Rectification orthographique : bilan et recommandations générales

Depuis quelques mois, j’essaie d’expliquer les règles de la réforme de l’orthographe française qui a eu lieu en 1990 et qui n’est toujours pas vraiment appliquée en France. Les Français détestent les réformes et c’en est un exemple frappant.

J’ai utilisé le Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée, pour être sure d’être aussi précise que possible et de ne rien oublier. Nous avons vu les règles A1 à F4. Si ce n’est pas évident pour vous, sachez que ce n’est pas toujours évident pour moi non plus. J’ai écrit d’une certaine façon pendant des années et je veux absolument utiliser la nouvelle orthographe, mais j’ai encore souvent des doutes et je consulte le vadémécum presque quotidiennement. Il confirme mes doutes pratiquement à chaque fois et je suis de plus en plus à l’aise avec toutes ces règles.

Mais il est bon de les revoir régulièrement. On n’apprend pas une règle en la lisant une seule fois.

Dans les semaines à suivre, je vais continuer à parler des règles de la nouvelle orthographe en y apportant des précisions. Le vadémécum comporte une section G en 24 points, qui précisent les recommandations générales.

Les recommandations générales sont les suivantes :

  • Lorsque plusieurs orthographes sont possibles, on choisit la plus simple ou la plus française : celle sans accent circonflexe, celle francisée, celle soudée, celle avec le n simple, celle avec le pluriel régulier, etc.
  • On francise certains mots : les terminaisons anglaises en –er deviennent -eur, par exemple.
  • Les néologismes s’écrivent de préférence avec un n simple : les nouveaux mots dérivés de -an et de -on, par exemple, ne prendront pas 2 n mais un seul.

Plus de précisions et rappel des règles dans les semaines à venir !

La syllabe en français

La première chose à savoir sur les syllabes françaises, c’est qu’elles sont toutes formées autour d’une voyelle, qui est le noyau de la syllabe.

La deuxième chose à savoir, c’est qu’il faut différencier la syllabe phonétique (celle qu’on entend) de la syllabe graphique (celle que l’on voit). Par exemple, “une étudiante” contient 4 syllabes phonétiques /y-ne-ty-djãt/ mais 6 syllabes graphiques u-ne-é-tu-dian-te

En français, il y a 6 voyelles graphiques : a, e, i, o, u, y mais il y a 16 voyelles phonétiques (personnellement, je n’en utilise que 14 car je ne différencie ni /ɛ̃/ et /œ̃/ ni /a/ et /ɑ/).

Les 16 voyelles phonétiques que vous pouvez rencontrer dans les transcriptions phonétiques sont les suivantes :

  • [i] – mille, pays
  • [e] – été, parler
  • [ɛ] – peine, mère
  • [a] – amour, chat
  • [ɑ] – pâte, bas
  • [ɔ] – sport, homme
  • [o] – moto, eau
  • [u] – fou, toujours
  • [y] – rue, musique
  • [ø] – bleu, deux
  • [œ] – heure, sœur
  • [ǝ] – le, que
  • [ɛ̃] – pain, vin
  • [œ̃] – lundi, brun
  • [ã] – enfant, temps
  • [õ] – bonbon, pompier

Il existe deux types de syllabes en français : ouverte (qui se termine par un son de voyelle) et fermée (se terminant par un son de consonne). Le type de syllabe que l’on retrouve le plus en français est la syllabe ouverte. Les syllabes ouvertes représentent 80% des syllabes du français, contre 72% pour l’espagnol, 40% pour l’anglais et 37% pour l’allemand (d’après mes cours de phonétique de master).

On peut trouver ces schémas de syllabes, pour lesquels je noterai C pour un son de consonne et V pour un son de voyelle :

  • V (une voyelle seule) : eau [o], an [ã], un [ɛ̃], on [õ]
  • CV : tout [tu], pas [pa]
  • CCV : clou [klu], gras [gʁa]
  • CCCV : trois [tʁwa], strie [stʁi]
  • VC : art [aʁ], os [ɔs], une [yn]
  • VCC : tarte [taʁt], poste [pɔst]
  • CVC : pomme [pɔm], mare [maʁ]
  • CCVC : tranche [tʁãʃ], crabe [kʁab]
  • CCVCC : gloups [glups], tract [tʁakt]
  • CCCVC : strophe [stʁɔf], stress [stʁɛs]
  • CCCVCC : strict [stʁikt]

Il y a autant de syllabes phonétiques dans un mot qu’il y a de sons de voyelles.

Pour ce qui est des syllabes graphiques, on découpe les mots autrement, comme vu plus haut avec l’exemple de “une étudiante”. Mais il y aura autant de syllabes graphiques dans un mot que de voyelles ou groupes de voyelles qui forme un seul son. En plus de a, e, i, o, u, y, il faut considérer les combinaisons de lettres qui ne forment qu’un seul son telles que : ai, au, ay, ei, eu, ey, œu, et, eau, oi, oy, an, ain, en, ein, um, un, on, om, etc. Pour les combinaisons qui représentent un son de voyelle nasale, voir ce post pour plus de détails.

Qu’ont en commun les mots une, tarte, poste, pomme, mare, crabe, tranche, strophe donnés en exemple ci-dessus ?

Ils représentent tous une syllabe phonétique, mais ils contiennent tous deux syllabes graphiques : u-ne, tar-te, pos-te, pom-me, ma-re, cra-be, tran-che, stro-phe. Dans chaque syllabe graphique, on a une voyelle (ou un groupe représentant un son de voyelle), et le e muet compte quand on découpe les syllabes graphiques. On ne l’entend pas, mais il fait partie d’une syllabe graphique, qu’il soit en fin de mot comme dans ces exemples ou en milieu de mot, comme dans évènement qui contient 4 syllabes graphiques (é-vè-ne-ment) mais 3 syllabes phonétiques : [e-vɛn-mã]

On parle peu, voire pas du tout, des syllabes en cours de français langue étrangère, et pourtant, il me semble que c’est utile d’en avoir quelques notions de base et que cela peut aider pour la prononciation et pour l’orthographe. Si vous étudiez avec moi et que vous n’êtes pas canadienne, je vous répète régulièrement d’ouvrir votre bouche un peu plus pour prononcer les voyelles. Si ce n’était pas encore clair, vous pouvez surement mieux comprendre pourquoi après la lecture de ce post ! Les voyelles ont une place centrale dans la langue française !