Livre : Kiffe kiffe demain

En ces temps de confinement, celles et ceux d’entre nous qui vivent seul.e.s, et qui ont donc du temps pour lire à priori, vont pouvoir en profiter.

Il y a quelques semaines, j’ai lu un petit livre très sympa, très touchant et très rafraichissant, qui m’a laissée de bonne humeur après l’avoir terminé, même si j’ai versé quelques larmes pendant la lecture.

Il est très rapide à lire. Je crois que j’ai mis deux heures au total.

La narratrice, Doria, est une ado de 15 ans, assez solitaire, qui vit seule dans une cité avec sa mère analphabète, depuis que son père est retourné au Maroc pour y épouser une femme plus jeune qui pourra lui donner d’autres enfants. Elle regarde beaucoup la télé et a une façon d’analyser le monde et les gens autour d’elle à la fois amusante et réaliste.

On croise plusieurs personnages récurrents qui font partie de la vie de Doria, certains plutôt attachants. Le ton de la narration est très oral, très facile à lire. Une de mes étudiantes qui l’a lu m’a dit l’avoir trouvé très vivant.

Je trouve que c’est un livre qui fait réfléchir au monde dans lequel on vit, à la vie à laquelle sont destinées certaines personnes, juste parce qu’elles sont nées à un certain endroit, dans un certain pays. Ça fait réfléchir aux systèmes mis en place, qui souvent entravent les gens, et qui dictent à certaines personnes quelle doit être leur place dans ce monde, sans leur donner la possibilité d’en choisir une autre. Le ton est léger et on sourit beaucoup, mais les thèmes abordés ne le sont pas forcément et on a aussi parfois une grosse boule dans la gorge.

En voici un petit extrait:

Mme Burlaud vient de me proposer un truc chelou : un séjour aux sports d’hiver organisé par la municipalité. Elle a insisté en disant que ce serait bénéfique pour moi, que j’allais rencontrer du monde, me couper un peu du quartier. Ca devrait peut-être m’aider à m’ouvrir aux autres.

Je veux pas y aller parce que j’ai pas envie d’abandonner ma mère, même si c’est rien qu’une semaine. Et puis les séjours en groupe, avec des gens que j’ai même pas choisis, hors de question ! Rien que le voyage, même pas en rêve. Huit heures dans un car qui pue le vomi, où on chante des chansons des années quatre-vingt et où on fait des pauses-pipi toutes les demi-heures, laisse tomber !

Au début Mme Burlaud elle croyait que c’était à cause des sous que je voulais pas y aller.

– Tu sais comment ça se passe, on en a déjà discuté ensemble. Ça va rien coûter à ta mère si c’est ça qui te préoccupe…

De toute façon, le ski ça pue la merde. C’est comme si tu faisais du toboggan debout avec un bonnet et une combinaison boudinante et fluo. Je le sais, j’ai déjà regardé des compétitions de ski à la télé.

Vous pouvez observer, entre autres, qu’elle utilise beaucoup d’argot, du verlan, et qu’elle ne s’encombre pas des deux parties de la négation.

L’autrice, Faïza Guène, avait 19 ans quand ce premier livre a été publié. Depuis, elle en a écrit d’autres, que j’ai très envie de lire.

Elle était l’invitée de l’épisode 3 de Kiffe ta race, l’un de mes podcasts préférés, dans cet épisode.

Livre : Beauté fatale

Le mois dernier, j’ai beaucoup lu. Je tiens ma résolution de ne lire que des livres écrits par des femmes. Que j’ai d’ailleurs élargie en décidant de ne regarder que des séries et des films soit réalisés ou produits par des femmes, soit avec au moins une femme comme personnage principal, ou qui traitent de discriminations que subissent d’autres groupes. J’ai adoré Fleabag et Big Little Lies, que je recommande vivement, même si ce n’est pas en français. Et l’on peut trouver des listes en ligne de séries et de films réalisés par des femmes sur Netflix. Je les ai mis dans ma liste.

J’ai adoré tous les livres que j’ai lus en janvier et je ne saurai dire lequel j’ai préféré, car ils m’ont tous apporté quelque chose de différent.

Mais j’ai découvert l’écriture de Mona Chollet, journaliste et essayiste suisse que j’avais déjà écoutée dans un podcast et que j’avais trouvée fascinante. J’ai plusieurs livres d’elle qui m’attendent, mais j’ai commencé pas Beauté fatale, un livre qui parle de l’industrie de la beauté et de ce qu’elle fait aux femmes en particulier et à la société en général. C’est un livre tellement riche en informations et tellement profond et juste dans sa réflexion que je ne sais pas par où commencer pour en parler. Cela fait deux ou trois semaines que je veux écrire un post à ce sujet, mais il y a trop de choses à dire et j’ai été un peu bloquée.

Mona Chollet analyse les diktats de la beauté et démontre comment l’industrie de la beauté s’est infiltrée dans nos vies et participe au sexisme ambiant. Comment nous, les femmes, en sommes arrivées à détester notre corps car il ne correspond pas aux images dont nous sommes matraquées à longueur de temps et dont on nous dit qu’elles sont les seules représentations de la beauté possibles, et que, évidemment, toute femme qui se respecte doit aspirer à être aussi belle que possible. 🤮

A travers sept chapitres, elle analyse les discours publicitaires, les séries télé, la presse féminine, des enquêtes sociologiques, des témoignages de mannequins et autres, et nous explique comment le monde dans lequel nous vivons nous pousse à nous détester, à être mal dans notre peau, à ne voir notre valeur que dans le regard des hommes, et ainsi à être éternellement soumises et subordonnées.

J’aime penser que je suis plutôt intelligente et que j’ai toujours été féministe. Mais si je veux être honnête, j’ai longtemps pensé que ma valeur était dans le regard des hommes. J’ai toujours détesté me faire emmerder dans la rue, mais adolescente, si j’avais peur quand les hommes me faisaient des commentaires sexistes dans la rue, des “compliments” selon eux, j’étais aussi immensément flattée de l’attention, car j’étais persuadée d’être moche comme un pou. Si un homme, aussi moche et dégueulasse soit-il me remarquait, c’est que peut-être je n’étais pas aussi horrible que ça. Complètement tordu, non ? J’ai un peu envie de vomir en y repensant, et je suis ravie d’avoir évolué et d’avoir arrêté de penser de cette manière il y a bien longtemps (et de ne plus avoir peur de dire aux hommes d’aller se faire mettre tout en leur montrant mon majeur) mais j’ai compris maintenant pourquoi je ressentais ce besoin de validation, et pour en avoir discuté avec beaucoup de femmes, je sais que je n’étais pas la seule. Et je sais aussi que même si les choses évoluent et que les nouvelles générations sont plus “woke”, il y a encore trop de femmes qui pensent que leur valeur ne peut être validée que par le regard des hommes, qui se retrouve dans la mode, à la télé, au cinéma, dans la pub, et partout en fait.

Mona Chollet parle plus spécifiquement de la France dans son livre et comme pour beaucoup de mes autrices préférées, son regard critique est en plein dans le mille.

Dans le premier chapitre, elle parle de la série Mad Men. Je ne l’ai pas vue et je la regarderai si je prends ma retraite un jour et que j’ai plus de temps, mais elle m’a été recommandée par plusieurs amis dont j’approuve les gouts en général. Mona Chollet la décrit assez bien pour que l’on puisse comprendre que la série se déroule dans les années 60, à une époque où le sexisme régnait et où j’aurais détesté vivre.

Puis elle écrit : “On reste donc pantois en découvrant, lorsque le phénomène déferle pour de bon sur la France, à l’automne 2010, sur quoi se fonde l’engouement pour Mad Men : sur les jolies robes. Sur le style. Couturiers et magazines de mode se sont emparés de l’univers de la série, à laquelle ils multiplient les hommages. “Quelle jeune femme d’aujourd’hui n’a pas envie d’un brushing impec et de jolis ongles carmin ? C’est l’effet Mad Men ! s’extasie Elle. “Alors que nous vivons aujourd’hui dans un monde où le style casual est devenu la norme, Mad Men ressuscite une période où chaque femme faisait l’effort de s’habiller avec soin pour mettre en valeur sa féminité” écrit L’Express Styles.” (🤢🤢🤢 = moi)

Et voici une petite capture d’écran avec des passages que j’ai surlignés pour moi-même.

Tout ça se trouve dans les premières pages du livre. J’ai été happée immédiatement.

Du début à la fin, c’est un livre fascinant.

Interview : Histoire de la violence

Je regarde pas mal de vidéos sur YouTube, principalement des extraits du Daily Show with Trevor Noah et d’autres émissions américaines du même genre, mais je regarde aussi parfois des vidéos en français, et YouTube me recommande des vidéos dans les deux langues. Aujourd’hui, il m’a recommandé une interview d’Edouard Louis, écrivain que je n’ai jamais lu mais dont je connais le nom. Et que cette interview m’a donné très envie de lire.

YouTube me connait bien car j’ai trouvé cette interview formidable et le discours de cet homme très poignant. Elle dure 25 minutes et sachez qu’il y est question de violences sexuelles, mais pas que. Il évoque d’autres types de violences également. Si entendre parler de viol est difficile pour vous, n’écoutez pas les 3 premières minutes.

Et on continue avec les violences envers les femmes…

Depuis le début de la semaine dernière, j’ai du mal à dormir, je passe mon temps à cogiter et je ne sais pas trop comment arrêter. Depuis que je me suis réveillée lundi de la semaine dernière et que j’ai trouvé tous ces hommages rendus à Kobe Bryant sur Instagram, y compris sur des comptes féministes, j’ai du mal à retrouver mon optimisme.

La semaine dernière avait commencé ainsi, puis ça a été une accumulation d’incidents et d’informations, et quand le weekend est arrivé, heureusement que c’était l’anniversaire de mon mari et que ça me donnait une bonne excuse pour boire. Mais le truc, c’est que quand je bois, j’ai encore plus envie de parler de tout ce qui ne tourne pas rond dans ce monde et au lieu d’oublier, j’y pense encore plus.

Lundi dernier, je suis allée au CrossFit, et là, le coach nous a demandé si nous avions entendu parler de l’accident de Kobe Bryant. J’ai dit oui et que ça me dérangeait vraiment qu’il soit représenté comme un héros, alors que c’était un violeur. Le coach, qui n’est pas américain et qui n’avait jamais entendu parler de cette histoire, a toutefois déclaré que ces filles, elles font ça pour l’argent, comme pour Ronaldo, et que Kobe Bryant, c’était pas ce genre d’homme. Inutile de dire que j’étais sciée d’entendre de telles inepties, qui ne font que perpétuer la culture du viol. Depuis, j’ai évité d’aller au Crossfit les jours où ce coach fait cours. C’est un très bon coach, mais j’ai du mal à séparer l’homme ignorant du coach…

Puis, j’ai lu dans les journaux qu’une ancienne patineuse artistique française avait écrit un livre pour raconter son histoire, quand elle était jeune patineuse et que son coach la violait. Elle avait alors entre 13 et 15 ans. Et là, des voix se sont élevées pour remettre en cause les femmes qui attendent 30 ans pour dénoncer leurs agresseurs. Si elles ne l’ont pas fait avant, c’est que c’était pas si grave. Voire, est-ce que ça s’est vraiment passé comme elles le disent ? Etc. D’autres sportives ont parlé. La ministre du sport s’est impliquée. Affaire en cours.

Puis il y a eu les 12 nominations du film de Polanski aux César. Ai-je besoin d’en dire plus ?

J’ai fini la semaine avec le moral dans les chaussettes. Le weekend précédent, je me sentais militante, je me disais que j’aimerais m’impliquer dans des associations féministes, que j’aimerais contribuer à des projets qui aident les femmes, etc. Mais à la fin de la semaine, je me demandais à quoi ça servirait…

Cette semaine, j’ai même dû expliquer à un ami très cher ce qu’était le sexisme parce que selon lui, c’est la faute des réseaux sociaux si les jeunes filles vont mal et jouent de leur sexualité comme elles peuvent le faire parfois, et il n’y a aucune profondeur dans son “analyse” et sa compréhension des inégalités. Reni Eddo-Lodge a écrit Why I’m no longer talking to white people about race, une de mes lectures préférées de l’an dernier, voire ma préférée, et moi, j’écrirais bien Why I’m longer talking to men about sexism. Parce que c’est épuisant d’avoir constamment besoin d’expliquer aux hommes ce qui est une évidence pour la moitié de l’humanité, et de les voir réagir comme ils le font, toujours sur la défensive, comme si c’était une attaque personnelle. Et toujours avec des justifications qui n’ont aucun sens (mais c’est pas tous les hommes, entre autres). Pourquoi quand toutes les femmes, ou presque, racontent la même chose, les mêmes expériences, et quand il suffit de lire un peu (les livres sur le sujet ne manquent pas) et d’observer le monde, pourquoi continuent-ils à mettre en doute notre parole ? Pourquoi tentent-ils encore et toujours de nous expliquer que l’on a tort et que l’on ne comprend pas notre propre réalité ? On dirait qu’ils ne veulent pas vraiment savoir. Je pourrais écrire un livre entier d’anecdotes sexistes personnelles (impliquant des inconnus mais aussi des proches, qui n’ont aucune conscience de leur sexisme et qui sont persuadés d’être des gens bien) et d’autres dont j’ai été témoin. Est-ce qu’on me croirait, ou me dirait-on que j’exagère ? Que je n’ai pas d’humour ?

Depuis toujours on me dit que j’exagère mais tous les évènements récents appuient ce que je dis depuis toujours sur la France, et une amie anglaise, installée à Paris depuis quelques mois, m’a fait part de moments de malaise qu’elle avait vécus depuis son installation à Paris et du comportement que certains hommes français se permettent qu’aucun homme anglais ne se permettrait parce que c’est tout simplement inacceptable dans la société anglaise.

Il n’y a qu’à voir comment DSK avait été défendu par les médias et certains politiques après l’affaire du Sofitel à New York. Si vous ne connaissez pas l’histoire, googlez-la, et recherchez le traitement médiatique de cette affaire en France. Absolument dégueulasse. Recherchez aussi Tristane Banon et comment elle a été traitée par les médias pour avoir dénoncé cet homme dégueulasse pour agression sexuelle.

Le monde ne tourne vraiment pas rond. Tout est à revoir. C’est le cirque aux Etats-Unis avec le sénat qui n’a pas condamné Trump, c’est le cirque en Angleterre avec le Brexit et les tensions raciales en hausse, c’est le cirque au Brésil avec un président qui me parait encore plus misogyne et dangereux que Trump, et c’est un véritable cirque en France pour plein de raisons, mais ce qui me choque le plus, c’est tous ces gens prêts à défendre les violeurs et les agresseurs en tous genres et à leur trouver des excuses tout en dénigrant les femmes.

Et je ne suis pas au courant de tout ce qui se passe dans tous les pays du monde, ce qui est certainement une bonne chose si je ne veux pas terminer sous Prozac et/ou Xanax, mais je suis presque certaine que c’est le même cirque partout. Et je me demande pourquoi les pays occidentaux, qui aiment se qualifier de civilisés, se permettent de donner des leçons au reste du monde quand on voit ce qui se passe chez eux.

J’ai la chance de connaitre des hommes sincèrement féministes, qui sont de véritables alliés, mais j’en connais si peu. Ils me donnent de l’espoir et les jeunes générations me donnent de l’espoir aussi, mais c’est parfois vraiment difficile de voir le positif dans cet océan d’histoires horribles et de propos abjects.

Je voulais partager un article et je suis tombée sur une interview de la patineuse qui a raconté son histoire, Sarah Abitbol. J’ai mis en évidence un peu de vocabulaire que vous voudrez peut-être observer. Ce n’est que le début de l’article, vous pouvez trouver la suite en cliquant ici.

Punaises de lit à Paris

Les gens qui me connaissent bien aiment se moquer de moi gentiment à cause de ce qu’ils considèrent de la maniaquerie poussée à l’extrême. Moi, ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas 50 nuances de propreté. Il y a propre, et il y a sale. Si ce n’est pas propre, c’est sale. Simple comme bonjour.

Je déteste les chambres d’hôtels avec de la moquette et je déteste les coussins dans les chambres d’hôtel. Je déteste également les transports publics avec des sièges en tissu. Je ne comprends pas les gens qui mettent leur valise sur leur lit. Ni ceux qui s’assoient ou s’allongent sur leur lit (dans lequel ils vont se coucher plus tard en petite tenue) alors qu’ils portent des vêtements qu’ils ont portés à l’extérieur, dans les transports publics ou même dans un taxi, tout aussi sale. Et bien sûr, je déteste les chaussures à l’intérieur de la maison.

Les gens vivent bien comme ils l’entendent chez eux, mais chez moi, je tiens à ce que les choses soient propres. Je vis avec mon mari qui n’a pas la même notion de la propreté que moi, qui est d’avis qu’il y a plusieurs niveaux de propreté et qui aime me dire régulièrement que je suis probablement sale pour les personnes encore plus maniaques que moi. Comme si ça justifiait le fait qu’il est bordélique et sale. Je l’aime et d’autres le trouveraient certainement propre en comparaison à leur conjoint, mais honnêtement, si j’en avais les moyens, nous vivrions séparément. Idéalement dans le même immeuble, mais chacun dans son appartement. Et là, mon appartement serait impeccable. La seule raison pour laquelle il ne l’est pas, c’est parce que je ne vis pas seule et que je refuse d’en faire plus que je n’en fais déjà en termes de tâches ménagères. Mes convictions féministes l’emportent sur ma maniaquerie.

Je me fiche complètement que les gens critiquent ma maniaquerie, tant qu’ils me laissent penser et dire que je les trouve sales. Par contre, ce qui m’agace un peu quand même, c’est qu’ils n’ont pas l’air de comprendre la rationalité derrière mon envie que les choses soient propres.

Comment qui que ce soit peut justifier les chaussures à l’intérieur ? Et je ne parle même pas des chaussures sur le canapé ou le lit, comme je le vois sans cesse dans les séries et les films américains. On marche dans la rue avec nos chaussures !!! J’ai vécu dans beaucoup de villes différentes, mais prenons Londres et Madrid comme exemples car les gens gardent leurs chaussures à l’intérieur en Angleterre et en Espagne. Dans ces deux villes, j’habitais dans des quartiers aux loyers assez élevés. Et pourtant les rues étaient pleines de merdes de chiens. Parfois il y avait aussi du vomi. Et toutes sortes de déchets ici et là, car les gens peuvent être extrêmement incivils dans ces pays dits civilisés… Donc en bref, les rues sont sales. Les seules rues propres que j’ai parcourues sont les rues du Japon. Mais au Japon, il est hors de question de porter ses chaussures à l’intérieur car on est bien conscient que c’est sale, malgré la propreté apparente des rues. Marcher à l’intérieur avec ses chaussures revient au même pour moi que d’étaler de la merde sur mon sol. Et ça, non merci.

Les hôtels accueillent des visiteurs du monde entier. Certains dont la culture veut qu’ils ôtent leurs chaussures à l’intérieur, et d’autres à qui cela ne traverseraient même pas l’esprit. Quand le sol est recouvert de moquette, on peut donc supposer que des milliers de chaussures l’ont foulé. Comment ne peut-on pas penser que ce sol est infesté de saletés ? Et les coussins, pensez-vous vraiment qu’ils les lavent entre chaque occupant ?

Et dans les transports publics, tous ces gens qui mettent leurs pieds sur les sièges ! Quelle horreur !

Je dois dire qu’en Thaïlande, les gens sont beaucoup plus propres de ce côté-là. Culturellement, ce n’est pas acceptable de porter ces chaussures à l’intérieur et personne ne met ses pieds sur les sièges. Bon par contre, j’ai vu une fois un homme se curer le nez avec insistance dans le train aérien et essuyer son doigt sur la barre verticale ensuite, à laquelle les gens se tiennent pour ne pas tomber. 🤮

Quand je rappelle à mon mari de bien tout nettoyer le soir quand il a terminé son diner et de ne pas laisser de nourriture sur le comptoir de la cuisine, ce n’est pas pour le plaisir de le contrôler. C’est tout simplement pour ne pas attirer les cafards et les geckos. Et je suis d’avis que cela représente beaucoup moins de travail de faire les choses au fur et à mesure – de nettoyer tout de suite après avoir sali, de ranger après avoir dérangé, etc. – que de laisser la saleté et le bazar s’accumuler. Si vous nettoyez les murs de votre douche chaque jour ou tous les deux ou trois jours, c’est facile et c’est rapide. Si vous le faites une fois par mois ou une fois tous les six mois, c’est beaucoup plus fatigant parce qu’il faut frotter beaucoup plus fort et ça prend beaucoup plus de temps. Les gens pensent que j’aime faire le ménage. Mais non, c’est tout le contraire. Je n’aime pas faire le ménage. Et pour ne pas avoir à faire trop de ménage, je suis propre au quotidien et je fais les choses au fur et à mesure.

J’ai eu la chance de vivre principalement dans des logements propres et agréables. Mais durant une courte période de ma vie, j’ai vécu en colocation à Londres et j’en ai des souvenirs horribles. Je crois que j’ai vécu dans trois colocations différentes et chaque expérience a été pire que la précédente. Mes colocataires étaient à chaque fois des personnes que je ne connaissais pas personnellement au départ et elles étaient toutes absolument dégueulasses. Mais il y avait aussi le fait que les propriétaires ne se souciaient aucunement de laisser vivre leurs locataires dans des conditions abominables. J’ai connu énormément de personnes vivant en colocation et la plupart ont rencontré des problèmes avec leur propriétaire qui refusait de réparer ce qui devait l’être pour assurer des conditions de vie décente. Je n’ai jamais compris que les propriétaires soient autorisés à louer des appartements et des maisons qui s’effritaient, qui moisissaient, qui étaient mal isolées, etc. Il me semblait que c’était un cercle vicieux. Les propriétaires ne respectaient pas leurs locataires. Du coup, les locataires ne respectaient pas leur logement. Vu le prix des loyers à Londres, j’ai quand même un gros problème avec les propriétaires qui louent des logements insalubres et refusent de faire les réparations nécessaires.

Je suis tombée sur un article ce weekend parlant du problème des punaises de lit à Paris. J’éprouve un sentiment de dégout absolu. Là encore j’ai eu la chance jusqu’ici de n’avoir jamais été confrontée à ce problème, même en ayant vécu et considérablement voyagé dans des pays en voie de développement. Même quand je voyageais avec un budget beaucoup plus restreint que maintenant. J’ai des ami·e·s qui ont eu des soucis de punaises de lit lors de leurs voyages et qui m’ont raconté à quel point c’était affreux.

Je pensais que c’était un problème de pays pauvres. Mais à la lecture de cet article et d’autres sur le même sujet, je me suis rendu compte que non. Je n’ai jamais vécu à Paris, je déteste Paris, et je pense vraiment que Bangkok est plus propre que Paris à plein d’égards.

Faisons maintenant une petite analyse de l’article : en vert, le vocabulaire autour du thème des nuisibles, en rouge, des verbes suivis de prépositions, en bleu, des connecteurs logiques, et souligné, du vocabulaire à observer. Je vais détailler un peu le vocabulaire souligné à la suite de l’article.

https://www.lemonde.fr/argent/article/2020/01/10/les-logements-avec-punaises-de-lit-et-blattes-desormais-interdits-a-la-location_6025377_1657007.html
  • insalubre : on remarque le préfixe privatif -in = qui n’est pas salubre, salubre signifiant qui a une action favorable sur… On peut parler d’air (in)salubre, de climat (in)salubre, de logement (in)salubre, etc. Synonyme ? Malsain, par exemple.
  • disséminant : participe présent – mot de la même famille que semer. Synonymes ? Répandant, dispersant, éparpillant…
  • la recrudescence : ce mot vient du latin et on le retrouve dans la langue anglaise également, ce qui facilite la compréhension pour les anglophones. Synonymes ? Progression, augmentation, accroissement…
  • un bailleur : ce n’est pas quelqu’un qui bâille, avec un accent circonflexe, mais quelqu’un qui propose un bail, c’est-à-dire un contrat de location.
  • la literie : tout ce qui se rapporte au lit
  • les coutures : du verbe coudre – la jonction de deux morceaux d’étoffe, de tissu, etc.
  • le sommier : partie du lit sur laquelle on pose le matelas
  • les interstices : comme en anglais, des petits espaces vides entre deux parties de quelque chose
  • salée : vient de sel – mais évidemment dans le contexte, c’est au sens figuré et appartient au langage familier. Quand l’addition est salée, cela veut dire que le prix est élevé.
  • ardue : synonymes ? Difficile, pénible, rude…
  • l’insalubrité : maintenant que je comprends insalubre, ce nom est beaucoup plus facile à comprendre, non ?

Livre : Le Consentement

Hier, à la fin de mon post, je parlais de l’affaire Matzneff, dont tous les médias parlent en France depuis quelque temps. La raison pour laquelle de vieilles vidéos ressortent et qu’on reparle de ce criminel, c’est un livre qui vient de paraitre : Le Consentement, de Vanessa Springora.

Je me le suis évidemment procuré à mon retour de vacances. Je me suis couchée assez tard jeudi soir. Je venais de terminer un livre génial, dont je parlerai bientôt, et j’avais l’intention de lire quelques pages du livre de Vanessa Springora avant de dormir. Deux heures et quelques plus tard, je terminais le livre, en essayant de retenir mes larmes. Il était 3h du matin et j’avais cours à 8h. Pas grave, le weekend allait bientôt commencer.

Dans ce livre, Vanessa raconte son histoire, et plus particulièrement sa relation avec cet écrivain célèbre, pédocriminel notoire, rencontré à l’âge de 13 ans alors que lui en avait 50, et qui a abusé d’elle, avec son consentement.

C’est un livre horrifiant et poignant. Tout au long de la lecture, je me demandais quel était ce monde dans lequel nous vivions. Ce monde dans lequel tant d’adultes (parents inclus) savaient et n’ont rien fait pour protéger cette enfant. Tant de monde savait qui était cet homme puisqu’il écrivait ses crimes dans des livres, dont le fait qu’il se rendait à Manille aux Philippines et y payait des petits garçons pour coucher avec eux, et qu’il avait, en 1977, lancé une pétition pour rendre légales les relations sexuelles entre adultes et enfants (la liste des signataires de cette pétition fait froid dans le dos).

Tant de monde savait et personne n’a rien fait. Et je suis persuadée que ce n’est pas la dernière histoire de ce genre qu’on entendra, mais avec chaque femme (ou homme en fait) qui ose témoigner, le pouvoir de ces monstres diminue et j’espère vivre assez longtemps pour voir un jour un monde dans lequel ce genre d’abus ne sera plus possible et où l’argent, le pouvoir, la notoriété ne protègeront plus personne face à la justice.

Ce livre était tellement nécessaire à cette pauvre France qui est toujours en retard sur tout.

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Depuis mon retour de vacances, je regarde toutes les vidéos que je peux trouver autour de cette histoire, je lis tous les articles sur lesquels je tombe et j’écoute des podcasts qui traitent du sujet. Je recommande vivement l’épisode de Programme B d’ailleurs. Parfois je lis les commentaires sous les vidéos YouTube. Heureusement, pour une fois, il semble y avoir un consensus et personne pour défendre ce criminel. Cependant, il y en a toujours qui sont limités en termes de réflexion et qui me donnent l’impression que cela les dérange quand même un peu que ce pédocriminel soit enfin dénoncé pour ce qu’il est. J’ai lu plusieurs commentaires disant que si on le condamnait, il faudrait aussi condamner Brigitte Macron. La bêtise humaine me sidère. Cet homme n’a pas eu une seule histoire avec une ado. Il en a eu de multiples. Et non seulement avec des ados “consentantes” mais aussi avec des enfants en situation vulnérable aux Philippines, se prostituant pour aider leur famille à survivre. En quoi le cas de Brigitte Macron, qui a ma connaissance n’a pas collectionné les jeunes amants et n’a pas violé qui que ce soit ni pratiqué le tourisme sexuel dans des pays en voie de développement, est comparable au cas de ce criminel ??? Je ne connais pas les Macron personnellement évidemment, et je ne suis pas forcément pro-Macron politiquement, mais je suis assez certaine que l’histoire du couple Macron est une histoire d’amour. Et après toutes les vidéos que j’ai visionnées ces derniers temps, je suis encore plus convaincue que Matzneff hait les femmes (“une fille très jeune est plutôt plus gentille même si elle devient très très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée” – mots prononcés par ce pervers dans l’émission Apostrophes en 1990, en réponse à Bernard Pivot qui lui demandait pourquoi il s’était spécialisé dans les lycéennes et les minettes. 🤮)

Sinon, j’ai bien aimé cette vidéo.

Cet homme est indéfendable, mais certaines réflexions émises en ligne par des anonymes, mais aussi par des personnalités connues, me poussent à penser que sa chute soudaine, après une vie d’impunité, en dérange plus d’un. Reste à se demander pourquoi.

Pessimistes, les Français ?

Mon mari m’a dit un jour avoir lu un article disant que les Français était le peuple le plus malheureux et pessimiste au monde. Cela ne m’a pas surprise. Je dis toujours que les Français sont très négatifs.

On entend souvent dire que les Français sont râleurs. Et ce n’est pas l’actualité qui contredit cette affirmation.

Mon mari dit aussi que je suis aussi râleuse que mes compatriotes. Il n’a pas complètement tort, mais il ne parle pas français et ne comprend pas que je ne râle pas du tout à propos des mêmes choses ! Et si j’étais très pessimiste sur l’avenir du monde avant le mouvement Me Too, je le suis beaucoup moins maintenant. Mon pessimisme vient du fait que j’ai grandi dans un monde qui ne me plaisait pas. Trop macho, trop sexiste, trop misogyne, trop injuste, trop plein d’injonctions irréalistes pour les filles et les femmes. Petite, je pensais que ce serait différent en grandissant. Ado, je trouvais que le temps ne passait pas assez vite et je mourais d’impatience de devenir enfin adulte et libre pour pouvoir faire ce que je voulais dans un monde plus juste. Mais le monde était le même. Toujours sexiste et misogyne, et ma colère ne s’est jamais atténuée. Jusqu’à Me Too. Je suis toujours furieuse du traitement réservé aux femmes dans ce monde mais les choses ont commencé à changer, les discours ont changé, et la France va devoir suivre.

J’ai toujours aimé dire que j’étais à la fois pessimiste, optimiste, idéaliste et réaliste. Je crois que c’est toujours vrai. J’ai toujours détesté qu’on me colle dans une case. Je ne suis pas une seule chose, je ne ressens pas qu’une émotion, je suis pleine de contradictions comme tout être humain normalement constitué il me semble. Et j’ai toujours été à l’aise avec mes contradictions. C’est aux autres qu’elles ont toujours posé problème. Particulièrement en France. J’ai toujours été plus à l’aise dans le monde anglo-saxon où j’ai rarement eu l’impression d’être jugée comme en France et où la pensée m’a toujours semblé plus complexe et nuancée.

Alors oui, je râle beaucoup, parce que je refuse d’accepter qu’on traite les femmes comme des êtres inférieurs et ne rien dire, ça revient à accepter la situation, de mon point de vue. Et maintenant, je râle aussi pour qu’on arrête de traiter les personnes de couleur, les LGBT+, les gros, les handicapés, et toute personne qui ne correspond pas à la norme de ce monde dirigé par des hommes et façonné par des hommes blancs en grande majorité, comme des êtres inférieurs. J’ai pas fini de râler, mais je ne suis plus pessimiste comme j’ai pu l’être par le passé. Mon niveau d’optimisme n’a jamais été aussi élevé en fait.

Voici une petite vidéo (en anglais) qui traite du pessimisme des Français :

Où est le respect ?

Comme je suis un peu débordée cette semaine car je pars en vacances et que j’ai encore pas mal de travail à terminer, je vais me contenter de partager une vidéo sur laquelle je suis tombée hier et que j’ai trouvée intéressante.

J’avais déjà parlé d’Haroun, dont l’humour me plait beaucoup, ici.

Avant d’écouter, connaissez-vous ce vocabulaire ?

  • une oraison funèbre
  • un assassinat
  • chacun y va de sa théorie
  • prendre un coup dans l’aile
  • les phrases assassines
  • les lois liberticides
  • pleurer qqn
  • se dresser contre qqch
  • les recherches effrénées de clics
  • un cercueil
  • le recueillement

Bonne écoute !

La France, tu l'aimes ou tu la fermes

C’est le titre d’un livre écrit par Rokhaya Diallo, journaliste française qui présente également le podcast Kiffe ta race, dont j’avais déjà parlé ici.

Rokhaya Diallo est noire, musulmane et féministe. J’adore l’écouter parler et j’admire la patience dont elle fait preuve quand elle se retrouve face à des idiots qui lui disent qu’ils comprennent ce que c’est d’être traité différemment car ils sont roux ou gaucher, comme si c’était comparable au racisme auquel les Noirs sont confrontés en permanence depuis si longtemps. Je n’exagère pas, j’ai vu une interview d’elle sur YouTube pendant laquelle ses interlocuteurs, blancs évidemment, lui disaient en gros qu’elle exagérait et que tout le monde était victime de discrimination – l’une en donnant ses cheveux roux en exemple, et l’autre le fait d’être gaucher. 😲

Elle parle de sujets très tabous en France, qui dérangent beaucoup : le racisme systémique et la fragilité blanche, l’identité française, l’obsession avec l’islam et l’islamophobie flagrante, la répression de l’Etat, le féminisme, l’appropriation culturelle, le privilège blanc, et elle fait des parallèles avec les Etats-Unis.

Cette année, j’ai écouté tous les épisodes de Kiffe ta race, j’ai lu le livre de Trevor Noah, Born a Crime, celui de Reni Eddo-Lodge, Why I’m no longer talking to white people about race, et je viens de terminer celui de Rokhaya Diallo. Et je trouve incroyable qu’il n’y ait pas plus de gens qui réagissent et toujours autant de gens dans le déni.

Que ce soit en Afrique du Sud, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France, le racisme est partout, il est systémique, institutionnalisé, et c’est tellement évident. Et si aux Etats-Unis le racisme anti-Noirs est de plus en plus difficile à nier et que le concept de privilège blanc apparait de plus en plus dans les débats publics, en France, on n’en est pas encore là. En France, le mot race a été éliminé de la constitution, donc il ne peut pas y avoir de racisme. Voilà le raisonnement. 😱

Et c’est pour ça que je pense que le travail de Rokhaya Diallo est très important et même indispensable. Elle tient un discours très clair et très cohérent. Très pédagogique aussi. Si mieux comprendre la France vous intéresse, je vous recommande vivement de lire son livre. Je l’ai découverte cette année alors qu’elle milite depuis des années, et j’ai bien l’intention de découvrir ses autres écrits et le reste de son travail.

Elle appartient à ces personnes qui me font réfléchir et me poser des questions que je ne m’étais jamais vraiment posées jusqu’à récemment.

Elle est française et elle est noire. Sa nationalité est sans cesse remise en question et elle doit sans cesse se justifier d’aimer la France quand elle la critique. Je suis française et je suis blanche. Je critique la France depuis toujours. D’ailleurs, je l’ai quittée pour ne jamais y retourner. Personne n’a jamais remis ma nationalité en question. Pourtant, je suis certaine qu’elle aime la France plus que moi et que c’est pour ça qu’elle se bat autant pour la rendre meilleure.

Podcast : Tarab

Voici un autre podcast de Binge Audio que j’ai découvert récemment.

Tarab parle des Arabes, de la culture arabe, de sa représentation et de sa perception en France.

Si vous suivez les actualités françaises et vous intéressez à ce qui se passe en France, vous savez certainement qu’il y a une perception généralement plutôt négative de tout ce qui est arabe et qu’être arabe signifie obligatoirement être musulman dans l’esprit des gens, et beaucoup font des associations malheureuses.

On demande aux femmes musulmanes de ne pas porter le voile, on stigmatise les hommes dès leur plus jeune âge et on refuse souvent de les voir comme des Français, même si le seul passeport qu’ils possèdent est français et la seule langue qu’ils parlent est le français, et encore une fois, dans un pays dont la devise est liberté, égalité, fraternité, on peut facilement se poser quelques questions sur la sincérité de cette devise.

Le 10 novembre a eu lieu une marche contre l’islamophobie à Paris, suite à tous les débats sur le voile et l’attaque d’une mosquée dans le sud de la France. D’après ce que j’ai lu, la manifestation a eu beaucoup de succès et de nombreuses personnes non musulmanes ont apporté leur soutien aux musulmans. Maintenant, si les médias pouvaient arrêter de constamment essayer de diviser les gens en instillant la peur dans la population , ce serait formidable… Et si le thème du racisme à l’embauche, dans les recherches de logement, etc., pouvait être abordé de façon intelligente et constructive, peut-être ferait-il meilleur vivre en France…

Tarab est un podcast intelligent et intéressant que je vous recommande vivement !