Questions et inversion

Vous savez probablement qu’il y a plusieurs façons de poser des questions en français. On apprend ça en A1. Mais, étonnamment, beaucoup d’étudiant.e.s avancé.e.s semblent avoir du mal à former un certain type de questions : les plus formelles, celles avec l’inversion du sujet, quand le sujet est un groupe nominal.

Exemples :

  • Ta sœur est-elle venue ce weekend ?
  • Pourquoi tes voisins font-ils autant de bruit ?

Bien sûr, ces questions peuvent être formulées autrement, et à l’oral, on utilise souvent des formulations moins formelles. On utilise beaucoup “est-ce que”, ou tout simplement l’intonation montante, qui signale une question.

Pour la première question, on pourrait aussi dire : Est-ce que ta sœur est venue ce weekend ? ou encore : Ta sœur est venue ce weekend ? (intonation montante) Par contre, on ne peut pas faire l’inversion sans la reprise du groupe nominal sujet par un pronom personnel. On ne peut pas dire *Est venue ta sœur ce weekend ? Pourtant, c’est une erreur que j’ai retrouvée à plusieurs reprises dans des écrits.

Pour la deuxième question, on pourrait dire : Pourquoi est-ce que tes voisins font autant de bruit ? Pourquoi tes voisins font autant de bruit ? (intonation montante) Mais on ne peut pas dire *Pourquoi font tes voisins autant de bruit ?

Il y aurait évidemment beaucoup plus à dire sur ce point de grammaire et si vous voulez approfondir la question, recherchez l’inversion complexe. Préférez toujours le langage soutenu quand vous écrivez, surtout pour les examens et les écrits formels de la vraie vie.

Tout compte fait

Les apprenant.e.s emploient souvent cette expression d’une façon inadéquate, comme si elle était un synonyme parfait pour “pour conclure”.

Je l’ai lue dans des essais argumentatifs pour introduire la conclusion et je l’ai entendue dans des exposés oraux, également pour introduire la conclusion.

Toutefois, il est incorrect de dire : *Tout compte fait, nous avons donc discuté les causes du problèmes et compris que…

Pour introduire votre conclusion, dans laquelle vous allez faire un bilan des points que vous avez abordés dans votre essai ou votre exposé, écrivez ou dites plutôt : pour conclure / pour résumer.

Tout compte fait veut dire finalement, mais dans le sens de tout bien considéré.

Mettons-le en situation.

J’adore les desserts. Mais j’essaie de ne pas manger trop de sucre. Je suis au restaurant avec des amis. On a fait un délicieux repas et le serveur vient nous demander si l’on veut des desserts. Je dis non. Mes amis choisissent leurs desserts un à un. Je commence à me dire qu’en fait, je n’ai pas envie de les regarder manger leurs desserts en les attendant et que j’aimerais bien un dessert moi aussi. Avant que le serveur ne parte pour aller passer notre commande, je lui dis : Tout compte fait, je vais prendre un dessert !

Probable

Parfois j’entends des phrases de ce genre :

  • *Ils sont probables de ne pas être contents.
  • *Je suis probable d’aller à la montagne ce weekend.
  • *Elle est probable de dire oui.

Ces phrases vous paraissent-elles correctes ? Diriez-vous ceci vous-même ?

Si c’est le cas, je dois vous informer que vous vous trompez ! Il est très probable que vous faites cette erreur car vous traduisez l’anglais “likely”. Et peut-être aussi car vous savez que l’on peut dire “il est probable que…”

Dans “il est probable”, “il” est toujours impersonnel. C’est-à-dire qu’il ne représente pas une personne. C’est “it” en anglais.

On peut dire :

  • Il est probable qu’ils ne seront pas contents.
  • Il est probable que j’irai à la montagne ce weekend.
  • Il est probable qu’elle dira oui.

On peut aussi dire :

  • Ils sont susceptibles de ne pas être contents.
  • J’irai probablement à la montagne ce weekend.
  • Il y a de fortes chances qu’elle dira oui.

Attention aussi au mode utilisé. Si avec “il est possible que” on utilise le subjonctif, avec “il est probable que”, on emploie l’indicatif. Beaucoup de Français ne font pas très attention à cette règle. Même moi, il m’arrive de m’entendre utiliser un subjonctif quand j’exprime la probabilité. Personne n’est parfait.e !

Pour résumer : attention de ne pas traduire l’anglais “likely” directement par “probable” si votre sujet est une personne !

E + deux consonnes : vérification

J’ai choisi cet article car il contenait un exemple dans le titre, et plein d’autres dans le texte. Vous pouvez ainsi vérifier la règle que j’ai énoncée hier, avec les exemples surlignés en jaune.

Cependant, j’ai aussi surligné deux <e> en rose. Vous pourrez remarquer qu’ils sont suivis de deux consonnes et que la règle voudrait qu’on les prononce /ε/. Pourtant, dans recherche, comme dans reprendre, reclasser, reproduire, rechange, regrouper, etc, le <e> du préfixe <re> se prononce /ø/ ou /ə/. Parce que c’est un préfixe et qu’il se prononce ainsi. Il signifie “encore”, “à nouveau”. On le retrouve dans plein de mots (dont beaucoup de verbes), sans qu’il soit suivi de deux consonnes : relire, relecture, redire, refaire, report, repasser, remettre, etc.

J’ai par ailleurs souligné en vert 3 <ex>, pour attirer votre attention sur le fait que le <e> devant un <x> ne prend pas d’accent non plus, bien qu’il se prononce /ε/. D’autres exemples : exemple, excuse, export, exercice, sexe, index, exiger, exode, réflexe, exact, etc.

C’est une autre façon de travailler la langue à partir d’un article de journal…

E + deux consonnes

Récemment, j’ai eu la même conversation avec plusieurs élèves par rapport à l’accentuation du <e>.

J’ai relevé dans plusieurs écrits des mots orthographiés ainsi : *résponsable, *èspérer, *réstituer, *cértifier, *etc.

Pourtant, je ne vois jamais des mots tels que belle, échelle, recette, tablette, terre, verre, princesse, duchesse, etc., mal orthographiés. Ils sont également bien prononcés dans l’ensemble.

Ce qui signifie que les apprenant.e.s sont capables de concevoir que le <e> devant 2 <l>, 2 <t>, etc., se prononce /ε/ (è) même s’il n’a pas d’accent.

Selon votre langue maternelle, il est possible que les accents sur le <e> soit un véritable casse-tête pour vous. Mais il y a des règles qui peuvent s’apprendre et s’appliquer !

Quand le <e> est suivi de 2 consonnes, vous n’avez pas besoin de lui mettre un accent pour qu’il se prononce /ε/. Et oui, je sais, cela contredit la règle de phonétique qui dit que le <e> sans accent se prononce /ø/ ou /ə/.

Observez les mots suivants, ils suivent tous cette règle : espace, respect, escale, certifier, vert, inertie, delta, celte, lesbienne, festin…

Maintenant, parlons des exceptions à la règle 🙂 (Vous vous y attendiez, non ?)

Cette règle ne s’applique pas quand la deuxième consonne est un <l> (sauf si c’est un double <l>) ou un <r> (sauf si c’est un double <r>). Dans ce cas, vous devez mettre un accent sur le <e> s’il se prononce /e/ ou /ε/.

Observez : règle, espiègle, siècle, trèfle, pègre, intègre, cèdre, mètre, intégration, dégrader, mépris, régler, réplique, éplucher

Observez bien ces mots quand vous lisez pour voir si la règle se vérifie !

Passer du temps, avoir le temps, avoir du temps

  • J’ai passé le weekend à fêter mon anniversaire.
  • Il a passé son temps à se plaindre.
  • Elle a passé la semaine à essayer de résoudre ce problème.
  • Je n’ai pas eu le temps de faire mes devoirs.
  • J’ai n’ai pas eu assez de temps pour faire mes devoirs.
  • Je pense que j’aurai le temps de te téléphoner demain.
  • Je ne sais pas si j’aurai du temps pour te téléphoner demain.
  • Je n’ai jamais le temps de regarder la télé.
  • Je n’ai jamais de temps pour regarder la télé.

Toutes ces phrases sont correctes. Observez-les attentivement. Si vous vous dites que le français, c’est décidément compliqué, je n’irai pas vous contredire.

Mes élèves font régulièrement des fautes avec les prépositions dans ce type de structures, même les plus avancé·e·s.

Retenir :

  • passer du temps à + infinitif
  • avoir le temps de + infinitif
  • avoir du temps pour + infinitif

L’hypothèse avec SI

Commençons par rappeler que l’hypothèse exprime un fait ou un état imaginé, irréel, et que la conséquence est donc aussi imaginée.

  1. Si tu m’appelais, ça me ferait plaisir.
  2. Si j’étais riche, je passerais mon temps à voyager.
  3. Si tu m’avais appelée, ça m’aurait fait plaisir.
  4. Si j’avais réussi mon examen, je serais vraiment heureuse.
  5. Si j’avais réussi mon examen, j’aurais organisé une fête.
  6. Si tu étais plus attentif, tu ne perdrais pas tout le temps tes clés.
  7. Si tu étais plus attentif, tu n’aurais pas perdu tes clés.

Avant de lire la suite, analysez les phrases ci-dessus, observez les différents temps utilisés, et demandez-vous quand se situent l’hypothèse et la conséquence pour chaque phrase : passé ? présent ? futur ?

  1. L’hypothèse et la conséquence se situent toutes deux dans l’avenir. Si tu m’appelais un de ces jours, la semaine prochaine, le mois prochain, etc., ça me ferait plaisir alors. C’est une hypothèse réalisable.
  2. Si j’étais riche maintenant, je voyagerais maintenant. Nous sommes ici dans le présent mais comme je ne suis pas riche, c’est une hypothèse irréalisable.
  3. Nous sommes ici dans le passé. Si tu m’avais appelée hier, la semaine dernière, l’autre jour, ça m’aurait fait plaisir à ce moment-là. Mais tu ne m’as pas appelée et c’est trop tard. Hypothèse irréalisable.
  4. L’hypothèse est dans le passé, la conséquence est dans le présent. Je n’ai pas réussi mon examen quand je l’ai passé et je ne suis pas vraiment heureuse maintenant. Hypothèse irréalisable.
  5. L’hypothèse est dans le passé, la conséquence pourrait être dans le passé ou dans le présent, ou même le futur, cela dépend du contexte. Je n’ai pas réussi mon examen quand je l’ai passé et je n’ai pas organisé la fête que j’aurais aimé organiser la semaine dernière ou on peut être dans le contexte où je viens de recevoir mes résultats et j’imagine que s’ils avaient été meilleurs, j’aurais commencé à organiser une fête immédiatement ou plus tard. Hypothèse irréalisable.
  6. L’hypothèse et la conséquence sont ici intemporelles. Cet homme n’est pas attentif, c’est un trait de sa personnalité, et il perd sans arrêt ses clés. C’est une hypothèse irréalisable, dans la mesure où l’on suppose que l’homme ne changera jamais.
  7. L’hypothèse est intemporelle, comme pour la 6, mais ici, la conséquence est dans le passé. L’homme a perdu ses clés hier, avant-hier, la semaine dernière… C’est une hypothèse irréalisable sans machine à voyager dans le temps car il est trop tard pour qu’il ne perde pas ses clés.

Finissons par quelques exemples à observer de la condition avec SI.

  1. Si tu me laisses gouter ton plat, je te laisse gouter le mien.
  2. S’il ne pleut pas, on ira faire une randonnée.
  3. Si vous avez réussi votre examen, on ira boire un coup.
  4. Si vous avez réussi votre examen, allons boire un coup !

Je vous laisse faire vos propres analyses ! 🙂

C’est… qui/que/dont, pour parler du passé

Laquelle de ces deux phrases est correcte selon vous ? :

  • C’était le président qui a nommé ses ministres hier.
  • C’est le président qui a nommé ses ministres hier.

Le titre de ce post vous aura probablement aidé·e à faire un choix si vous n’étiez pas sur·e, mais si vous aviez un doute, sachez que la première phrase n’est jamais correcte.

Ce procédé s’appelle la mise en relief, au cas où vous ne le saviez pas. On l’utilise pour mettre en relief un élément de la phrase, c’est a dire attirer l’attention sur cet élément. Au lieu de dire simplement que le président a nommé ses ministres hier, j’encadre le président de c’est et de qui, pour mettre en évidence que c’est lui, et non pas quelqu’un d’autre, qui a nommé les ministres.

Il est probable que vous utilisez souvent cette structure sans y penser.

  • C’est le garçon qui me plait.
  • C’est le livre que j’aime lire tous les ans.
  • C’est l’amie dont je te parle tout le temps.

Mais une erreur que je vois et entends assez régulièrement, c’est quand on parle au passé. Les apprenant·e·s ont parfois des doutes et en suivant le raisonnement que l’on est au passé, ont souvent envie de dire c’était plutôt que c’est. Mais non, même au passé, on garde c’est… qui/que/dont.

Quoi ?

Êtes-vous à l’aise avec ce petit quoi pour poser des questions ?

Il parait facile à première vue, mais en réalité, j’ai souvent remarqué que les apprenant·e·s n’était pas très à l’aise quand il s’agissait de l’utiliser dans une question.

Pourtant, ce n’est pas sorcier ! On l’utilise soit en fin de question, posée dans un registre familier, soit en début de question, après une préposition.

  • Tu veux quoi ? (= Que veux-tu ?)
  • Il t’a dit quoi ? (= Que t’a-t-il dit ?)
  • Tu penses à quoi ? (= À quoi penses-tu ?)
  • De quoi as-tu besoin ? (= Tu as besoin de quoi ?)
  • Sur quoi t’appuies-tu pour dire ça ? (= Tu t’appuies sur quoi pour dire ça ?)
  • Avec quoi as-tu écrit ? (= Tu as écrit avec quoi ?)

Il n’est jamais le premier mot d’une question. Si vous avez envie de mettre quoi en début de question (probablement parce que vous le traduisez de what en anglais) arrêtez-vous et dites que à la place ! (ou qu’, bien entendu)

dont VS duquel

La semaine dernière, je parlais des pronoms relatifs composés dans ce post.

On m’a souvent demandé quand il fallait utiliser dont plutôt que duquel et vice versa et s’il y avait une explication logique.

Bien sûr qu’il y a une explication logique ! Et pas très difficile en fait.

Observez :

  • Je n’aime pas la façon dont tu me parles.
  • C’est le livre dont j’ai besoin.
  • Voici la peinture dont je suis très fière.
  • C’est l’hôpital en face duquel ma sœur habite.
  • C’est le fleuve le long duquel j’aime me promener.
  • C’est l’arbre à gauche duquel on a trouvé un trésor.

Ce qui perturbe les apprenant·e·s, et d’après mes observations, les locuteurs natifs parfois aussi, c’est le fait que dans les deux cas, la préposition DE est impliquée. On emploie dont pour remplacer un complément introduit par de, et duquel (desquels, desquelles, de laquelle) est la contraction de de + lequel (de + lesquels, de + lesquelles). Alors comment sait-on s’il faut utiliser dont ou duquel ?

Dans les 3 premiers exemples :

  • tu me parles d’une façon que je n’aime pas
  • j’ai besoin de ce livre
  • je suis fière de cette peinture

Dans les 3 derniers exemples :

  • ma sœur habite à côté de cet hôpital
  • j’aime me promener le long de ce fleuve
  • on a trouvé un trésor à gauche de cet arbre

Vous pouvez observer que l’on utilise duquel après un groupe prépositionnel et que dont remplace un complément de nom, un complément de verbe ou un complément d’adjectif.

Pas si difficile que ça ! 😉