Les anglicismes

Cette semaine, mon téléphone m’a suggéré cet article du journal suisse Le Temps.

Il y est question de tous ces mots anglais qui s’immiscent dans la langue française et de la relation qu’entretiennent les francophones avec ces anglicismes. Apparemment, le journal reçoit régulièrement des courriers de lecteurs outrés de trouver autant d’anglicismes dans ses pages.

Personnellement, ce qui me choque, c’est quand l’anglais est mal utilisé. Et ça m’agace un peu quand on calque la structure d’une expression anglaise, alors qu’on a pratiquement la même en français. L’article donne quelques exemples incluant faire sens, qui se dit de plus en plus au lieu d’avoir du sens. Je crois qu’au Canada, ils le disent vraiment comme ça. Mais en France, on dit que les choses ont du sens. Avec le verbe avoir. Ou peut-on dire que maintenant, on dit aussi faire sens, puisque de plus en plus de gens le disent ?

C’est compliqué.

Mais je le remarque de plus en plus. Quand j’écoute des podcasts français, il y a des tonnes d’anglicismes. Les Français ont aussi un truc pour le mot fuck. Le mot est bipé à la télé aux US dans la majorité des programmes. Je crois qu’il l’est aussi au Royaume-Uni avant une certaine heure le soir. Mais en France, il semble tout à fait acceptable de jurer à la télé ou à la radio, tant que c’est fait en anglais. Bizarre, non?

Après avoir dit tout ceci, je dois avouer que dans la vie de tous les jours, quand je parle avec mes amies françaises, j’ai tendance à mélanger mes langues et à écrire des textos en franglais, surtout à mes copines qui parlent les deux langues à un niveau avancé. Je le fais beaucoup moins avec celles qui parlent très peu anglais. Et c’est là que je me dis que ponctuer régulièrement son français d’anglicismes, c’est pas très sympa pour les Français qui ne parlent pas anglais. C’est une façon de les exclure. Une façon de leur dire qu’ils sont dépassés par le monde d’aujourd’hui. Que s’ils ne parlent pas anglais, il faudra qu’ils s’habituent à ne plus tout comprendre.

Parler et comprendre l’anglais est vu comme quelque chose de cool chez les Français (et Suisses francophones apparemment), comme le conclut cet article. Je suis plutôt d’accord avec la journaliste sur le fait que l’anglais est bien pratique et exprime plus simplement certains concepts, et c’est pour cela que je parle autant en franglais. Mais tant que l’anglais ne sera pas mieux enseigné à l’école à tous les Français, pas seulement aux plus riches qui ont les moyens d’être scolarisés dans de bonnes écoles, ce n’est pas très juste que les médias en fassent autant usage, sans éduquer la population avant. J’ai des amis qui ont très peu de connaissances en anglais et ils ne sont même pas si vieux que ça. Alors j’imagine que beaucoup de personnes plus âgées que mes amis sont un peu perdues à la lecture de certains articles et confuses en écoutant la radio. Si les journalistes tiennent tant à mettre de l’anglais dans leurs articles, ils pourraient y joindre un lexique peut-être…

trop VS très

Récemment, une amie française a passé quelque temps chez moi et quand nous ne travaillions pas, nous passions notre temps ensemble à papoter. Mon mari, qui comprend beaucoup de français mais dont le niveau ne lui permet pas de participer à nos conversations, a remarqué quelque chose à force de nous écouter. Un jour il m’a dit “So, when you say trop, you actually mean très, right ?”

Je dois dire que j’étais assez impressionnée, car je ne pensais pas qu’il était capable de repérer ce genre de détails. Puis peu de temps après, une étudiante de niveau avancé m’a également parlé de trop et de très, pour me demander des précisions sur leur utilisation. Et c’est vrai que si l’on ne vit pas en France, ce n’est pas une évidence.

À l’oral, il est très commun d’utiliser trop pour dire très. Je le faisais beaucoup à l’adolescence et je me faisais reprendre par les adultes agacés par cet usage. Adulte, je le fais encore de temps en temps, surtout quand je participe à une conversation animée avec des amis. Je m’entends le dire et je souris intérieurement parce que plus personne n’ose me reprendre maintenant et je parle comme je veux ! Na !

Vous pouvez l’entendre dans des phrases telles que :

  • Demain c’est les vacances, je suis trop contente !
  • Sa sœur est trop sympa !
  • J’ai trop envie d’aller voir ce film au ciné !
  • Les voisins ont fait du bruit toute la nuit, je suis trop en colère.
  • Cet acteur, il est trop beau !

Dans ces 5 phrases, trop signifie en fait très (ou plutôt très très). Certains puristes désapprouvent cet usage, mais le fait est qu’il existe et qu’il est très commun quand on trouve que très ne suffit pas pour exprimer ce que l’on ressent ! Rien ne vous l’oblige à l’utiliser cependant. C’est plutôt du langage “jeune” (utilisé par les jeunes).

Il et elle

Écoutez cet enregistrement et faites particulièrement attention aux pronoms personnels :

Ce sont des phrases faciles à comprendre, donc le sens ne devrait pas vous poser problème. Mais que remarquez-vous dans la prononciation de il et de elle ?

  1. Il me dit toujours bonjour quand il me voit. /imdi/ /imvwa/
  2. Elle m’a dit qu’elle mangeait pas le soir. /ɛmadi/ /kɛmãʒe/
  3. Il nage très bien. /inaʒ/
  4. Elle nage encore mieux. /ɛnaʒ/
  5. Il s’appelle Julien. /isapɛl/
  6. Elle sait qu’elle doit travailler dur. /ɛsekɛdwa/
  7. Il veut partir bientôt. /ivø/
  8. Elle peut parler trois langues. /ɛpø/

C’est assez commun que le son /l/ disparaisse à l’oral quand il et elle sont suivis d’un mot commençant par un son de consonne. Cela s’applique aussi à ils et elles. C’est souvent problématique pour les étudiants débutants car ils ne comprennent pas ce que sont ce i et ce è qu’ils entendent. Et parfois, même les étudiants plus avancés se posent des questions et ne sont pas sûrs d’avoir bien entendu. Alors ne soyez pas surpris d’entendre des i et des è quand vous écoutez les Français parler ! Cela fait juste partie de ces petits trucs de prononciation en français : les Français aiment parler vite et raccourcir les mots, et parfois, certains sons se perdent. C’est bien sûr tout à fait correct de prononcer tous les sons dans ce cas. Mais à choisir entre /ilmǝdi/ et /imdi/, vous préférez lequel ? 😉

Quelque

Quelque est un mot très utilisé par les étudiants, particulièrement pour former la locution quelque chose, qu’ils prononcent presque toujours /kɛlkǝʃoz/.

C’est correct, mais quand on parle, /kɛlkǝ/ devient souvent /kɛk/, notamment dans quelque chose et quelque part. C’est important de le reconnaître pour mieux comprendre les Français qui parlent vite !

Essayez, puis écoutez :

  • J’ai quelque chose à te dire.
  • J’aimerais bien aller quelque part ce week-end.
  • Tu veux quelque chose à boire ?
  • J’ai l’impression que tu me caches quelque chose.
prononcé /kɛlkǝ/
prononcé /kɛk/

Bien

Très souvent, on me demande quelle est la différence entre bon et bien. La réponse la plus simple que je donne est que bon est un adjectif et bien un adverbe et je donne quelques exemples d’utilisation. Mais en réalité, c’est un peu plus complexe que ça et si vous travaillez à un niveau avancé, il est temps de pousser un peu plus loin.

Bien peut en fait être un adverbe ou un adjectif. Et même un nom, mais là, c’est plus évident, alors je vais le laisser de côté pour aujourd’hui.

Observez ces phrases :

  • Elle chante bien. (= well)
  • Vous êtes bien aimable. (= very)
  • Oui, c’est bien ce que l’on avait dit ! (= exactly)
  • C’est un homme bien. (= good)
  • Je suis bien dans ma nouvelle maison. (= comfortable)
  • T’as bien de la chance ! (= a lot)
  • J’ai fait les magasins mais j’ai rien vu de bien. (= suitable)
  • Il faut bien une heure pour aller à l’aéroport. (= at least)
  • Je me ferais bien un ciné ce week-end. (= happily)
  • Tu pourrais bien faire ça pour moi (= ici, je ne le traduirais pas, mais si quelqu’un vous dit ça, il est sous-entendu que vous avez une histoire avec cette personne. Peut-être vous a-t-elle aidé dans le passé. Peut-être vous a-t-elle sorti de situations difficiles. Et là, elle aimerait que vous fassiez quelque chose pour elle, mais vous êtes réticent. Alors, avec ce petit bien, elle insiste.)

Cette liste n’est pas exhaustive mais déjà, vous pouvez voir que bien est un mot qui a beaucoup de nuances. On le retrouve également dans une longue liste d’expressions.

Si vous n’en étiez pas tout à fait conscient, essayez de faire attention la prochaine fois que vous écouterez un podcast ou regarderez une vidéo. Je suis certaine que vous pourrez remarquer différentes utilisations de bien. Et ensuite, essayez de l’utiliser autrement que comme vous en avez l’habitude !
À l’oral principalement, car à l’écrit, il est préférable de trouver des synonymes plus précis quand c’est possible !

Maintenant

Ce mot n’est pas évident à prononcer pour les apprenants de français car il contient deux voyelles nasales : /mɛ̃tǝnã/ ou plus souvent /mɛ̃tnã/.

Récemment, une de mes chères étudiantes qui vit à Paris m’a demandé de lui confirmer comment prononcer “maintenant” car elle était persuadée d’avoir entendu des Français le prononcer d’une façon qui lui semblait bizarre et elle voulait vérifier si c’était possible qu’elle ait bien entendu. Et elle avait bien entendu, en effet.

À l’oral, il n’est pas inhabituel que maintenant devienne quelque chose qui sonne comme “main-nan“. J’ai une amie proche qui le prononce ainsi et c’est quelque chose que j’avais remarqué chez certaines personnes quand j’étais enfant, parce que je trouvais cela très bizarre moi-même.

Si vous vivez en France ou avez l’occasion de passer du temps en France ou en compagnie de Français pendant quelque temps, je suis sûre que vous finirez par l’entendre aussi. Quand les Français parlent vite, beaucoup de sons disparaissent.

Essayez de prononcer ces phrases en jouant un peu avec la prononciation de “maintenant” :

  • J’ai bien mangé. Maintenant j’ai plus faim.
  • On y va maintenant ?
  • Elle a quel âge maintenant ?
  • Maintenant qu’il pleut, j’ai plus envie de sortir.
on entend le t
on n’entend pas le t

Prononciation de L et R en fin de mot

Comment prononceriez-vous ces phrases ?

  • À votre santé !
  • Notre chienne a eu des petits.
  • Je bois deux litres d’eau par jour.
  • Oublie pas de prendre tes gants, il fait froid dehors.
  • Qu’est-ce que tu es susceptible !
  • Ça me semble pas juste.
  • J’ai toujours un livre sur ma table de chevet.

Maintenant, écoutez et concentrez-vous sur la prononciation de votre, notre, litres, prendre, il, susceptible, semble, livre, table

Vous avez remarqué quelque chose ? 

À l’oral, vous le savez déjà, beaucoup de sons sont modifiés ou même  disparaissent. Très souvent, les mots se terminant par les sons /r/ ou /l/ suivis d’un mot commençant par une consonne, ou même en fin de phrase comme dans l’exemple 5, sont prononcés différemment de ce à quoi vous pourriez vous attendre. On n’entend pas le r ou le l. Votre devient vot’, litre devient lit’, semble devient semb’, table devient tab’, etc.

Cela peut poser des problèmes de compréhension si l’on n’est pas conscient de ce phénomène car on peut se demander ce qu’on a entendu. Mais si on en est conscient, tout devient plus clair et l’on peut même essayer de parler comme ça soi-même. 🙂 

Concordance des temps à l’oral

Quand on apprend le français, on apprend ce qui nous semble souvent une infinité de règles et on s’efforce à les comprendre, à les mémoriser et à les appliquer. Puis, quand on voyage en France ou dans un autre pays francophone, on se rend compte que les locuteurs natifs ne respectent pas toujours ces règles et on peut se demander pourquoi on a passé tant de temps à les apprendre si elles ne sont même pas respectées par les Français eux-mêmes. 

Je vous dirai donc que pour pouvoir briser les règles, il est tout d’abord essentiel de bien les connaître ! Quand on atteint un niveau avancé, quasi natif, on devient capable de manipuler la langue comme les natifs. En anglais, à l’oral, je fais consciemment des “fautes” de grammaire parce que les codes de l’oral sont très libres et que ça m’amuse. Mais je connais les règles ! Ce qui est vrai aussi, c’est que certains natifs ne connaissent eux-mêmes pas très bien les règles de leur propre langue et ça, c’est un peu plus problématique de mon point de vue, mais c’est aussi pour cette raison que leur grammaire est parfois douteuse. Cependant, ils n’ont en général aucun problème à se faire comprendre. 

Ce dont j’aimerais parler aujourd’hui, c’est de la concordance des temps. On commence en général à l’étudier en B1 avec le discours rapporté, on continue en B2 et on y revient régulièrement pour être sûr d’avoir bien assimilé les règles et ne pas les oublier. 

On apprend qu’au discours rapporté, le présent devient l’imparfait, le passé composé devient le plus-que-parfait, le futur devient le conditionnel, etc. 

Exemples : 

  • Ils dînent à 19h tous les soirs. 

→  Julia m’a dit qu’ils dînaient à 19h tous les soirs.

  • J’ai dansé toute la nuit. 

→ Elle m’a dit qu’elle avait dansé toute la nuit. 

  • J’appellerai Matteo demain. 

→ Elle m’a dit qu’elle appellerait Matteo demain.

Voici donc trois exemples de concordance des temps bien appliquée selon les règles de grammaire officielles. 

Cependant, il est très possible que vous entendiez des locuteurs natifs dire : 

  • Julia m’a dit qu’ils dînent à 19h tous les soirs.
  • Elle m’a dit qu’elle a dansé toute la nuit. 
  • Elle m’a dit qu’elle appellera Matteo demain. 

Ce n’est pas ce que vous apprenez dans les manuels de français et pourtant, c’est ce que vous êtes susceptible d’entendre en France. C’est la différence entre le français standard et le français familier. Pour ma part, j’ai tendance à plutôt parler en français standard, mais je pense qu’il peut m’arriver de temps à autre de ne pas faire la concordance à l’oral, selon le contexte. Les trois exemples ci-dessus ne me choquent pas du tout à l’oral, même si je remarque immédiatement que la grammaire n’est pas correcte. 

C’est rien beau !

Êtes-vous déjà allé en Normandie ? Si c’est le cas, vous avez peut-être entendu des expressions qui vous paraissaient étranges.

J’ai grandi dans cette région et je comprends la plupart des expressions typiquement normandes, même si je ne les utilise pas. J’avais même oublié qu’elles étaient typiques d’ici en fait. Ou je ne m’étais peut-être même pas posé la question en grandissant. Après 10 ans sans avoir mis les pieds par ici, je trouve que les gens ont un accent étrange, auquel je ne suis plus habituée, et je prends conscience des expressions qui peuvent être incomprises des étrangers, mais aussi des Français d’autres régions.

Si vous avez acheté une peinture, que vous la montrez à un ami normand et qu’il vous dit, “c’est rien beau !”, cela veut dire qu’il trouve la peinture très belle.

Autres exemples :

  • Ce nouvel immeuble ? Il est rien laid ! = il est très laid.
  • Elle est rien gentille, ta grand-mère ! = elle est très gentille.

Ici, un petit test de vocabulaire normand.