S’installer à Paris : récit et conseils d’une étudiante

En arrivant à Paris en 2018, je ne m’attendais pas à être toujours ici un an plus tard. J’avais prévu de rester dans cette très jolie ville pendant 3 mois pour apprendre le français. Mais après une semaine j’en suis tombée amoureuse et j’ai décidé de rester un peu plus longtemps. Paris, c’est une ville qui offre l’opportunité de faire d’innombrables activités. Vous pouvez visiter des musées, voir des expositions, vous balader dans de nombreux parcs, faire du shopping selon ce que vous permet votre portefeuille, etc. En outre, la nourriture et le vin sont extrêmement délicieux. C’est un vrai rêve pour les touristes ! Cependant, si vous voulez vous installer en France, c’est important de savoir certaines choses avant votre installation.

D’après mon expérience, les démarches administratives constituent les plus grands obstacles lorsque l’on décide de rester à Paris. Premièrement, il faut ouvrir un compte en banque pour vivre en France surtout lorsque vous travaillez ici. Quand j’habitais à Londres, il était possible d’ouvrir un compte en ligne sans aller à la banque – c’était toujours un processus simple qui prenait quelques jours tout au plus. Mais en France, j’ai eu l’impression d’être dans les années 80. J’ai dû organiser un rendez-vous avec un conseiller pour remplir le formulaire avec lui et fournir des pièces d’identité. Malheureusement, lors de l’ouverture du compte, j’ai eu quelques problèmes et j’ai été obligée d’aller à la banque pour voir mon conseiller à chaque fois (au total 4 fois en 4 semaines !) pour les résoudre. Finalement j’ai réussi à ouvrir un compte mais si j’ai des problèmes, je dois consulter mon conseiller, c’est-à-dire qu’il faut aller à la banque à chaque fois. La technologie semble inutile dans le secteur bancaire ou peut-être est-ce seulement la banque avec laquelle j’ai choisi de créer une relation.

Deuxièmement, comme je travaille à Paris, je dois avoir un numéro de sécurité sociale. Cependant, j’ai une situation unique, ce qui signifie que je n’ai pas d’acte de naissance. Je suis née au Laos et quand j’avais sept mois, mes parents ont dû quitter le pays à cause de la situation politique, sans papiers. J’ai grandi en Australie et j’ai habité à Londres pendant 16 ans. Cela ne m’a jamais posé de problème de toute ma vie mais en France il faut avoir un acte de naissance pour tout faire. Donc quand j’ai demandé un numéro de sécurité sociale, c’était compliqué. J’ai eu plusieurs discussions avec des employés de la Sécurité Sociale et tout le monde m’a dit que je n’obtiendrais pas de numéro sans acte de naissance. Il me semblait être entrée dans un cauchemar administratif sans aucune directive sur la façon de m’en sortir. J’avais peur d’aller dans leurs bureaux parce que j’avais entendu dire que c’était le pire. Vous pouvez le vérifier à travers les commentaires sur Google ! Finalement après de nombreuses conversations avec des amis au cours desquelles ils m’ont conseillé de leur envoyer une lettre avec toutes les pièces d’identité et une explication de ma situation, j’ai réussi à avoir une conversation avec un membre du personnel. Au début, elle a hésité à me donner le numéro et m’a dit qu’elle voulait avoir plus d’informations. Mais ce même jour elle m’avait laissé un message vocal dans lequel elle me disait qu’elle avait décidé de me permettre d’avoir un numéro – enfin ! Par contre, j’attends toujours un formulaire pour demander ma carte vitale depuis 2 mois…

De plus, je vous recommanderais d’apprendre la langue avant de vous installer en France. Au minimum, soyez capable de dire quelques phrases, de poser des questions et de connaitre les règles de politesse. J’ai visité Paris plusieurs fois avant mon arrivée l’année dernière et j’avais appris qu’il était commun que les gens ne parlent pas l’anglais. Donc si vous voulez effectuer des démarches administratives, il sera très utile d’avoir un bon niveau de français. Je connais des gens qui habitent ici sans vraiment parler la langue (seulement quelques mots) mais je trouve que c’est restrictif et que cela diminue votre indépendance. Si vous voulez vraiment vous intégrer à la société et vous faire des amis français, il sera essentiel de le parler. Néanmoins, la communauté des expatriés est grande et vous pouvez toujours passer un bon moment à rencontrer des gens du monde entier.

Je voudrais vous dire quelques petites choses sur la vie quotidienne. Je ne suis pas sure si cela s’applique partout en France mais cela a été mon expérience à Paris. Tout d’abord, si vous voulez garder vos chaussures propres, faites toujours attention en marchant sur les trottoirs. Les crottes de chiens sont partout ! C’est vraiment dégoutant et cela m’a étonnée quand je suis arrivée ici. La chose suivante, c’est les passages piétons. En Angleterre, dès que vous faites un pas sur le passage piétons, les véhicules s’arrêtent pour vous permettre de traverser. Mais à Paris, ces marques servent plutôt de décorations dans la rue. Ne vous attendez pas à ce qu’un véhicule s’arrête pour vous. Enfin, les Parisiens marchent sur les trottoirs comme s’il n’existait pas d’autres personnes – ça veut dire un peu agressivement surtout quand ils ne sont pas tout seuls. Au début, c’était agaçant parce que je devais constamment m’écarter pour me protéger. Cependant j’ai appris à adopter la même approche qu’eux et j’ai constaté qu’en fait, ils se déplacent à la dernière minute pour éviter une collision.

C’était donc quelques conseils pour quiconque souhaite s’installer en France, basés sur mon expérience. Avant de vous installer ici, préparez-vous psychologiquement aux démarches administratives. Sachez que vous devrez être patient et ferez probablement face à de longues attentes (quelques semaines ou mois). Pour vous aider, créez de bonnes relations avec des Français – cela améliorera votre français en même temps ! Sur ce sujet, comme je l’ai dit plus haut, à mon avis, c’est nécessaire d’apprendre le français pour avoir une vie plus facile ici. Alors prenez ces manuels de français et commencez à apprendre dès que vous le pouvez. Et finalement, quand vous arrivez, faites attention aux trottoirs – des choses dangereuses vous y attendent !

Julie Lee – www.borntobeyou.co.uk

Julie a réussi le DELF B2 l’an dernier et travaille maintenant le français à un niveau avancé. Elle progresse très rapidement car elle est très active dans son apprentissage, recherche la compagnie de Français et de Françaises, fait des échanges linguistiques, est ambassadrice de réunions meetup, et elle fait attention à tous les petits détails de la langue ! Et bien sûr, elle fait toujours ses devoirs et se pose toujours plein de questions pour comprendre le fonctionnement de la langue ! 🙂

L’amour après me too

Si vous me lisez régulièrement, vous savez à quel point les droits des femmes (et de tous les groupes discriminés) est un sujet qui me préoccupe et le mouvement me too (balance ton porc, en France) a éveillé en moi une sorte d’espoir que je n’osais plus éprouver et une énorme envie de m’instruire pour comprendre pourquoi et comment les femmes sont toujours si mal traitées au 21ème siècle. Et bien que je ne vive plus en France depuis longtemps, je sais que la France est particulièrement sexiste et rétrograde en matière de droit des femmes. Que beaucoup de femmes françaises ne sont pas féministes et défendent “l’amour à la française”, qui pourrait se résumer grossièrement à “les hommes sont des mâles avec des besoins auxquels les femmes devraient répondre avec le sourire et elles devraient même se sentir flattées d’obtenir leur attention”. Je caricature à peine. Bien sûr, ce n’est que ma perception personnelle, et bien sûr, tous les hommes ne sont pas des porcs et beaucoup de femmes veulent l’égalité et veulent de débarrasser du patriarcat. Mais mon sentiment, c’est que c’est encore plus difficile en France que dans d’autres pays occidentaux de se sortir de cette mentalité d’un autre temps.

J’ai lu récemment un livre très agréable à lire, écrit par la journaliste Fiona Schmidt (dont par ailleurs j’adore le compte Instagram bordel de mères, sur la charge mentale liée à la maternité, qui s’adresse à toutes les femmes sans exception) et qui traite du sujet de la séduction (hétérosexuelle) en France après me too.

Elle aborde le sujet sur le ton de l’humour. Elle parle des réactions au mouvement me too en France. Car bien sûr, en France comme ailleurs, beaucoup d’hommes ont réagi bizarrement suite aux milliers de témoignages de femmes qui racontaient leurs expériences de harcèlement sexuel et autres violences subies. Ce que ça a pu m’énerver à chaque fois que j’ai entendu quelqu’un dire, “oh mais on peut plus parler à une femme, c’est trop risqué”, ou quelque chose du même acabit.

Elle donne des conseils aux hommes sur comment se comporter vis-à-vis des femmes. Ce n’est que du bon sens, mais malheureusement, il semblerait que le bon sens fasse défaut à tellement de personnes. Si vous ne savez plus comment parler à une femme parce que vous avez peur qu’elle vous accuse de harcèlement sexuel, peut-être devriez-vous repenser votre façon de parler aux femmes, non ? Si vous êtes respectueux, n’y mettez pas les mains sans y être invité, ne faites pas de blagues ou de réflexions à connotation sexuelle malaisantes, et prenez un sourire et un comportement amical pour ce qu’ils sont et rien d’autre, autrement dit pas une invitation à coucher, vous devriez vous en sortir indemnes.

Ce livre est assez court, 160 pages et se lit vite. Je l’ai lu un samedi après-midi, d’une traite. Certaines références sont très françaises et vous échapperont peut-être, mais le thème est universel, même si elle parle surtout de la situation en France. Elle appuie ses arguments et les chiffres qu’elle donne avec une bibliographie solide et beaucoup de notes de bas de page qui renvoient à des articles et des études.

Les Français d’après des citoyen·nes du monde

Après la vidéo d’hier, je me suis dit que cela serait intéressant d’entendre l’avis de personnes venant d’autres continents. Dans cette vidéo, vous verrez des citoyens de divers pays parler de la France. Cette fois encore, ceux qui ont écrit les sous-titres ont corrigé les petites erreurs, mais toutes ces personnes parlent français à un très haut niveau.

Les Français, d’après 5 jeunes Européen·nes

Dans cette vidéo, un Anglais, une Grecque, une Espagnole, une Allemande et une Italienne vivant en France, nous parlent de leur expérience de la France et des Français. Leurs observations m’ont beaucoup amusée. Si vous vivez en France, vous avez peut-être remarqué des choses similaires ou tout aussi étranges pour vous, non?

Vous remarquerez que la personne qui a fait les sous-titres a corrigé les petites erreurs. Quand Marlene dit “on est vite”, les sous-titres disent “on va vite”, par exemple. Cela peut-être intéressant pour vous de comparer. Les cinq s’expriment très bien, mais certaines font des petites erreurs, que vous faites peut-être aussi…

Être puni pour travailler trop, c’est possible en France

Il y a très longtemps, quand je vivais encore en France, je travaillais en intérim et j’avais travaillé quelques semaines au centre des impôts de la ville où je vivais. On était pré-Internet et j’avais été embauchée pour faire la saisie des déclarations de revenus, c’est-à-dire que je devais entrer dans le système informatique ce que les gens avaient déclaré sur papier. Contrairement à mes collègues qui se connaissaient toutes et passaient des heures à se raconter leurs vies, je passais tout mon temps à saisir. Et un jour, l’une d’entre elles m’a fait une réflexion voulant clairement dire que je travaillais trop et que ça la dérangeait. J’ai observé des comportements lors de mon court passage dans ces services qui m’ont fait comprendre pourquoi les fonctionnaires étaient tant critiqués en France. Bien sûr, il y en avait qui étaient très professionnels, mais une très grande partie passait beaucoup de temps à se tourner les pouces. J’étais très jeune et j’ai été vraiment choquée.

Et cette semaine, j’ai lu une histoire qui m’a fait écarquiller les yeux. L’ État français a refusé d’accorder la nationalité française à une infirmière étrangère sous prétexte qu’elle travaille trop. Dans le pays où la semaine de travail est de 35 heures, il est vraiment très mal vu de travailler plus de 50 heures. C’est même contre la loi apparemment. Incroyable !

Si le personnel soignant était mieux considéré et donc mieux payé, peut-être n’aurait-il pas besoin de travailler autant, non ? Il pourrait ainsi se conformer à la loi.

J’ai donc décidé de faire l’analyse d’un article relatant cette histoire. J’ai pris celui du Figaro, dans lequel j’ai corrigé les coquilles. En rose, des formes verbales, en bleu, des connecteurs, en vert, des prépositions, en jaune, des participes passés, soulignés, du vocabulaire à observer. Et en rouge, une erreur de la journaliste que je n’ai pas corrigée, mais que je vais expliquer, car c’est un point de grammaire qui pose souvent problème. Mes commentaires se trouvent à la suite du texte.

  • se voit refuser : structure passive. Si vous vous voyez refuser quelque chose, cela veut dire que vous avez demandé qqch et que qqn vous l’a refusé. Vous n’avez pas vraiment eu votre mot à dire, et c’est pour cela que l’on étudie cette structure quand on étudie le passif.
  • s’est vue refuser : où est l’erreur ? On a un verbe à l’infinitif qui suit un autre verbe, pronominal celui-ci. On a un sujet au féminin, une infirmière. On pourrait penser que logiquement, le participe passé de voir devrait être au féminin, puisqu’on a l’auxiliaire être. Mais non. Si l’action de l’infinitif “refuser” était effectuée par le sujet “infirmière”, alors oui, on accorderait. Mais ce n’est pas l’infirmière qui a refusé. C’est qqn d’autre. Par conséquent, on n’accorde pas le participe passé. (j’écrirai un poste de grammaire à ce sujet bientôt)
  • a suscité : verbe qui exprime la conséquence, construction directe. Qqch suscite qqch.
  • une vague d’indignation : vague a ici le sens de mouvement et peut être associé a beaucoup de noms. Un vague de colère, une vague de tendresse, une vague d’enthousiasme, une vague d’incompréhension (dans le texte également), etc. Pouvez-vous penser à d’autres ?
  • dépasser le temps de travail légal : auriez-vous penser à ce verbe ? Que peut-on dépasser d’autre ? Qu’est-ce qui peut dépasser ?
  • un motif solide : deux mots qui vont bien ensemble. Un motif, c’est une raison. Il peut aussi être officiel, valable, légitime, inavouable, etc. Quoi d’autre ?
  • préjudiciable : auriez-vous penser à cet adjectif ?
  • une demande de naturalisation : vocabulaire de l’immigration – quand on veut obtenir la nationalité d’un pays, on fait une demande de naturalisation
  • au motif de : à cause de
  • la lettre de refus : il existe aussi des lettres de motivation, de candidature, de démission, de remerciements, de recommandation, etc. Quoi d’autre ?
  • a provoqué : verbe qui exprime la conséquence
  • confrères : synonyme de collègues, très utilisé par les journalistes. Les docteurs et les avocats aussi.
  • a bien confirmé : qu’est ce petit “bien” ici ? Il est utilisé pour accentuer le fait que la préfecture a confirmé, il n’y a plus de doute possible. Si je dis que j’ai bien profité de mes vacances, je veux dire que j’ai vraiment profité de mes vacances. “bien” peut indiquer une certaine intensité.
  • cumuler : un bon synonyme d’avoir, plus précis, qui veut dire “avoir simultanément”.
  • effectue : un bon synonyme de faire
  • soit : c’est-à-dire
  • en infraction : être en infraction, c’est ne pas respecter la loi
  • au regard de : pour, selon
  • limitant à : observez le participe présent (= qui limite) et la construction verbale : limiter à qqch
  • la demandeuse déboutée : la demandeuse fait référence à l’infirmière qui a demandé qqch, déboutée signifie que sa demande a été rejetée
  • ne compte pas : ne prévoit pas – je compte faire qqch = j’ai l’intention de faire qqch
  • en rester là : s’arrêter
  • faire appel de la décision : vocabulaire de la justice – faire appel d’une décision = contester une décision
  • de nombreux : synonyme de beaucoup de
  • n’ont pas manqué de : ne pas négliger de, ne pas oublier de
  • le dépassement du temps de travail : après le verbe plus haut, nous avons maintenant le nom
  • une pratique courante : mots souvent associés. Des synonymes seraient : une pratique habituelle, répandue, usuelle, généralisée, en vigueur, etc. Une pratique peut aussi être ancestrale, peu orthodoxe, discutable, scandaleuse, déviante, etc. Pouvez-vous penser à d’autres adjectifs ?
  • le milieu hospitalier : quels autres milieux connaissez-vous ?

Je n’ai pas commenté la plupart des connecteurs, ni les prépositions. Mais il est toujours bon de les observer et de vous demander si pour vous, le sens et l’utilisation sont évidents.

Le racisme en France

Le weekend dernier, je mentionnais le podcast Kiffe ta race, et j’expliquais qu’en France, on est vite mal à l’aise quand on aborde le thème des races.

Diriez-vous que le racisme est systémique dans votre pays ? Est-il réservé à l’extrême-droite ?

Le mois dernier, j’ai fait travailler un étudiant avec cette vidéo, que j’avais trouvée très intéressante. Je ne connaissais pas cette autrice mais cela m’a donné très envie de lire son livre. Il n’est malheureusement pas disponible en version numérique. Il faudra que j’aille voir s’ils peuvent me le commander dans une librairie ici, ou que je me le fasse apporter par des amis qui viennent me rendre visite cette année.

Je n’ai évidemment pas la même expérience que Jo Güstin, car je suis blanche et la seule discrimination à laquelle j’ai été confrontée et le suis toujours, c’est le sexisme. Mais je n’ai aucun mal à comprendre ce qu’elle explique car j’ai des yeux et des oreilles et qu’ils fonctionnent très bien. J’ai grandi en France, et depuis que je travaille exclusivement comme prof de français, j’essaie de suivre les actualités françaises et de me tenir au courant de l’évolution de la société française. J’y suis retournée plusieurs fois depuis que j’ai quitté le pays et j’y ai des amis. Je le dis depuis toujours, le racisme est partout en France. Tout comme le sexisme.

Bien sûr, on trouve du racisme partout. J’ai vécu dans plusieurs pays, je l’ai remarqué partout. Mais est-ce une excuse ? Et la façon dont il est exprimé est-elle la même partout ? J’ai encore beaucoup à apprendre sur ce sujet, mais le peu de littérature que j’ai lue et mon expérience personnelle me poussent à croire qu’en France, le racisme est pire que dans beaucoup d’autres pays à majorité blanche. Ou peut-être que je regarde la France avec des yeux plus critiques car j’en viens. Mais comme l’explique le podcast Kiffe ta race, en France on veut nier la différence au nom d’un égalitarisme très français et par conséquent, on ne nomme pas les choses telles qu’elles sont et beaucoup se laissent endormir et choisissent de croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, tout le monde est l’égal de son voisin en France, il n’y a pas de races, donc pas de racisme, et la vie est belle. Sauf que ce n’est pas du tout la réalité de la France ! Toutefois, ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ne s’instruisent pas et sont prêts à croire tout et n’importe quoi, tant que ça ne dérange pas leur petit confort, et finissent par laisser des commentaires sur YouTube tels que : “Tout cela est dans ça tête il ý à des gents qui sont mal dans leurs peaux partout dans le monde nous ne sommes pas plus racistes que les autres pays arrêter avec çà celà devien insupportable”. (J’ai laissé les fautes de français, vous pouvez vous amuser à les corriger)

Si le rythme de l’interview est un peu difficile pour vous, voici les questions de la journaliste pour vous aider. Essayez de comprendre les réponses !

  • Comment s’est passée votre intégration en France ?
  • Et tout ça est arrivé quand vous êtes arrivée en France ?
  • Alors, quand on lit votre livre, Sissi, votre personnage principal, elle a pour projet d’écrire un livre qu’elle intitulera « on est en France ici », une lettre d’adieu à la France. « J’irai à la rencontre de plusieurs Françaises non blanches et les interrogerai sur les rapports douloureux ou forcés qu’elles entretiennent avec l’institution France » Par rapport à ce que vous m’avez répondu à la première question que je vous ai posée, vous vous êtes donc inspirée de votre vécu pour écrire ce livre, mais quelle est la part d’autobiographie et de fiction dans ces cas-là ?
  • Vous vous attendiez à être racisée ? Je rappelle qu’une personne racisée est une personne qui subit le racisme systémique. Vous vous attendiez à ça ?
  • Tout ce qui vous a fait mal et tout ce sentiment de mal vivre en France dont vous parlez dans votre livre ?
  • Vous avez choisi, malgré tout ça, de vous faire naturaliser française. Comment réagissez-vous quand vous voyez ce qui s’est passé dimanche dernier, le rassemblement national qui arrive en tête des élections européennes, vous qui avez déjà vécu tout ça, qui avez quand même choisi de vous faire nationaliser française, vous en pensez quoi ?
  • Alors pourquoi finalement, vous avez choisi de vous faire naturaliser française ?
  • Vous avez mis du temps à accepter d’être lue par qqn d’autre que votre maman et que votre cousine. Qu’est-ce que qui a fait que vous avez eu ce déclic, que vous vous êtes dit, bon allez, ça y est maintenant je vais publier mes livres ?
  • Et par rapport à votre côté humoriste, vous parlez également de tous ces thèmes : le sexisme, l’homophobie, l’intégration, le racisme, vous avez l’impression que grâce à l’humour, certains messages passent mieux ? Vous le ressentez quand vous faites vos stand-ups ?
  • Vous avez envie de surprendre ?
  • C’était même pas voulu à la base ? Mais c’est grâce à l’humour que vous surprenez et que vous arrivez à faire passer des messages que vous voulez faire passer ?
  • Vous vouliez surprendre aussi avec votre couverture, cette mise en scène, c’était le but ?

Podcast : kiffe ta race

En ce jour de fête nationale française, j’aimerais parler d’un sujet sensible en France : la race.

Savez-vous qu’en France, il est mal vu de parler de race. D’ailleurs, à cette époque l’année dernière, le mot “race” a été supprimé de la Constitution française. Je n’ai honnêtement pas compris pourquoi. Pensaient-ils que si le mot n’était plus utilisé, le racisme disparaitrait ?

Savez-vous aussi qu’en France, il n’y a pas de statistiques ethniques ? Je vous laisse imaginer ma surprise quand je suis partie vivre aux Etats-Unis il y a de nombreuses années et qu’à chaque fois que je devais remplir un questionnaire administratif, je devais cocher une case pour indiquer que j’étais blanche. Je ne savais même pas quoi cocher la première fois car le terme qui me correspondait était “Caucasian”. Pour moi, ce mot évoquait les montagnes séparant l’Europe de l’Asie et je n’aurais jamais imaginé qu’il me décrivait. Mais j’ai appris que c’était ma race. Puis en Angleterre, je cochais en général “White (other)”, car il y avait une case “White British”. Mon mari, qui est britannique, a coché toute sa vie “mixed race”, avec parfois des précisions.

Le fait est donc que dans la culture anglo-saxonne, il est tout à fait normal de parler de race. En France, il y a un certain malaise autour de la question. C’est historique, c’est politique, je n’ai pas assez de connaissances pour bien en parler, mais ce que j’ai, c’est un sentiment très fort que la France est terriblement raciste (en plus d’être profondément sexiste) et que retirer le mot race de la Constitution ne va pas éradiquer le racisme, bien au contraire.

En plus du mot race, il y a un autre mot avec lequel les Français semblent avoir un problème : c’est le mot noir. Beaucoup ont du mal à prononcer ce mot pour désigner une personne noire. À la place, ils disent black. Je ne sais pas tout à fait pourquoi. Le mot fait-il peur ? Ont-ils peur d’être taxés de racistes s’ils le prononcent ? Il existe beaucoup de mots désobligeants dans la langue française pour qualifier les personnes non blanches mais noir… ?

L’année dernière, il y a presque un an exactement, je parlais d’identité française dans ce post. Et il y a quelques mois, j’ai découvert un podcast très intéressant qui aborde le thème des races et du racisme. Je n’ai pas encore écouté tous les épisodes, mais ceux que j’ai écoutés m’ont énormément plu : Kiffe ta race. Il est présenté par Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice française noire, et Grace Ly, bloggeuse, autrice et vidéaste française asiatique. Chaque épisode dure aux alentours de 40 minutes, qui passent trop vite à chaque fois à mon avis. J’aurais toujours envie de les écouter discuter de chaque thème plus longtemps.

Elles reçoivent des invité·es pour discuter de questions raciales, de représentations, de féminisme, d’intersection, etc., et c’est très informatif. Si vous avez envie de mieux comprendre la France, ce podcast pourra vous être très utile.

Voici un extrait de la description du premier podcast, avec lequel je suis entièrement d’accord :

Institutions européennes – analyse d’un article

Une fois n’est pas coutume, j’ai sélectionné un article économique et politique cette semaine. Pas mon sujet préféré, mais si vous étudiez à un niveau avancé, il faut pouvoir parler de tout ! Et si le sujet vous intéresse, vous serez pris·e plus au sérieux si vous en parlez correctement et avec précision, c’est-à-dire avec le vocabulaire qui correspond à la situation.

J’ai décidé de partager cet article, sur les institutions européennes et les récents changements. Un sujet qui me passe un peu au-dessus de la tête, mais je trouve immensément intéressant que deux femmes aient été nommées à la tête d’institutions aussi importantes que la Commission européenne et la Banque centrale européenne. J’avais prévu de poster tout l’article et de faire une analyse détaillée, mais malheureusement, le temps me manque cette semaine, alors je l’ai coupé et j’ai juste eu le temps de relever ce que j’aimerais que mes étudiant·es avancé·es observent s’ils ou elles faisaient cet exercice : en rose, des verbes, en jaune, des verbes déclaratifs, en bleu, des connecteurs logiques (j’ai inclus autant de, qui n’est pas exactement un connecteur, mais observez son utilisation quand même), et j’ai souligné du vocabulaire qui se retrouve particulièrement dans ce type d’articles et que je n’ai pratiquement jamais lu dans les écrits de mes étudiant·es, ou même entendu dans nos discussions.

Bonne analyse !

Un petit jeu sans conséquence

C’est le titre d’un film français que j’ai regardé récemment.

J’avais vraiment envie de regarder un film français et j’avais pas mal de choix, mais j’ai mis longtemps avant de me décider. Aucune des synopsis que je lisais ne me donnait envie. Mon choix s’est finalement arrêté sur celui-ci car j’aime bien les deux acteurs principaux et deux des acteurs secondaires et l’intrigue me paraissait assez intéressante.

Mais je me suis ennuyée ferme pendant une heure et demie. C’est peut-être dû au fait que ce film date de 2004 et que je le regarde avec mes yeux de 2019.

C’est l’histoire d’un couple, ensemble depuis 12 ans, qui fait croire à sa famille et ses amis lors d’un déjeuner qu’ils sont séparés, alors qu’ils n’ont pas du tout l’intention de se séparer au départ. Mais personne n’est surpris et la femme se pose de plus en plus de questions au fur et à mesure que le film avance.

Ce qui m’a vraiment ennuyée et déplu, c’est que la femme est vraiment préoccupée par ce que son couple devrait être. Comme s’il y avait des règles applicables à tout le monde. Comme s’il n’y avait qu’un modèle de couple. Comme s’il y avait une obligation de se comporter d’une certaine façon. Peut-être s’ennuie-t-elle dans son couple, mais elle semble dire autre chose. Puis il y a l’homme qui, lui, parait beaucoup plus détendu par rapport à l’évolution de son couple et qui ressort comme la personne la plus raisonnable du couple parce qu’il ne se pose pas toutes ces questions et qu’il est à l’aise avec le fait de ne pas avoir une vie super excitante. Le message que je comprends, c’est que ce sont les femmes qui compliquent tout dans une relation. Et bien sûr, nous sommes dans un film français et on apprend que l’homme a couché avec la meilleure amie de sa femme deux ans auparavant. Petite entaille dans le contrat que beaucoup pourraient trouver acceptable car sa femme est si chiante. Elle l’a surement mérité… Bref, beaucoup de vieux clichés, avec au passage une jolie adolescente de 15 ans en tenue d’été que les amis de son père passent beaucoup de temps à reluquer, comme si c’était parfaitement normal.

Je ne sais pas si le film m’aurait plu il y a 15 ans. Je pense que ce n’est pas impossible. Mais en 2019, je l’ai trouvé ennuyeux et très vieux jeu.

Mais je trouve intéressant de regarder des films qui datent de temps en temps. Cela permet de remarquer l’évolution de la société, des mentalités, et sur un plan plus personnel, je peux observer comment moi, j’ai changé, et comment je remarque certaines choses auxquelles je n’aurais peut-être pas prêté attention par le passé. Les mentalités françaises n’évoluent pas aussi vite que d’autres en termes de sexisme et de discriminations en général, à mon avis, mais j’espère quand même que les réalisateurs d’aujourd’hui y penseraient à deux fois avant d’objectifier une ado (je n’ose pas dire une femme, car il est évident que beaucoup de remettent pas du tout cette pratique en question) comme dans ce film. La gamine avait un tout petit rôle et je ne suis pas critique de film, mais son personnage n’apportait absolument rien à l’histoire de mon point de vue et j’ai eu l’impression qu’elle n’était là que pour servir le désir pervers de ces messieurs. Beurk.

Les fausses informations

J’ai déjà parlé du Gorafi plusieurs fois, ce journal satirique qui me fait beaucoup rire. Apparemment, il est arrivé plus d’une fois que des médias supposés être plus sérieux, français ou étrangers, et des politiciens, relaient des informations lues dans le Gorafi.

Dans cette vidéo, Pablo Mira, co-créateur du journal, explique que selon lui, très souvent, les gens ne lisent que les titres, sans s’embêter à lire le contenu des articles et ne prennent pas le temps d’analyser ce qu’ils ont lu ou de recouper les informations. Si on lit les articles, il est évident que rien n’est sérieux dans ce journal. Et j’ai même du mal à comprendre comment qui que ce soit puisse croire aux titres. Si l’on se rend sur le site maintenant, on peut trouver des titres tels que “Permis de conduire : les auto-écoles autorisent les élèves à régler par don d’organes” (passer son permis coute très cher en France, si vous ne le saviez pas), ou encore “BFM TV contraint de licencier 120 journalistes en raison de la fin de la canicule” (BFM est une chaine d’infos en continu et d’après ce que j’ai cru comprendre, la qualité de l’information laisse à désirer.)

Dans la vidéo, il raconte, entre autres, que des gens ont véritablement cru qu’un homme s’était fait tué pour avoir demandé un pain au chocolat dans le sud de la France (ou cette viennoiserie s’appelle chocolatine) et c’est assez flippant. Nous vivons une drôle d’époque, non ?

Quelques erreurs se sont glissées dans les sous-titres, vous pouvez vous amuser à les retrouver 😉