Podcast : Camille

Je ne sais plus quel humoriste américain faisait une blague récemment sur le fait que les podcasts poussaient comme des champignons (c’était en anglais, mais ce qu’il a dit voulait dire plus ou moins ça) et que c’était impossible de suivre tout ce qu’il se faisait.

Cela m’avait fait sourire car c’est un peu vrai. J’ai parfois l’impression que tout le monde fait des podcasts. J’ai même envisagé d’en faire moi-même pour le français, mais pour diverses raisons, je ne m’y suis pas encore attelée. Un jour peut-être, s’il y a encore de la place pour moi dans l’univers des podcasts, on verra bien !

Les podcasts pullulent et j’en suis ravie en fait. J’ai longtemps eu du mal à écouter des podcasts car je n’arrivais pas à rester concentrée assez longtemps. Puis après plusieurs recommandations, je me suis mise à écouter un podcast américain et à vraiment y prendre goût. Et pendant quelques années, je n’ai écouté que des podcasts en anglais. Jusqu’à l’année dernière, où j’ai pris conscience que les Français s’y étaient mis aussi et qu’il y avait de l’offre de qualité.

Si vous me connaissez ou me lisez régulièrement, vous savez que je ne suis pas la plus grande fan de la France. Pour plein de raisons. Je trouve la France terriblement en retard sur les pays anglo-saxons à tous les niveaux et la mentalité française effroyablement réactionnaire. Je trouve les Français très peu ouverts au reste du monde, très peu tolérants, sexistes, racistes, pas du tout inclusifs, etc. J’ai toujours l’impression qu’ils vivent dans le passé et qu’ils refusent de progresser. Je n’étais pas à l’aise dans ce pays où je suis pourtant née quand j’en suis partie, je m’y sentais à l’étroit, et plus je vis ailleurs, plus je vois le monde et rencontre des personnes de tous pays, plus la France m’effraie. Ce que je vois de la France à travers les médias français ne me donne pas du tout envie d’y retourner, même pas pour y passer des vacances.

Mais en écoutant différents podcasts français, je me dis que tout n’est pas perdu. Il y a du boulot, et mes journalistes et présentatrices de podcasts préférées ont vraiment du pain sur la planche si elles désirent faire évoluer les mentalités en France, mais grâce aux podcasts, elles ont une voix qui, il me semble, se fait de plus en plus entendre. Elles abordent des thèmes dans leurs podcasts qui ne sont pas abordés dans les médias grand public ou, s’ils le sont, ne sont pas bien recherchés, ne sont pas approfondis, ou sont discutés autour d’une table entre gens pas du tout concernés par le sujet en question et pas du tout experts en la matière. Mais ils ont tous un avis. Les hommes passent leur temps à dire aux femmes comment elles devraient vivre, les hétéros disent aux homos qu’ils ne sont pas d’accord avec leurs choix de vie, les riches disent aux pauvres qu’ils n’avaient qu’à bien travailler à l’école, en pensant qu’eux-mêmes méritent leurs gros salaires, sans jamais s’avouer que s’ils en sont où ils ne sont aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont partis avec certains avantages dans la vie que d’autres n’ont pas eu la chance d’avoir, mais ils continuent à parler de méritocratie malgré tout, le sujet du handicap est à peine effleuré, etc. J’ai l’impression que la devise française, liberté, égalité, fraternité, a depuis bien longtemps était oubliée et n’intéresse pas beaucoup de monde…

Selon moi, les podcasts comblent un vide qui existait depuis bien trop longtemps et permettent de toucher à des sujets que les médias grand public refusent de vraiment traiter. Un Podcast à soi (féminisme) et Les Couilles sur la table (féminisme et masculinité) ont été mes deux premiers coups de cœur. Puis il y a eu Kiffe ta race, qui comme son son nom le suggère parle de race, sujet hyper tabou en France. Et de là, j’en ai découvert plein d’autres qui parlent de sujets de société, de genre, d’identité, de discriminations, de différences, de tolérance, de handicap, de politique, etc.

Le dernier en date, c’est Camille. C’est un nouveau podcast de Binge Audio. Le premier épisode, intitulé “pourquoi je peux dire pédé et pas toi” est sorti en septembre. Comme l’explique la description du podcast, son but est de déconstruire ce qui est considéré comme naturel et inné quand il s’agit d’identité de genre et de sexualité. On parle très peu de genre en France de façon constructive. Les gens sont peu enclins à remettre en question ce qu’ils considèrent comme “normal”, sans se demander pourquoi ils pensent comme ils pensent. Je sais que c’est comme ça dans beaucoup d’autres pays, mais au moins en Angleterre et aux Etats-Unis, on en parle depuis un bon moment et les études de genre existent depuis un moment déjà. Alors qu’en France, la dernière fois que j’ai recherché ce qu’ils proposaient dans les facs en termes d’études de genre, je n’ai pas trouvé grand-chose ! Et alors que beaucoup de discours sont inaudibles dans l’espace public dans le monde anglo-saxon, en France, on peut encore tout à fait être discriminant ouvertement et garder son travail, aussi public soit-il.

Tous ces podcasts me rendent optimiste, et si vous demandez à mon mari, je ne pense vraiment pas que ce serait le premier adjectif qu’il utiliserait pour me décrire 🙂

La liberté de la presse en France

C’est un sujet que je traite régulièrement en cours, avec les étudiant·e·s qui s’y intéressent. Je dois avouer que jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça, je ne me posais pas trop de questions à ce sujet. J’ai toujours pris avec des pincettes ce que les médias disaient, consciente que leur liberté était relative et que le profit était souvent la motivation première (même si je ne comprends toujours pas vraiment comment les groupes de presse gagnent autant d’argent). J’ai toujours pensé que la subjectivité des journalistes était un leurre et qu’il était impossible d’être objectif. On a tous une histoire, on a tous des opinions basées sur notre histoire et notre expérience personnelles, et je doute qu’avoir un diplôme de journaliste immunise contre la subjectivité.

Mais ce n’est qu’assez récemment que j’ai commencé à me poser beaucoup plus de questions à ce sujet. Avec la présidence de Trump et le mouvement Me too, j’ai commencé à m’intéresser beaucoup plus à l’actualité. J’ai longtemps cru que je ne verrais pas de changements importants de mon vivant, que le monde continuerait à être le même, un monde d’hommes, un monde rempli d’inégalités et de discriminations. Puis Me too a commencé et je suis devenue beaucoup moins pessimiste. Je ne vais pas dire que je suis super optimiste, mais je crois qu’il est possible que je voie de véritables changements un jour.

Je me suis mise à regarder beaucoup de documentaires. Souvent recommandés par mes élèves d’ailleurs. Le weekend dernier, j’ai regardé un documentaire sur Netflix intitulé Nobody speak : Trials of the free press. Je ne connaissais aucune des histoires traitées dans le documentaire. Je savais qui était Hulk Hogan, mais je n’avais jamais entendu parler de Gawker, je connaissais le visage de Sheldon Adelson, mais je n’avais aucune idée de qui il était. Je déteste la presse people et la presse à scandale. Mais je déteste encore plus le fait qu’un milliardaire puisse acheter la justice. Ou un journal. Ou un groupe de médias. Si vous n’avez pas vu ce documentaire, je vous le recommande vivement. J’ai aussi commencé à regarder Dirty Money, et l’épisode intitulé Cartel Bank fait vraiment froid dans le dos.

Le visionnage de ce programme m’a donné envie de vérifier qui étaient les médias libres en France. Je savais déjà que la France n’était pas très bien placée dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières, et que beaucoup de médias français appartenaient à de grands propriétaires ou à l’Etat français, mais j’ai été choquée de voir l’étendue du phénomène !

Vous pouvez jeter un œil à ce site qui présente une infographie très informative sur les relations de propriété entre les médias français et leurs principaux actionnaires. C’est tout simplement hallucinant !

Je ne connais pas tous les noms, mais certains me sont familiers. On a des milliardaires, des millionnaires, des banques, des noms associés à l’affaire des Panama papers, des qui ont eu affaire à la justice pour des affaires de fraude, ou même de proxénétisme, et qui ont été condamnés pour corruption, des qui font dans le commerce des armes, etc. Evidemment, nous avons en très grande majorité des hommes blancs, vieux, copains comme cochons avec les politiques. Si ce sont ces personnes qui contrôlent les médias français, qui peut croire une minute à la liberté de la presse française ?

Quelle blague !!!

Seule 5% de la presse française serait indépendante. Vous pouvez trouver une liste de médias indépendants ici. Bien sûr, certains ont une orientation politique marquée. La liste date de l’an dernier et je ne suis pas sure qu’elle ait été mise à jour récemment, car l’étudiant qui l’a compilée n’a pas l’air d’être très actif sur son blog, mais c’est néanmoins une liste intéressante.

Podcast : parler comme jamais

Certain·e·s de mes étudiant·e·s ont déjà découvert ce nouveau podcast, et je me suis réjouis quand je l’ai appris ! Le premier épisode avait été diffusé sur Programme B que j’écoute régulièrement et qui est un podcast intéressant qui traitent de différent sujets à chaque épisode. Je ne savais pas alors que Parler comme jamais deviendrait un podcast régulier.

C’est un très bon podcast qui déconstruit les clichés autour de la langue française. Je me disais hier en écoutant le dernier épisode que si ces discours avaient existé quand j’étais à l’école, je pense que les choses auraient été bien différentes pour bien des enfants. Le dernier épisode parle des fautes de français et de comment elles sont traitées en France et l’une des invitées est une institutrice vraiment bienveillante qui devrait être, à mon avis, un modèle pour les jeunes instits qui débutent. J’aime me dire qu’il y a beaucoup d’instits comme elle maintenant, mais je suis quand même un peu sceptique… S’il y a tant de programmes qui parlent de la langue française et des fautes de langage, c’est bien que l’on a affaire à un véritable sujet de société. Ce qui me plait énormément, c’est que le discours change et que l’on appelle de plus en plus à s’éloigner de la stigmatisation !

Peut-on imaginer une France où les enfants ne seraient pas traités comme des bons à rien s’ils ont du mal en orthographe et les adultes pas constamment stigmatisés parce qu’ils ne maitrisent pas très bien la grammaire ? Et une école où l’on prendrait en compte que tout le monde n’apprend pas de la même façon et où on ne laisserait personne derrière ? J’en rêve !

Être auto-entrepreneur en France

Voici un article dont le titre m’a immédiatement interpelée. Je me suis demandé si mes étudiant·e·s comprendraient facilement de quoi il s’agissait ou s’ils et elles seraient perplexes.

Si vous connaissez le verbe abattre, uniquement au sens de tuer, il se peut que vous soyez un peu déstabilisé·e (observez le é de la première syllabe, devant deux consonnes 😉 ).

L’article est court et je vais me concentrer sur le vocabulaire qui, à mon avis, pourrait poser problème à mes étudiant·e·s avancé·e·s ou qu’ils et elles n’utiliseraient pas forcément naturellement. Et quelques formes verbales.

  • un abattement : on parle ici d’une réduction du cout de qqch. On entend souvent parler d’abattement fiscal, qui est une réduction d’impôts.
  • raboté : raboter qqch, au sens propre, c’est le rendre plat avec un outil qui s’appelle un rabot (rebate plane en anglais). Ici, nous sommes évidemment au sens figuré, et raboté veut dire diminué.
  • un dispositif d’exonération : des mesures pour dispenser, exempter
  • cotisation sociales : ce sont les impôts prélevés sur les salaires qui, techniquement, servent à contribuer à la société
  • être revu à la baisse : revoir qqch à la baisse signifie que l’on avait fait une estimation qu’il va falloir diminuer. On peut l’utiliser dans d’autres contextes qu’en parlant d’argent. On peut revoir ses ambitions à la baisse par exemple. Je voulais obtenir 100% des points à mon examen de japonais, mais je pense que je vais revoir mes ambitions à la baisse et viser les 70%.
  • se sont élevés contre : ils se sont fait entendre, ils ont fait entendre leurs voix qui allaient à l’encontre de la décision
  • atteinte au pouvoir d’achat : le pouvoir d’achat, c’est notre capacité pécuniaire à dépenser ; une atteinte, ici, c’est une agression, une attaque, le fait de causer un dommage.
  • un projet de décret : un décret, c’est un acte réglementaire, officiel, un peu comme une loi
  • l’alignement : même si c’est un peu comme en anglais, vous auriez pensé à l’utiliser de vous-même ?
  • a-t-elle justifié : observez la structure
  • serait maintenue : observez l’utilisation du conditionnel pour exprimer la probabilité
  • nouvellement : vous le comprenez facilement, mais utilisez-vous cet adverbe ? Je ne crois pas l’avoir entendu chez mes étudiants dernièrement, si jamais…
  • passerait : encore un conditionnel pour la probabilité
  • ce projet de refonte : refonte, vient de fondre (to melt). La refonte, c’est l’action de remanier afin d’améliorer (en théorie)
  • dans un communiqué : expression très courante dans les articles de journaux – un communiqué est une information, un rapport, un renseignement transmis officiellement au public.

Marianne

Avec Halloween qui approche, si vous aimez vous faire peur, je vous recommande vivement de regarder Marianne, série française sur Netflix.

Je ne savais pas à quoi m’attendre, et j’ai été agréablement surprise. J’ai regardé toute la série toute seule car mon mari n’aime pas trop les films d’horreur donc je ne lui ai pas proposé de regardé une série du même genre, mais j’ai bien flippé toute seule dans le canapé. J’ai crié plusieurs fois, je me suis caché les yeux à plusieurs reprises et j’ai même pleuré un peu, surtout aux derniers épisodes. Ça faisait longtemps que je n’avais pas regardé quelque chose qui m’avait fait peur à ce point-là.

On a une jeune écrivaine de livres d’horreur, Emma, célèbre et alcoolique, assez antipathique au début, un village loin de tout et plutôt glauque, une sorcière, de la magie, des morts, du sang, etc. J’ai beaucoup aimé l’épisode où l’on comprend enfin la connexion entre le passé et le présent et pourquoi Emma a quitté le village si jeune.

Maintenant, je ne pense qu’à une chose : me faire couper les cheveux comme l’actrice principale ! J’étais coiffée un peu comme ça plus jeune et c’était pratique. Mais là, j’ai juste peur de montrer sa photo à une coiffeuse, qu’elle me dise qu’elle peut le faire et que le résultat ne ressemble pas du tout à ce que je veux. Mais si j’obtiens quelque chose d’aussi horrible que l’an dernier à Halloween (mèches tellement ratées que j’en ai pleuré toute la journée), je pourrai peut-être penser à me présenter au casting de la prochaine série d’horreur de Netflix…

Le ministre est enceinte

Si vous me lisez régulièrement, vous savez que certains sujets me tiennent particulièrement à cœur, dont, entre autres, la façon dont les femmes ont été traitées à travers les siècles et continuent d’être traitées aujourd’hui. Plus je lis et plus je m’instruis sur ce sujet, plus je suis en colère et plus je sais que ma colère est légitime.

Je suis assez fascinée par le parallèle entre le traitement des femmes dans la société française et l’évolution de la langue française . Et furieuse bien sûr. J’avais été ravie en début d’année quand l’Académie française (ce groupe majoritairement constitué de vieux bonshommes d’un autre temps) avait enfin accepté la féminisation des noms de métiers, dont j’avais parlé ici. Puis j’avais lu ce formidable petit livre d’Éliane Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, dont j’avais parlé ici et dans lequel j’avais appris un tas de choses que j’ignorais alors.

Récemment, j’ai lu un livre de Bernard Cerquiglini, universitaire et linguiste que je trouve très sympathique, qui s’intitule Le Ministre est enceinte, ou la grande querelle de la féminisation des noms.

J’ai décidé d’en partager un petit extrait que j’ai recopié pour vous aujourd’hui (pp. 123-126) :

Si cet extrait vous interpelle, je vous recommande vivement de lire le livre ! Cerquiglini est un amoureux de la langue française et écrit très bien. Vous apprendrez forcément de nouveaux mots, tout en vous instruisant sur l’évolution de la langue et de la société. J’ai trouvé sa façon d’aborder l’écriture inclusive très logique et intéressante et j’aime son ton humoristique.

Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de le lire, vous pouvez toujours faire une analyse du texte ci-dessus 😉

Par exemple, savez-vous pourquoi “attardé” reste au masculin singulier dans la première phrase ? Ce n’est pas une faute de frappe…

ISBN-10: 2021402118
ISBN-13: 978-2021402117

L’orthographe française

D’habitude, le vendredi, je propose une analyse de texte. Mais aujourd’hui, j’ai eu envie de partager quelque chose de différent.

Je me suis inscrite à 2 MOOC la semaine dernière dont un intitulé “renforcer ses compétences orthographiques”. Si l’autre MOOC me plait beaucoup, celui-ci m’a vraiment déçue car il propose de renforcer ses compétences en orthographe du passé. C’est tellement français en fait… Une réforme a été proposée il y a bientôt 30 ans, mais on enseigne toujours aux gens les règles d’antan. Ce n’était pas ce que j’espérais, je me suis donc désinscrite. L’autre est proposé par une professeure belge qui enseigne dans une université de Bruxelles. C’est un MOOC dynamique et qui me pousse vraiment à m’interroger. Je doute constamment, et j’adore ça ! Le niveau est très avancé, le thème du cours, c’est les fautes de français de toutes sortes (pas seulement d’orthographe), alors cela peut être un bon défi à relever, et vous apprendrez sans aucun doute beaucoup de vocabulaire. On peut s’y inscrire jusqu’au 18 novembre.

Sur le thème de l’orthographe, j’aimerais vous proposer une vidéo à regarder. Ce que ces deux profs mettent en lumière est extrêmement intéressant et en dit long sur une certaine mentalité toujours très présente en France. J’ai moi-même énormément changé d’opinion sur le sujet. Marre de la grammaire prescriptive et exclusive. Marre de l’orthographe complexe et illogique qui traumatise et stigmatise tellement d’enfants, qui une fois devenus adultes continuent d’être stigmatisés. Même sur les règles du participe passé, je suis maintenant d’avis qu’elles pourraient tout simplement être révisées pour être plus logiques. Je ne crois pas que je pensais ça l’an dernier… Il n’est jamais trop tard pour changer d’avis !

Je ne dirai pas que les fautes d’orthographe m’enchantent, surtout quand elles mettent un frein à la communication, mais je sais que si moi, j’ai la chance d’avoir toujours été bonne en orthographe, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de livres à ma disposition dès ma plus tendre enfance. Parce que j’avais des parents qui comprenaient l’orthographe et qui pouvaient m’aider. Parce qu’il y avait toujours des adultes pour s’assurer que je ne décroche pas. Parce que j’ai une mémoire visuelle qui me permet de photographier les mots, et qui à l’époque me permettait de photographier les règles de grammaire et d’orthographe de mon petit carnet juste en le lisant. Parce qu’on m’a encouragée à aimer les livres et que ça a marché. Du coup, j’aimais les dictées parce que c’était la bonne note garantie. Facile à obtenir. Aucune préparation spéciale.

Mais je me souviens de camarades de classe qui angoissaient terriblement rien qu’à l’idée de la dictée. J’ai connu et je connais toujours des Français qui ne maitrisent pas du tout l’orthographe et qui angoissent à l’idée de devoir écrire un courrier formel. Mais pourquoi donc tant de Français sont réticents aux rectifications orthographiques ?

Regardez cette vidéo, elle dure moins de 20 minutes et elle est très instructive. Prenez des notes. Vous relèverez forcément quelques mots ou expressions que vous ne maitrisez pas encore et vous pénètrerez un peu plus dans la psyché française. Ces deux professeurs sont belges, rien d’étonnant à ça, car les Belges, les Suisses et les Québécois sont beaucoup plus progressistes que les Français à mon avis…

“Quand les enfants demandent pourquoi, on leur explique comment, comment on écrit ou comment ou accorde. Pourquoi est-ce que l’esprit critique s’arrête au seuil de l’orthographe ?

S’installer à Paris : récit et conseils d’une étudiante

En arrivant à Paris en 2018, je ne m’attendais pas à être toujours ici un an plus tard. J’avais prévu de rester dans cette très jolie ville pendant 3 mois pour apprendre le français. Mais après une semaine j’en suis tombée amoureuse et j’ai décidé de rester un peu plus longtemps. Paris, c’est une ville qui offre l’opportunité de faire d’innombrables activités. Vous pouvez visiter des musées, voir des expositions, vous balader dans de nombreux parcs, faire du shopping selon ce que vous permet votre portefeuille, etc. En outre, la nourriture et le vin sont extrêmement délicieux. C’est un vrai rêve pour les touristes ! Cependant, si vous voulez vous installer en France, c’est important de savoir certaines choses avant votre installation.

D’après mon expérience, les démarches administratives constituent les plus grands obstacles lorsque l’on décide de rester à Paris. Premièrement, il faut ouvrir un compte en banque pour vivre en France surtout lorsque vous travaillez ici. Quand j’habitais à Londres, il était possible d’ouvrir un compte en ligne sans aller à la banque – c’était toujours un processus simple qui prenait quelques jours tout au plus. Mais en France, j’ai eu l’impression d’être dans les années 80. J’ai dû organiser un rendez-vous avec un conseiller pour remplir le formulaire avec lui et fournir des pièces d’identité. Malheureusement, lors de l’ouverture du compte, j’ai eu quelques problèmes et j’ai été obligée d’aller à la banque pour voir mon conseiller à chaque fois (au total 4 fois en 4 semaines !) pour les résoudre. Finalement j’ai réussi à ouvrir un compte mais si j’ai des problèmes, je dois consulter mon conseiller, c’est-à-dire qu’il faut aller à la banque à chaque fois. La technologie semble inutile dans le secteur bancaire ou peut-être est-ce seulement la banque avec laquelle j’ai choisi de créer une relation.

Deuxièmement, comme je travaille à Paris, je dois avoir un numéro de sécurité sociale. Cependant, j’ai une situation unique, ce qui signifie que je n’ai pas d’acte de naissance. Je suis née au Laos et quand j’avais sept mois, mes parents ont dû quitter le pays à cause de la situation politique, sans papiers. J’ai grandi en Australie et j’ai habité à Londres pendant 16 ans. Cela ne m’a jamais posé de problème de toute ma vie mais en France il faut avoir un acte de naissance pour tout faire. Donc quand j’ai demandé un numéro de sécurité sociale, c’était compliqué. J’ai eu plusieurs discussions avec des employés de la Sécurité Sociale et tout le monde m’a dit que je n’obtiendrais pas de numéro sans acte de naissance. Il me semblait être entrée dans un cauchemar administratif sans aucune directive sur la façon de m’en sortir. J’avais peur d’aller dans leurs bureaux parce que j’avais entendu dire que c’était le pire. Vous pouvez le vérifier à travers les commentaires sur Google ! Finalement après de nombreuses conversations avec des amis au cours desquelles ils m’ont conseillé de leur envoyer une lettre avec toutes les pièces d’identité et une explication de ma situation, j’ai réussi à avoir une conversation avec un membre du personnel. Au début, elle a hésité à me donner le numéro et m’a dit qu’elle voulait avoir plus d’informations. Mais ce même jour elle m’avait laissé un message vocal dans lequel elle me disait qu’elle avait décidé de me permettre d’avoir un numéro – enfin ! Par contre, j’attends toujours un formulaire pour demander ma carte vitale depuis 2 mois…

De plus, je vous recommanderais d’apprendre la langue avant de vous installer en France. Au minimum, soyez capable de dire quelques phrases, de poser des questions et de connaitre les règles de politesse. J’ai visité Paris plusieurs fois avant mon arrivée l’année dernière et j’avais appris qu’il était commun que les gens ne parlent pas l’anglais. Donc si vous voulez effectuer des démarches administratives, il sera très utile d’avoir un bon niveau de français. Je connais des gens qui habitent ici sans vraiment parler la langue (seulement quelques mots) mais je trouve que c’est restrictif et que cela diminue votre indépendance. Si vous voulez vraiment vous intégrer à la société et vous faire des amis français, il sera essentiel de le parler. Néanmoins, la communauté des expatriés est grande et vous pouvez toujours passer un bon moment à rencontrer des gens du monde entier.

Je voudrais vous dire quelques petites choses sur la vie quotidienne. Je ne suis pas sure si cela s’applique partout en France mais cela a été mon expérience à Paris. Tout d’abord, si vous voulez garder vos chaussures propres, faites toujours attention en marchant sur les trottoirs. Les crottes de chiens sont partout ! C’est vraiment dégoutant et cela m’a étonnée quand je suis arrivée ici. La chose suivante, c’est les passages piétons. En Angleterre, dès que vous faites un pas sur le passage piétons, les véhicules s’arrêtent pour vous permettre de traverser. Mais à Paris, ces marques servent plutôt de décorations dans la rue. Ne vous attendez pas à ce qu’un véhicule s’arrête pour vous. Enfin, les Parisiens marchent sur les trottoirs comme s’il n’existait pas d’autres personnes – ça veut dire un peu agressivement surtout quand ils ne sont pas tout seuls. Au début, c’était agaçant parce que je devais constamment m’écarter pour me protéger. Cependant j’ai appris à adopter la même approche qu’eux et j’ai constaté qu’en fait, ils se déplacent à la dernière minute pour éviter une collision.

C’était donc quelques conseils pour quiconque souhaite s’installer en France, basés sur mon expérience. Avant de vous installer ici, préparez-vous psychologiquement aux démarches administratives. Sachez que vous devrez être patient et ferez probablement face à de longues attentes (quelques semaines ou mois). Pour vous aider, créez de bonnes relations avec des Français – cela améliorera votre français en même temps ! Sur ce sujet, comme je l’ai dit plus haut, à mon avis, c’est nécessaire d’apprendre le français pour avoir une vie plus facile ici. Alors prenez ces manuels de français et commencez à apprendre dès que vous le pouvez. Et finalement, quand vous arrivez, faites attention aux trottoirs – des choses dangereuses vous y attendent !

Julie Lee – www.borntobeyou.co.uk

Julie a réussi le DELF B2 l’an dernier et travaille maintenant le français à un niveau avancé. Elle progresse très rapidement car elle est très active dans son apprentissage, recherche la compagnie de Français et de Françaises, fait des échanges linguistiques, est ambassadrice de réunions meetup, et elle fait attention à tous les petits détails de la langue ! Et bien sûr, elle fait toujours ses devoirs et se pose toujours plein de questions pour comprendre le fonctionnement de la langue ! 🙂

L’amour après me too

Si vous me lisez régulièrement, vous savez à quel point les droits des femmes (et de tous les groupes discriminés) est un sujet qui me préoccupe et le mouvement me too (balance ton porc, en France) a éveillé en moi une sorte d’espoir que je n’osais plus éprouver et une énorme envie de m’instruire pour comprendre pourquoi et comment les femmes sont toujours si mal traitées au 21ème siècle. Et bien que je ne vive plus en France depuis longtemps, je sais que la France est particulièrement sexiste et rétrograde en matière de droit des femmes. Que beaucoup de femmes françaises ne sont pas féministes et défendent “l’amour à la française”, qui pourrait se résumer grossièrement à “les hommes sont des mâles avec des besoins auxquels les femmes devraient répondre avec le sourire et elles devraient même se sentir flattées d’obtenir leur attention”. Je caricature à peine. Bien sûr, ce n’est que ma perception personnelle, et bien sûr, tous les hommes ne sont pas des porcs et beaucoup de femmes veulent l’égalité et veulent de débarrasser du patriarcat. Mais mon sentiment, c’est que c’est encore plus difficile en France que dans d’autres pays occidentaux de se sortir de cette mentalité d’un autre temps.

J’ai lu récemment un livre très agréable à lire, écrit par la journaliste Fiona Schmidt (dont par ailleurs j’adore le compte Instagram bordel de mères, sur la charge mentale liée à la maternité, qui s’adresse à toutes les femmes sans exception) et qui traite du sujet de la séduction (hétérosexuelle) en France après me too.

Elle aborde le sujet sur le ton de l’humour. Elle parle des réactions au mouvement me too en France. Car bien sûr, en France comme ailleurs, beaucoup d’hommes ont réagi bizarrement suite aux milliers de témoignages de femmes qui racontaient leurs expériences de harcèlement sexuel et autres violences subies. Ce que ça a pu m’énerver à chaque fois que j’ai entendu quelqu’un dire, “oh mais on peut plus parler à une femme, c’est trop risqué”, ou quelque chose du même acabit.

Elle donne des conseils aux hommes sur comment se comporter vis-à-vis des femmes. Ce n’est que du bon sens, mais malheureusement, il semblerait que le bon sens fasse défaut à tellement de personnes. Si vous ne savez plus comment parler à une femme parce que vous avez peur qu’elle vous accuse de harcèlement sexuel, peut-être devriez-vous repenser votre façon de parler aux femmes, non ? Si vous êtes respectueux, n’y mettez pas les mains sans y être invité, ne faites pas de blagues ou de réflexions à connotation sexuelle malaisantes, et prenez un sourire et un comportement amical pour ce qu’ils sont et rien d’autre, autrement dit pas une invitation à coucher, vous devriez vous en sortir indemnes.

Ce livre est assez court, 160 pages et se lit vite. Je l’ai lu un samedi après-midi, d’une traite. Certaines références sont très françaises et vous échapperont peut-être, mais le thème est universel, même si elle parle surtout de la situation en France. Elle appuie ses arguments et les chiffres qu’elle donne avec une bibliographie solide et beaucoup de notes de bas de page qui renvoient à des articles et des études.

Les Français d’après des citoyen·nes du monde

Après la vidéo d’hier, je me suis dit que cela serait intéressant d’entendre l’avis de personnes venant d’autres continents. Dans cette vidéo, vous verrez des citoyens de divers pays parler de la France. Cette fois encore, ceux qui ont écrit les sous-titres ont corrigé les petites erreurs, mais toutes ces personnes parlent français à un très haut niveau.