Laurie Peret

Je suis tombée sur cette humoriste par hasard sur YouTube et je l’ai trouvée très drôle, alors j’ai regardé quelques-unes de ses vidéos et j’ai immédiatement pensé à partager avec vous. Si Katherine Ryan (que je trouve hilarante) vous plait en anglais, il y a des chances que Laurie Peret vous plaise en français. Moi, j’aime son style et cette vidéo m’a fait pleurer de rire.

Femmes voilées et sorties scolaires

J’ai écouté ce podcast la semaine dernière, un matin où je m’étais réveillée trop tôt et espérais me rendormir en écoutant quelque chose, mais je l’ai trouvé si triste et si révoltant que je n’ai pas pu retrouver le sommeil.

Trois mères témoignent du traitement qui leur est réservé par les écoles de leurs enfants. On leur interdit d’accompagner leurs enfants en sorties scolaires parce qu’elles portent un foulard sur la tête. On leur dit qu’elles peuvent venir si elles enlèvent leur foulard. Jusqu’au ira la bêtise de ce pays ? Si une mère ayant perdu ses cheveux suite à une chimio ou autre condition médicale portait un foulard sur la tête, lui interdirait-on d’accompagner ses mômes ? Lui demanderait-on de retirer son foulard ?Probablement pas. Si une femme blanche portait un foulard car c’est la mode, lui demanderait-on de l’enlever ? Probablement pas non plus. Qu’est-ce que ça peut bien leur faire si une femme porte un foulard sur la tête. Cette interdiction est du pur racisme et je ne comprends pas que les gens ne se révoltent pas plus que ça en France. Je ne comprends pas non plus les personnes qui soutiennent cette décision sous prétexte que le foulard opprime les femmes. Ne voient-elles pas l’ironie de leur argument ?

Je ne suis pas croyante et je ne comprends pas vraiment les religions. Mais je suis absolument contre l’oppression des femmes et contre le fait qu’on dicte aux femmes ce qu’elles doivent faire, comment elles doivent se comporter, comment elles doivent s’habiller. Je suis contre le fait qu’on traite ainsi des mères et leurs enfants. C’est juste effarant.

Il y a eu un incident récemment lors d’une sortie scolaire, durant lequel un politicien d’extrême-droite a fait un scandale car une des mères accompagnatrices portait un foulard. Il semblerait que tous les médias ait reporté cette histoire et c’est devenu un débat national. Il y a des débats à la radio, à la télé, et bien sûr, aucune femme qui porte le foulard n’est jamais invitée à s’exprimer (telle est la situation au moment où j’écris ce post)…

Quand vont-ils foutre la paix aux femmes et s’occuper des vrais problèmes de ce pays ??? Aaaaaargh !

Les témoignages de ces femmes sont poignants. Si vous avez 30 minutes devant vous, écoutez le podcast !

L’amour après me too

Si vous me lisez régulièrement, vous savez à quel point les droits des femmes (et de tous les groupes discriminés) est un sujet qui me préoccupe et le mouvement me too (balance ton porc, en France) a éveillé en moi une sorte d’espoir que je n’osais plus éprouver et une énorme envie de m’instruire pour comprendre pourquoi et comment les femmes sont toujours si mal traitées au 21ème siècle. Et bien que je ne vive plus en France depuis longtemps, je sais que la France est particulièrement sexiste et rétrograde en matière de droit des femmes. Que beaucoup de femmes françaises ne sont pas féministes et défendent “l’amour à la française”, qui pourrait se résumer grossièrement à “les hommes sont des mâles avec des besoins auxquels les femmes devraient répondre avec le sourire et elles devraient même se sentir flattées d’obtenir leur attention”. Je caricature à peine. Bien sûr, ce n’est que ma perception personnelle, et bien sûr, tous les hommes ne sont pas des porcs et beaucoup de femmes veulent l’égalité et veulent de débarrasser du patriarcat. Mais mon sentiment, c’est que c’est encore plus difficile en France que dans d’autres pays occidentaux de se sortir de cette mentalité d’un autre temps.

J’ai lu récemment un livre très agréable à lire, écrit par la journaliste Fiona Schmidt (dont par ailleurs j’adore le compte Instagram bordel de mères, sur la charge mentale liée à la maternité, qui s’adresse à toutes les femmes sans exception) et qui traite du sujet de la séduction (hétérosexuelle) en France après me too.

Elle aborde le sujet sur le ton de l’humour. Elle parle des réactions au mouvement me too en France. Car bien sûr, en France comme ailleurs, beaucoup d’hommes ont réagi bizarrement suite aux milliers de témoignages de femmes qui racontaient leurs expériences de harcèlement sexuel et autres violences subies. Ce que ça a pu m’énerver à chaque fois que j’ai entendu quelqu’un dire, “oh mais on peut plus parler à une femme, c’est trop risqué”, ou quelque chose du même acabit.

Elle donne des conseils aux hommes sur comment se comporter vis-à-vis des femmes. Ce n’est que du bon sens, mais malheureusement, il semblerait que le bon sens fasse défaut à tellement de personnes. Si vous ne savez plus comment parler à une femme parce que vous avez peur qu’elle vous accuse de harcèlement sexuel, peut-être devriez-vous repenser votre façon de parler aux femmes, non ? Si vous êtes respectueux, n’y mettez pas les mains sans y être invité, ne faites pas de blagues ou de réflexions à connotation sexuelle malaisantes, et prenez un sourire et un comportement amical pour ce qu’ils sont et rien d’autre, autrement dit pas une invitation à coucher, vous devriez vous en sortir indemnes.

Ce livre est assez court, 160 pages et se lit vite. Je l’ai lu un samedi après-midi, d’une traite. Certaines références sont très françaises et vous échapperont peut-être, mais le thème est universel, même si elle parle surtout de la situation en France. Elle appuie ses arguments et les chiffres qu’elle donne avec une bibliographie solide et beaucoup de notes de bas de page qui renvoient à des articles et des études.

Vanessa Kayo

J’ai découvert cette humoriste sur Instagram et en la recherchant en ligne, j’ai appris qu’avant d’être humoriste, elle était prof de français !

J’aime ce qu’elle fait et j’ai décidé de partager aujourd’hui une courte vidéo d’un extrait de son spectacle, dans lequel elle annonce une problématique et fait un plan 🙂 Les anciens candidats au DALF et les aspirants devraient reconnaître la structure. Quand au langage utilisé, disons qu’il est très familier.

Ne vous embêtez pas avec les sous-titres autogénérés car c’est du grand n’importe quoi.

Début de la vidéo : Alors quand tu lui dis “j’ai pas envie”, le mec moche a cette réponse mythique : bah pourquoi ? Aaaah, t’aimes pas ça, c’est ça ? Oui, parce qu’en plus, je dois me justifier. D’accord. Donc, je ne veux pas avec toi, donc est-ce que j’aime ça ? Bah écoute, c’est une question très pertinente que nous allons développer ensemble : Aime-t-elle ça, la bite ? Ah bah c’est bien ça la problématique, on va pas se mentir…

Féminicides en France

Je reçois les notifications de TV5 monde sur mon téléphone et cette semaine, j’en ai reçu une pour cet article qui aborde le sujet des violences faites aux femmes, plus particulièrement des féminicides, et qui dresse un bilan accablant de la situation en France.

C’est un thème qui me met évidemment très en colère et je suis plus que d’accord avec l’article pour dire qu’il faut arrêter d’appeler cela des crimes passionnels. Ce sont des crimes commis par des hommes qui pensent que les femmes leur appartiennent. Ce sont des crimes en lien direct avec le système dans lequel on vit et où les femmes sont chosifiées et traitées comme des êtres inférieurs dont il faut contrôler le corps.

Je ne sais pas quelle est la situation dans les autres pays dont les valeurs se rapprochent de celles de la France, mais je suis certaine que les femmes sont victimes de violence dans tous les pays du monde. Savez-vous quelle est la situation dans votre pays ?

Je me suis dit que j’allais partager une partie de cet article et en profiter pour faire une petite analyse. En rose, vous trouverez le vocabulaire sur le thème des violences faites aux femmes. En bleu : connecteurs logiques. En jaune : participes passés fonctionnant sans auxiliaire. En vert, observez les pronoms compléments. Et j’ai souligné quelques structures sur lesquelles je ferai quelques commentaires à la suite du texte.

Pour lire la suite, cliquez ici.
  • tous les deux jours et demi : j’ai choisi de souligner cette structure car je sais que beaucoup de mes étudiantes auraient tendance à dire “chaque deux jours et demi“. On peut dire chaque jour, chaque mois, chaque année, chaque premier mercredi du mois, etc., mais on dira tous les deux jours, toutes les trois semaines, toutes les cinq minutes, etc. On peut également dire tous les jours, toutes les semaines, tous les ans, tous les premiers mercredis du mois, etc.
  • au cours de : une alternative à pendant
  • pour ne pas dire : not to mention, not to say – précise et renforce ce qui vient d’être dit
  • un collectif : un groupe
  • nous avons honte pour notre pays : on peut avoir honte de qqch/qqn ou avoir honte pour qqch/qqn. Il y a une petite différence de sens.
  • avancer des pistes de solutions possibles : proposer des solutions
  • sur le papier : indique que les lois existent mais ne sont pas appliquées.
  • tenir à réagir : vouloir réagir – Si je tiens à faire qqch, je veux le faire, c’est important pour moi.
  • le cas échéant : si besoin
  • mettre en oeuvre : implémenter (anglicisme), réaliser
  • déjà prévus par la loi : pour lesquels la loi a déjà été écrite
  • se porter volontaire : un bon synonyme d’être + combinaison de mots fréquente
  • les éventuels manquements : attention au faux ami : éventuel veut dire possible, potentiel – les erreurs potentielles
  • un outil efficace : combinaison de mots
  • après avoir été interpelée : remarquez la structure avec après + infinitif passé + passif. Interpeler = to call out
  • concernant cette affaire : une autre façon de dire à propos de cette affaire

Commentateurs sportifs français

Je ne m’intéresse pas au foot. Je ne m’intéresse pas au sport à la télé en général à quelques exceptions près. Je ne suis donc pas vraiment au courant de ce qui se passe dans le milieu sportif. Mais en ce moment se déroule la coupe du monde féminine de football et aïe aïe aïe mes oreilles quand j’écoute des programmes français. Les commentaires sexistes sont récurrents, même de la part de journalistes et animateurs que je trouvais plutôt sympas avant cette semaine. J’en crois à peine mes oreilles et je me dis que ce genre de réflexions ne passeraient pas du tout en Angleterre. Parce que les Anglais sont conscients, en général, que ce genre de discours est inacceptable et nocif à la société.

Mais ce n’est pas exactement de la coupe du monde que je veux parler. Je veux parler d’une histoire qui a eu lieu la semaine dernière. Je ne sais pas si les médias en ont parlé en dehors de la France. Vous avez peut-être entendu parler de “l’affaire Neymar”, ce joueur de foot brésilien qui joue pour Paris, qui est payé des millions pour taper dans un ballon (et qui apparemment est toujours blessé donc joue très peu, mais encaisse quand même les millions). Ce jeune homme aurait rencontré sur les réseaux sociaux une jeune femme brésilienne, vivant au Brésil, et l’aurait invitée à venir le rejoindre à Paris pour quelques jours. Cette jeune femme l’aurait ensuite accusé de viol. Je ne vais pas parler en détail des commentaires que j’ai entendus à la radio française, d’hommes et de femmes, mais encore une fois, j’ai eu mal aux oreilles. En gros, personne n’y croit, car Neymar n’aurait jamais pu faire ça (parce qu’évidemment les violeurs ont le mot violeur écrit sur leur front, c’est plus facile pour les reconnaitre), les millionnaires ne violent pas, et si elle a fait tout ce trajet, tous frais payés, elle était obligée de coucher avec lui, donc c’est impossible qu’il y ait eu viol. Belle mentalité, cette mentalité française, non ? Je ne sais pas ce qui s’est passé, et peut-être qu’il y a eu viol, peut-être que cette femme est une grosse menteuse, mais je ne comprends pas comment on peut s’improviser juge et déclarer qu’il n’y a pas eu viol, sans preuves, sans rien savoir, juste parce que c’est un mec célèbre. C’est rageant !

Mais quelque chose de plus spécifique qui m’a vraiment dégoûtée, ce sont les commentaires dégueulasses de deux commentateurs sportifs. Les médias français en ont parlé et la ministre de l’égalité s’est assurée que cela ne passerait pas inaperçu et ne resterait pas impuni. Dans cette vidéo, vous pouvez voir ces deux porcs discuter du fait qu’ils trouvent la fille moche. Le physique de Neymar n’est jamais évoqué, évidemment, et pourtant, je suis sure que je ne suis pas la seule à le trouver vraiment très bof. Mais il est riche, peu importe qu’il ne soit pas top model, son argent suffit pour qu’on estime qu’il mérite (oui oui, mérite) de coucher avec des filles de type mannequin. Dans la vidéo, on voit un des types demander à l’autre s’il a vu “la nana” avec une expression qui en dit long sur ce qu’il pense d’elle. Il continue en disant que “si tu fais venir une nana du Brésil, je m’attendais à ce que ce soit un avion de chasse intersidéral, t’es vachement déçu”. Pourquoi ?? En quoi la vie sexuelle de Neymar le concerne et devrait le rendre fier ou peut le décevoir ? L’autre dit que c’est de la deuxième division, que Neymar peut avoir tout ce qu’il veut mais qu’il a pris une ligue 2, que quand tu t’appelles Neymar, t’as un minimum de qualités (qu’est-ce que ça veut dire ?????) puis il continue avec des comparaisons de mauvais goût entre les femmes et le football. L’autre reprend en disant “tu vois ça débarquer et à l’arrivée tu te retrouves dans la merde…” Déjà, il parle d’une femme en disant “ça”, et donc, si elle avait été à leur goût, ça vaudrait la peine de se retrouver accusé de viol parce qu’au moins il se serait tapé une femme acceptable ???? Une femme “moche” ne peut pas être violée ? Si un homme couche avec elle, c’est un service qu’il lui rend et elle devrait dire merci ? C’est à vomir !

Ces hommes se trouvent malins, drôles, mais ce sont des porcs comme il en existe beaucoup et quand on voit les commentaires en ligne de tout le monde qui soutient Neymar et insulte cette jeune femme, c’est terrifiant. Peut-être a-t-elle menti et aucun des scénarios possibles ne me surprendraient. Comme le dit une de mes étudiantes brésiliennes, Neymar est un jeune idiot qui devrait apprendre à mieux protéger sa vie privée et s’il est innocent, que ça lui serve de leçon. Mais le traitement médiatique de cette histoire par les médias français est insupportable à mes yeux. Et à mes oreilles. Quand on voit ça, on se dit que le sexisme a encore de beaux jours devant lui en France, et heureusement que Marlène Schiappa veille au grain, malgré tout ce qu’elle se prend constamment dans la tête par… les médias, encore une fois. C’est la secrétaire d’état chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. Elle ne laisse rien passer et elle est énormément critiquée, mais moi, elle me plait et j’espère qu’elle restera longtemps à ce poste et qu’elle continuera à se battre pour les droits des femmes et des minorités !

La librairie des femmes

Mes étudiants le savent tous et si vous lisez ce blog régulièrement, vous le savez aussi : pour moi, la cause des femmes veut dire beaucoup. C’est aujourd’hui le 8 mars et je veux parler de femmes en ce jour symbolique.

J’ai toujours été dérangée par le traitement réservé aux femmes partout dans le monde, et depuis qu’enfin on en parle vraiment grâce au mouvement #metoo, et que je n’ai plus l’impression qu’on se moque complètement de nous, j’ai envie d’en savoir plus, et j’ai passé beaucoup de temps à me renseigner et à analyser ma propre attitude.

J’écoute des podcasts féministes (un podcast à soi, les couilles sur la table, quoi de meuf, etc. en français, et d’autres en anglais), je lis des livres féministes, j’écoute les différents discours tenus par les personnes publiques du monde entier et je fais attention à ce que disent les gens lambda autour de moi. Cette semaine, j’ai écouté pas mal d’interviews de Jameela Jamil et commencé à la suivre sur Instagram. Je la connaissais depuis la série The Good Place, mais je ne savais pas que c’était une activiste féministe. J’adore l’écouter parler car elle est pleine de sens commun et je crois vraiment qu’elle détient un certain pouvoir pour aider à faire évoluer les mentalités.

Quand je pense à ma propre attitude, au nombre de fois où j’ai pleuré devant mon miroir parce que je me trouvais trop grosse (alors qu’en fait, je n’ai jamais vraiment été grosse), au langage que j’ai pu utiliser avec les enfants avec lesquels j’ai travaillé pendant des années (“arrête de pleurer, on dirait une fille” (oui, j’ai honte), les adjectifs différents utilisés pour les petites filles et les petits garçons (fort / belle, etc)), je me dis que la société patriarcale avait bien réussi, malgré mon caractère fort et rebelle, à me faire penser d’une certaine manière, sans vraiment réfléchir. Et je me dis que si moi, rebelle et en colère contre le système depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai pu me laisser influencer ainsi, ce n’est pas surprenant que beaucoup de femmes soient aussi peu féministes et entretiennent la société patriarcale telle qu’elle est, en tenant des propos et en ayant des comportements qui vont contre leurs intérêts.

Je pense vraiment que nous sommes dans une période de changement. Je suis persuadée que les nouvelles générations (de filles et de garçons) sont de plus en plus féministes, prennent de plus en plus conscience des inégalités entre les hommes et les femmes et vont de moins en moins accepter que les femmes soient traitées comme des humains de seconde catégorie. Il y a encore beaucoup à faire, mais grâce aux personnes publiques qui s’expriment fortement sur le sujet, à mon avis, on va pouvoir commencer à passer à la vitesse supérieure et arrêter de penser que parce que l’on a obtenu le droit de vote en 1944 (en France) et le droit à l’avortement en 1975 (toujours en France), on a atteint l’égalité.

En repensant à ma vie, à mon éducation, aux discours qui ont été tenus autour de moi durant ma jeunesse, et à comment j’avais évolué, j’ai pris conscience d’énormément de choses. Mon obsession avec la minceur et mon regard sur les femmes plus grosses, par exemple, j’ai seulement récemment pris conscience que c’était terriblement anti-féministe. J’ai commencé à vraiment le comprendre en écoutant le troisième épisode d’un podcast à soi, et je suis toujours en train d’essayer de gérer cette nouvelle prise de conscience. Ce n’est pas évident, mais je sens que c’est libérateur.

Je lis de plus en plus de livres écrits par des femmes. Et je me suis rendu compte qu’à l’école, on nous faisait étudier quasiment exclusivement des livres écrits par des hommes. Je n’y avais jamais pensé avant ! J’étais en section littéraire au lycée, donc dans la filière où on lisait le plus et étudiait le plus d’auteurs. Et à part La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, je n’arrive pas à me souvenir d’un seul autre livre écrit par une femme qui était au programme. Je me souviens de Molière, Racine, Corneille, Flaubert, Zola, Balzac, Stendhal, Maupassant, Voltaire, Diderot, Camus, Proust, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Gide, Chateaubriand, Rabelais, Rousseau, et plein d’autres en fait. Mais à part Madame de la Fayette, pas une auteure dans la liste. J’avais lu George Sand (pseudonyme masculin d’une romancière du 19ème siècle) et adoré La Petite Fadette vers l’âge de 12 ans, mais ce n’était pas au programme du cours de français.

N’y avait-il aucune femme digne d’être étudiée en cours de français et de littérature ? Qui choisit les livres à présenter aux élèves ? Quel message cela fait-il passer aux jeunes gens qui étudient ces œuvres ? Que les femmes n’écrivent pas ? Que ce que les femmes écrivent n’est pas assez important et intéressant pour qu’on l’étudie ?

Après une recherche rapide sur Internet, j’ai l’impression que les choses n’ont pas vraiment changé depuis que j’étais à l’école (j’ai eu mon bac il y a plus de 20 ans quand même !) J’ai trouvé une liste de livres conseillés pour l’été par un certain lycée parisien très réputé, datant de l’été dernier. 5 auteures pour 55 auteurs…

J’ai lu pas mal d’auteures : Margaret Atwood et Lionel Shriver sont deux de mes préférées. J’ai passé mon enfance à lire et relire les livres de la Comtesse de Ségur, les aventures d’Alice détective de Caroline Quine et le Club des cinq d’Enid Blyton. Et bien sûr, la liste de livres écrits par des femmes que j’ai lus est bien trop longue pour que je la partage ici, mais je me rends compte malgré tout que je suis très peu consciente des auteures qui ont existé à travers les siècles (ce que j’essaie de corriger) et je sais très bien que les personnes qui refusent de voir un problème avec la société patriarcale seraient capables de dire que les femmes n’écrivaient pas parce qu’elles avaient d’autres choses à faire et que celles qui écrivaient n’étaient pas intéressantes. Ou quelque chose allant dans ce sens. Mais si c’était le cas, que les femmes n’écrivaient pas autant que les hommes, on pourrait peut-être se demander pourquoi, non ? Et si l’on jugeait inintéressant ce qu’elles écrivaient, on pourrait aussi se demander pourquoi. Qui décidait et décide encore aujourd’hui de ce qui est intéressant ? De ce qui a une valeur littéraire ? Moi personnellement, j’ai toujours détesté Baudelaire et je n’ai jamais compris pourquoi on en faisait tout un flan de ses Fleurs du Mal. Je n’ai jamais aimé ou été touchée par Verlaine ou Rimbaud. Qui a déclaré que c’était des génies ? J’ai adoré lire Stendhal et Flaubert, mais à part Thérèse Raquin, je n’aime pas l’oeuvre de Zola que je trouve ennuyeuse à mourir. J’adore Vian, Prévost et Molière, mais je n’ai jamais réussi à lire plus de quelques pages de Proust sans m’endormir. Tout ça est tellement subjectif, mais les intellectuels français (je suis moins au courant de ce qui se passe ailleurs dans ce domaine) me paraissent tellement prétentieux dans leur façon d’aborder la littérature et d’affirmer qui est bon écrivain et qui est mauvais, qui a du génie et qui n’en a pas. Et la société française me paraît aussi terriblement machiste, dans l’absolu et en comparaison aux autres pays dits développés. Et j’ai le sentiment que ces deux choses se sont pas complètement sans rapport, même si j’ai encore besoin de réfléchir, de lire et d’analyser. Mais je pense que tout est connecté et que ce sujet est très très complexe. Mais il faut en parler pour éveiller les consciences et pouvoir espérer un changement.

Et maintenant, à travers les podcasts que j’écoute, les articles et les livres que je lis, je découvre de plus en plus d’auteures et j’ai même découvert qu’il existait une librairie des femmes depuis 1974 à Paris. Dans cette librairie, on trouve principalement des livres écrits par des femmes. Vous pouvez lire son histoire ici et découvrir des livres et des auteures dont vous n’avez probablement jamais entendu parler. Et vous pouvez lire l’histoire d’Antoinette Fouque, femme extraordinaire dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à récemment. C’est elle qui a ouvert les librairies des femmes à Paris, Lyon et Marseille. Elle était une figure emblématique du MLF (Mouvement de Libération des Femmes), très engagée pour faire changer la société et lutter contre la misogynie. Elle a contribué à une certaine évolution de la société, mais d’après moi, pas autant qu’elle l’aurait pu car elle n’avait pas assez de gens qui étaient prêts à se mouiller et prendre son parti. Elle était activiste avant l’ère #metoo…

Mais aujourd’hui, si toutes les femmes privilégiées, celles que l’on écoute, celles qui ne risquent pas leur vie, s’unissaient pour dénoncer les injustices faites aux femmes et si les hommes féministes faisaient entendre leur voix un peu plus fort, on pourrait voir un vrai changement avant trop longtemps, à mon avis.

Bonne journée du 8 mars !

Académie française et féminisation des noms

Hier matin, comme souvent le matin en me réveillant, j’ai allumé mon téléphone et j’ai regardé vite fait les titres des journaux sur mon app avec laquelle je fais de la veille, pour voir s’il s’était passé quelque chose d’intéressant pendant que je dormais. En général, rien n’attire vraiment mon attention, mais là, un titre a retenu toute mon attention : Féminisation des noms : petite révolution à l’Académie française.

J’ai envie de dire : c’est pas trop tôt !

Ces vieux bonhommes que sont les académiciens ont enfin accepté de reconnaître que les femmes occupaient une vraie place dans la société, qu’elles pouvaient bien exercer le métier qu’elles souhaitaient, et que la langue devait refléter ce fait.

Apparemment, il y a des siècles, la langue française était beaucoup plus souple et la féminisation des noms était tout ce qu’il y avait de plus normal. Puis, au 17ème siècle, l’Académie a décidé de condamner l’usage des noms de métiers féminisés, comme le dit l’article, pour “renforcer les pouvoirs du masculin dans la langue”.

Et aujourd’hui, on reconnaît enfin aux femmes le droit d’avoir une place dans la langue, à égalité avec les hommes.

Moi je dis hourra ! Que ça continue comme ça ! Ils ont même poussé jusqu’à ne pas établir de liste nous dictant quels mots étaient acceptables ou pas. On va se baser sur l’usage. Il y a quelques mois, une de mes chères étudiantes me demandaient si l’on devait dire autrice ou auteure et je lui avais répondu “auteure”, car je n’avais jamais entendu “autrice” et le mot me semblait étrange. Après quelques recherches, j’avais trouvé qu’il existait mais je n’étais pas fan. Depuis, je l’ai entendu maintes fois et je l’aime ce mot maintenant. J’aime tous les mots qui incluent les femmes dans la langue française et qui leur donnent donc une vraie place dans l’esprit des gens et dans la société.

La féminisation de la langue est un véritable sujet politique et si le sujet vous intéresse, vous pouvez écoutez le podcast très intéressant qui se trouve sur la page de l’article et ici aussi, sur l’histoire de la féminisation des mots. Vous entendrez au début une scène qui s’est passée en novembre dernier au Sénat, et qui m’a fait halluciner. Au début, je pensais que ça se passait dans les années 70 ou 80. Mais non, c’était en 2018. En France. Où l’égalité hommes-femmes semble être un sujet qui dérange beaucoup. Les hommes surtout.

Avez-vous entendu parler de la ligue du LOL?

Moi, j’en ai entendu parler pour la première fois il y a à peu près deux semaines, par hasard, en lisant des posts sur un compte Instagram qui parle de femmes, de féminisme et de sexisme. J’y ai lu, entres autres, un message d’excuse d’un des membres de la ligue du LOL et je dois dire que j’étais sciée, car c’était les excuses les plus nulles que j’aie lues ou entendues de toute ma vie. Pourtant j’ai travaillé avec des enfants pendant plus de 10 ans, et ils sont sacrément doués en excuses nulles. Et je n’utilise pas le superlatif à la légère.

Depuis, j’ai lu pas mal d’articles sur le sujet et surtout écouté des podcasts. Rien ne m’a vraiment surprise mais ça ne veut pas dire que ça ne m’ait pas mise en colère et dégoûtée. Je sais dans quel monde on vit. Je sais depuis toujours qu’on vit dans un monde dirigé par les hommes. Et je prends de plus en plus la dimension de l’homme blanc en fait. J’ai toujours su et détesté que les femmes soient considérées comme inférieures, souvent réduites à leur apparence physique, et j’ai toujours trouvé le racisme ou toute sorte de discrimination ridicule. Cependant, je n’avais pas mesuré à quel point d’autres groupes que les femmes pouvaient ressentir la même colère et la même frustration et que celles-ci étaient très souvent générées par l’attitude des hommes blancs hétérosexuels qui se considèrent supérieurs à tout ce qui n’est ni homme ni blanc ni hétéro (ou pas assez mâle à leurs yeux).

Cette histoire de la ligue du LOL est vraiment dégueulasse. C’est un groupe d’hommes, une trentaine d’entre eux, blancs et hétéros à ce que j’ai cru comprendre, journalistes et publicitaires, influents, qui ont pratiqué le cyber-harcèlement pendant des années. Comme des gamins dans la cour de récré, sauf que c’était des adultes, et qu’ils ont essayé de ruiner des vies juste pour leur petit plaisir personnel. Juste parce qu’ils en avaient le pouvoir. Les témoignages de femmes que j’ai écoutés sont accablants. Il y a aussi quelques hommes qui ont subi ce harcèlement. Ce groupe s’est avéré être non seulement sexiste, mais aussi raciste, grossophobe, homophobe, psychophobe (ça veut dire qu’ils ont aussi un problème avec les personnes souffrant de maladies mentales), et j’en oublie sûrement. La plupart de leurs victimes étaient des femmes, et certaines d’entre elles sont racisées, et l’une d’entre elle est bipolaire. La méchanceté et la cruauté de ces hommes est tellement abjecte que j’ai du mal à comprendre comment rien n’a été fait plus tôt. Parce qu’apparemment ça se savait dans le milieu des médias. Encore une fois, je me demande pourquoi les gens capables de changer les choses et de rendre ce monde meilleur ne se bougent pas les fesses pour le faire et préfèrent ignorer le problème en espérant qu’il passe tout seul. Parce que ces personnes sont des hommes blancs peut-être… bien confortables dans ce monde qui leur donne tous les avantages. À quand un véritable changement, un monde vraiment égal pour tous ??? Y en a marre ! Comment peut-on espérer que les choses évoluent pour les femmes dans certains pays où elles ont peu de droits, voire aucun, quand les hommes de chez nous se conduisent comme de tels porcs ?

Si vous voulez lire un peu sur le sujet ou écouter des podcasts, voici quelques liens :

« La Servante Écarlate » et les droits des femmes dans le monde

Ce texte a été écrit par une de mes étudiantes qui travaille au niveau C1 mais qui ne souhaite pas passer le DALF. Elle apprend le français pour le plaisir depuis 2015. J’ai corrigé quelques petites erreurs et l’ai aidée à reformuler une ou deux phrases, mais c’est elle qui a fait le plus gros du travail ! On pourrait encore l’améliorer en variant un peu plus les verbes et les structures, et en utilisant des synonymes pour les mots un peu simples, mais je trouve que c’est déjà plutôt très bien comme ça, non ? Êtes-vous capable d’écrire ainsi ?

O nome dela é Jennifer / Eu encontrei ela no Tinder / Mas ela faz umas paradas / Que eu não faço com você

« Son prénom est Jennifer/ Je l’ai trouvée sur Tinder/ Mais elle fait des choses/ Que je ne fais pas avec vous »

Ah, le Carnaval ! Tous les ans c’est la même chose !  Il y a une chanson, une mélodie qui a beaucoup de succès. Cette année, on a ce petit bijou de la musique, « O nome dela é Jennifer ». À travers les paroles, on peut déduire que l’homme a une copine, mais qu’il s’est inscrit sur Tinder parce qu’apparemment sa femme refuse de faire « des choses ». Le compositeur, dans une interview, a raconté que cette idée lui était venue parce qu’un de ses amis était avec une femme grosse et, honteux, a justifié qu’il l’avait trouvée sur Tinder. Et qu’elle n’était pas belle, mais faisait des choses que les autres refusaient de faire. Quelle poésie !

Les musiques du Carnaval sont habituellement sexistes. Les gens disent que ce n’est pas important, qu’elles servent à s’amuser, à divertir. Alors, où est le problème? À mon avis, il y a un véritable problème !

Mais quelle est la relation entre les chansons sexistes et le livre « The Handmaid’s Tale » (« La Servante Écarlate » en français), écrit en 1985 par Margaret Atwood ? Ce livre, une dystopie, décrit une théocratie fondamentaliste chrétienne dans laquelle les femmes ont perdu tous leurs droits et appartiennent aux hommes. Elles ont des rôles spécifiques, ne peuvent pas sortir librement, ne peuvent pas parler aux gens. Elles s’habillent avec des couleurs spécifiques selon leurs fonctions et sont constamment surveillées. Les femmes sont des objets pour les hommes et n’ont pas le droit d’utiliser leurs prénoms. Elles s’appellent OF plus le nom de leurs propriétaires, cela signifiant qu’elles leur appartiennent.

Les droits des femmes sont très récents dans l’histoire de l’humanité. Le droit de vote, par exemple, est une conquête de moins de 100 ans. Ce sont des droits très fragiles. On a tendance à croire que les droits des femmes vont durer pour l’éternité, mais comment peut-on en être persuadé ? On est loin d’une situation d’égalité. Les femmes sont considérées inférieures aux hommes dans beaucoup de situations. Elles gagnent moins d’argent que les hommes. Elles se considèrent coupables quand elles se font violer. Et on parle seulement de notre partie du monde où les femmes ont des droits ou peuvent lutter pour eux. Parce que dans de nombreux pays, les femmes sont des objets et appartiennent aux hommes de leurs vies d’une manière qui n’est pas très différente de la servante écarlate.

Ce sont de petites choses qui peuvent changer tout. Comme dans l’histoire de la servante écarlate, l’acceptation vient petit à petit, les droits sont perdus sans que l’on s’en rende compte. Alors, quand on considère que c’est amusant de danser sur une chanson qui utilise les femmes comme objet de plaisir pour les hommes, on participe à un certain retour en arrière dans ce que l’on a si durement acquis.

Ecrit par Cristiane, étudiante brésilienne