu d’autres profs avant moi. C’est moins intéressant au début, mais c’est facile et on voit le progrès très vite. Et surtout, je suis sure qu’ils apprendront à maitriser le passé composé avant d’apprendre le subjonctif. Et quand ces étudiant·e·s peuvent enfin tenir des conversations en français, c’est vraiment satisfaisant !

Aujourd’hui, la majorité de mes élèves sont de niveau avancé. Certaines ont réussi le C1, ce qui n’est pas une mince affaire, et les autres le réussiraient sans aucun doute. Mais ce qu’ils et elles ont tout·e·s en commun, c’est cette frustration de ne pas parvenir à parler ou écrire sans faire d’erreurs. Et cela leur donne en plus l’impression d’être nul·le·s. Ils et elles sont tout·e·s très intelligent·e·s mais adorent tout·e·s se dénigrer quand il s’agit de leurs compétences linguistiques en français.

Je suis une ancienne snob du langage. J’étais du genre à juger sévèrement les autres (Français) quand ils faisaient des fautes d’orthographe ou s’exprimaient avec une grammaire douteuse. Quand j’ai vécu à Londres, je jugeais tout aussi sévèrement les Français et autres Européens qui y vivaient depuis des années mais qui ne maitrisaient pas du tout la grammaire anglaise.

J’ai radicalement changé et c’est un changement assez récent en fait. Je suis toujours assez exigeante avec moi-même mais j’ai compris qu’on n’était pas tous égaux devant les langues, l’orthographe, la grammaire, etc. Et si ça m’agace toujours un peu de voir des fautes dans les journaux ou dans la bouche des journalistes, qui sont des personnes supposées maitriser la langue, cela ne me dérange plus venant d’autres personnes, et encore moins de locuteurs non natifs. J’ai des amis qui sont fâchés avec l’orthographe de leur propre langue. Avec la grammaire aussi. Je ne vais pas arrêter de les aimer et de les fréquenter, ce serait dommage quand même !

Mais il y a un certain stigma attaché aux fautes de langage. On juge les autres qui en font, on se croit moralement supérieur si on fait moins d’erreurs, on s’offusque des fautes des autres, comme si elles étaient impardonnables, on dit des choses comme, “Ah, moi, ce que je supporte pas, c’est quand les gens écrivent ses au lieu de ces !” ou “je supporte pas quand les gens disent malgré que !” Comme si on était irréprochable nous-même. Et comme si ça affectait notre bien-être. Et oh, ce qu’on aime faire la leçon aux autres pour démontrer notre supériorité ! 🤮 Alors qu’en fait, la plupart de ces critiques ne viennent pas de linguistes, que la plupart de ces personnes ont très peu de connaissances linguistiques, et ne sont même pas conscientes, entre autres, que malgré que est devenu plus ou moins acceptable (certains livres de grammaire le mentionnent) et que les langues évoluent avec le temps et que leur complexe de supériorité n’y changera rien.

Tout ceci fait qu’on est facilement complexé de faire des fautes. On sait que l’on en fait, on sait que l’on est jugé et pour beaucoup d’entre nous, c’est une source de malaise. D’où ce sentiment de ne jamais être assez bon quand on apprend une langue et qu’on fait quelques erreurs par-ci par-là.

Beaucoup de mes étudiant·e·s avancé·e·s parlent plus de deux langues. Il y a une Anglaise qui en plus d’apprendre le français apprend le sanskrit (coucou si tu me lis !), deux Brésiliennes qui parlent un anglais très avancé en plus d’un très bon français, un Américain qui parle couramment russe et espagnol en plus d’avoir un excellent niveau de français et une prononciation presque sans accent, une Espagnole qui passe du français à l’espagnol et à l’anglais sans effort apparent, une Saoudienne (👋) qui parle très bien anglais et très bien français, un Américain qui parle espagnol et qui a atteint un niveau de français avancé en un an seulement, etc. Il y a aussi un anglais qui est peut-être un peu moins avancé mais quand même très bon, qui lui, apprend, en parallèle du français, l’italien, l’espagnol, le portugais, le russe, et je crois qu’il s’est mis au polonais aussi. Il étudie différemment des autres car ce qui lui importe, c’est de parler et de pouvoir communiquer quand il est à l’étranger. Il a appris d’autres langues par le passé et a une attitude très détendue. Il ne se soucie pas trop de faire des fautes mais il essaie de se corriger sur ses erreurs les plus fréquentes. Les autres, et d’autres que je n’ai pas mentionnés ici, ont tendance à être très sévères avec eux-mêmes. Peut-être que l’étudiant américain qui parle espagnol et l’étudiante saoudienne sont un peu plus détendus, et ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils sont plus jeunes que tous les autres. Je viens juste de me rendre compte que cela pourrait avoir une incidence sur leur façon d’aborder les erreurs.

Mais moi, quand je les écoute parler et/ou quand je les lis, je les trouve formidables. Eux, et elles, voient principalement leurs erreurs (et évidemment, c’est ce que je leur fais remarquer le plus pour qu’ils apprennent à se corriger), mais moi, je vois à quel point ils et elles sont doué·e·s, je les vois progresser avec constance, et j’aimerais qu’ils et elles soient moins dans le jugement envers eux·elles-mêmes.

Donc, si comme mes chers·ères élèves, vous avez un niveau de français avancé mais avez souvent l’impression de ne pas être à la hauteur, si vous vous sentez frustré·e car vous avez l’impression que vous n’y arriverez jamais, commencez déjà par reconnaitre tout le travail que vous avez fourni jusqu’ici et admettre que votre niveau de français est tout à fait honorable ! Si vous lisez ce blog régulièrement et le comprenez sans effort, votre niveau est sans aucun doute honorable 😉 Si quelqu’un parlait votre langue comme vous parlez français, vous penseriez quoi de cette personne ? Lui adresseriez-vous toutes les critiques que vous vous infligez ou vous diriez-vous qu’elle est vraiment douée ?

L’étude d’une langue est un projet qui peut durer toute une vie. On peut apprendre quelque chose de nouveau tous les jours. Personne ne connait tous les mots du dictionnaire. Personne ne fait jamais de fautes. À chaque fois que vous apprenez un nouveau mot, une nouvelle expression, que vous comprenez enfin pourquoi vous faites cette erreur depuis des années et travaillez pour la corriger, c’est du progrès. Vous ne pouvez pas apprendre tout ce que vous ne savez pas en une heure, un mois, un an. Vous pouvez apprendre beaucoup de choses mais il y aura toujours des choses que vous ne saurez pas. Si vous êtes sérieusement perfectionniste comme certaines de mes élèves, je peux le comprendre car je suis un peu pareille pour moi-même, mais dans ce cas-là, il faut se donner les moyens de son ambition. Autrement dit, il faut travailler méthodiquement et y passer du temps. Beaucoup de temps ! Et si vous faites les mêmes erreurs depuis des années car personne ne vous a jamais corrigé·e, il faudra probablement avoir recours à des exercices pas toujours super amusants, mais cela vaudra la peine au final. En linguistique, ces erreurs s’appelle “fossilisation”. Ce sont des erreurs très difficiles à corriger, c’est un processus qui prend du temps, mais en travaillant méthodiquement, tout peut se corriger. Pour ce type d’erreurs, je recommande de faire appel à un·e prof qui vous aidera à identifier vos erreurs et vous guidera pour les corriger.

Liaison interdite : nom singulier + adjectif

Nous avons vu la semaine dernière que la liaison entre l’adjectif et le nom était obligatoire. À l’inverse, la liaison entre un nom singulier et l’adjectif qui le suit est interdite.

Si les étudiant·e·s débutant·e·s ont tendance à faire cette erreur très régulièrement, les étudiant·e·s avancé·e·s la font beaucoup moins, mais des doutes peuvent subsister et j’entends parfois des liaisons entre nom et adjectif qui ne devraient pas avoir lieu.

Entrainez-vous avec ces phrases et soyez attentif·ve quand vous pratiquez votre écoute.

  • C’est un enfant adorable.
  • J’ai une souris amusante.
  • C’est un boulanger exceptionnel.
  • Il a un chien intelligent.

Quelques règles de typographie

Si je me base sur les écrits de mes élèves, il semblerait que les règles de typographie en français ne soient pas bien connues des apprenant·e·s.

Je ne vais pas toutes les énumérer, mais je vais parler des plus utilisées. Il s’agit des règles par rapport à la ponctuation quand vous écrivez sur votre ordinateur ou autre appareil. Avez-vous remarqué qu’elles n’étaient pas toujours les mêmes en français qu’en anglais ?

  • . – le point : pas d’espace avant, une espace après
  • , – la virgule : pas d’espace avant, une espace après
  • ? – le point d’interrogation : une espace avant, une espace après
  • ! – le point d’exclamation : une espace avant, une espace après
  • ; – le point-virgule : une espace avant, une espace après
  • : – les deux points : une espace avant, une espace après
  • «  » – les guillemets (à la française) : une espace avant chaque, une espace après chaque
  • ” “ – les guillemets (à l’anglaise) : une espace avant et pas d’espace après le premier, pas d’espace avant et une espace après le deuxième
  • ( ) – les parenthèses : une espace avant et pas d’espace après la première, pas d’espace avant et une espace après la deuxième
  • … – les points de suspension : pas d’espace avant, une espace après

Mon mari se moque souvent gentiment de moi car quand je lui écris des messages en anglais, je ne fais pas toujours attention à la ponctuation et je laisse des espaces avant les points d’interrogation et d’exclamation par automatisme. Il ne comprend pas non plus pourquoi sur le clavier français, il faut “shifter” pour obtenir un point. Il trouve cela ridicule et je suis bien d’accord. Le point et le point-virgule sont sur la même touche. Le point-virgule est ce qu’on obtient en tapant sur cette touche. Pour le point, il faut appuyer sur shift avant.

J’avais entendu parler de nouveaux claviers il y a quelques mois, mais je ne sais pas si cela s’est ou va se concrétiser. Je pense que le clavier français (de type AZERTY) est un peu ridicule. On ne peut pas accentuer les majuscules. On doit shifter pour le point. Le ù n’apparait que dans un mot (où) mais il a sa touche (pas besoin de shifter). Il faut shifter pour les numéros. Et je suis sure qu’il y a d’autres spécificités aberrantes mais celles-ci sont celles qui me sont venues à l’esprit sans réfléchir.

Liaison obligatoire : adjectif + nom

Voici une autre liaison que les Français font sans y penser et cela n’échappe pas à leurs oreilles si vous ne la faites pas.

Quand vous avez un groupe nominal avec un adjectif suivi d’un nom, vous devez faire la liaison si l’adjectif se termine par une consonne de liaison et le nom commence par une voyelle.

Rappel : faire la liaison signifie que l’on ajoute un son entre 2 mots alors qu’il n’existe pas quand on prononce les deux mots séparément.

Entrainez-vous avez ces phrases :

  • C’est le petit ami de ma fille.
  • Elle n’a jamais oublié son premier amour.
  • Tu as toujours de bonnes idées.
  • C’est un très bon avocat.
  • J’ai lu un long extrait de ce livre.