Philosophie du mardi

Oui, c’est mercredi, mais je l’ai écoutée hier. Et je la partage aujourd’hui. Ce n’est pas la première fois que je partage une chronique de Marina Rollman, probablement pas la dernière fois non plus. Je la trouve super drôle et intelligente. Elle ne me déçoit jamais.

Femmes soldates, agentes de la paix

Cette semaine, mes lectures se sont focalisées sur le sort des femmes en temps de guerre et particulièrement sur l’horreur des violences sexuelles qu’elles subissent inévitablement (ce fut une semaine très intense) et mon cher téléphone qui m’espionne du matin au soir m’a donc proposé des articles plus ou moins connectés à ce sujet, dont celui-ci.

J’ai surligné en jaune les participes passés et en bleu la plupart des connecteurs. J’ai mis en rouge quelques verbes et expressions verbales à observer et en vert, 2 pronoms très souvent confondus par les apprenant.e.s.

Majorité opprimée

J’ai une semaine très chargée, pas vraiment le temps d’écrire, mais j’ai repensé à ce court-métrage cette semaine et l’ai regardé à nouveau.

Il dure 10 minutes.

Si vous en voulez plus, regardez Je ne suis pas un homme facile sur Netflix !

La crise actuelle et la langue française

Comme je suis un peu débordée ces temps-ci, je n’ai pas vraiment le temps de proposer une analyse de texte, mais j’ai lu cet article paru dans The Conversation et écrit par l’excellente Éliane Viennot, dont le travail m’inspire énormément, et je me suis dit que j’allais le partager.

J’ai relevé assez rapidement en rouge, des verbes et expressions verbales (observez les associations de mots et les prépositions), en vert, du vocabulaire à observer, en bleu, les connecteurs et en jaune, les pronoms relatifs (certains m’ont peut-être échappé).

Le sujet de cet article me tient évidemment beaucoup à cœur et j’espère qu’ils vous interpellera également.

Livre : Kiffe kiffe demain

En ces temps de confinement, celles et ceux d’entre nous qui vivent seul.e.s, et qui ont donc du temps pour lire à priori, vont pouvoir en profiter.

Il y a quelques semaines, j’ai lu un petit livre très sympa, très touchant et très rafraichissant, qui m’a laissée de bonne humeur après l’avoir terminé, même si j’ai versé quelques larmes pendant la lecture.

Il est très rapide à lire. Je crois que j’ai mis deux heures au total.

La narratrice, Doria, est une ado de 15 ans, assez solitaire, qui vit seule dans une cité avec sa mère analphabète, depuis que son père est retourné au Maroc pour y épouser une femme plus jeune qui pourra lui donner d’autres enfants. Elle regarde beaucoup la télé et a une façon d’analyser le monde et les gens autour d’elle à la fois amusante et réaliste.

On croise plusieurs personnages récurrents qui font partie de la vie de Doria, certains plutôt attachants. Le ton de la narration est très oral, très facile à lire. Une de mes étudiantes qui l’a lu m’a dit l’avoir trouvé très vivant.

Je trouve que c’est un livre qui fait réfléchir au monde dans lequel on vit, à la vie à laquelle sont destinées certaines personnes, juste parce qu’elles sont nées à un certain endroit, dans un certain pays. Ça fait réfléchir aux systèmes mis en place, qui souvent entravent les gens, et qui dictent à certaines personnes quelle doit être leur place dans ce monde, sans leur donner la possibilité d’en choisir une autre. Le ton est léger et on sourit beaucoup, mais les thèmes abordés ne le sont pas forcément et on a aussi parfois une grosse boule dans la gorge.

En voici un petit extrait:

Mme Burlaud vient de me proposer un truc chelou : un séjour aux sports d’hiver organisé par la municipalité. Elle a insisté en disant que ce serait bénéfique pour moi, que j’allais rencontrer du monde, me couper un peu du quartier. Ca devrait peut-être m’aider à m’ouvrir aux autres.

Je veux pas y aller parce que j’ai pas envie d’abandonner ma mère, même si c’est rien qu’une semaine. Et puis les séjours en groupe, avec des gens que j’ai même pas choisis, hors de question ! Rien que le voyage, même pas en rêve. Huit heures dans un car qui pue le vomi, où on chante des chansons des années quatre-vingt et où on fait des pauses-pipi toutes les demi-heures, laisse tomber !

Au début Mme Burlaud elle croyait que c’était à cause des sous que je voulais pas y aller.

– Tu sais comment ça se passe, on en a déjà discuté ensemble. Ça va rien coûter à ta mère si c’est ça qui te préoccupe…

De toute façon, le ski ça pue la merde. C’est comme si tu faisais du toboggan debout avec un bonnet et une combinaison boudinante et fluo. Je le sais, j’ai déjà regardé des compétitions de ski à la télé.

Vous pouvez observer, entre autres, qu’elle utilise beaucoup d’argot, du verlan, et qu’elle ne s’encombre pas des deux parties de la négation.

L’autrice, Faïza Guène, avait 19 ans quand ce premier livre a été publié. Depuis, elle en a écrit d’autres, que j’ai très envie de lire.

Elle était l’invitée de l’épisode 3 de Kiffe ta race, l’un de mes podcasts préférés, dans cet épisode.

Une petite victoire

Le mois dernier, je mentionnais dans un post quelque chose qui s’était passé avec un des entraineurs de ma salle de sport. Il avait tenu un discours tellement aberrant pour moi que j’en avais perdu le sommeil. Il n’y avait pas eu que cet incident, mais il y avait largement contribué car je devais, entre autres, me poser la question de savoir si j’allais continuer à aller à la gym ou non.

Je ne suis jamais retournée au cours de CrossFit quand c’était lui qui faisait cours. Et malheureusement pour moi, il fait cours les jours qui me conviendraient le mieux. Alors, comme l’abonnement à cette salle de sport est super cher et que j’ai décidé que je ne pouvais pas faire abstraction de cet incident et ne souhaitais en aucun cas me retrouver en présence de cet homme, j’ai pris la décision de le résilier.

J’ai rempli le formulaire en ligne pour donner mon préavis de 30 jours, et je me suis dit que j’irais aux cours du coach que j’aime bien pour ce dernier mois, même si ce n’est pas très pratique et que je ne peux pas y aller très souvent. Le formulaire demandait d’évaluer la gym et de laisser un commentaire. J’ai écrit simplement que je n’étais plus à l’aise avec tous les entraineurs et que comme je ne pouvais plus venir autant que je le souhaiterais, cela n’avait pas de sens que je continue à payer pour cet abonnement. J’ai aussi suggéré que, considérant qu’ils travaillaient avec toutes sortes de personnes, de cultures variées et chacune avec sa propre histoire, les entraineurs pourraient suivre une formation qui les sensibiliseraient à certains sujets.

J’ai reçu une réponse du propriétaire de la gym s’excusant de la situation. Il pensait que c’était lui qui m’avait poussée à prendre cette décision, et comme j’avais assisté à un de ses cours pour la première fois quelques jours auparavant, je peux voir comment il a fait ce rapprochement, bien qu’il n’ait absolument rien dit ou fait qui aurait pu m’offenser. Il a même résilié mon abonnement sur-le-champ, pensant que c’était ce que je voulais.

Je lui ai donc répondu que cela n’avait rien à voir avec lui mais qu’il y avait certains sujets sur lesquels je n’avais aucune envie de faire des compromis et qu’il y avait des gens que je refusais de fréquenter une fois que je connaissais leur vision du monde.

Il a décidé de poursuivre la conversation et m’a affirmé qu’il comprenait et respectait ma décision, mais qu’il se demandait toutefois si cela pouvait être un malentendu qui pouvait être résolu. Il a ajouté qu’il était persuadé que le coach serait ouvert d’esprit et prêt à entendre mon point de vue.

Ce à quoi j’ai répondu par un long email dans lequel j’ai expliqué que pour moi, il n’y avait aucun malentendu et que non, cela ne pourrait pas se régler comme ça. J’ai entendu ce que j’ai entendu et je ne peux pas le “désentendre” (je ne crois pas que ce soit un mot, mais si le français avait la flexibilité de l’anglais, c’en serait un). Je lui ai expliqué que je refusais de m’imposer d’être en présence de qui que ce soit qui perpétuait la culture du viol, en l’occurrence en défendant un violeur avéré en disant qu’il n’était pas le genre d’homme à faire ça. Que d’être riche et célèbre ne voulait pas dire qu’on était un homme bien. Que n’importe quel criminel était un mec super aux yeux de certains. Et que quand je disais à mon coach que j’avais un problème avec le fait qu’on fasse d’un violeur un héros et que ce coach me répondait que les femmes accusent les hommes célèbres de viols pour l’argent et que le violeur qui a reconnu les faits n’était pas le genre d’homme à faire ça, cela me causait un vrai problème. Je lui ai dit que c’était débile, dangereux, et que ça me dégoutait. Et que pour moi, il n’y avait pas de marche arrière possible.

Puis j’ai continué mon email en lui disant qu’en tant que coach, ce mec devrait faire attention aux idées qu’il défend. J’ai ajouté plusieurs autres points et j’ai même partagé un article de Roxane Gay sur ce sujet que j’ai lu et relu et qui m’a fait un bien fou. (J’adore Roxane Gay)

Puis je lui ai dit que maintenant, il savait exactement pourquoi je ne voulais plus venir à la gym et qu’il pouvait faire ce qu’il voulait de cette information.

Il m’a remerciée d’avoir partagé cette histoire et mon point de vue avec lui et m’a dit qu’il allait prendre un peu de temps pour digérer toutes ces informations, qu’il allait enquêter de son côté et revenir vers moi.

Le soir, mon dernier cours de français ne finissait pas trop tard alors je suis allée au CrossFit car c’était mon coach préféré qui faisait cours.

Le patron de la salle de sport m’attendait à la fin du cours et m’a demandé s’il pouvait marcher un peu avec moi. J’ai accepté et il m’a dit qu’il avait parlé avec le coach, qu’il le connaissait depuis un moment et qu’il ne pensait vraiment pas qu’il soit sexiste. Je lui ai dit que je me contrefichait de son opinion et que sa parole d’homme n’avait aucune valeur à mes yeux si c’était pour contredire la mienne à ce sujet. J’ai fait le parallèle avec le racisme pour qu’il comprenne mieux, en lui disant que s’il me disait qu’un type blanc était un gros raciste et que je lui disais “non, tu dis n’importe quoi, je le connais bien, il est pas raciste du tout”, ma parole et mon opinion à ce sujet n’auraient, pour les mêmes raisons évidentes, aucune valeur. On a continué à discuter et comme on était presque chez moi, je lui ai proposé de venir boire un coup. On s’est arrêtés au magasin du coin de la rue, on a acheté de quoi boire un coup et on est allés chez moi. Mon mari, qui est à la fois non blanc et féministe, était là et nous avons discuté tous les trois pendant trois heures. Ce fut une discussion très intéressante et très sympa.

Le lendemain, j’ai reçu un texto de ma copine du CrossFit, qui était là le jour où le coach a fait ce commentaire dégueulasse, me disant que les entraineurs avaient demandé à lui parler après le cours pour lui demander son ressenti par rapport à tout ça. Elle m’a soutenue à 100%, parce qu’elle est complètement d’accord avec moi, même si elle a fait le choix de continuer d’aller à ses cours, et leur a dit que ce qu’il avait dit était complètement idiot et irrespectueux des femmes et que les accusations des femmes étaient trop souvent ignorées et rejetées sous prétexte que le mec était riche et/ou célèbre. Apparemment, l’entraineur en aurait parlé avec sa compagne qui lui aurait dit que c’était un sujet très sensible. Ma copine m’a raconté qu’il s’était excusé, mais son impression à elle, c’est qu’il ne se rend pas vraiment compte de la gravité de ce qu’il a dit. Mais au moins, maintenant, il sait !

Alors je lui ai dit, super, on change le monde un homme à la fois… À ce rythme là, la planète a le temps d’exploser avant qu’on ne voie quelque changement que ce soit !

Mais cette semaine, j’ai reçu un email du propriétaire de la salle de sport me disant qu’il avait apprécié notre discussion et que je pouvais continuer à aller en cours pour le dernier mois, gratuitement. Puis il m’a assuré qu’il prendrait des mesures pour que son personnel soit mieux formé pour mieux servir les clients. Et il a conclu en disant qu’il espérait qu’avec le temps, je laisserais une chance à cet homme de s’excuser en personne et que s’il savait alors ce qu’il sait maintenant, il n’aurait pas tenu le même discours et qu’il souhaiterait me parler autour d’un café.

Je ne vois pas ma victoire dans le fait que je peux aller pratiquer le CrossFit gratuitement ce mois-ci si ça me chante, mais dans le fait que peut-être, un homme qui tenait ce genre de propos abjects encore récemment, va réfléchir à son comportement, à ses paroles, et prendre conscience de la réalité dans laquelle vivent les femmes. Peut-être qu’il va être plus attentif et plus sensible à notre cause. Peut-être qu’il va décider de s’instruire sur le sujet et qui sait, faire passer le mot parmi ses potes sexistes. Mais il est aussi possible qu’il ne change pas et qu’il fasse semblant d’être désolé parce que cela s’est passé sur son lieu de travail et que son patron s’en est mêlé.

Je n’ai aucune envie d’aller boire un café avec lui. Déjà parce que je ne bois pas de café, et ensuite parce que c’est trop frais et que je ne pense pas qu’il ait eu le temps de réfléchir à tout ceci en profondeur. Je ne dis pas jamais, mais pas pour l’instant. Si je le recroise dans un autre contexte à l’avenir et qu’il choisit de venir me parler et que je le sens sincère et plus informé sur le sujet, alors pourquoi pas. Mais pas maintenant.

Quant à aller en cours ce mois-ci, je ne sais pas. J’adore le CrossFit, mais j’avais l’intention de payer pour le dernier mois, et accepter d’y aller gratuitement me donnerait un peu l’impression qu’on achète mon silence, en quelque sorte. Qu’on me fait un cadeau pour que je passe l’éponge sur cet incident, pour que je l’oublie. Mais je ne veux pas l’oublier et je ne vais pas l’oublier. Ce n’est pas un problème personnel, même s’il m’affecte personnellement. C’est le problème de toutes les femmes qui ont été abusées, de toutes les femmes qui ont raconté leur histoire et qui n’ont pas été crues, de toutes les femmes qui doivent se plier au système patriarcal et s’écraser constamment parce que la société exige qu’elles restent à “leur” place, de toutes les femmes qui se retrouvent sans voix quand quelqu’un leur dit que c’est la faute des filles/femmes si elles se font violer, etc. Si je retournais au CrossFit maintenant, juste parce que je n’ai pas besoin de payer, j’aurais l’impression de trahir ce en quoi je crois.

Du coup, j’ai repris la Zumba.

Livre : Beauté fatale

Le mois dernier, j’ai beaucoup lu. Je tiens ma résolution de ne lire que des livres écrits par des femmes. Que j’ai d’ailleurs élargie en décidant de ne regarder que des séries et des films soit réalisés ou produits par des femmes, soit avec au moins une femme comme personnage principal, ou qui traitent de discriminations que subissent d’autres groupes. J’ai adoré Fleabag et Big Little Lies, que je recommande vivement, même si ce n’est pas en français. Et l’on peut trouver des listes en ligne de séries et de films réalisés par des femmes sur Netflix. Je les ai mis dans ma liste.

J’ai adoré tous les livres que j’ai lus en janvier et je ne saurai dire lequel j’ai préféré, car ils m’ont tous apporté quelque chose de différent.

Mais j’ai découvert l’écriture de Mona Chollet, journaliste et essayiste suisse que j’avais déjà écoutée dans un podcast et que j’avais trouvée fascinante. J’ai plusieurs livres d’elle qui m’attendent, mais j’ai commencé pas Beauté fatale, un livre qui parle de l’industrie de la beauté et de ce qu’elle fait aux femmes en particulier et à la société en général. C’est un livre tellement riche en informations et tellement profond et juste dans sa réflexion que je ne sais pas par où commencer pour en parler. Cela fait deux ou trois semaines que je veux écrire un post à ce sujet, mais il y a trop de choses à dire et j’ai été un peu bloquée.

Mona Chollet analyse les diktats de la beauté et démontre comment l’industrie de la beauté s’est infiltrée dans nos vies et participe au sexisme ambiant. Comment nous, les femmes, en sommes arrivées à détester notre corps car il ne correspond pas aux images dont nous sommes matraquées à longueur de temps et dont on nous dit qu’elles sont les seules représentations de la beauté possibles, et que, évidemment, toute femme qui se respecte doit aspirer à être aussi belle que possible. 🤮

A travers sept chapitres, elle analyse les discours publicitaires, les séries télé, la presse féminine, des enquêtes sociologiques, des témoignages de mannequins et autres, et nous explique comment le monde dans lequel nous vivons nous pousse à nous détester, à être mal dans notre peau, à ne voir notre valeur que dans le regard des hommes, et ainsi à être éternellement soumises et subordonnées.

J’aime penser que je suis plutôt intelligente et que j’ai toujours été féministe. Mais si je veux être honnête, j’ai longtemps pensé que ma valeur était dans le regard des hommes. J’ai toujours détesté me faire emmerder dans la rue, mais adolescente, si j’avais peur quand les hommes me faisaient des commentaires sexistes dans la rue, des “compliments” selon eux, j’étais aussi immensément flattée de l’attention, car j’étais persuadée d’être moche comme un pou. Si un homme, aussi moche et dégueulasse soit-il me remarquait, c’est que peut-être je n’étais pas aussi horrible que ça. Complètement tordu, non ? J’ai un peu envie de vomir en y repensant, et je suis ravie d’avoir évolué et d’avoir arrêté de penser de cette manière il y a bien longtemps (et de ne plus avoir peur de dire aux hommes d’aller se faire mettre tout en leur montrant mon majeur) mais j’ai compris maintenant pourquoi je ressentais ce besoin de validation, et pour en avoir discuté avec beaucoup de femmes, je sais que je n’étais pas la seule. Et je sais aussi que même si les choses évoluent et que les nouvelles générations sont plus “woke”, il y a encore trop de femmes qui pensent que leur valeur ne peut être validée que par le regard des hommes, qui se retrouve dans la mode, à la télé, au cinéma, dans la pub, et partout en fait.

Mona Chollet parle plus spécifiquement de la France dans son livre et comme pour beaucoup de mes autrices préférées, son regard critique est en plein dans le mille.

Dans le premier chapitre, elle parle de la série Mad Men. Je ne l’ai pas vue et je la regarderai si je prends ma retraite un jour et que j’ai plus de temps, mais elle m’a été recommandée par plusieurs amis dont j’approuve les gouts en général. Mona Chollet la décrit assez bien pour que l’on puisse comprendre que la série se déroule dans les années 60, à une époque où le sexisme régnait et où j’aurais détesté vivre.

Puis elle écrit : “On reste donc pantois en découvrant, lorsque le phénomène déferle pour de bon sur la France, à l’automne 2010, sur quoi se fonde l’engouement pour Mad Men : sur les jolies robes. Sur le style. Couturiers et magazines de mode se sont emparés de l’univers de la série, à laquelle ils multiplient les hommages. “Quelle jeune femme d’aujourd’hui n’a pas envie d’un brushing impec et de jolis ongles carmin ? C’est l’effet Mad Men ! s’extasie Elle. “Alors que nous vivons aujourd’hui dans un monde où le style casual est devenu la norme, Mad Men ressuscite une période où chaque femme faisait l’effort de s’habiller avec soin pour mettre en valeur sa féminité” écrit L’Express Styles.” (🤢🤢🤢 = moi)

Et voici une petite capture d’écran avec des passages que j’ai surlignés pour moi-même.

Tout ça se trouve dans les premières pages du livre. J’ai été happée immédiatement.

Du début à la fin, c’est un livre fascinant.

Avoir ses règles en Inde

Je ne connais aucune femme qui pense qu’avoir ses règles est une partie de plaisir. Mais jusqu’à récemment, je n’avais pas vraiment conscience que même dans les pays riches, il y a des femmes pour qui choisir entre s’acheter à manger et s’acheter des protections périodiques est une réalité

Je savais par contre qu’avoir ses règles en Inde était une raison de plus pour traiter les femmes comme des citoyennes de seconde classe, voire de troisième classe, voire d’aucune classe du tout. J’ai lu pas mal sur le sujet et j’ai eu l’occasion de l’aborder avec des femmes indiennes. Je savais qu’une femme hindoue ne pouvait pas entrer dans un temple hindou durant ses règles car j’ai visité des temples hindous avec des amis indiens et mon amie, qui avait alors ses règles, nous attendait à l’extérieur à chaque fois. N’étant croyante en aucun dieu, c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à comprendre, et je lui ai fait remarquer que personne n’irait vérifier. Mais pour elle, pourtant féministe convaincue, c’était juste impensable d’enfreindre cette règle (sans aucun doute créée par des hommes).

Quand j’ai lu cet article ce weekend, j’ai bouilli de colère. J’ai envie d’hurler, j’ai envie de tout casser, j’ai envie de pleurer, je me sens désemparée. Quel est ce monde dans lequel on vit, où tout est bon pour humilier les femmes ?

Pour faire un peu de français en même temps qu’on se révolte, j’ai mis en rouge des verbes et des constructions verbales à observer, en vert, des groupes prépositionnels et en bleu, des connecteurs. L’article n’est pas très compliqué linguistiquement, mais c’est bon de parfois reprendre quelques bases et d’observer des structures qu’on est supposé connaitre mais sur lesquelles on a parfois des hésitations.

Sur un autre thème – le racisme – ce weekend, j’ai regardé le documentaire d’Ava DuVernay, 13th, sur Netflix, qui m’a laissée en larmes et auquel j’ai du mal à arrêter de penser. Les derniers mots prononcés dans ce documentaire résonnent encore en moi. L’homme dit que les gens affirment tout le temps qu’ils ne comprennent pas comment les gens pouvaient tolérer l’esclavage, comment avaient-ils pu accepter ce système, comment les gens avaient pu aller à des lynchages et y participer, comment les gens pouvaient-ils accepter la ségrégation, c’est complètement fou, que s’ils avaient vécu à cette époque, ils n’auraient jamais toléré tout ça (ma grammaire et ma concordance des temps, c’est un peu n’importe quoi ici, mais j’essaie de traduire ce dont je me souviens et de retranscrire le discours direct et ça donne un drôle de résultat). Puis il dit, très justement à mon avis, que nous vivons à cette époque et que nous le tolérons.

Comment peut-on tolérer le traitement réservé aux Noirs aux Etats-Unis (et partout ailleurs) ? Comment peut-on tolérer le traitement réservé aux femmes en Inde (et partout ailleurs) ? Comment peut-on tolérer le traitement réservé aux homosexuels, aux handicapés, aux gros, aux pauvres, etc. ? La violence de ce monde est intolérable, mais la plupart d’entre nous la tolérons, voire l’ignorons totalement.

Série : Le Bazar de la charité

J’ai regardé cette série en une journée, avec quelques interruptions car j’avais un peu de travail à faire, mais dès le premier épisode, j’ai été captivée. Beaucoup plus que je l’avais anticipé. Je ne suis pas spécialement fan de films d’époque, dans lesquels les femmes sont souvent de jolis objets en jolies robes, mais ce qui m’a plu dès le début, c’est que les rôles principaux sont tenus par des femmes, et l’on découvre vite que ce sont des femmes fortes, qui pensent par elles-mêmes.

Je n’ai pas été surprise de découvrir que la série avait été créée par une femme d’ailleurs.

Si l’histoire de ces femmes est fictionnelle, l’évènement qui va bouleverser leur destin est bien réel. Je n’en avais jamais entendu parler, même si j’ai lu depuis qu’il avait inspiré de nombreuses œuvres.

L’histoire se passe à Paris en 1897. Le Bazar de la Charité est une manifestation annuelle durant laquelle la bourgeoisie et l’aristocratie vendent des objets au profit des pauvres. Le 4 mai 1897, un incendie se déclare dans le bazar et c’est la panique. Tout le monde se met à courir pour évacuer les lieux, les hommes de la haute société pensent à sauver leur peau en premier et n’hésitent pas à piétiner les femmes (dans la série en tout cas). Plus de 120 personnes périront dans cet accident, en très grande majorité des femmes.

La série se concentre sur l’histoire d’Adrienne, mariée à un homme violent et foncièrement mauvais, dont on apprend dès les premières minutes qu’elle veut divorcer, l’histoire d’Alice, jeune femme libre dans sa tête mais prisonnière du monde dans lequel elle vit, et celle de Rose, dame de compagnie d’Alice, qui se retrouve grièvement brulée suite à l’incendie. Ce dramatique accident va bouleverser leurs vies à jamais de différentes façons.

J’ai trouvé les actrices superbes dans leurs rôles. Vous connaissez peut-être déjà Audrey Fleurot, de la série Engrenages ou du film Intouchables. Je ne connaissais pas Camille Lou et Julie de Bona, mais j’espère les voir plus à l’avenir. Elles m’ont subjuguée, épisode après épisode, et j’ai évidemment fini en larmes. Série vivement recommandée ! Et bien sûr, ayez un objectif linguistique qui ne gâchera pas votre plaisir (10 nouveaux mots par épisode, 5 nouvelles expressions par épisode, 10 utilisations de prépositions, etc., au choix.) Vous pouvez aussi essayer de repérer une faute d’orthographe dans une lettre (épisode 5).

Et on continue avec les violences envers les femmes…

Depuis le début de la semaine dernière, j’ai du mal à dormir, je passe mon temps à cogiter et je ne sais pas trop comment arrêter. Depuis que je me suis réveillée lundi de la semaine dernière et que j’ai trouvé tous ces hommages rendus à Kobe Bryant sur Instagram, y compris sur des comptes féministes, j’ai du mal à retrouver mon optimisme.

La semaine dernière avait commencé ainsi, puis ça a été une accumulation d’incidents et d’informations, et quand le weekend est arrivé, heureusement que c’était l’anniversaire de mon mari et que ça me donnait une bonne excuse pour boire. Mais le truc, c’est que quand je bois, j’ai encore plus envie de parler de tout ce qui ne tourne pas rond dans ce monde et au lieu d’oublier, j’y pense encore plus.

Lundi dernier, je suis allée au CrossFit, et là, le coach nous a demandé si nous avions entendu parler de l’accident de Kobe Bryant. J’ai dit oui et que ça me dérangeait vraiment qu’il soit représenté comme un héros, alors que c’était un violeur. Le coach, qui n’est pas américain et qui n’avait jamais entendu parler de cette histoire, a toutefois déclaré que ces filles, elles font ça pour l’argent, comme pour Ronaldo, et que Kobe Bryant, c’était pas ce genre d’homme. Inutile de dire que j’étais sciée d’entendre de telles inepties, qui ne font que perpétuer la culture du viol. Depuis, j’ai évité d’aller au Crossfit les jours où ce coach fait cours. C’est un très bon coach, mais j’ai du mal à séparer l’homme ignorant du coach…

Puis, j’ai lu dans les journaux qu’une ancienne patineuse artistique française avait écrit un livre pour raconter son histoire, quand elle était jeune patineuse et que son coach la violait. Elle avait alors entre 13 et 15 ans. Et là, des voix se sont élevées pour remettre en cause les femmes qui attendent 30 ans pour dénoncer leurs agresseurs. Si elles ne l’ont pas fait avant, c’est que c’était pas si grave. Voire, est-ce que ça s’est vraiment passé comme elles le disent ? Etc. D’autres sportives ont parlé. La ministre du sport s’est impliquée. Affaire en cours.

Puis il y a eu les 12 nominations du film de Polanski aux César. Ai-je besoin d’en dire plus ?

J’ai fini la semaine avec le moral dans les chaussettes. Le weekend précédent, je me sentais militante, je me disais que j’aimerais m’impliquer dans des associations féministes, que j’aimerais contribuer à des projets qui aident les femmes, etc. Mais à la fin de la semaine, je me demandais à quoi ça servirait…

Cette semaine, j’ai même dû expliquer à un ami très cher ce qu’était le sexisme parce que selon lui, c’est la faute des réseaux sociaux si les jeunes filles vont mal et jouent de leur sexualité comme elles peuvent le faire parfois, et il n’y a aucune profondeur dans son “analyse” et sa compréhension des inégalités. Reni Eddo-Lodge a écrit Why I’m no longer talking to white people about race, une de mes lectures préférées de l’an dernier, voire ma préférée, et moi, j’écrirais bien Why I’m longer talking to men about sexism. Parce que c’est épuisant d’avoir constamment besoin d’expliquer aux hommes ce qui est une évidence pour la moitié de l’humanité, et de les voir réagir comme ils le font, toujours sur la défensive, comme si c’était une attaque personnelle. Et toujours avec des justifications qui n’ont aucun sens (mais c’est pas tous les hommes, entre autres). Pourquoi quand toutes les femmes, ou presque, racontent la même chose, les mêmes expériences, et quand il suffit de lire un peu (les livres sur le sujet ne manquent pas) et d’observer le monde, pourquoi continuent-ils à mettre en doute notre parole ? Pourquoi tentent-ils encore et toujours de nous expliquer que l’on a tort et que l’on ne comprend pas notre propre réalité ? On dirait qu’ils ne veulent pas vraiment savoir. Je pourrais écrire un livre entier d’anecdotes sexistes personnelles (impliquant des inconnus mais aussi des proches, qui n’ont aucune conscience de leur sexisme et qui sont persuadés d’être des gens bien) et d’autres dont j’ai été témoin. Est-ce qu’on me croirait, ou me dirait-on que j’exagère ? Que je n’ai pas d’humour ?

Depuis toujours on me dit que j’exagère mais tous les évènements récents appuient ce que je dis depuis toujours sur la France, et une amie anglaise, installée à Paris depuis quelques mois, m’a fait part de moments de malaise qu’elle avait vécus depuis son installation à Paris et du comportement que certains hommes français se permettent qu’aucun homme anglais ne se permettrait parce que c’est tout simplement inacceptable dans la société anglaise.

Il n’y a qu’à voir comment DSK avait été défendu par les médias et certains politiques après l’affaire du Sofitel à New York. Si vous ne connaissez pas l’histoire, googlez-la, et recherchez le traitement médiatique de cette affaire en France. Absolument dégueulasse. Recherchez aussi Tristane Banon et comment elle a été traitée par les médias pour avoir dénoncé cet homme dégueulasse pour agression sexuelle.

Le monde ne tourne vraiment pas rond. Tout est à revoir. C’est le cirque aux Etats-Unis avec le sénat qui n’a pas condamné Trump, c’est le cirque en Angleterre avec le Brexit et les tensions raciales en hausse, c’est le cirque au Brésil avec un président qui me parait encore plus misogyne et dangereux que Trump, et c’est un véritable cirque en France pour plein de raisons, mais ce qui me choque le plus, c’est tous ces gens prêts à défendre les violeurs et les agresseurs en tous genres et à leur trouver des excuses tout en dénigrant les femmes.

Et je ne suis pas au courant de tout ce qui se passe dans tous les pays du monde, ce qui est certainement une bonne chose si je ne veux pas terminer sous Prozac et/ou Xanax, mais je suis presque certaine que c’est le même cirque partout. Et je me demande pourquoi les pays occidentaux, qui aiment se qualifier de civilisés, se permettent de donner des leçons au reste du monde quand on voit ce qui se passe chez eux.

J’ai la chance de connaitre des hommes sincèrement féministes, qui sont de véritables alliés, mais j’en connais si peu. Ils me donnent de l’espoir et les jeunes générations me donnent de l’espoir aussi, mais c’est parfois vraiment difficile de voir le positif dans cet océan d’histoires horribles et de propos abjects.

Je voulais partager un article et je suis tombée sur une interview de la patineuse qui a raconté son histoire, Sarah Abitbol. J’ai mis en évidence un peu de vocabulaire que vous voudrez peut-être observer. Ce n’est que le début de l’article, vous pouvez trouver la suite en cliquant ici.