Punaises de lit à Paris

Les gens qui me connaissent bien aiment se moquer de moi gentiment à cause de ce qu’ils considèrent de la maniaquerie poussée à l’extrême. Moi, ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas 50 nuances de propreté. Il y a propre, et il y a sale. Si ce n’est pas propre, c’est sale. Simple comme bonjour.

Je déteste les chambres d’hôtels avec de la moquette et je déteste les coussins dans les chambres d’hôtel. Je déteste également les transports publics avec des sièges en tissu. Je ne comprends pas les gens qui mettent leur valise sur leur lit. Ni ceux qui s’assoient ou s’allongent sur leur lit (dans lequel ils vont se coucher plus tard en petite tenue) alors qu’ils portent des vêtements qu’ils ont portés à l’extérieur, dans les transports publics ou même dans un taxi, tout aussi sale. Et bien sûr, je déteste les chaussures à l’intérieur de la maison.

Les gens vivent bien comme ils l’entendent chez eux, mais chez moi, je tiens à ce que les choses soient propres. Je vis avec mon mari qui n’a pas la même notion de la propreté que moi, qui est d’avis qu’il y a plusieurs niveaux de propreté et qui aime me dire régulièrement que je suis probablement sale pour les personnes encore plus maniaques que moi. Comme si ça justifiait le fait qu’il est bordélique et sale. Je l’aime et d’autres le trouveraient certainement propre en comparaison à leur conjoint, mais honnêtement, si j’en avais les moyens, nous vivrions séparément. Idéalement dans le même immeuble, mais chacun dans son appartement. Et là, mon appartement serait impeccable. La seule raison pour laquelle il ne l’est pas, c’est parce que je ne vis pas seule et que je refuse d’en faire plus que je n’en fais déjà en termes de tâches ménagères. Mes convictions féministes l’emportent sur ma maniaquerie.

Je me fiche complètement que les gens critiquent ma maniaquerie, tant qu’ils me laissent penser et dire que je les trouve sales. Par contre, ce qui m’agace un peu quand même, c’est qu’ils n’ont pas l’air de comprendre la rationalité derrière mon envie que les choses soient propres.

Comment qui que ce soit peut justifier les chaussures à l’intérieur ? Et je ne parle même pas des chaussures sur le canapé ou le lit, comme je le vois sans cesse dans les séries et les films américains. On marche dans la rue avec nos chaussures !!! J’ai vécu dans beaucoup de villes différentes, mais prenons Londres et Madrid comme exemples car les gens gardent leurs chaussures à l’intérieur en Angleterre et en Espagne. Dans ces deux villes, j’habitais dans des quartiers aux loyers assez élevés. Et pourtant les rues étaient pleines de merdes de chiens. Parfois il y avait aussi du vomi. Et toutes sortes de déchets ici et là, car les gens peuvent être extrêmement incivils dans ces pays dits civilisés… Donc en bref, les rues sont sales. Les seules rues propres que j’ai parcourues sont les rues du Japon. Mais au Japon, il est hors de question de porter ses chaussures à l’intérieur car on est bien conscient que c’est sale, malgré la propreté apparente des rues. Marcher à l’intérieur avec ses chaussures revient au même pour moi que d’étaler de la merde sur mon sol. Et ça, non merci.

Les hôtels accueillent des visiteurs du monde entier. Certains dont la culture veut qu’ils ôtent leurs chaussures à l’intérieur, et d’autres à qui cela ne traverseraient même pas l’esprit. Quand le sol est recouvert de moquette, on peut donc supposer que des milliers de chaussures l’ont foulé. Comment ne peut-on pas penser que ce sol est infesté de saletés ? Et les coussins, pensez-vous vraiment qu’ils les lavent entre chaque occupant ?

Et dans les transports publics, tous ces gens qui mettent leurs pieds sur les sièges ! Quelle horreur !

Je dois dire qu’en Thaïlande, les gens sont beaucoup plus propres de ce côté-là. Culturellement, ce n’est pas acceptable de porter ces chaussures à l’intérieur et personne ne met ses pieds sur les sièges. Bon par contre, j’ai vu une fois un homme se curer le nez avec insistance dans le train aérien et essuyer son doigt sur la barre verticale ensuite, à laquelle les gens se tiennent pour ne pas tomber. 🤮

Quand je rappelle à mon mari de bien tout nettoyer le soir quand il a terminé son diner et de ne pas laisser de nourriture sur le comptoir de la cuisine, ce n’est pas pour le plaisir de le contrôler. C’est tout simplement pour ne pas attirer les cafards et les geckos. Et je suis d’avis que cela représente beaucoup moins de travail de faire les choses au fur et à mesure – de nettoyer tout de suite après avoir sali, de ranger après avoir dérangé, etc. – que de laisser la saleté et le bazar s’accumuler. Si vous nettoyez les murs de votre douche chaque jour ou tous les deux ou trois jours, c’est facile et c’est rapide. Si vous le faites une fois par mois ou une fois tous les six mois, c’est beaucoup plus fatigant parce qu’il faut frotter beaucoup plus fort et ça prend beaucoup plus de temps. Les gens pensent que j’aime faire le ménage. Mais non, c’est tout le contraire. Je n’aime pas faire le ménage. Et pour ne pas avoir à faire trop de ménage, je suis propre au quotidien et je fais les choses au fur et à mesure.

J’ai eu la chance de vivre principalement dans des logements propres et agréables. Mais durant une courte période de ma vie, j’ai vécu en colocation à Londres et j’en ai des souvenirs horribles. Je crois que j’ai vécu dans trois colocations différentes et chaque expérience a été pire que la précédente. Mes colocataires étaient à chaque fois des personnes que je ne connaissais pas personnellement au départ et elles étaient toutes absolument dégueulasses. Mais il y avait aussi le fait que les propriétaires ne se souciaient aucunement de laisser vivre leurs locataires dans des conditions abominables. J’ai connu énormément de personnes vivant en colocation et la plupart ont rencontré des problèmes avec leur propriétaire qui refusait de réparer ce qui devait l’être pour assurer des conditions de vie décente. Je n’ai jamais compris que les propriétaires soient autorisés à louer des appartements et des maisons qui s’effritaient, qui moisissaient, qui étaient mal isolées, etc. Il me semblait que c’était un cercle vicieux. Les propriétaires ne respectaient pas leurs locataires. Du coup, les locataires ne respectaient pas leur logement. Vu le prix des loyers à Londres, j’ai quand même un gros problème avec les propriétaires qui louent des logements insalubres et refusent de faire les réparations nécessaires.

Je suis tombée sur un article ce weekend parlant du problème des punaises de lit à Paris. J’éprouve un sentiment de dégout absolu. Là encore j’ai eu la chance jusqu’ici de n’avoir jamais été confrontée à ce problème, même en ayant vécu et considérablement voyagé dans des pays en voie de développement. Même quand je voyageais avec un budget beaucoup plus restreint que maintenant. J’ai des ami·e·s qui ont eu des soucis de punaises de lit lors de leurs voyages et qui m’ont raconté à quel point c’était affreux.

Je pensais que c’était un problème de pays pauvres. Mais à la lecture de cet article et d’autres sur le même sujet, je me suis rendu compte que non. Je n’ai jamais vécu à Paris, je déteste Paris, et je pense vraiment que Bangkok est plus propre que Paris à plein d’égards.

Faisons maintenant une petite analyse de l’article : en vert, le vocabulaire autour du thème des nuisibles, en rouge, des verbes suivis de prépositions, en bleu, des connecteurs logiques, et souligné, du vocabulaire à observer. Je vais détailler un peu le vocabulaire souligné à la suite de l’article.

https://www.lemonde.fr/argent/article/2020/01/10/les-logements-avec-punaises-de-lit-et-blattes-desormais-interdits-a-la-location_6025377_1657007.html
  • insalubre : on remarque le préfixe privatif -in = qui n’est pas salubre, salubre signifiant qui a une action favorable sur… On peut parler d’air (in)salubre, de climat (in)salubre, de logement (in)salubre, etc. Synonyme ? Malsain, par exemple.
  • disséminant : participe présent – mot de la même famille que semer. Synonymes ? Répandant, dispersant, éparpillant…
  • la recrudescence : ce mot vient du latin et on le retrouve dans la langue anglaise également, ce qui facilite la compréhension pour les anglophones. Synonymes ? Progression, augmentation, accroissement…
  • un bailleur : ce n’est pas quelqu’un qui bâille, avec un accent circonflexe, mais quelqu’un qui propose un bail, c’est-à-dire un contrat de location.
  • la literie : tout ce qui se rapporte au lit
  • les coutures : du verbe coudre – la jonction de deux morceaux d’étoffe, de tissu, etc.
  • le sommier : partie du lit sur laquelle on pose le matelas
  • les interstices : comme en anglais, des petits espaces vides entre deux parties de quelque chose
  • salée : vient de sel – mais évidemment dans le contexte, c’est au sens figuré et appartient au langage familier. Quand l’addition est salée, cela veut dire que le prix est élevé.
  • ardue : synonymes ? Difficile, pénible, rude…
  • l’insalubrité : maintenant que je comprends insalubre, ce nom est beaucoup plus facile à comprendre, non ?

Livre : Le Consentement

Hier, à la fin de mon post, je parlais de l’affaire Matzneff, dont tous les médias parlent en France depuis quelque temps. La raison pour laquelle de vieilles vidéos ressortent et qu’on reparle de ce criminel, c’est un livre qui vient de paraitre : Le Consentement, de Vanessa Springora.

Je me le suis évidemment procuré à mon retour de vacances. Je me suis couchée assez tard jeudi soir. Je venais de terminer un livre génial, dont je parlerai bientôt, et j’avais l’intention de lire quelques pages du livre de Vanessa Springora avant de dormir. Deux heures et quelques plus tard, je terminais le livre, en essayant de retenir mes larmes. Il était 3h du matin et j’avais cours à 8h. Pas grave, le weekend allait bientôt commencer.

Dans ce livre, Vanessa raconte son histoire, et plus particulièrement sa relation avec cet écrivain célèbre, pédocriminel notoire, rencontré à l’âge de 13 ans alors que lui en avait 50, et qui a abusé d’elle, avec son consentement.

C’est un livre horrifiant et poignant. Tout au long de la lecture, je me demandais quel était ce monde dans lequel nous vivions. Ce monde dans lequel tant d’adultes (parents inclus) savaient et n’ont rien fait pour protéger cette enfant. Tant de monde savait qui était cet homme puisqu’il écrivait ses crimes dans des livres, dont le fait qu’il se rendait à Manille aux Philippines et y payait des petits garçons pour coucher avec eux, et qu’il avait, en 1977, lancé une pétition pour rendre légales les relations sexuelles entre adultes et enfants (la liste des signataires de cette pétition fait froid dans le dos).

Tant de monde savait et personne n’a rien fait. Et je suis persuadée que ce n’est pas la dernière histoire de ce genre qu’on entendra, mais avec chaque femme (ou homme en fait) qui ose témoigner, le pouvoir de ces monstres diminue et j’espère vivre assez longtemps pour voir un jour un monde dans lequel ce genre d’abus ne sera plus possible et où l’argent, le pouvoir, la notoriété ne protègeront plus personne face à la justice.

Ce livre était tellement nécessaire à cette pauvre France qui est toujours en retard sur tout.

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Depuis mon retour de vacances, je regarde toutes les vidéos que je peux trouver autour de cette histoire, je lis tous les articles sur lesquels je tombe et j’écoute des podcasts qui traitent du sujet. Je recommande vivement l’épisode de Programme B d’ailleurs. Parfois je lis les commentaires sous les vidéos YouTube. Heureusement, pour une fois, il semble y avoir un consensus et personne pour défendre ce criminel. Cependant, il y en a toujours qui sont limités en termes de réflexion et qui me donnent l’impression que cela les dérange quand même un peu que ce pédocriminel soit enfin dénoncé pour ce qu’il est. J’ai lu plusieurs commentaires disant que si on le condamnait, il faudrait aussi condamner Brigitte Macron. La bêtise humaine me sidère. Cet homme n’a pas eu une seule histoire avec une ado. Il en a eu de multiples. Et non seulement avec des ados “consentantes” mais aussi avec des enfants en situation vulnérable aux Philippines, se prostituant pour aider leur famille à survivre. En quoi le cas de Brigitte Macron, qui a ma connaissance n’a pas collectionné les jeunes amants et n’a pas violé qui que ce soit ni pratiqué le tourisme sexuel dans des pays en voie de développement, est comparable au cas de ce criminel ??? Je ne connais pas les Macron personnellement évidemment, et je ne suis pas forcément pro-Macron politiquement, mais je suis assez certaine que l’histoire du couple Macron est une histoire d’amour. Et après toutes les vidéos que j’ai visionnées ces derniers temps, je suis encore plus convaincue que Matzneff hait les femmes (“une fille très jeune est plutôt plus gentille même si elle devient très très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée” – mots prononcés par ce pervers dans l’émission Apostrophes en 1990, en réponse à Bernard Pivot qui lui demandait pourquoi il s’était spécialisé dans les lycéennes et les minettes. 🤮)

Sinon, j’ai bien aimé cette vidéo.

Cet homme est indéfendable, mais certaines réflexions émises en ligne par des anonymes, mais aussi par des personnalités connues, me poussent à penser que sa chute soudaine, après une vie d’impunité, en dérange plus d’un. Reste à se demander pourquoi.

Pessimistes, les Français ?

Mon mari m’a dit un jour avoir lu un article disant que les Français était le peuple le plus malheureux et pessimiste au monde. Cela ne m’a pas surprise. Je dis toujours que les Français sont très négatifs.

On entend souvent dire que les Français sont râleurs. Et ce n’est pas l’actualité qui contredit cette affirmation.

Mon mari dit aussi que je suis aussi râleuse que mes compatriotes. Il n’a pas complètement tort, mais il ne parle pas français et ne comprend pas que je ne râle pas du tout à propos des mêmes choses ! Et si j’étais très pessimiste sur l’avenir du monde avant le mouvement Me Too, je le suis beaucoup moins maintenant. Mon pessimisme vient du fait que j’ai grandi dans un monde qui ne me plaisait pas. Trop macho, trop sexiste, trop misogyne, trop injuste, trop plein d’injonctions irréalistes pour les filles et les femmes. Petite, je pensais que ce serait différent en grandissant. Ado, je trouvais que le temps ne passait pas assez vite et je mourais d’impatience de devenir enfin adulte et libre pour pouvoir faire ce que je voulais dans un monde plus juste. Mais le monde était le même. Toujours sexiste et misogyne, et ma colère ne s’est jamais atténuée. Jusqu’à Me Too. Je suis toujours furieuse du traitement réservé aux femmes dans ce monde mais les choses ont commencé à changer, les discours ont changé, et la France va devoir suivre.

J’ai toujours aimé dire que j’étais à la fois pessimiste, optimiste, idéaliste et réaliste. Je crois que c’est toujours vrai. J’ai toujours détesté qu’on me colle dans une case. Je ne suis pas une seule chose, je ne ressens pas qu’une émotion, je suis pleine de contradictions comme tout être humain normalement constitué il me semble. Et j’ai toujours été à l’aise avec mes contradictions. C’est aux autres qu’elles ont toujours posé problème. Particulièrement en France. J’ai toujours été plus à l’aise dans le monde anglo-saxon où j’ai rarement eu l’impression d’être jugée comme en France et où la pensée m’a toujours semblé plus complexe et nuancée.

Alors oui, je râle beaucoup, parce que je refuse d’accepter qu’on traite les femmes comme des êtres inférieurs et ne rien dire, ça revient à accepter la situation, de mon point de vue. Et maintenant, je râle aussi pour qu’on arrête de traiter les personnes de couleur, les LGBT+, les gros, les handicapés, et toute personne qui ne correspond pas à la norme de ce monde dirigé par des hommes et façonné par des hommes blancs en grande majorité, comme des êtres inférieurs. J’ai pas fini de râler, mais je ne suis plus pessimiste comme j’ai pu l’être par le passé. Mon niveau d’optimisme n’a jamais été aussi élevé en fait.

Voici une petite vidéo (en anglais) qui traite du pessimisme des Français :

Où est le respect ?

Comme je suis un peu débordée cette semaine car je pars en vacances et que j’ai encore pas mal de travail à terminer, je vais me contenter de partager une vidéo sur laquelle je suis tombée hier et que j’ai trouvée intéressante.

J’avais déjà parlé d’Haroun, dont l’humour me plait beaucoup, ici.

Avant d’écouter, connaissez-vous ce vocabulaire ?

  • une oraison funèbre
  • un assassinat
  • chacun y va de sa théorie
  • prendre un coup dans l’aile
  • les phrases assassines
  • les lois liberticides
  • pleurer qqn
  • se dresser contre qqch
  • les recherches effrénées de clics
  • un cercueil
  • le recueillement

Bonne écoute !

La France, tu l'aimes ou tu la fermes

C’est le titre d’un livre écrit par Rokhaya Diallo, journaliste française qui présente également le podcast Kiffe ta race, dont j’avais déjà parlé ici.

Rokhaya Diallo est noire, musulmane et féministe. J’adore l’écouter parler et j’admire la patience dont elle fait preuve quand elle se retrouve face à des idiots qui lui disent qu’ils comprennent ce que c’est d’être traité différemment car ils sont roux ou gaucher, comme si c’était comparable au racisme auquel les Noirs sont confrontés en permanence depuis si longtemps. Je n’exagère pas, j’ai vu une interview d’elle sur YouTube pendant laquelle ses interlocuteurs, blancs évidemment, lui disaient en gros qu’elle exagérait et que tout le monde était victime de discrimination – l’une en donnant ses cheveux roux en exemple, et l’autre le fait d’être gaucher. 😲

Elle parle de sujets très tabous en France, qui dérangent beaucoup : le racisme systémique et la fragilité blanche, l’identité française, l’obsession avec l’islam et l’islamophobie flagrante, la répression de l’Etat, le féminisme, l’appropriation culturelle, le privilège blanc, et elle fait des parallèles avec les Etats-Unis.

Cette année, j’ai écouté tous les épisodes de Kiffe ta race, j’ai lu le livre de Trevor Noah, Born a Crime, celui de Reni Eddo-Lodge, Why I’m no longer talking to white people about race, et je viens de terminer celui de Rokhaya Diallo. Et je trouve incroyable qu’il n’y ait pas plus de gens qui réagissent et toujours autant de gens dans le déni.

Que ce soit en Afrique du Sud, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France, le racisme est partout, il est systémique, institutionnalisé, et c’est tellement évident. Et si aux Etats-Unis le racisme anti-Noirs est de plus en plus difficile à nier et que le concept de privilège blanc apparait de plus en plus dans les débats publics, en France, on n’en est pas encore là. En France, le mot race a été éliminé de la constitution, donc il ne peut pas y avoir de racisme. Voilà le raisonnement. 😱

Et c’est pour ça que je pense que le travail de Rokhaya Diallo est très important et même indispensable. Elle tient un discours très clair et très cohérent. Très pédagogique aussi. Si mieux comprendre la France vous intéresse, je vous recommande vivement de lire son livre. Je l’ai découverte cette année alors qu’elle milite depuis des années, et j’ai bien l’intention de découvrir ses autres écrits et le reste de son travail.

Elle appartient à ces personnes qui me font réfléchir et me poser des questions que je ne m’étais jamais vraiment posées jusqu’à récemment.

Elle est française et elle est noire. Sa nationalité est sans cesse remise en question et elle doit sans cesse se justifier d’aimer la France quand elle la critique. Je suis française et je suis blanche. Je critique la France depuis toujours. D’ailleurs, je l’ai quittée pour ne jamais y retourner. Personne n’a jamais remis ma nationalité en question. Pourtant, je suis certaine qu’elle aime la France plus que moi et que c’est pour ça qu’elle se bat autant pour la rendre meilleure.

Podcast : Tarab

Voici un autre podcast de Binge Audio que j’ai découvert récemment.

Tarab parle des Arabes, de la culture arabe, de sa représentation et de sa perception en France.

Si vous suivez les actualités françaises et vous intéressez à ce qui se passe en France, vous savez certainement qu’il y a une perception généralement plutôt négative de tout ce qui est arabe et qu’être arabe signifie obligatoirement être musulman dans l’esprit des gens, et beaucoup font des associations malheureuses.

On demande aux femmes musulmanes de ne pas porter le voile, on stigmatise les hommes dès leur plus jeune âge et on refuse souvent de les voir comme des Français, même si le seul passeport qu’ils possèdent est français et la seule langue qu’ils parlent est le français, et encore une fois, dans un pays dont la devise est liberté, égalité, fraternité, on peut facilement se poser quelques questions sur la sincérité de cette devise.

Le 10 novembre a eu lieu une marche contre l’islamophobie à Paris, suite à tous les débats sur le voile et l’attaque d’une mosquée dans le sud de la France. D’après ce que j’ai lu, la manifestation a eu beaucoup de succès et de nombreuses personnes non musulmanes ont apporté leur soutien aux musulmans. Maintenant, si les médias pouvaient arrêter de constamment essayer de diviser les gens en instillant la peur dans la population , ce serait formidable… Et si le thème du racisme à l’embauche, dans les recherches de logement, etc., pouvait être abordé de façon intelligente et constructive, peut-être ferait-il meilleur vivre en France…

Tarab est un podcast intelligent et intéressant que je vous recommande vivement !

Les toilettes de l’école

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’allais JAMAIS aux toilettes à l’école. Pour plusieurs raisons, mais principalement parce que je les trouvais absolument dégueulasses et puantes. C’était comme ça en France dans les année 80 et 90 et on dirait que cela n’a pas beaucoup changé ! Je trouve ça choquant, dans un pays supposément civilisé. J’ai eu l’occasion de visiter des toilettes d’école à Londres et je dois dire que c’était tout aussi horrifiant.

Je ne sais plus exactement quelles techniques j’utilisais pour ne pas y aller, mais je pense que je me retenais de boire et j’ai développé une capacité de super-héros à me retenir d’aller aux toilettes même quand j’en ai vraiment très envie (j’ai aussi développé une immense phobie des toilettes publiques). Je sais maintenant à quel point c’est mauvais pour la santé, mais l’état des toilettes dans les écoles est juste affligeant. Tout comme l’état des toilettes publiques en France en général en fait. J’avais accepté mon sort avec fatalité étant enfant, mais maintenant je me dis que c’est inacceptable et vraiment honteux.

Je ne savais pas qu’il existait une journée mondiale des toilettes. C’était mardi de cette semaine. Je suis tombée sur cet article de France Info qui en abordait le thème.

Ce n’est pas un texte très difficile à comprendre mais vous pouvez observer en bleu des structures ou expressions utiles, en rouge des formes verbales et en vert, du vocabulaire autour du thème des toilettes. J’ai souligné deux mots seulement : astuces (= tuyaux : tips) et réticence (bon à revoir si vous avez tendance à dire reluctance, qui n’est pas un mot français 😉 )

Podcast : Camille

Je ne sais plus quel humoriste américain faisait une blague récemment sur le fait que les podcasts poussaient comme des champignons (c’était en anglais, mais ce qu’il a dit voulait dire plus ou moins ça) et que c’était impossible de suivre tout ce qu’il se faisait.

Cela m’avait fait sourire car c’est un peu vrai. J’ai parfois l’impression que tout le monde fait des podcasts. J’ai même envisagé d’en faire moi-même pour le français, mais pour diverses raisons, je ne m’y suis pas encore attelée. Un jour peut-être, s’il y a encore de la place pour moi dans l’univers des podcasts, on verra bien !

Les podcasts pullulent et j’en suis ravie en fait. J’ai longtemps eu du mal à écouter des podcasts car je n’arrivais pas à rester concentrée assez longtemps. Puis après plusieurs recommandations, je me suis mise à écouter un podcast américain et à vraiment y prendre goût. Et pendant quelques années, je n’ai écouté que des podcasts en anglais. Jusqu’à l’année dernière, où j’ai pris conscience que les Français s’y étaient mis aussi et qu’il y avait de l’offre de qualité.

Si vous me connaissez ou me lisez régulièrement, vous savez que je ne suis pas la plus grande fan de la France. Pour plein de raisons. Je trouve la France terriblement en retard sur les pays anglo-saxons à tous les niveaux et la mentalité française effroyablement réactionnaire. Je trouve les Français très peu ouverts au reste du monde, très peu tolérants, sexistes, racistes, pas du tout inclusifs, etc. J’ai toujours l’impression qu’ils vivent dans le passé et qu’ils refusent de progresser. Je n’étais pas à l’aise dans ce pays où je suis pourtant née quand j’en suis partie, je m’y sentais à l’étroit, et plus je vis ailleurs, plus je vois le monde et rencontre des personnes de tous pays, plus la France m’effraie. Ce que je vois de la France à travers les médias français ne me donne pas du tout envie d’y retourner, même pas pour y passer des vacances.

Mais en écoutant différents podcasts français, je me dis que tout n’est pas perdu. Il y a du boulot, et mes journalistes et présentatrices de podcasts préférées ont vraiment du pain sur la planche si elles désirent faire évoluer les mentalités en France, mais grâce aux podcasts, elles ont une voix qui, il me semble, se fait de plus en plus entendre. Elles abordent des thèmes dans leurs podcasts qui ne sont pas abordés dans les médias grand public ou, s’ils le sont, ne sont pas bien recherchés, ne sont pas approfondis, ou sont discutés autour d’une table entre gens pas du tout concernés par le sujet en question et pas du tout experts en la matière. Mais ils ont tous un avis. Les hommes passent leur temps à dire aux femmes comment elles devraient vivre, les hétéros disent aux homos qu’ils ne sont pas d’accord avec leurs choix de vie, les riches disent aux pauvres qu’ils n’avaient qu’à bien travailler à l’école, en pensant qu’eux-mêmes méritent leurs gros salaires, sans jamais s’avouer que s’ils en sont où ils ne sont aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont partis avec certains avantages dans la vie que d’autres n’ont pas eu la chance d’avoir, mais ils continuent à parler de méritocratie malgré tout, le sujet du handicap est à peine effleuré, etc. J’ai l’impression que la devise française, liberté, égalité, fraternité, a depuis bien longtemps était oubliée et n’intéresse pas beaucoup de monde…

Selon moi, les podcasts comblent un vide qui existait depuis bien trop longtemps et permettent de toucher à des sujets que les médias grand public refusent de vraiment traiter. Un Podcast à soi (féminisme) et Les Couilles sur la table (féminisme et masculinité) ont été mes deux premiers coups de cœur. Puis il y a eu Kiffe ta race, qui comme son son nom le suggère parle de race, sujet hyper tabou en France. Et de là, j’en ai découvert plein d’autres qui parlent de sujets de société, de genre, d’identité, de discriminations, de différences, de tolérance, de handicap, de politique, etc.

Le dernier en date, c’est Camille. C’est un nouveau podcast de Binge Audio. Le premier épisode, intitulé “pourquoi je peux dire pédé et pas toi” est sorti en septembre. Comme l’explique la description du podcast, son but est de déconstruire ce qui est considéré comme naturel et inné quand il s’agit d’identité de genre et de sexualité. On parle très peu de genre en France de façon constructive. Les gens sont peu enclins à remettre en question ce qu’ils considèrent comme “normal”, sans se demander pourquoi ils pensent comme ils pensent. Je sais que c’est comme ça dans beaucoup d’autres pays, mais au moins en Angleterre et aux Etats-Unis, on en parle depuis un bon moment et les études de genre existent depuis un moment déjà. Alors qu’en France, la dernière fois que j’ai recherché ce qu’ils proposaient dans les facs en termes d’études de genre, je n’ai pas trouvé grand-chose ! Et alors que beaucoup de discours sont inaudibles dans l’espace public dans le monde anglo-saxon, en France, on peut encore tout à fait être discriminant ouvertement et garder son travail, aussi public soit-il.

Tous ces podcasts me rendent optimiste, et si vous demandez à mon mari, je ne pense vraiment pas que ce serait le premier adjectif qu’il utiliserait pour me décrire 🙂

La liberté de la presse en France

C’est un sujet que je traite régulièrement en cours, avec les étudiant·e·s qui s’y intéressent. Je dois avouer que jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça, je ne me posais pas trop de questions à ce sujet. J’ai toujours pris avec des pincettes ce que les médias disaient, consciente que leur liberté était relative et que le profit était souvent la motivation première (même si je ne comprends toujours pas vraiment comment les groupes de presse gagnent autant d’argent). J’ai toujours pensé que la subjectivité des journalistes était un leurre et qu’il était impossible d’être objectif. On a tous une histoire, on a tous des opinions basées sur notre histoire et notre expérience personnelles, et je doute qu’avoir un diplôme de journaliste immunise contre la subjectivité.

Mais ce n’est qu’assez récemment que j’ai commencé à me poser beaucoup plus de questions à ce sujet. Avec la présidence de Trump et le mouvement Me too, j’ai commencé à m’intéresser beaucoup plus à l’actualité. J’ai longtemps cru que je ne verrais pas de changements importants de mon vivant, que le monde continuerait à être le même, un monde d’hommes, un monde rempli d’inégalités et de discriminations. Puis Me too a commencé et je suis devenue beaucoup moins pessimiste. Je ne vais pas dire que je suis super optimiste, mais je crois qu’il est possible que je voie de véritables changements un jour.

Je me suis mise à regarder beaucoup de documentaires. Souvent recommandés par mes élèves d’ailleurs. Le weekend dernier, j’ai regardé un documentaire sur Netflix intitulé Nobody speak : Trials of the free press. Je ne connaissais aucune des histoires traitées dans le documentaire. Je savais qui était Hulk Hogan, mais je n’avais jamais entendu parler de Gawker, je connaissais le visage de Sheldon Adelson, mais je n’avais aucune idée de qui il était. Je déteste la presse people et la presse à scandale. Mais je déteste encore plus le fait qu’un milliardaire puisse acheter la justice. Ou un journal. Ou un groupe de médias. Si vous n’avez pas vu ce documentaire, je vous le recommande vivement. J’ai aussi commencé à regarder Dirty Money, et l’épisode intitulé Cartel Bank fait vraiment froid dans le dos.

Le visionnage de ce programme m’a donné envie de vérifier qui étaient les médias libres en France. Je savais déjà que la France n’était pas très bien placée dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières, et que beaucoup de médias français appartenaient à de grands propriétaires ou à l’Etat français, mais j’ai été choquée de voir l’étendue du phénomène !

Vous pouvez jeter un œil à ce site qui présente une infographie très informative sur les relations de propriété entre les médias français et leurs principaux actionnaires. C’est tout simplement hallucinant !

Je ne connais pas tous les noms, mais certains me sont familiers. On a des milliardaires, des millionnaires, des banques, des noms associés à l’affaire des Panama papers, des qui ont eu affaire à la justice pour des affaires de fraude, ou même de proxénétisme, et qui ont été condamnés pour corruption, des qui font dans le commerce des armes, etc. Evidemment, nous avons en très grande majorité des hommes blancs, vieux, copains comme cochons avec les politiques. Si ce sont ces personnes qui contrôlent les médias français, qui peut croire une minute à la liberté de la presse française ?

Quelle blague !!!

Seule 5% de la presse française serait indépendante. Vous pouvez trouver une liste de médias indépendants ici. Bien sûr, certains ont une orientation politique marquée. La liste date de l’an dernier et je ne suis pas sure qu’elle ait été mise à jour récemment, car l’étudiant qui l’a compilée n’a pas l’air d’être très actif sur son blog, mais c’est néanmoins une liste intéressante.

Podcast : parler comme jamais

Certain·e·s de mes étudiant·e·s ont déjà découvert ce nouveau podcast, et je me suis réjouis quand je l’ai appris ! Le premier épisode avait été diffusé sur Programme B que j’écoute régulièrement et qui est un podcast intéressant qui traitent de différent sujets à chaque épisode. Je ne savais pas alors que Parler comme jamais deviendrait un podcast régulier.

C’est un très bon podcast qui déconstruit les clichés autour de la langue française. Je me disais hier en écoutant le dernier épisode que si ces discours avaient existé quand j’étais à l’école, je pense que les choses auraient été bien différentes pour bien des enfants. Le dernier épisode parle des fautes de français et de comment elles sont traitées en France et l’une des invitées est une institutrice vraiment bienveillante qui devrait être, à mon avis, un modèle pour les jeunes instits qui débutent. J’aime me dire qu’il y a beaucoup d’instits comme elle maintenant, mais je suis quand même un peu sceptique… S’il y a tant de programmes qui parlent de la langue française et des fautes de langage, c’est bien que l’on a affaire à un véritable sujet de société. Ce qui me plait énormément, c’est que le discours change et que l’on appelle de plus en plus à s’éloigner de la stigmatisation !

Peut-on imaginer une France où les enfants ne seraient pas traités comme des bons à rien s’ils ont du mal en orthographe et les adultes pas constamment stigmatisés parce qu’ils ne maitrisent pas très bien la grammaire ? Et une école où l’on prendrait en compte que tout le monde n’apprend pas de la même façon et où on ne laisserait personne derrière ? J’en rêve !