Balance ton quoi

Il y a des jours où j’écoute cette chanson en boucle sur Spotify. Mais parfois j’aime bien regarder le clip que je trouve vraiment super. Si les paroles ne sont pas claires pour vous, la vidéo devrait vous aider :

Le ministre est enceinte

Si vous me lisez régulièrement, vous savez que certains sujets me tiennent particulièrement à cœur, dont, entre autres, la façon dont les femmes ont été traitées à travers les siècles et continuent d’être traitées aujourd’hui. Plus je lis et plus je m’instruis sur ce sujet, plus je suis en colère et plus je sais que ma colère est légitime.

Je suis assez fascinée par le parallèle entre le traitement des femmes dans la société française et l’évolution de la langue française . Et furieuse bien sûr. J’avais été ravie en début d’année quand l’Académie française (ce groupe majoritairement constitué de vieux bonshommes d’un autre temps) avait enfin accepté la féminisation des noms de métiers, dont j’avais parlé ici. Puis j’avais lu ce formidable petit livre d’Éliane Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, dont j’avais parlé ici et dans lequel j’avais appris un tas de choses que j’ignorais alors.

Récemment, j’ai lu un livre de Bernard Cerquiglini, universitaire et linguiste que je trouve très sympathique, qui s’intitule Le Ministre est enceinte, ou la grande querelle de la féminisation des noms.

J’ai décidé d’en partager un petit extrait que j’ai recopié pour vous aujourd’hui (pp. 123-126) :

Si cet extrait vous interpelle, je vous recommande vivement de lire le livre ! Cerquiglini est un amoureux de la langue française et écrit très bien. Vous apprendrez forcément de nouveaux mots, tout en vous instruisant sur l’évolution de la langue et de la société. J’ai trouvé sa façon d’aborder l’écriture inclusive très logique et intéressante et j’aime son ton humoristique.

Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de le lire, vous pouvez toujours faire une analyse du texte ci-dessus 😉

Par exemple, savez-vous pourquoi “attardé” reste au masculin singulier dans la première phrase ? Ce n’est pas une faute de frappe…

ISBN-10: 2021402118
ISBN-13: 978-2021402117

Podcast : Miroir miroir

Hier, je parlais d’un podcast sur les représentations dans les livres pour enfants et d’une écrivaine en particulier.

Si le sujet des représentations vous intéresse, le podcast Miroir miroir devrait vous plaire.

On reste dans les sujets qui m’intéressent : le féminisme, l’intersectionnalité, le racisme, les discriminations sous toutes leurs formes, la société dans laquelle on vit, les diktats de la beauté, etc. J’ai écouté plusieurs épisodes cette année. J’ai commencé il y a quelques mois avec l’épisode sur les Asiatiques exotisées, que j’avais trouvé super intéressant. Et depuis, j’en ai écouté plus de la moitié. Ils durent de 20 à 50 minutes à peu près.

Bonne écoute !

Mrs Roots, blogueuse afroféministe

J’ai découvert l’autrice Laura Nsafou en écoutant un podcast parlant de livres pour enfants et de représentations, dans lequel elle parlait d’un livre qu’elle a écrit et qui a été publié l’an dernier : Comme un million de papillons noirs. Je n’ai pas encore lu le livre, mais j’espère le trouver à la bibliothèque de l’Alliance française.

Un très bon copain avec qui je parlais de divers sujets il y a quelques mois me disait qu’il n’avait jamais pensé à l’idée des représentations à la télé, au cinéma, dans les livres, etc. Qu’il n’en avait jamais souffert petit. Que ça n’avait jamais été un sujet pour lui. On pourrait penser qu’il est blanc et hétéro, et pourtant, il est à moitié asiatique (et a subi des discriminations à cause de sa moitié asiatique dans sa vie personnelle) et homosexuel. Mais il a grandi dans un contexte international, dans plusieurs pays, éduqué dans des écoles internationales, et a un côté très solitaire. Pour ma part, je ne sais pas quand j’ai commencé à réfléchir à tout ça, mais il est clair que ce n’est pas une question qui me tracassait quand j’étais enfant. Je m’identifiais sans souci aux princesses Disney, même si je m’identifiais plutôt aux dessins animés japonais en fait, dont les personnages étaient plutôt blancs avec les yeux clairs et les cheveux de toutes les couleurs. Mes yeux étaient clairs et j’attendais de grandir pour pouvoir me teindre les cheveux en violet ou en bleu (ce que j’ai fait évidemment). Mais je n’ai pas le souvenir d’un personnage de couleur ou issu d’une minorité. Ou tout simplement différent. Pour Pocahontas et Mulan, j’étais déjà un peu grande. Je me souviens vaguement d’une série avec un garçon atteint du syndrome de Down, aucun souvenir de personnages homosexuels, et à part dans le Cosby Show et le Prince de Bel Air, je ne crois pas qu’on voyait beaucoup de noirs à la télé. Bref, il n’y avait pas beaucoup de diversité à la télé dans le monde dans lequel j’ai grandi. J’ai déjà écrit un post pour dire qu’on étudiait peu de, voire aucune écrivaine au lycée, même en section littéraire, et en fait, je n’ai pas le souvenir d’avoir étudié d’auteurs de couleur non plus. J’ai lu Dumas, mais je n’ai appris que bien plus tard qu’il était noir. Et je ne l’ai même pas appris à l’école. Et en fait, comme on étudiait seulement des écrivains hommes et blancs, je n’ai jamais imaginé que Dumas pouvait être autrement.

Je faisais partie de la majorité et j’étais élevée avec les valeurs de la société sexiste française. Tout me semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pas tout à fait vrai, mais je ne souffrais pas du fait de ne pas être représentée dans les œuvres de fiction en tout cas. J’avais d’autres préoccupations. Et je n’y pensais pas vraiment.

Pour beaucoup de personnes en France, ce n’est toujours pas un problème. Elles ne veulent pas voir ou admettre qu’il y a un problème. Elles pensent qu’on ne devrait pas parler d’homosexualité à l’école, ni de racisme et d’inclusion. Les raisons varient. J’en ai entendu quelques-unes.

Sur son blog, Laura Nsafou se revendique comme dangereusement afroféministe. Son slogan : Ecrire. Pour qu’il ne soit plus possible de dire encore une fois : Je ne savais pas.

Elle publie sporadiquement. J’ai lu quelques articles. Je trouve qu’elle dit des choses intéressantes. Son article sur le Sensitivity Reader et le faux débat de la censure m’a beaucoup plu.

J’ai aussi remarqué que sur amazon.fr, pour son livre, le nom de l’illustratrice (blanche avec un nom très français) apparaissait avant le sien, celui de l’autrice, qualifiée de contributrice (!!) et sur la page des commentaires, il a complètement disparu !

Est-ce une erreur ou ont-ils peur que son nom ait l’air trop étranger pour donner envie au public français ? Cela nous donne-t-il de quoi juger Amazon ou nous pousse-t-il à nous poser des questions sur la société française qu’Amazon juge apparemment trop raciste pour vouloir lire à ses enfants un livre écrit par une noire ? On peut penser que je suis cynique, mais j’ai du mal à penser que ce soit une erreur.

L’avortement au Salvador

On s’est souvent étonné que je ne veuille pas d’enfant. Les mentalités évoluent doucement, et il est de plus en plus acceptable aux yeux de la société d’être femme et de ne pas vouloir être mère, mais ce n’est pas la réalité pour toutes les femmes de ce monde. J’ai 10000 raisons de ne pas vouloir d’enfant, la première étant que je n’en veux pas. Et quand je lis des articles comme celui que je partage aujourd’hui, je me demande même comment on peut vouloir mettre au monde un enfant dans un monde pareil. La société évolue, trop lentement, beaucoup trop lentement selon moi, et si votre enfant est une fille, la vie ne sera pas aussi douce avec elle que si c’était un garçon. Et ce, à peu près partout dans le monde. Si en plus d’être fille, elle est noire/asiatique/arabe, etc., et/ou handicapée et/ou autiste et/ou lesbienne, et/ou pauvre, quelles sont les chances que sa vie soit un long fleuve tranquille ? Ceci étant dit, une partie de moi peut comprendre que l’on veuille des enfants, mais ce n’est pas pour moi.

Je n’ai jamais été enceinte et je n’ai jamais l’intention de l’être, et si cela m’arrivait, ce serait un malheureux accident et je n’aurais aucune hésitation à aller me faire avorter. Et je suis si furieuse quand j’entends / je lis des histoires comme celles de ces femmes salvadoriennes. Je bous de colère. J’ai envie d’hurler. Quand ce monde cessera-t-il d’être si injuste et quand cessera-t-on d’opprimer les femmes ainsi ? Comment peut-il encore exister des gens au 21ème siècle, avec tout le progrès des dernières décennies, qui pensent que les hommes peuvent prendre des décisions pour les femmes ? Comment peut-il exister des gens qui pensent que les femmes sont des êtres inférieurs ? Cela me met tellement en rage que j’ai l’impression qu’aucun mot n’est assez fort pour décrire ce que je ressens. Souvent, j’en pleure, tellement je me sens impuissante, mais ce n’est pas ça qui va faire changer les choses. Alors je m’instruis. Je lis des livres qui racontent l’histoire du monde, l’histoire des femmes et des hommes. Cela m’aide à mieux comprendre, mais certainement pas à accepter, ni à me calmer. Et ça m’énerve que tout le monde n’essaie pas de s’instruire.

L’article d’aujourd’hui est assez long et j’ai choisi de le partager en entier. Pour l’analyse, je me suis limitée aux verbes (en rose), aux connecteurs (en bleu) et au vocabulaire (souligné). J’essaie toujours de faire ces analyses en me mettant dans la peau d’une étudiante avancée qui comprendrait quasiment tout, mais qui aurait tendance à toujours utiliser le même vocabulaire car elle aurait peur de sortir de sa zone de confort. Le temps dont je dispose et mon état d’esprit varient selon les semaines, ce qui fait que les analyses ne suivent pas toujours le même schéma. J’ai tendance à penser que c’est pour tout le monde pareil. Certains jours, vous avez plus de temps et vous allez rechercher les mots et les expressions mal connus dans le dictionnaire, rechercher des exemples, faire vos propres phrases, etc. D’autres jours, vous aurez plutôt recours à la traduction, car ça va plus vite. Ou vous allez mélanger plusieurs méthodes selon ce qui vous vient à l’esprit le plus vite. Il n’y a pas de méthode parfaite. Ce qui compte, c’est de faire ce travail régulièrement, de travailler la langue activement et régulièrement !

On remarquera le vocabulaire de la justice. Et des injustices…

  • toute forme de : any type of
  • y compris : including
  • s’inscrire dans : remarquez la préposition. On s’inscrit à un examen, à un cours, mais quand on dit que qqch s’inscrit dans qqch, on veut dire que ça fait partie de qqch, que c’est en accord avec qqch. Il y a beaucoup de noms qui peuvent être combinés avec s’inscrire dans : la continuité, la durée, le temps, le cadre, un courant de pensée, etc. Le sens du verbe variera un peu selon le nom qui suit.
  • imprégnant : du verbe imprégner = ici, influencer profondément
  • un bébé mort-né : stillborn baby
  • encourait : du verbe encourir = risquer de recevoir. Tous les criminels encourent une peine, risquent de recevoir une sanction
  • lors de : synonyme de pendant
  • homicide aggravé par négligence : type de crime – on entend souvent parler d’homicide volontaire ou d’homicide involontaire. Il peut être aggravé par négligence, maladresse, imprudence, etc.
  • après avoir passé : remarquez la structure : après + infinitif passé – très souvent, les étudiants avancés continuent de faire des erreurs avec cette structure. Est-ce votre cas ? Diriez-vous *après passer ?
  • derrière les barreaux : autre façon de dire en prison
  • clamé son innocence : clamer, c’est manifester ses sentiments, ses convictions, en termes violents, par des cris. Des noms souvent associés à clamer : son innocence, son indignation, son mécontentement, etc.
  • acquittée : déclarée innocente
  • aussitôt : immédiatement
  • acclamé : salué par des cris, approuvé, applaudi
  • ont-elles scandé : remarquez l’inversion, pas inhabituelle à l’écrit. On la trouve souvent après une citation. Scander, c’est dire qqch de façon rythmée, haut et fort. Les manifestants scandent souvent des slogans durant les manifestations.
  • la bataille : un combat, une lutte. Nom qui revient dans beaucoup d’expressions.
  • pourtant : remarquez sa place. Les étudiants ont tendance à le placer presque exclusivement en début de phrase. Vous avez deux exemples dans ce texte où il est placé après le verbe.
  • l’une des législations anti-IVG les plus strictes au monde : plusieurs choses à observer ici : le superlatif (l’une des NOM les plus ADJ), l’accord de l’adjectif, au monde (préposition à), IVG = intervention volontaire de grossesse.
  • stipule : du verbe stipuler – synonyme de dire
  • dans les faits : synonyme de en fait
  • passible de : on peut encourir une peine de prison ou être passible d’une peine de prison, c’est la même chose (voir plus haut)
  • de réclusion : de prison
  • même lorsque : même quand
  • juste après : right after
  • une fausse couche : a miscarriage
  • préférera : remarquez l’utilisation du futur + l’accent aigu sur le deuxième e. Avec les rectifications de l’orthographe, on écrira plutôt : préfèrera, car on prononce /pʁefɛrʁa/. Je parlerai de cette règle dans un post à venir.
  • accusé de complicité : si vous aidez un criminel, vous pouvez être accusé de complicité
  • en mars dernier : le diriez-vous ainsi ? avec la bonne préposition ?
  • à la suite de : + NOM – following
  • la plupart : remarquez que le nom “femmes” a été omis. Il est sous-entendu et c’est pour cela que le verbes qui suit est au pluriel. Voir ce post si vous avez besoin d’un rappel.
  • issues de : venant de
  • preuves ténues : des preuves très minces, fragiles, à peine recevables. Pouvez-vous penser à d’autres adjectifs qui fonctionneraient bien avec le nom “preuve” ?
  • voire : adverbe rarement utilisé par les étudiants. On l’utilise pour renforcer une idée, la pousser un peu plus loin. Par exemple : il me faudra 10 ans pour vraiment comprendre le japonais, voire 20. Tu peux me prêter un livre pour les vacances, voire deux ou trois ?
  • quelles que soient : déclinaison féminin pluriel de “quel que soit” : whatever may be… “quelles” s’accordent avec “preuves“.
  • se dessine : apparait
  • constitue : du verbe constituer – synonyme de créer
  • une double peine : double penalty
  • car : remarquez sa place en début de phrase (2 fois dans le texte) – Les livres de grammaire disent qu’on ne doit pas mettre cette conjonction en début de phrase. Je le dis aussi à mes étudiant·e·s. Mais je le fais moi-même de temps à autre. Comme les anglophones qui apprennent qu’on ne doit pas commencer une phrase avec “and”. Mais qui le font quand même. Je suis pour qu’on prenne des libertés avec la langue et ses règles, une fois qu’on la maitrise à un très haut niveau. Avant ça, je recommande la prudence.
  • les plus aisées : sous-entendu “les femmes les plus aisées
  • se rendre : synonyme de aller
  • celles sans ressources : les femmes sans ressources – utilisez-vous naturellement celle, celui, ceux ?
  • le système D : familier = le système débrouille : resourcefulness, ingenuity
  • quitte à : même si ça veut dire que, au risque de
  • ingèrent : du verbe ingérer = avaler
  • la mort-aux-rats : poison destiné à tuer les rats
  • s’introduisent : du verbe s’introduire – vous pouvez voir ici l’ambigüité du verbe (s’)introduire, avec lequel je recommande à mes étudiant·e·s d’être prudent·e·s
  • des aiguilles à tricoter : knitting needles
  • en parallèle : en même temps
  • à des fins abortives : dans le but d’avorter
  • sous le manteau : en contrebande, au marché noir, illégalement
  • précise : synonyme de dire
  • ont cherché à : du verbe chercher à = essayer de
  • les avortements clandestins : illegal abortions – à quels autres adjectifs pouvez-vous penser avec le nom “avortement” ?
  • se sont multipliés : du verbe se multiplier
  • ont été pratiqués : forme passive
  • en deçà de : en dessous de
  • souligne : synonyme de dire
  • malgré : remarquez la structure malgré + nom
  • fortement ancré : avec des racines très solides, enraciné
  • un clivage entre… et… : une forte différence de pensée
  • sans… mais aussi sans … : observez la structure – demandez-vous si vous l’utiliseriez de vous-même.

L’amour après me too

Si vous me lisez régulièrement, vous savez à quel point les droits des femmes (et de tous les groupes discriminés) est un sujet qui me préoccupe et le mouvement me too (balance ton porc, en France) a éveillé en moi une sorte d’espoir que je n’osais plus éprouver et une énorme envie de m’instruire pour comprendre pourquoi et comment les femmes sont toujours si mal traitées au 21ème siècle. Et bien que je ne vive plus en France depuis longtemps, je sais que la France est particulièrement sexiste et rétrograde en matière de droit des femmes. Que beaucoup de femmes françaises ne sont pas féministes et défendent “l’amour à la française”, qui pourrait se résumer grossièrement à “les hommes sont des mâles avec des besoins auxquels les femmes devraient répondre avec le sourire et elles devraient même se sentir flattées d’obtenir leur attention”. Je caricature à peine. Bien sûr, ce n’est que ma perception personnelle, et bien sûr, tous les hommes ne sont pas des porcs et beaucoup de femmes veulent l’égalité et veulent de débarrasser du patriarcat. Mais mon sentiment, c’est que c’est encore plus difficile en France que dans d’autres pays occidentaux de se sortir de cette mentalité d’un autre temps.

J’ai lu récemment un livre très agréable à lire, écrit par la journaliste Fiona Schmidt (dont par ailleurs j’adore le compte Instagram bordel de mères, sur la charge mentale liée à la maternité, qui s’adresse à toutes les femmes sans exception) et qui traite du sujet de la séduction (hétérosexuelle) en France après me too.

Elle aborde le sujet sur le ton de l’humour. Elle parle des réactions au mouvement me too en France. Car bien sûr, en France comme ailleurs, beaucoup d’hommes ont réagi bizarrement suite aux milliers de témoignages de femmes qui racontaient leurs expériences de harcèlement sexuel et autres violences subies. Ce que ça a pu m’énerver à chaque fois que j’ai entendu quelqu’un dire, “oh mais on peut plus parler à une femme, c’est trop risqué”, ou quelque chose du même acabit.

Elle donne des conseils aux hommes sur comment se comporter vis-à-vis des femmes. Ce n’est que du bon sens, mais malheureusement, il semblerait que le bon sens fasse défaut à tellement de personnes. Si vous ne savez plus comment parler à une femme parce que vous avez peur qu’elle vous accuse de harcèlement sexuel, peut-être devriez-vous repenser votre façon de parler aux femmes, non ? Si vous êtes respectueux, n’y mettez pas les mains sans y être invité, ne faites pas de blagues ou de réflexions à connotation sexuelle malaisantes, et prenez un sourire et un comportement amical pour ce qu’ils sont et rien d’autre, autrement dit pas une invitation à coucher, vous devriez vous en sortir indemnes.

Ce livre est assez court, 160 pages et se lit vite. Je l’ai lu un samedi après-midi, d’une traite. Certaines références sont très françaises et vous échapperont peut-être, mais le thème est universel, même si elle parle surtout de la situation en France. Elle appuie ses arguments et les chiffres qu’elle donne avec une bibliographie solide et beaucoup de notes de bas de page qui renvoient à des articles et des études.

Vanessa Kayo

J’ai découvert cette humoriste sur Instagram et en la recherchant en ligne, j’ai appris qu’avant d’être humoriste, elle était prof de français !

J’aime ce qu’elle fait et j’ai décidé de partager aujourd’hui une courte vidéo d’un extrait de son spectacle, dans lequel elle annonce une problématique et fait un plan 🙂 Les anciens candidats au DALF et les aspirants devraient reconnaître la structure. Quand au langage utilisé, disons qu’il est très familier.

Ne vous embêtez pas avec les sous-titres autogénérés car c’est du grand n’importe quoi.

Début de la vidéo : Alors quand tu lui dis “j’ai pas envie”, le mec moche a cette réponse mythique : bah pourquoi ? Aaaah, t’aimes pas ça, c’est ça ? Oui, parce qu’en plus, je dois me justifier. D’accord. Donc, je ne veux pas avec toi, donc est-ce que j’aime ça ? Bah écoute, c’est une question très pertinente que nous allons développer ensemble : Aime-t-elle ça, la bite ? Ah bah c’est bien ça la problématique, on va pas se mentir…

Le racisme en France

Le weekend dernier, je mentionnais le podcast Kiffe ta race, et j’expliquais qu’en France, on est vite mal à l’aise quand on aborde le thème des races.

Diriez-vous que le racisme est systémique dans votre pays ? Est-il réservé à l’extrême-droite ?

Le mois dernier, j’ai fait travailler un étudiant avec cette vidéo, que j’avais trouvée très intéressante. Je ne connaissais pas cette autrice mais cela m’a donné très envie de lire son livre. Il n’est malheureusement pas disponible en version numérique. Il faudra que j’aille voir s’ils peuvent me le commander dans une librairie ici, ou que je me le fasse apporter par des amis qui viennent me rendre visite cette année.

Je n’ai évidemment pas la même expérience que Jo Güstin, car je suis blanche et la seule discrimination à laquelle j’ai été confrontée et le suis toujours, c’est le sexisme. Mais je n’ai aucun mal à comprendre ce qu’elle explique car j’ai des yeux et des oreilles et qu’ils fonctionnent très bien. J’ai grandi en France, et depuis que je travaille exclusivement comme prof de français, j’essaie de suivre les actualités françaises et de me tenir au courant de l’évolution de la société française. J’y suis retournée plusieurs fois depuis que j’ai quitté le pays et j’y ai des amis. Je le dis depuis toujours, le racisme est partout en France. Tout comme le sexisme.

Bien sûr, on trouve du racisme partout. J’ai vécu dans plusieurs pays, je l’ai remarqué partout. Mais est-ce une excuse ? Et la façon dont il est exprimé est-elle la même partout ? J’ai encore beaucoup à apprendre sur ce sujet, mais le peu de littérature que j’ai lue et mon expérience personnelle me poussent à croire qu’en France, le racisme est pire que dans beaucoup d’autres pays à majorité blanche. Ou peut-être que je regarde la France avec des yeux plus critiques car j’en viens. Mais comme l’explique le podcast Kiffe ta race, en France on veut nier la différence au nom d’un égalitarisme très français et par conséquent, on ne nomme pas les choses telles qu’elles sont et beaucoup se laissent endormir et choisissent de croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, tout le monde est l’égal de son voisin en France, il n’y a pas de races, donc pas de racisme, et la vie est belle. Sauf que ce n’est pas du tout la réalité de la France ! Toutefois, ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ne s’instruisent pas et sont prêts à croire tout et n’importe quoi, tant que ça ne dérange pas leur petit confort, et finissent par laisser des commentaires sur YouTube tels que : “Tout cela est dans ça tête il ý à des gents qui sont mal dans leurs peaux partout dans le monde nous ne sommes pas plus racistes que les autres pays arrêter avec çà celà devien insupportable”. (J’ai laissé les fautes de français, vous pouvez vous amuser à les corriger)

Si le rythme de l’interview est un peu difficile pour vous, voici les questions de la journaliste pour vous aider. Essayez de comprendre les réponses !

  • Comment s’est passée votre intégration en France ?
  • Et tout ça est arrivé quand vous êtes arrivée en France ?
  • Alors, quand on lit votre livre, Sissi, votre personnage principal, elle a pour projet d’écrire un livre qu’elle intitulera « on est en France ici », une lettre d’adieu à la France. « J’irai à la rencontre de plusieurs Françaises non blanches et les interrogerai sur les rapports douloureux ou forcés qu’elles entretiennent avec l’institution France » Par rapport à ce que vous m’avez répondu à la première question que je vous ai posée, vous vous êtes donc inspirée de votre vécu pour écrire ce livre, mais quelle est la part d’autobiographie et de fiction dans ces cas-là ?
  • Vous vous attendiez à être racisée ? Je rappelle qu’une personne racisée est une personne qui subit le racisme systémique. Vous vous attendiez à ça ?
  • Tout ce qui vous a fait mal et tout ce sentiment de mal vivre en France dont vous parlez dans votre livre ?
  • Vous avez choisi, malgré tout ça, de vous faire naturaliser française. Comment réagissez-vous quand vous voyez ce qui s’est passé dimanche dernier, le rassemblement national qui arrive en tête des élections européennes, vous qui avez déjà vécu tout ça, qui avez quand même choisi de vous faire nationaliser française, vous en pensez quoi ?
  • Alors pourquoi finalement, vous avez choisi de vous faire naturaliser française ?
  • Vous avez mis du temps à accepter d’être lue par qqn d’autre que votre maman et que votre cousine. Qu’est-ce que qui a fait que vous avez eu ce déclic, que vous vous êtes dit, bon allez, ça y est maintenant je vais publier mes livres ?
  • Et par rapport à votre côté humoriste, vous parlez également de tous ces thèmes : le sexisme, l’homophobie, l’intégration, le racisme, vous avez l’impression que grâce à l’humour, certains messages passent mieux ? Vous le ressentez quand vous faites vos stand-ups ?
  • Vous avez envie de surprendre ?
  • C’était même pas voulu à la base ? Mais c’est grâce à l’humour que vous surprenez et que vous arrivez à faire passer des messages que vous voulez faire passer ?
  • Vous vouliez surprendre aussi avec votre couverture, cette mise en scène, c’était le but ?

Podcast : kiffe ta race

En ce jour de fête nationale française, j’aimerais parler d’un sujet sensible en France : la race.

Savez-vous qu’en France, il est mal vu de parler de race. D’ailleurs, à cette époque l’année dernière, le mot “race” a été supprimé de la Constitution française. Je n’ai honnêtement pas compris pourquoi. Pensaient-ils que si le mot n’était plus utilisé, le racisme disparaitrait ?

Savez-vous aussi qu’en France, il n’y a pas de statistiques ethniques ? Je vous laisse imaginer ma surprise quand je suis partie vivre aux Etats-Unis il y a de nombreuses années et qu’à chaque fois que je devais remplir un questionnaire administratif, je devais cocher une case pour indiquer que j’étais blanche. Je ne savais même pas quoi cocher la première fois car le terme qui me correspondait était “Caucasian”. Pour moi, ce mot évoquait les montagnes séparant l’Europe de l’Asie et je n’aurais jamais imaginé qu’il me décrivait. Mais j’ai appris que c’était ma race. Puis en Angleterre, je cochais en général “White (other)”, car il y avait une case “White British”. Mon mari, qui est britannique, a coché toute sa vie “mixed race”, avec parfois des précisions.

Le fait est donc que dans la culture anglo-saxonne, il est tout à fait normal de parler de race. En France, il y a un certain malaise autour de la question. C’est historique, c’est politique, je n’ai pas assez de connaissances pour bien en parler, mais ce que j’ai, c’est un sentiment très fort que la France est terriblement raciste (en plus d’être profondément sexiste) et que retirer le mot race de la Constitution ne va pas éradiquer le racisme, bien au contraire.

En plus du mot race, il y a un autre mot avec lequel les Français semblent avoir un problème : c’est le mot noir. Beaucoup ont du mal à prononcer ce mot pour désigner une personne noire. À la place, ils disent black. Je ne sais pas tout à fait pourquoi. Le mot fait-il peur ? Ont-ils peur d’être taxés de racistes s’ils le prononcent ? Il existe beaucoup de mots désobligeants dans la langue française pour qualifier les personnes non blanches mais noir… ?

L’année dernière, il y a presque un an exactement, je parlais d’identité française dans ce post. Et il y a quelques mois, j’ai découvert un podcast très intéressant qui aborde le thème des races et du racisme. Je n’ai pas encore écouté tous les épisodes, mais ceux que j’ai écoutés m’ont énormément plu : Kiffe ta race. Il est présenté par Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice française noire, et Grace Ly, bloggeuse, autrice et vidéaste française asiatique. Chaque épisode dure aux alentours de 40 minutes, qui passent trop vite à chaque fois à mon avis. J’aurais toujours envie de les écouter discuter de chaque thème plus longtemps.

Elles reçoivent des invité·es pour discuter de questions raciales, de représentations, de féminisme, d’intersection, etc., et c’est très informatif. Si vous avez envie de mieux comprendre la France, ce podcast pourra vous être très utile.

Voici un extrait de la description du premier podcast, avec lequel je suis entièrement d’accord :

Commentateurs sportifs français

Je ne m’intéresse pas au foot. Je ne m’intéresse pas au sport à la télé en général à quelques exceptions près. Je ne suis donc pas vraiment au courant de ce qui se passe dans le milieu sportif. Mais en ce moment se déroule la coupe du monde féminine de football et aïe aïe aïe mes oreilles quand j’écoute des programmes français. Les commentaires sexistes sont récurrents, même de la part de journalistes et animateurs que je trouvais plutôt sympas avant cette semaine. J’en crois à peine mes oreilles et je me dis que ce genre de réflexions ne passeraient pas du tout en Angleterre. Parce que les Anglais sont conscients, en général, que ce genre de discours est inacceptable et nocif à la société.

Mais ce n’est pas exactement de la coupe du monde que je veux parler. Je veux parler d’une histoire qui a eu lieu la semaine dernière. Je ne sais pas si les médias en ont parlé en dehors de la France. Vous avez peut-être entendu parler de “l’affaire Neymar”, ce joueur de foot brésilien qui joue pour Paris, qui est payé des millions pour taper dans un ballon (et qui apparemment est toujours blessé donc joue très peu, mais encaisse quand même les millions). Ce jeune homme aurait rencontré sur les réseaux sociaux une jeune femme brésilienne, vivant au Brésil, et l’aurait invitée à venir le rejoindre à Paris pour quelques jours. Cette jeune femme l’aurait ensuite accusé de viol. Je ne vais pas parler en détail des commentaires que j’ai entendus à la radio française, d’hommes et de femmes, mais encore une fois, j’ai eu mal aux oreilles. En gros, personne n’y croit, car Neymar n’aurait jamais pu faire ça (parce qu’évidemment les violeurs ont le mot violeur écrit sur leur front, c’est plus facile pour les reconnaitre), les millionnaires ne violent pas, et si elle a fait tout ce trajet, tous frais payés, elle était obligée de coucher avec lui, donc c’est impossible qu’il y ait eu viol. Belle mentalité, cette mentalité française, non ? Je ne sais pas ce qui s’est passé, et peut-être qu’il y a eu viol, peut-être que cette femme est une grosse menteuse, mais je ne comprends pas comment on peut s’improviser juge et déclarer qu’il n’y a pas eu viol, sans preuves, sans rien savoir, juste parce que c’est un mec célèbre. C’est rageant !

Mais quelque chose de plus spécifique qui m’a vraiment dégoûtée, ce sont les commentaires dégueulasses de deux commentateurs sportifs. Les médias français en ont parlé et la ministre de l’égalité s’est assurée que cela ne passerait pas inaperçu et ne resterait pas impuni. Dans cette vidéo, vous pouvez voir ces deux porcs discuter du fait qu’ils trouvent la fille moche. Le physique de Neymar n’est jamais évoqué, évidemment, et pourtant, je suis sure que je ne suis pas la seule à le trouver vraiment très bof. Mais il est riche, peu importe qu’il ne soit pas top model, son argent suffit pour qu’on estime qu’il mérite (oui oui, mérite) de coucher avec des filles de type mannequin. Dans la vidéo, on voit un des types demander à l’autre s’il a vu “la nana” avec une expression qui en dit long sur ce qu’il pense d’elle. Il continue en disant que “si tu fais venir une nana du Brésil, je m’attendais à ce que ce soit un avion de chasse intersidéral, t’es vachement déçu”. Pourquoi ?? En quoi la vie sexuelle de Neymar le concerne et devrait le rendre fier ou peut le décevoir ? L’autre dit que c’est de la deuxième division, que Neymar peut avoir tout ce qu’il veut mais qu’il a pris une ligue 2, que quand tu t’appelles Neymar, t’as un minimum de qualités (qu’est-ce que ça veut dire ?????) puis il continue avec des comparaisons de mauvais goût entre les femmes et le football. L’autre reprend en disant “tu vois ça débarquer et à l’arrivée tu te retrouves dans la merde…” Déjà, il parle d’une femme en disant “ça”, et donc, si elle avait été à leur goût, ça vaudrait la peine de se retrouver accusé de viol parce qu’au moins il se serait tapé une femme acceptable ???? Une femme “moche” ne peut pas être violée ? Si un homme couche avec elle, c’est un service qu’il lui rend et elle devrait dire merci ? C’est à vomir !

Ces hommes se trouvent malins, drôles, mais ce sont des porcs comme il en existe beaucoup et quand on voit les commentaires en ligne de tout le monde qui soutient Neymar et insulte cette jeune femme, c’est terrifiant. Peut-être a-t-elle menti et aucun des scénarios possibles ne me surprendraient. Comme le dit une de mes étudiantes brésiliennes, Neymar est un jeune idiot qui devrait apprendre à mieux protéger sa vie privée et s’il est innocent, que ça lui serve de leçon. Mais le traitement médiatique de cette histoire par les médias français est insupportable à mes yeux. Et à mes oreilles. Quand on voit ça, on se dit que le sexisme a encore de beaux jours devant lui en France, et heureusement que Marlène Schiappa veille au grain, malgré tout ce qu’elle se prend constamment dans la tête par… les médias, encore une fois. C’est la secrétaire d’état chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Elle ne laisse rien passer et elle est énormément critiquée, mais moi, elle me plait et j’espère qu’elle restera longtemps à ce poste et qu’elle continuera à se battre pour les droits des femmes et des minorités !