Être fini VS avoir fini

  • J’ai fini mes devoirs.
  • Je n’ai pas fait mes devoirs. Je suis finie. Ma prof va me tuer.

Très souvent, j’entends mes élèves dire “je suis fini.e”, alors que je sais qu’ils et elles veulent dire “j’ai fini”.

Pourquoi à votre avis ?

C’est tout simplement parce qu’ils et elles traduisent l’anglais “I’m done”, mais tout comme I’m hungry se traduit par j’ai faim ou I’m 40 se traduit par j’ai 40 ans, I’m done se traduit par j’ai fini !

Dans le deuxième exemple ci-dessus, la phrase est un peu dramatique, mais c’est une façon d’utiliser cette expression. Je suis fini.e veut dire qu’on est dans une situation fâcheuse.

Quelques exemples supplémentaires :

  • Son entreprise a fait faillite, il est fini (= il est ruiné)
  • Je viens de courir un marathon, je suis finie (= je n’ai plus d’énergie)
  • Il a trahi le chef des gangsters, il est fini. (= il est mort, il va se faire tuer)

Pour que + subjonctif

Pour que est toujours suivi du subjonctif. À cause de l’influence de l’anglais cependant, j’entends souvent des phrases tournées  comme celles-ci :

  • *C’est fait pour les gens comprendre.
  • *J’ai dit ça pour lui réfléchir.
  • *Je viens pour toi ne pas être seule.

Ces trois phrases sont incorrectes et elles correspondent toutes à la structure de l’anglais “for + noun/pronoun + infinitive” traduite littéralement. Mais en français, on ne peut pas structurer les phrases ainsi !

Pour traduire It’s made for people to understand, I said that for him to think about it, I’m coming for you not to be alone, il faut utiliser “pour que + subjonctif”. On aura donc :

  • C’est fait pour que les gens comprennent.
  • J’ai dit ça pour qu’il réfléchisse.
  • Je viens pour que tu ne sois pas seule.

Décade ou décennie ?

Ces 2 mots sont des paronymes, c’est-à-dire qu’il sont presque homonymes, et par conséquent, sont assez souvent confondus, même par les locuteurs natifs.

Je me suis surprise à dire décade au lieu de décennie plus d’une fois, à cause de l’anglais. Je sais qu’une période de 10 ans se dit décennie en français !

Quant à une décade, elle désigne une période de 10 jours, même si à cause de l’influence de l’anglais, il n’est pas impossible que vous entendiez un.e francophone natif.ve dire décade quand elle ou il veut en fait dire décennie…

On peut voir les 2 n de “année” dans décennie, ça peut aider à mémoriser. Personnellement, je n’utilise jamais le mot décade en fait. J’ai tendance à juste dire 10 jours. Mais il est intéressant de savoir que ces 2 mots à la même racine (10) désignent tous deux une période de 10… jours ou années, et qu’il y a donc une différence. Même si certains dictionnaires signalent l’anglicisme et l’usage de décade pour signifier 10 ans.

Probable

Parfois j’entends des phrases de ce genre :

  • *Ils sont probables de ne pas être contents.
  • *Je suis probable d’aller à la montagne ce weekend.
  • *Elle est probable de dire oui.

Ces phrases vous paraissent-elles correctes ? Diriez-vous ceci vous-même ?

Si c’est le cas, je dois vous informer que vous vous trompez ! Il est très probable que vous faites cette erreur car vous traduisez l’anglais “likely”. Et peut-être aussi car vous savez que l’on peut dire “il est probable que…”

Dans “il est probable”, “il” est toujours impersonnel. C’est-à-dire qu’il ne représente pas une personne. C’est “it” en anglais.

On peut dire :

  • Il est probable qu’ils ne seront pas contents.
  • Il est probable que j’irai à la montagne ce weekend.
  • Il est probable qu’elle dira oui.

On peut aussi dire :

  • Ils sont susceptibles de ne pas être contents.
  • J’irai probablement à la montagne ce weekend.
  • Il y a de fortes chances qu’elle dira oui.

Attention aussi au mode utilisé. Si avec “il est possible que” on utilise le subjonctif, avec “il est probable que”, on emploie l’indicatif. Beaucoup de Français ne font pas très attention à cette règle. Même moi, il m’arrive de m’entendre utiliser un subjonctif quand j’exprime la probabilité. Personne n’est parfait.e !

Pour résumer : attention de ne pas traduire l’anglais “likely” directement par “probable” si votre sujet est une personne !

Rencontrer VS retrouver

Observez :

  • J’ai rencontré mon mari au Cambodge il y a six ans.
  • Ils se sont rencontrés à une soirée chez des amis et depuis, ils ne se quittent plus.
  • Je n’ai jamais rencontré personne qui venait du Groenland.
  • On se retrouve tous les samedis pour boire un thé et papoter.
  • Cet été, je vais retrouver des amis pour quelques jours sur une ile.
  • Elles se sont retrouvées devant le centre commercial à 19h avant d’aller voir un film.

La différence est-elle claire pour vous ?

Très souvent, je demande à mes étudiantes ce qu’elles ont fait le weekend passé, et très souvent elles me répondent qu’elles ont rencontré des ami·es pour aller boire un verre / faire du sport / aller au cinéma, etc. Mais ce n’est pas correct. Elles n’ont pas rencontré des ami·es. Elles ont retrouvé des ami·es.

On utilise rencontrer quand c’est la première fois, et seulement quand c’est la première fois !

Les mots qui commencent par IN-, IM-

Je veux parler des mots tels que : incapable, indécis, information, ingérer, insipide, intéressant, intermédiaire, invoquer, imbattable, impossible, etc.

La première syllabe de tous ces mots se prononce exactement de la même façon : /ɛ̃/. C’est un son nasal. C’est un seul son. On n’entend pas /i/ et on n’entend pas /n/ ou /m/.

C’est une petite erreur de prononciation que j’entends… tout le temps !

Si après in- et im- vous avez une consonne autre qu’un autre n après in- ou un autre m après im-, il faut prononcer /ɛ̃/, comme dans pain, main, fin, etc. Sauf si c’est un h (inhérent se prononce /inerã/ : on entend le i et on entend le n).

Dans le cas d’une double consonne comme pour immigrant, immature, immense, immobile, immunité, etc., on prononce le i et le m. Il y a des mots commençant imm- pour lesquels im- se prononce /ɛ̃/, mais il y en a très peu : immangeable, immanquable, immettable.

Pour inn- : inné, innocent, innovateur, innommable, etc., on prononce le i et le n.

Quelques exemples pour pratiquer :

  • À cet instant, il m’est impossible de vous informer.
  • L’inscription indique qu’un incendie a eu lieu ici.
  • Ces statues impressionnantes sont importées d’Indonésie.
  • C’est un imbécile indiscret et imprudent.
  • Son amie indienne est incroyablement implacable.

Je m’ai = IMPOSSIBLE

Je crois que toutes mes étudiantes ont fait cette erreur au moins une fois, et dans l’ensemble, elles la font toutes assez régulièrement. Faute d’inattention la plupart du temps, car elles connaissent la règle : avec les verbes pronominaux, l’auxiliaire est toujours ÊTRE ! Jamais avoir!

Si vous avez tendance à faire cette erreur, essayer de visualiser que *je m’ai est impossible ; c’est une combinaison de mots que l’on ne verra jamais. JAMAIS. JAMAIS. JAMAIS. Si vous sentez que vous vous apprêtez à dire *je m’ai…, corrigez-vous immédiatement et dites : JE ME SUIS

  • Je me suis trompée, excusez-moi.
  • Je me suis dit que ce serait sympa d’aller à Bali.
  • Je me suis disputée avec les voisins.
  • Je me suis couchée tard hier soir.
  • Je me suis retrouvée là-bas malgré moi.
  • Je me suis fait couper les cheveux.
  • Je me suis acheté un nouvel ordinateur.
  • Je me suis rendu compte de mon erreur.
  • Je me suis cassé un orteil.
  • Je me suis inscrite à un cours de danse.

Et bien sûr, au plus-que parfait, ça donnera : je m’étais trompée, je m’étais dit, je m’étais disputée, je m’étais couchée, je m’étais retrouvée, etc.

Et vous, vous changez votre avis ou vous changez d’avis ?

J’ai une étudiante en particulier qui fait régulièrement cette petite erreur. Elle me dit qu’elle a changé *son avis, car elle copie très probablement l’anglais “I changed my mind“.

Mais elle est loin d’être la seule à le faire. Je l’ai relevé plusieurs fois ces derniers temps chez des étudiantes qui étudient au niveau C1.

Alors je me suis dit que j’allais écrire ce petit post pour vous rappeler qu’en français, on ne change pas son avis, on change juste d’avis. Le possessif n’est pas nécessaire. Il est évident que si vous changez d’avis, vous parlez du vôtre. Si vous parlez de l’avis de quelqu’un d’autre et que cette personne a changé d’avis grâce à ou à cause de vous, vous devez dire que vous l’avez fait changer d’avis.

De même quand vous parlez de quelqu’un d’autre qui a changé d’avis sans que vous n’y soyez pour rien.

  • J’ai changé d’avis. Je n’ai plus envie de sortir ce soir. (pas : mon avis)
  • Elle a changé d’avis parce qu’elle était un peu fatiguée. (pas : son avis)
  • Ils ont changé d’avis. Ils ne veulent plus déménager. (pas : leur avis)

Quand on a assez mangé

Si vous êtes à table avec des amis et que l’on vous demande si vous voulez un dessert, par exemple, mais que vous avez suffisamment mangé, que dites-vous ?

Quand j’étais ado, je me souviens d’avoir dit une fois que j’étais pleine, et les adultes à table avec moi ont tellement rigolé que j’avais l’impression qu’ils se moquaient de moi et j’ai trouvé cela très vexant. La conséquence à long terme est que je n’ai jamais oublié pourquoi il valait mieux ne pas dire qu’on était pleine pour exprimer qu’on avait l’estomac plein.

Pleine s’utilise en biologie animale pour décrire l’état d’une femelle enceinte. On ne l’utilise pas pour parler d’une femme, qu’elle soit enceinte ou qu’elle ait mangé à satiété.

Plein se traduit généralement par full en anglais et j’adore pouvoir dire en anglais I’m full quand j’ai bien mangé. D’ailleurs, il m’arrive de dire que je suis pleine, en français, juste parce que ça m’amuse et que plus personne ne se moque de moi.

J’ai entendu des amies étrangères et mes étudiantes le dire très souvent et j’explique à chaque fois pourquoi on ne dit pas ça. De la même façon, les hommes ne peuvent pas dire qu’ils sont pleins pour parler de leur estomac plein. Si on dit d’un homme qu’il est plein, cela veut dire qu’il a trop bu, qu’il est ivre.

Quand on a mangé à satiété (= au point d’être totalement satisfait) et que l’on a l’estomac bien rempli, que l’on soit homme ou femme, on peut dire que l’on est repu / repue, ou rassasié / rassasiée.

Conduire, voyager, marcher

J’avais déjà écrit un court post l’an dernier pour parler du verbe voyager que les étudiants ont tendance à mal utiliser.

On retrouve le même problème avec les verbes conduire et marcher.

En anglais on dit :

  • I drive to work every day.
  • I walk to work every day.
  • I travel to Paris every year.

En français on ne dit pas :

  • *Je conduis au travail tous les jours.
  • *Je marche au travail tous les jours.
  • *Je voyage à Paris tous les ans.

Mais on dit :

  • Je vais au travail en voiture tous les jours.
  • Je vais au travail à pied tous les jours.
  • Je vais à Paris tous les ans.

On utilise les verbes conduire, voyager et marcher sans idée de direction. On peut dire :

  • Je déteste conduire en ville mais j’adore conduire sur l’autoroute.
  • J’adore voyager. J’ai énormément voyagé ces dernières années et je voyagerai tant que ma santé le permettra.
  • J’ai beaucoup marché cette semaine. J’ai mal aux jambes.