Quand tout le monde perd la mémoire en même temps

Hier, au réveil, j’ai allumé mon téléphone et posté sur Instagram comme je le fais tous les matins au réveil et j’ai regardé vite fait s’il y avait des choses intéressantes à lire. Et la grande nouvelle du jour, c’était la mort du basketteur Kobe Bryant dans un accident d’hélicoptère, avec sa fille et sept autres personnes.

J’aimais beaucoup le basket plus jeune. Je regardais la NBA à la télé, je connaissais tous les grands joueurs, je jouais au basket sur ma console de jeux, et j’ai même vu Michael Jordan jouer en vrai à Washington DC en 2003.

Je vivais donc aux Etats-Unis en 2003. Et je me souviens très bien de la première fois que j’ai entendu le nom de Kobe Bryant. C’était cette année-là et il était accusé de viol par une jeune femme qui travaillait dans un hôtel où il avait passé la nuit.

Je me souviens qu’il y avait peu de doute possible sur ce qui s’était passé. Personne n’était là pour vérifier, évidemment, mais la victime avait porté plainte, l’ADN de Bryant avait été retrouvé sur elle (son sperme aussi je crois), et il ne pouvait pas nier qu’il y ait eu une relation.

Je me souviens d’avoir vu le type pleurer à la télé en demandant pardon. Je crois qu’il demandait pardon à sa femme plutôt qu’à la victime, et il lui avait acheté une bague qui coutait une fortune pour se faire pardonner. C’était une affaire énorme et c’est pour ça que je m’en souviens. Je pensais que sa carrière était finie, mais comme on le sait, il a continué à jouer au basket et a être encensé par les médias. J’ai été très surprise de découvrir des années plus tard, alors que je ne vivais plus aux US, qu’il était devenu une énorme star.

La jeune victime, de son côté, a été détruite par les médias. J’étais jeune et n’avais pas de grande conscience politique à l’époque, mais je me souviens d’avoir été assez choquée par le traitement réservé à cette jeune femme. Ma mémoire me joue peut-être des tours, mais Internet est une chose merveilleuse dans certains cas, et il est facile de retrouver les excuses que Bryant avait faites à sa victime, admettant qu’il l’avait violée, sans vraiment le dire comme ça. Il avait reconnu qu’elle n’avait peut-être pas vécu l’expérience de la même façon que lui…

Avec tout l’argent dont il disposait, il n’est pas difficile de croire que son équipe d’avocats ait intimidé la victime et l’ait menacée jusqu’à ce qu’elle accepte de ne pas aller devant un juge.

Alors très bien, il était fort pour jeter un ballon dans un panier, mais est-ce qu’il mérite les hommages qui lui sont rendus ? Est-ce qu’il mérite d’être qualifié de “loving husband” par la presse américaine, alors qu’il était tristement célèbre pour tromper sa femme ? Comment tant de monde a pu oublier ce qu’il avait fait ?

Quel message cela transmet-il à la société ? Violez, mais soyez bons en sport et on vous pardonnera ? On ira même salir l’image de vos victimes si vous êtes très très fort ! La culture du viol a de beaux jours devant elle, semblerait-il…

Ce matin, j’ai lu qu’une journaliste du Washington Post avait été renvoyée (ou suspendue temporairement, je ne suis pas certaine) parce qu’elle avait tweeté pour rappeler cette affaire de viol. J’ai aussi vu que l’actrice Rachel Evan Wood avait rappelé ce fait et que les réactions avaient été violentes. Cette femme a elle-même été victime de viol.

Si vous voulez en savoir plus, il y a un paquet d’infos disponibles en ligne.

Je ne comprendrai jamais pourquoi on fait tout un cinéma quand des personnes célèbres meurent, et je ne supporterai jamais qu’on encense un violeur. Aucune raison n’est valable. Je m’en fous qu’il ait été un bon père et un bon basketteur. Des milliers de gens, enfants inclus, meurent chaque jour dans des conditions atroces, après avoir vécu des vies difficiles. On en parle quand de ces gens ? On s’apitoie quand sur leur sort ?

Voici un petit article du Nouvel Obs. En vert, du vocabulaire légal. En rouge, des expressions utiles. Pour subir une arthroscopie, ce qu’il faut retenir, c’est que l’on dit subir une opération !

Livre : Moi, Tituba, sorcière… Noire de Salem

Jusqu’ici, je suis très fière de moi car je tiens parfaitement ma résolution pour 2020. Le premier livre écrit en français que j’ai lu cette année, c’est un livre dont j’ai lu l’incipit sur le compte Instagram de Lauren Bastide, journaliste qui anime l’excellent podcast La Poudre. J’ai eu immédiatement envie de le lire.

J’ai découvert une autrice que je ne connaissais pas, dont je n’avais jamais entendu parler alors qu’elle a produit un œuvre conséquent et qu’elle a eu une carrière remarquable. Tituba a été écrit en 1986. Maryse Condé a terminé sa carrière comme professeure à l’université Columbia de New York, ce qui n’est pas rien quand même.

À travers ce livre, j’ai pu prendre la mesure de mon ignorance et du fait que l’on nous apprenait vraiment peu de faits intéressants à l’école et qu’on se gardait bien de nous présenter des auteur·e·s risquant de nous faire trop réfléchir. En cours d’histoire, tous les personnages historiques dont on nous parlait et nous vantait les mérites étaient des hommes. On nous vantait aussi les bienfaits de la colonisation, en passant sous silence la barbarie de cette époque. On apprenait surtout l’histoire de France, dans laquelle la traite négrière était évoquée vite fait, sans trop s’attarder. On évoquait l’histoire américaine mais je n’ai pas vraiment de souvenirs précis.

Plus tard, adolescente/jeune adulte, je regardais Charmed à la télé. J’ai toujours adoré les histoires de magie et de sorcières, de The Craft à Harry Potter. J’ai entendu mille fois parler des sorcières de Salem et de la chasse aux sorcières. Mais, j’ai un peu honte de l’avouer, je n’avais jamais compris que c’était vraiment arrivé, ni ce que les procès des sorcières de Salem avaient vraiment représenté. Jusqu’à la lecture de Tituba !

Dès que j’ai compris que le livre n’était pas que fictionnel, j’ai commencé à faire quelques recherches sur Internet et j’ai halluciné. Le livre de Maryse Condé est une fiction inspirée par le personnage de Tituba, esclave ayant réellement existé au 17e siècle qui a été l’une des trois premières accusées des procès en sorcellerie de Salem. Beaucoup des personnages de ce récit d’esclave ont réellement existé. Beaucoup des faits se sont vraiment passés.

Ce récit est d’une extrême violence, et le personnage de Tituba est d’une puissance extrême.

Ce livre m’a fait faire quelques pas de plus dans mon féminisme et j’espère continuer à avancer tout au long de cette année, grâce à toutes ces femmes qui disent des choses importantes depuis longtemps mais qui ont rarement été mises en avant et que je n’ai pas encore découvertes.

Voici l’incipit. Peut-être vous donnera-t-il autant envie de le lire qu’à moi (c’est une capture d’écran de mon Kindle, d’où la phrase coupée en plein milieu, désolée) :

Livre : Le Consentement

Hier, à la fin de mon post, je parlais de l’affaire Matzneff, dont tous les médias parlent en France depuis quelque temps. La raison pour laquelle de vieilles vidéos ressortent et qu’on reparle de ce criminel, c’est un livre qui vient de paraitre : Le Consentement, de Vanessa Springora.

Je me le suis évidemment procuré à mon retour de vacances. Je me suis couchée assez tard jeudi soir. Je venais de terminer un livre génial, dont je parlerai bientôt, et j’avais l’intention de lire quelques pages du livre de Vanessa Springora avant de dormir. Deux heures et quelques plus tard, je terminais le livre, en essayant de retenir mes larmes. Il était 3h du matin et j’avais cours à 8h. Pas grave, le weekend allait bientôt commencer.

Dans ce livre, Vanessa raconte son histoire, et plus particulièrement sa relation avec cet écrivain célèbre, pédocriminel notoire, rencontré à l’âge de 13 ans alors que lui en avait 50, et qui a abusé d’elle, avec son consentement.

C’est un livre horrifiant et poignant. Tout au long de la lecture, je me demandais quel était ce monde dans lequel nous vivions. Ce monde dans lequel tant d’adultes (parents inclus) savaient et n’ont rien fait pour protéger cette enfant. Tant de monde savait qui était cet homme puisqu’il écrivait ses crimes dans des livres, dont le fait qu’il se rendait à Manille aux Philippines et y payait des petits garçons pour coucher avec eux, et qu’il avait, en 1977, lancé une pétition pour rendre légales les relations sexuelles entre adultes et enfants (la liste des signataires de cette pétition fait froid dans le dos).

Tant de monde savait et personne n’a rien fait. Et je suis persuadée que ce n’est pas la dernière histoire de ce genre qu’on entendra, mais avec chaque femme (ou homme en fait) qui ose témoigner, le pouvoir de ces monstres diminue et j’espère vivre assez longtemps pour voir un jour un monde dans lequel ce genre d’abus ne sera plus possible et où l’argent, le pouvoir, la notoriété ne protègeront plus personne face à la justice.

Ce livre était tellement nécessaire à cette pauvre France qui est toujours en retard sur tout.

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Depuis mon retour de vacances, je regarde toutes les vidéos que je peux trouver autour de cette histoire, je lis tous les articles sur lesquels je tombe et j’écoute des podcasts qui traitent du sujet. Je recommande vivement l’épisode de Programme B d’ailleurs. Parfois je lis les commentaires sous les vidéos YouTube. Heureusement, pour une fois, il semble y avoir un consensus et personne pour défendre ce criminel. Cependant, il y en a toujours qui sont limités en termes de réflexion et qui me donnent l’impression que cela les dérange quand même un peu que ce pédocriminel soit enfin dénoncé pour ce qu’il est. J’ai lu plusieurs commentaires disant que si on le condamnait, il faudrait aussi condamner Brigitte Macron. La bêtise humaine me sidère. Cet homme n’a pas eu une seule histoire avec une ado. Il en a eu de multiples. Et non seulement avec des ados “consentantes” mais aussi avec des enfants en situation vulnérable aux Philippines, se prostituant pour aider leur famille à survivre. En quoi le cas de Brigitte Macron, qui a ma connaissance n’a pas collectionné les jeunes amants et n’a pas violé qui que ce soit ni pratiqué le tourisme sexuel dans des pays en voie de développement, est comparable au cas de ce criminel ??? Je ne connais pas les Macron personnellement évidemment, et je ne suis pas forcément pro-Macron politiquement, mais je suis assez certaine que l’histoire du couple Macron est une histoire d’amour. Et après toutes les vidéos que j’ai visionnées ces derniers temps, je suis encore plus convaincue que Matzneff hait les femmes (“une fille très jeune est plutôt plus gentille même si elle devient très très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée” – mots prononcés par ce pervers dans l’émission Apostrophes en 1990, en réponse à Bernard Pivot qui lui demandait pourquoi il s’était spécialisé dans les lycéennes et les minettes. 🤮)

Sinon, j’ai bien aimé cette vidéo.

Cet homme est indéfendable, mais certaines réflexions émises en ligne par des anonymes, mais aussi par des personnalités connues, me poussent à penser que sa chute soudaine, après une vie d’impunité, en dérange plus d’un. Reste à se demander pourquoi.

L'affaire du petit Grégory

Si vous n’avez jamais vécu en France, cette affaire ne vous dira probablement rien. J’ai grandi en France, et j’ai l’impression que j’ai entendu parler de cette affaire toute ma vie. J’étais toute petite quand cet enfant de 4 ans a été retrouvé noyé et ligoté, et je ne regardais pas les informations à l’époque, mais je me souviens qu’ils en ont parlé à la télé pendant des années.

Je n’ai pas de souvenirs très précis, mais je me souviens assez clairement que la mère de l’enfant avait été mise en cause à un moment, qu’il y avait des lettres anonymes, et à ce jour, 35 ans plus tard, le meurtre n’a toujours pas été élucidé.

Netflix en a fait une série documentaire, sortie au mois de novembre. Je n’avais pas l’intention de la regarder, mais comme plusieurs élèves m’en ont parlé et m’ont dit la trouver bien, je me suis dit que j’allais la regarder aussi.

Dès le début, je l’ai trouvée malaisante au possible. L’attitude de la presse est à peine croyable. Un enfant est mort, des parents souffrent, mais les journalistes ne pensent qu’à une chose : vendre une histoire, vendre des photos, sans aucun respect pour la souffrance de la famille.

Puis on a l’attitude du juge, de la police et des avocats qui ne vaut pas mieux.

À un moment, un journaliste, ou peut-être était-ce un flic, je ne sais plus, confie qu’un journaliste lui avait dit que ce serait une sacrée histoire si la mère était impliquée, une histoire que les gens aimeraient lire dans les journaux. J’ai cru que mes oreilles allaient se mettre à saigner.

Et au milieu du troisième épisode, on a un policier qui témoigne et qui raconte sa première rencontre avec les parents de l’enfant assassiné. Ceci se passe après que le juge a décidé de retirer l’affaire à la gendarmerie et de la confier à la police nationale. Ce flic explique donc que lui et ses collègues ont trouvé le père sympa et qu’ils ont immédiatement accroché avec lui. Par contre, la mère, elle portait un pull moulant et elle était attirante, et ça, ça lui donnait vraiment pas l’air innocent. Et là j’ai mis l’épisode en pause. Je résume ce qu’il a dit, mais je n’exagère rien. Troisième épisode, vers 26/27 minutes de la fin si vous voulez vérifier. J’étais en train de déjeuner et j’avais mis Netflix sur mon téléphone pendant que je me préparais à manger et j’avais continué à regarder en mangeant. J’étais en train de manger un brownie vegan et sans gluten plutôt délicieux et j’ai cru que j’allais le vomir.

J’ai fini l’épisode un peu après, mais je ne m’en souviens pas très bien. Je crois qu’ils accusaient la mère d’être tombée enceinte pour éviter la prison.

Bref, je n’ai aucune envie de continuer à regarder cette série, c’est juste beaucoup trop aberrant pour moi et comme je n’avais pas super envie de la regarder au départ, je ne vais pas me forcer. Je ne supporte plus d’écouter ces hommes débiter ces horreurs misogynes.

Je sais que je critique beaucoup la France et la mentalité française et que les gens en sont souvent surpris. Les Français un peu chauvins s’en vexent, comme si c’était personnel (si mes raisonnements les dérangent, c’est surement un peu personnel en fait). Les hommes français s’en offusquent beaucoup plus que les femmes en général, même si certaines femmes persistent à dire que j’exagère et continue à défendre une certaine “séduction à la française”. Les étrangers qui adorent, voire idéalisent la France s’en étonnent. Les étrangers qui ont vécu en France et/ou ont une connaissance solide de la culture française me comprennent mieux.

On pourrait dire que cette affaire date, mais pas tant que ça quand on y pense et le flic qui témoigne dans la vidéo, il dit ça aujourd’hui !! Pas il y a 35 ans. Comme si cela justifiait ce qu’ils ont fait subir à cette pauvre femme et à son mari.

Entre ça et l’affaire Matzneff (préparez un sac à vomi si vous regardez cette vidéo datant de 1990), 2020 commence bien ! Mais tout ceci confirme tout ce que je dis depuis toujours : le sexisme et la misogynie règnent en France depuis bien trop longtemps. Cela m’insupporte depuis toujours. Quand je vivais en France, on minimisait toujours ce que je disais, on ne me prenait jamais au sérieux quand je faisais remarquer des actes ou des paroles sexistes et misogynes. C’était toujours pour rire, c’était jamais méchant, je manquais d’humour, etc. Moi, j’étouffais dans ce pays. Il est temps que les choses changent ! Si vous regardez cette vidéo, vous verrez que la seule personne qui réagit différemment des autres est canadienne. Sur un plateau de télévision française, la seule personne qui trouve abject le fait qu’un homme de 50 ans couche avec des adolescent·e·s et en plus le raconte dans des livres n’est pas française. Les autres le trouvent formidables. Et encore aujourd’hui, des personnes le défendent !!!

Cette interview récente sur le cas Matzneff est intéressante et donne un peu d’espoir :

Et voici un article de la génialissime Fiona Schmidt qui nous fait remarquer que certaines choses sont quand même mieux maintenant qu’avant et je suis bien d’accord !

Pessimistes, les Français ?

Mon mari m’a dit un jour avoir lu un article disant que les Français était le peuple le plus malheureux et pessimiste au monde. Cela ne m’a pas surprise. Je dis toujours que les Français sont très négatifs.

On entend souvent dire que les Français sont râleurs. Et ce n’est pas l’actualité qui contredit cette affirmation.

Mon mari dit aussi que je suis aussi râleuse que mes compatriotes. Il n’a pas complètement tort, mais il ne parle pas français et ne comprend pas que je ne râle pas du tout à propos des mêmes choses ! Et si j’étais très pessimiste sur l’avenir du monde avant le mouvement Me Too, je le suis beaucoup moins maintenant. Mon pessimisme vient du fait que j’ai grandi dans un monde qui ne me plaisait pas. Trop macho, trop sexiste, trop misogyne, trop injuste, trop plein d’injonctions irréalistes pour les filles et les femmes. Petite, je pensais que ce serait différent en grandissant. Ado, je trouvais que le temps ne passait pas assez vite et je mourais d’impatience de devenir enfin adulte et libre pour pouvoir faire ce que je voulais dans un monde plus juste. Mais le monde était le même. Toujours sexiste et misogyne, et ma colère ne s’est jamais atténuée. Jusqu’à Me Too. Je suis toujours furieuse du traitement réservé aux femmes dans ce monde mais les choses ont commencé à changer, les discours ont changé, et la France va devoir suivre.

J’ai toujours aimé dire que j’étais à la fois pessimiste, optimiste, idéaliste et réaliste. Je crois que c’est toujours vrai. J’ai toujours détesté qu’on me colle dans une case. Je ne suis pas une seule chose, je ne ressens pas qu’une émotion, je suis pleine de contradictions comme tout être humain normalement constitué il me semble. Et j’ai toujours été à l’aise avec mes contradictions. C’est aux autres qu’elles ont toujours posé problème. Particulièrement en France. J’ai toujours été plus à l’aise dans le monde anglo-saxon où j’ai rarement eu l’impression d’être jugée comme en France et où la pensée m’a toujours semblé plus complexe et nuancée.

Alors oui, je râle beaucoup, parce que je refuse d’accepter qu’on traite les femmes comme des êtres inférieurs et ne rien dire, ça revient à accepter la situation, de mon point de vue. Et maintenant, je râle aussi pour qu’on arrête de traiter les personnes de couleur, les LGBT+, les gros, les handicapés, et toute personne qui ne correspond pas à la norme de ce monde dirigé par des hommes et façonné par des hommes blancs en grande majorité, comme des êtres inférieurs. J’ai pas fini de râler, mais je ne suis plus pessimiste comme j’ai pu l’être par le passé. Mon niveau d’optimisme n’a jamais été aussi élevé en fait.

Voici une petite vidéo (en anglais) qui traite du pessimisme des Français :

Les vacances sont presque finies

Ça y est, on est enfin en janvier et cela me réjouit. Je n’aime pas du tout la période des fêtes de fin d’année et le côté quasi obligatoire de faire “quelque chose” pour fêter ça.

Passer Noël en Inde avec des amis hindous était idéal pour moi. Il faisait beau, on était en bonne compagnie, et je me suis à peine rendu compte que c’était Noël. Le jour de l’an était plus évident car l’événement se reflétait dans le prix des logements. Payer 60€ une chambre d’hôtel qui en coute d’habitude 6 ne me disait rien, surtout que le nouveau prix ne voulait pas dire que la chambre serait différente, plus propre, sans insectes, etc. Pour 10 fois le prix habituel, vous pouviez avoir exactement la même chambre. Du coup, comme je n’avais aucune envie de payer 200€ pour une nuit d’hôtel et que j’avais réservé des billets d’avion flexibles, j’ai avancé mon retour et j’étais de retour à Bangkok pour le 31, que je n’ai évidemment pas fêté dans un bar cool, où il aurait fallu payer au moins 100€ pour avoir le privilège de boire des cocktails avec des inconnus qui m’auraient sans aucun doute bousculée, marché sur les pieds, renversé leur bière dessus, tout en remuant sur de la musique trop forte.

Au lieu de cela, je suis allée diner assez tôt avec mon mari dans un restaurant indien, car la cuisine indienne me manquait déjà et est parfaite si vous ne pouvez pas manger de gluten et qu’en plus vous êtes végane.

Puis on a passé la soirée chez nous, rien que nous deux, et c’était super. J’ai fini pompette et c’était très drôle.

Je ne prends jamais de résolutions pour la nouvelle année parce que ce n’est pas un concept qui marche pour moi (j’avais essayé l’an dernier, je n’en ai tenu aucune), mais cette année, je veux lire encore plus de livres qui parlent de femmes, de droit des femmes, de l’histoire des femmes, d’expériences de femmes, je veux lire plus d’écrivaines, découvrir plus de femmes exceptionnelles et j’espère voir le mouvement Me Too continuer à évoluer dans la bonne direction, plus de femmes puissantes prendre la parole pour dénoncer les injustices faites aux femmes et les injonctions impossibles de la société, et plus d’hommes prendre conscience de leurs privilèges et agir en véritables alliés des femmes. Je veux aussi lire et apprendre plus sur toutes les autres formes de discriminations dont j’avais en fait si peu conscience jusqu’à récemment, ou plutôt dont mes connaissances étaient très limitées et par conséquent la reconnaissance de mes propres privilèges également. J’espère que les mentalités françaises vont enfin évoluer mais quand je vois la première affaire qui fait scandale en France cette année, je me dis que la route va être longue. Voyez pour vous-même en lisant cet article de France Info. Il y est question de pédocriminalité et “d’artistes”. À vomir.

Je continuerai à partager mes lectures en français, les podcasts français que j’écoute, des articles, des artistes, et évidemment, je continuerai à m’inspirer de mes formidables étudiant·e·s pour vous parler de grammaire, de vocabulaire et de phonétique, entre autres.

Pour mes étudiant·e·s : je serai en Europe cet été et mes horaires seront donc différents pendant quelques semaines.

Bonne année 2020 !

La France, tu l'aimes ou tu la fermes

C’est le titre d’un livre écrit par Rokhaya Diallo, journaliste française qui présente également le podcast Kiffe ta race, dont j’avais déjà parlé ici.

Rokhaya Diallo est noire, musulmane et féministe. J’adore l’écouter parler et j’admire la patience dont elle fait preuve quand elle se retrouve face à des idiots qui lui disent qu’ils comprennent ce que c’est d’être traité différemment car ils sont roux ou gaucher, comme si c’était comparable au racisme auquel les Noirs sont confrontés en permanence depuis si longtemps. Je n’exagère pas, j’ai vu une interview d’elle sur YouTube pendant laquelle ses interlocuteurs, blancs évidemment, lui disaient en gros qu’elle exagérait et que tout le monde était victime de discrimination – l’une en donnant ses cheveux roux en exemple, et l’autre le fait d’être gaucher. 😲

Elle parle de sujets très tabous en France, qui dérangent beaucoup : le racisme systémique et la fragilité blanche, l’identité française, l’obsession avec l’islam et l’islamophobie flagrante, la répression de l’Etat, le féminisme, l’appropriation culturelle, le privilège blanc, et elle fait des parallèles avec les Etats-Unis.

Cette année, j’ai écouté tous les épisodes de Kiffe ta race, j’ai lu le livre de Trevor Noah, Born a Crime, celui de Reni Eddo-Lodge, Why I’m no longer talking to white people about race, et je viens de terminer celui de Rokhaya Diallo. Et je trouve incroyable qu’il n’y ait pas plus de gens qui réagissent et toujours autant de gens dans le déni.

Que ce soit en Afrique du Sud, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France, le racisme est partout, il est systémique, institutionnalisé, et c’est tellement évident. Et si aux Etats-Unis le racisme anti-Noirs est de plus en plus difficile à nier et que le concept de privilège blanc apparait de plus en plus dans les débats publics, en France, on n’en est pas encore là. En France, le mot race a été éliminé de la constitution, donc il ne peut pas y avoir de racisme. Voilà le raisonnement. 😱

Et c’est pour ça que je pense que le travail de Rokhaya Diallo est très important et même indispensable. Elle tient un discours très clair et très cohérent. Très pédagogique aussi. Si mieux comprendre la France vous intéresse, je vous recommande vivement de lire son livre. Je l’ai découverte cette année alors qu’elle milite depuis des années, et j’ai bien l’intention de découvrir ses autres écrits et le reste de son travail.

Elle appartient à ces personnes qui me font réfléchir et me poser des questions que je ne m’étais jamais vraiment posées jusqu’à récemment.

Elle est française et elle est noire. Sa nationalité est sans cesse remise en question et elle doit sans cesse se justifier d’aimer la France quand elle la critique. Je suis française et je suis blanche. Je critique la France depuis toujours. D’ailleurs, je l’ai quittée pour ne jamais y retourner. Personne n’a jamais remis ma nationalité en question. Pourtant, je suis certaine qu’elle aime la France plus que moi et que c’est pour ça qu’elle se bat autant pour la rendre meilleure.

Blog féministe

Si vous êtes toujours à la recherche de contenus en français et que vous n’avez pas toujours le temps de lire un livre, il existe de nombreux blogs en plus d’Instagram et autres réseaux sociaux.

Un que j’aime particulièrement, c’est celui de Fiona Schmidt, journaliste féministe engagée et rigolote, dont j’ai découvert l’existence en début d’année et dont j’avais déjà parlé ici.

Elle y parle de charge mentale, de charge maternelle, de règles, de contraception, de féminicides, et plus généralement de féminisme. Je suis super fan de la personne et de son travail, j’adore la lire et je l’ai écoutée dans deux podcasts cette année (ici et ici), et je sais pas ce que ça dit de moi que je la trouve si fantastique car je lui trouve énormément de points communs avec… moi. 🙂 Elle est plus drôle et écrit mieux, mais elle a fait des choix de vie très semblables aux miens et dès qu’elle dit quelque chose, je suis complètement d’accord. J’ai aussi l’impression qu’elle a passé plus de temps que moi à réfléchir à toutes ces questions féministes et arrive à formuler ses pensées plus clairement et beaucoup plus calmement que moi. Moi, j’ai encore du mal à garder mon calme et à me retenir d’insulter les gens qui pensent que les femmes doivent absolument avoir des gosses, rester à leur place, ne pas faire trop de bruit, ne pas avorter, faire la cuisine, faire le ménage, qu’elles sont des hystériques quand elles n’apprécient pas les “compliments” d’inconnus dans la rue, etc.

Je suis moins souvent confrontée au sexisme ordinaire ici car je sors peu, je ne me suis jamais fait ennuyer dans la rue (on me regarde parfois avec insistance, mais c’est pour mon côté étranger plutôt que mon côté femme je pense) et je suis en général avec mon mari. Mais ça ne veut pas dire que je ne rencontre jamais d’idiots que j’ai envie de gifler. Pas plus tard que la semaine dernière, un homme, un Français, m’a dit qu’il faudrait que mon mari ait plus de contrôle sur moi. Le type, je ne le connaissais de nulle part, et je venais de lui expliquer ce que je faisais comme boulot, que je ne voulais plus travailler pour des écoles qui n’apprécient pas le boulot des profs et que j’aimais ne pas avoir de patron et être libre d’organiser mon boulot et ma vie comme je le souhaitais. Et il s’est permis cette réflexion super déplacée et je me suis sentie bouillir à l’intérieur. J’avais tellement envie de lui hurler dessus (de lui en coller une pour être honnête en fait), mais j’ai au moins fait ce progrès (est-ce un progrès ?), je parviens à contenir ma colère en public. Puis j’ai bu, beaucoup trop, pour oublier. Et à la fin de la nuit, je n’avais pas oublié, j’étais ivre et toujours furieuse, mais j’ai pris mon téléphone dans le taxi et j’ai parcouru le compte Instagram de Fiona et ça m’a fait du bien. La France a désespérément besoin de femmes comme elle (et d’autres dont je parlerai plus en détail bientôt) car les mentalités évoluent si lentement. Et même quand ils ne vivent plus en France depuis plusieurs années, ils exportent apparemment cette culture réactionnaire. 🤮

Petite consolation : j’ai discuté avec une Japonaise en fin de nuit, et j’ai un peu oublié notre conversation, mais mon mari, qui lui n’était pas ivre, m’a dit que quand elle avait mentionné vouloir un copain français, je lui ai fait le portrait le plus négatif qu’il soit possible de faire des hommes français. Apparemment avec de grands gestes et un visage horrifié.

Bien sûr, tous les hommes français ne sont pas comme cela, mais il est indéniable qu’il y a une façon de penser et de concevoir le genre et les rôles de chacun bien spécifique à la France et j’admire toutes ces femmes qui luttent au quotidien pour faire changer les choses en France. Fiona est l’une d’elle. Si ces thèmes vous intéressent, vous pouvez vous abonner à sa newsletter et la suivre sur les réseaux sociaux.

Podcast : Camille

Je ne sais plus quel humoriste américain faisait une blague récemment sur le fait que les podcasts poussaient comme des champignons (c’était en anglais, mais ce qu’il a dit voulait dire plus ou moins ça) et que c’était impossible de suivre tout ce qu’il se faisait.

Cela m’avait fait sourire car c’est un peu vrai. J’ai parfois l’impression que tout le monde fait des podcasts. J’ai même envisagé d’en faire moi-même pour le français, mais pour diverses raisons, je ne m’y suis pas encore attelée. Un jour peut-être, s’il y a encore de la place pour moi dans l’univers des podcasts, on verra bien !

Les podcasts pullulent et j’en suis ravie en fait. J’ai longtemps eu du mal à écouter des podcasts car je n’arrivais pas à rester concentrée assez longtemps. Puis après plusieurs recommandations, je me suis mise à écouter un podcast américain et à vraiment y prendre goût. Et pendant quelques années, je n’ai écouté que des podcasts en anglais. Jusqu’à l’année dernière, où j’ai pris conscience que les Français s’y étaient mis aussi et qu’il y avait de l’offre de qualité.

Si vous me connaissez ou me lisez régulièrement, vous savez que je ne suis pas la plus grande fan de la France. Pour plein de raisons. Je trouve la France terriblement en retard sur les pays anglo-saxons à tous les niveaux et la mentalité française effroyablement réactionnaire. Je trouve les Français très peu ouverts au reste du monde, très peu tolérants, sexistes, racistes, pas du tout inclusifs, etc. J’ai toujours l’impression qu’ils vivent dans le passé et qu’ils refusent de progresser. Je n’étais pas à l’aise dans ce pays où je suis pourtant née quand j’en suis partie, je m’y sentais à l’étroit, et plus je vis ailleurs, plus je vois le monde et rencontre des personnes de tous pays, plus la France m’effraie. Ce que je vois de la France à travers les médias français ne me donne pas du tout envie d’y retourner, même pas pour y passer des vacances.

Mais en écoutant différents podcasts français, je me dis que tout n’est pas perdu. Il y a du boulot, et mes journalistes et présentatrices de podcasts préférées ont vraiment du pain sur la planche si elles désirent faire évoluer les mentalités en France, mais grâce aux podcasts, elles ont une voix qui, il me semble, se fait de plus en plus entendre. Elles abordent des thèmes dans leurs podcasts qui ne sont pas abordés dans les médias grand public ou, s’ils le sont, ne sont pas bien recherchés, ne sont pas approfondis, ou sont discutés autour d’une table entre gens pas du tout concernés par le sujet en question et pas du tout experts en la matière. Mais ils ont tous un avis. Les hommes passent leur temps à dire aux femmes comment elles devraient vivre, les hétéros disent aux homos qu’ils ne sont pas d’accord avec leurs choix de vie, les riches disent aux pauvres qu’ils n’avaient qu’à bien travailler à l’école, en pensant qu’eux-mêmes méritent leurs gros salaires, sans jamais s’avouer que s’ils en sont où ils ne sont aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont partis avec certains avantages dans la vie que d’autres n’ont pas eu la chance d’avoir, mais ils continuent à parler de méritocratie malgré tout, le sujet du handicap est à peine effleuré, etc. J’ai l’impression que la devise française, liberté, égalité, fraternité, a depuis bien longtemps était oubliée et n’intéresse pas beaucoup de monde…

Selon moi, les podcasts comblent un vide qui existait depuis bien trop longtemps et permettent de toucher à des sujets que les médias grand public refusent de vraiment traiter. Un Podcast à soi (féminisme) et Les Couilles sur la table (féminisme et masculinité) ont été mes deux premiers coups de cœur. Puis il y a eu Kiffe ta race, qui comme son son nom le suggère parle de race, sujet hyper tabou en France. Et de là, j’en ai découvert plein d’autres qui parlent de sujets de société, de genre, d’identité, de discriminations, de différences, de tolérance, de handicap, de politique, etc.

Le dernier en date, c’est Camille. C’est un nouveau podcast de Binge Audio. Le premier épisode, intitulé “pourquoi je peux dire pédé et pas toi” est sorti en septembre. Comme l’explique la description du podcast, son but est de déconstruire ce qui est considéré comme naturel et inné quand il s’agit d’identité de genre et de sexualité. On parle très peu de genre en France de façon constructive. Les gens sont peu enclins à remettre en question ce qu’ils considèrent comme “normal”, sans se demander pourquoi ils pensent comme ils pensent. Je sais que c’est comme ça dans beaucoup d’autres pays, mais au moins en Angleterre et aux Etats-Unis, on en parle depuis un bon moment et les études de genre existent depuis un moment déjà. Alors qu’en France, la dernière fois que j’ai recherché ce qu’ils proposaient dans les facs en termes d’études de genre, je n’ai pas trouvé grand-chose ! Et alors que beaucoup de discours sont inaudibles dans l’espace public dans le monde anglo-saxon, en France, on peut encore tout à fait être discriminant ouvertement et garder son travail, aussi public soit-il.

Tous ces podcasts me rendent optimiste, et si vous demandez à mon mari, je ne pense vraiment pas que ce serait le premier adjectif qu’il utiliserait pour me décrire 🙂