Rencontrer VS retrouver

Observez :

  • J’ai rencontré mon mari au Cambodge il y a six ans.
  • Ils se sont rencontrés à une soirée chez des amis et depuis, ils ne se quittent plus.
  • Je n’ai jamais rencontré personne qui venait du Groenland.
  • On se retrouve tous les samedis pour boire un thé et papoter.
  • Cet été, je vais retrouver des amis pour quelques jours sur une ile.
  • Elles se sont retrouvées devant le centre commercial à 19h avant d’aller voir un film.

La différence est-elle claire pour vous ?

Très souvent, je demande à mes étudiantes ce qu’elles ont fait le weekend passé, et très souvent elles me répondent qu’elles ont rencontré des amis pour aller boire un verre / faire du sport / aller au cinéma, etc. Mais ce n’est pas correct. Elles n’ont pas rencontré des ami·es. Elles ont retrouvé des ami·es.

On utilise rencontrer quand c’est la première fois, et seulement quand c’est la première fois !

Les différentes graphies du son /ɛ̃/

Beaucoup de gens trouvent l’orthographe française difficile, en commençant par les Français eux-mêmes. Contrairement à l’italien et l’espagnol (et certainement d’autres langues), le français ne se prononce pas toujours comme il s’écrit et un même son peut s’orthographier de plusieurs façons.

Je me suis dit que cela pourrait vous intéresser d’observer le son /ɛ̃/ pour commencer. Résistez à l’envie de vous arracher les cheveux 😉

Je tiens tout d’abord à préciser que comme beaucoup de Français aujourd’hui, je ne fais pas la différence entre /ɛ̃/ et /œ̃/. Pour moi, brin et brun se prononcent pareil, par exemple.

  • in : fin, inculte, intéressant
  • im : impossible, simple, imbu
  • ain : main, copain, ainsi
  • aim : faim, daim, essaim
  • ein : rein, peintre, ceinture
  • en : examen, chien, moyen
  • un : aucun, emprunt, lundi
  • um : parfum, lumbago, lump
  • yn : lynx, syntaxe, syndicat
  • ym : thym, sympa, symbole

Voici une petite dictée avec le son /ɛ̃/ :

Pour vérifier, c’est ici.

Très + adjectif

Dites-vous parfois que quelque chose est *très magnifique ou *très génial ? Si c’est le cas, sachez que c’est une erreur !

On ne peut pas utiliser très avec un adjectif qui a déjà une forte intensité. Tout comme vous ne diriez pas en anglais que quelque chose est very wonderful ou very great, en fait.

Par contre, si vous tenez à insister car vous trouvez que l’adjectif déjà intense ne suffit pas, vous pouvez dire que c’est vraiment magnifique, vraiment génial, vraiment super, vraiment hallucinant, vraiment incroyable, etc.

Récapitulons :

  • Ce curry est très bon.
  • Ce curry est vraiment délicieux.
  • Ce tableau est très beau.
  • Ce tableau est vraiment magnifique.
  • Cette histoire est très surprenante.
  • Cette histoire est vraiment hallucinante.

On pourrait dire vraiment bon, vraiment beau, vraiment surprenante, mais on ne pourrait pas dire *très délicieux, *très magnifique ou *très hallucinante.

Les mots qui commencent par IN-, IM-

Je veux parler des mots tels que : incapable, indécis, information, ingérer, insipide, intéressant, intermédiaire, invoquer, imbattable, impossible, etc.

La première syllabe de tous ces mots se prononce exactement de la même façon : /ɛ̃/. C’est un son nasal. C’est un seul son. On n’entend pas /i/ et on n’entend pas /n/ ou /m/.

C’est une petite erreur de prononciation que j’entends… tout le temps !

Si après in- et im- vous avez une consonne autre qu’un autre n après in- ou un autre m après im-, il faut prononcer /ɛ̃/, comme dans pain, main, fin, etc. Sauf si c’est un h (inhérent se prononce /inerã/ : on entend le i et on entend le n).

Dans le cas d’une double consonne comme pour immigrant, immature, immense, immobile, immunité, etc., on prononce le i et le m. Il y a des mots commençant imm- pour lesquels im- se prononce /ɛ̃/, mais il y en a très peu : immangeable, immanquable, immettable.

Pour inn- : inné, innocent, innovateur, innommable, etc., on prononce le i et le n.

Quelques exemples pour pratiquer :

  • À cet instant, il m’est impossible de vous informer.
  • L’inscription indique qu’un incendie a eu lieu ici.
  • Ces statues impressionnantes sont importées d’Indonésie.
  • C’est un imbécile indiscret et imprudent.
  • Son amie indienne est incroyablement implacable.

Je m’ai = IMPOSSIBLE

Je crois que toutes mes étudiantes ont fait cette erreur au moins une fois, et dans l’ensemble, elles la font toutes assez régulièrement. Faute d’inattention la plupart du temps, car elles connaissent la règle : avec les verbes pronominaux, l’auxiliaire est toujours ÊTRE ! Jamais avoir!

Si vous avez tendance à faire cette erreur, essayer de visualiser que *je m’ai est impossible ; c’est une combinaison de mots que l’on ne verra jamais. JAMAIS. JAMAIS. JAMAIS. Si vous sentez que vous vous apprêtez à dire *je m’ai…, corrigez-vous immédiatement et dites : JE ME SUIS

  • Je me suis trompée, excusez-moi.
  • Je me suis dit que ce serait sympa d’aller à Bali.
  • Je me suis disputée avec les voisins.
  • Je me suis couchée tard hier soir.
  • Je me suis retrouvée là-bas malgré moi.
  • Je me suis fait couper les cheveux.
  • Je me suis acheté un nouvel ordinateur.
  • Je me suis rendu compte de mon erreur.
  • Je me suis cassé un orteil.
  • Je me suis inscrite à un cours de danse.

Et bien sûr, au plus-que parfait, ça donnera : je m’étais trompée, je m’étais dit, je m’étais disputée, je m’étais couchée, je m’étais retrouvée, etc.

/o/, /ɔ/, /ø/, /œ/

Si vous ne comprenez pas bien l’écriture phonétique, voici quelques exemples pour chaque son :

  • /o/ : beau, automobile, dos, cadeau
  • /ɔ/ : sport, mort, bord, métaphore
  • /ø/ : demander, petit, cela, nœud
  • /œ/ : sœur, peur, beurre, chaleur

Pour beaucoup d’étudiants, ces sons ne sont pas évidents à distinguer. Si c’est votre cas, il faut les pratiquer régulièrement.

Voici donc un texte dans lequel j’ai enlevé la plupart de ces sons. Je les ai laissés dans les mots grammaticaux (de, se, le, etc.). Essayez de compléter les mots avec les lettres manquantes. Si vous avez des doutes, vous pouvez écouter le texte pour vous aider. J’ai trouvé le texte sur slate.fr et vous pourrez trouver le pdf de l’exercice ici, et le texte original .

Les verbes en -IER

Je veux parler des verbes tels qu’étudier, privilégier, bénéficier, parier, confier, justifier, publier, trier, crier, etc.

Même la langue des meilleur·es étudiant·es fourche occasionnellement sur ces verbes.

Avez-vous déjà dit *j’étude ? Il *privilège ? Elle *bénéfice ? Vous ne seriez pas le ou la premier·ère. Ces trois verbes en particulier posent problème, très probablement parce que les mots étude, privilège et bénéfice existent et sonnent naturels à l’oreille. C’est moins fréquent d’entendre je *confe ou je *puble. Et pourtant, c’est exactement le même modèle de conjugaison !

Ce sont des verbes du premier groupe, réguliers, sans piège. Alors ce post sert de rappel : le i appartient au radical et ne doit pas disparaitre !

Il peut être utile de revoir quelques formes au passage. Prenons le verbe étudier.

  • au présent : j’étudie, tu étudies, elle étudie, nous étudions, vous étudiez, elles étudient
  • à l’imparfait : j’étudiais, tu étudiais, il étudiait, nous étudiions, vous étudiiez, ils étudiaient (remarquez les deux i à nous et vous – ce sera la même chose pour le subjonctif)
  • au futur : j’étudierai, tu étudieras, elle étudiera, nous étudierons, vous étudierez, elles étudieront (remarquez la présence du e, même s’il n’est pas prononcé – ce sera la même chose pour le conditionnel)

Couper les mots en français

Je me suis souvent fait la remarque que les étudiants de niveau avancé ne semblaient pas avoir appris comment couper les mots en fin de ligne. Mais comme je n’ai jamais ni appris ni compris où les couper en anglais (ni vraiment recherché d’ailleurs), je me suis dit que ce n’était pas très grave. Vous pouvez faire comme moi et éviter de vous trouver dans cette situation. Je ne coupe jamais mes mots quand j’écris en anglais. J’évite consciemment de le faire depuis toujours.

Mais si vous aimez le risque un peu plus que moi et que vous devez écrire en français à la main, dans le cas où vous êtes étudiant·e en France ou candidat·e au DELF ou au DALF, c’est en fait une règle utile à connaître. Je recommande aux étudiant·es que j’aide à préparer les examens de s’entrainer à écrire à la main pour les épreuves de production écrite et je remarque souvent qu’ils et elles coupent les mots à la mauvaise place et ne connaissent pas les codes du français écrit.

En français, on ne peut pas couper un mot au milieu d’une syllabe. Il faut donc savoir ce qu’est une syllabe. Il faut aussi être conscient qu’on peut parler de syllabe orale et de syllabe écrite.

Par exemple, le mot porte contient une syllabe orale /pɔʁt/, mais deux syllabes écrites : por-te

Observez maintenant le découpage de ces mots :

  • eau (1)
  • strict (1)
  • mè-re (2)
  • bon-jour (2)
  • châ-teau (2)
  • bel-le (2)
  • her-be
  • comp-ter (2)
  • pro-blè-me (3)
  • char-ret-te (3)
  • con-sen-te-ment (4)
  • en-tre-pri-se

Vous pouvez donc observer que les syllabes du français tournent autour des voyelles. Il n’y a pas de syllabe sans voyelle. Je vais essayer de ne pas être trop technique mais quand on parle de voyelle, on parle en fait de son de voyelle. Par exemple : eau, on, in, en, ou, etc. (que l’on appelle des graphèmes si vous voulez être technique)

Le e peut être muet à l’oral. Mais à l’écrit, il compte. C’est une voyelle. Les dernières syllabes de mère, belle, herbe, problème, charrette et entreprise ne sont pas des syllabes orales, mais ce sont bien des syllabes écrites. De même pour le te de consentement.

Une syllabe écrite, c’est donc au minimum une voyelle (ou un son vocalique), et c’est le plus souvent une voyelle associé à une consonne. Parfois on trouve plus de consonnes comme dans strict ou dans problème.

Et c’est là que ça devient un peu plus compliqué, mais pas tant que ça ! C’est facile de comprendre que ba, ce, di, fo, lu, mou, non, peau, rein, etc., sont des syllabes et qu’on découpe avant ou après. Mais qu’en est-il des mots dans lesquels plusieurs consonnes se suivent ?

  • on ne divise pas les graphèmes, c’est-à-dire les groupes de consonnes qui font un seul son, tels que ch /ʃ/, gu /g/, etc. (ex : pen-chant, lon-gueur)
  • les groupes consonne + l et consonne + r ne sont jamais séparés (comme dans pro-blè-me)
  • quand deux consonnes sont placées entre deux voyelles (ou sons de voyelle), on coupe entre les consonnes (bel-le, her-be)
  • on ne divise pas les consonnes finales (con-sen-te-ment)

À savoir aussi qu’on place le trait d’union en fin de ligne, pas en début de ligne.

Si vous parvenez à retenir tout ça, vous savez pratiquement tout ce qu’il y a à savoir. Ensuite, il y a aussi des règles de bon usage utiles à savoir :

  • On évite de couper un mot de deux syllabes autant que possible.
  • On essaie d’équilibrer, de couper le plus près possible du milieu du mot.
  • On essaie de ne pas couper après moins de trois lettres et de ne pas finir le mot sur la ligne suivante avec moins de trois lettres.
  • On ne coupe pas après une apostrophe.

Maintenant, si quelqu’un veut m’expliquer comment on fait en anglais…

Accord des adjectifs de couleur

Les règles de ces adjectifs ne sont pas toujours très claires, ni pour les étudiant·es, ni pour les Français. Il m’arrive parfois d’avoir des hésitations et de devoir revérifier les règles, pour être sure de ne pas écrire de bêtises.

  • Comme tous les adjectifs, l’adjectif de couleur s’accorde en genre (masculin ou féminin) et en nombre (singulier ou pluriel) avec le nom auquel il se rapporte. Par exemple : des fleurs bleues et des courgettes vertes.

Mais bien sûr, ce serait trop facile si ça s’arrêtait là. 🙂

  • On n’accorde pas l’adjectif si la couleur est un nom de plante (marron, orange, cerise, noisette…), d’animal (canari, sépia, alezan…), de minéral (turquoise, ardoise…), de métal (argent, or, cuivre…), etc. Par exemple : des yeux marron, des photos sépia, des valises turquoise, des chaussures or.

Exceptions à cette règle, car sans exceptions, ce serait moins drôle : rose et mauve s’accordent – des lunettes roses, des sacs mauves.

  • On n’accorde pas l’adjectif de couleur quand il est accompagné d’un autre adjectif, de couleur ou autre : des yeux bleu clair, des tomates rouge foncé, une robe bleu vert.
  • On n’accorde pas l’adjectif de couleur quand il est accompagné d’un nom (adj + nom = couleur) : des vêtements bleu ciel, une serviette bleu de Prusse.
  • Attention à l’accord quand vous avez deux adjectifs de couleur coordonnés par et. Si j’écris : J’ai beaucoup de robes grises et blanches, vous pouvez comprendre que j’ai beaucoup de robes grises et beaucoup de robes blanches OU que j’ai beaucoup de robes qui ont à la fois du gris et du blanc. Si j’écris que j’ai beaucoup de robe gris et blanc, vous savez pour sûr que j’ai beaucoup de robes qui contiennent à la fois du gris et du blanc.

u VS ou

J’ai déjà parlé de ces deux sons dans un post, pour expliquer que la différence dans la prononciation tenait principalement à la position de la langue.

Le savoir n’est pas toujours suffisant et il est important de pratiquer régulièrement ces sons de façon consciente et active s’ils vous posent problème.

Voici un petit exercice : un texte (trouvé sur www.slate.fr et dont j’ai corrigé les coquilles) dans lequel j’ai enlevé les u et les ou. Pour certains mots, c’est évident et vous saurez immédiatement s’il faut ajouter u ou ou, mais même si c’est évident, prononcez les mots incluant ces sons et appliquez-vous ! Certains mots seront peut-être moins évidents. Vous pouvez écouter le texte pour vous aider.

Vous pouvez trouver cet exercice en pdf ici et le texte original ici.