Prononcer UN et UNE devant une voyelle

Quelque chose que j’entends très souvent, c’est UN prononcé comme UNE quand il précède une voyelle. Mais on ne devrait jamais entendre le <u> dans un, seulement dans une. C’est assez commun qu’une étudiante me raconte une histoire et qu’elle me parle d’un ami ou d’une amie et que je sois confuse car elle prononce une amie, puis dit “il” pour parler de cette personne. Alors je ne sais pas si c’est une erreur de prononciation ou une erreur de pronom et je dois demander

Voilà comment vous devriez prononcer :

  • un ami = un na mi /ɛ̃nami/
  • une amie = u na mi /ynami/
  • un inconnu = un nin co nu /ɛ̃nɛ̃kony/
  • une inconnue = u nin co nu /ynɛ̃kony/
  • un enfant = un nen fan /ɛ̃nãfã/
  • une enfant = u nen fan /ynãfã/

Dans UN, il y a un seul son : /ɛ̃/. Avec UN, on entend toujours un son nasal et on fait la liaison avec le mot suivant qui commence par une voyelle, ce qui veut dire que l’on ajoute un son : ici, le son /n/. C’est comme si le mot suivant commençait par un n.

Dans UNE, il y a deux sons : /yn/. Avec UNE, il n’y a jamais de son nasal et on fait un enchaînement avec le mot suivant qui commence par une voyelle. On n’ajoute aucun son mais on combine les deux mots. Le son de la lettre u, /y/, se prononce seul et le /n/ devient le premier son de la syllabe suivante.

Entraînez-vous à lire cette liste : un éléphant, une étudiante, un abricot, un oiseau, une étoile, une imitation, un immigrant, une échelle, un arbre, un écureuil, un infirmier, une orange, une utilisatrice, une oratrice

La liaison entre le sujet et le verbe

Après plusieurs années d’étude du français, les étudiants savent bien qu’ils existent trois types de liaisons : les liaisons obligatoires, les liaisons interdites et les liaisons facultatives. Ils savent aussi que plus on fait de liaisons, plus cela dénote un langage soutenu. Toutefois, il faut faire attention de ne pas trop en faire et de ne pas faire de liaison quand elle est interdite.

Les débutants oublient souvent de faire la liaison qui est obligatoire entre le pronom sujet (on, nous, vous, ils, elles) et le verbe qui commence par une voyelle. Les étudiants de niveau avancé l’oublient occasionnellement, mais c’est beaucoup plus rare.

Par contre, ce que j’entends parfois, ce sont des liaisons entre le nom sujet et le verbe qui suit. Mais celle-ci est interdite !

  • On a mangé des pommes. = liaison entre on et a
  • L’enfant a mangé une pomme. = pas de liaison entre enfant et a
  • Ils ont passé leurs vacances au Brésil. = liaison entre ils et ont
  • Nos amis ont passé leurs vacances au Brésil. = pas de liaison entre amis et ont

Prononciation de quand

Je corrige souvent mes étudiants sur la prononciation de quand. Parfois, ils prononcent le <d> final (/d/), d’autres fois ils font la liaison avec le mauvais son, ou ils ne la font pas quand il faut la faire et la font quand il ne faut pas la faire. Parce qu’évidemment, ce serait trop simple si l’on devait toujours le prononcer de la même façon ! 😉

Comment prononcez-vous les phrases suivantes ?

  • Quand êtes-vous rentrés de voyage ?
  • Quand est-ce qu’il t’a dit ça ?
  • J’aime quand il fait beau.
  • Quand on aime, on ne compte pas !
  • Quand pars-tu en voyage ?
  • Je suis toujours contente quand elle vient me voir.

Vous pouvez vérifier :

Que peut-on remarquer ?

  • On ne prononce jamais le <d> /d/, même quand on fait la liaison.
  • Quand quand est adverbe interrogatif, il se prononce toujours /kã/, qu’il soit suivi d’une consonne ou d’une voyelle, sauf dans “quand est-ce que” – là, on doit faire la liaison, avec le son /t/ : /kãtɛskǝ/
  • Quand quand n’est pas adverbe interrogatif et qu’il est suivi d’une voyelle, on fait la liaison avec le son /t/.

Les consonnes de liaison

Quand on commence à apprendre le français, on apprend qu’il faut parfois faire la liaison entre un mot et un autre, c’est-à-dire qu’on doit ajouter un son entre deux mots pour les relier. Si l’on prononce les deux mots indépendamment l’un de l’autre, on n’entend pas ce son. Mais si on les prononce ensemble, on l’entend. Parfois, la liaison est obligatoire. D’autres fois, elle est facultative. 

En début d’apprentissage, il est commun de passer par une phase durant laquelle on veut faire des liaisons à tout bout de champ. On voit un mot qui se termine avec une consonne, le suivant qui commence avec une voyelle et bam, on fait une liaison. Petit à petit, on apprend que certaines liaisons sont interdites. 

Puis, quand on a étudié à peu près toutes les règles des liaisons au cours de nos années d’apprentissage, on fait beaucoup moins d’erreurs. Mais tous mes étudiants font de temps à autre une petite erreur de liaison par-ci par-là. Soit ils l’oublient, soit ils se trompent de son. 

La consonne de liaison la plus fréquente est le [z] : les amis, deux enfants, chez elle. Puis, vient le [t] : son petit ami, un grand ami. Evidemment, nous avons le [n] : un étudiant. Moins fréquemment, on fait la liaison avec le [ʁ] : laisser un message (liaison facultative), avec le [p] j’ai beaucoup appris (liaison facultative) et avec le [g] : un long été.

Comment prononcez-vous les phrases suivantes ?

  • Vous êtes trop aimable.
  • Je l’ai rencontré quelques années plus tôt.
  • On a vu six éléphants dans un parc.
  • Il n’y en avait plus.
  • Entend-elle ce que je dis ?
  • Il passe ton temps à manger en cachette.
  • Il est neuf heures en Argentine. 

Le français parlé

Il y a parfois une telle différence entre l’écrit et l’oral que les étudiants s’en arrachent les cheveux. Il est fort possible d’être capable de comprendre un texte écrit sans problème mais de ne pratiquement rien comprendre à la version orale du même texte. C’est très frustrant, mais avec une pratique régulière, l’écoute devient de plus en plus facile et on comprend petit à petit ce à quoi correspondent les sons qu’on entend et pourquoi ça se sonne pas comme ça s’écrit. Il serait trop long de dresser la liste de toutes les spécificités du français parlé, mais on pourrait commencer par parler des liaisons, des enchaînements, des e qu’on ne prononce pas, et des sons qui changent quand ils sont en contact avec d’autres sons.

Les liaisons : 

  • Faire la liaison signifie que l’on ajoute un son entre deux mots qui, prononcés séparément, ne contiennent pas ce son. Par exemple, si je dis “un ami“, je rajoute le son /n/ entre l’article et le nom qui, séparément, se prononcent /ɛ̃/ et /ami/, mais ensemble, /ɛ̃nami/
  • Certaines liaisons sont obligatoires, certaines sont interdites et d’autres sont facultatives. Ce qui est assez fréquent, c’est d’entendre les étudiants faire automatiquement la liaison quand un mot se termine par une consonne et le suivant commence par une voyelle même s’il ne faut pas la faire.
  • Il ne faut jamais faire la liaison après et (c’est probablement l’erreur que j’entends le plus), devant un h aspiré (ça, c’est plus difficile car on ne prononce pas les h, mais l’erreur que j’entends le plus, c’est “en haut” avec une liaison alors qu’il ne faut pas la faire), entre un nom singulier et un adjectif (étudiant étranger, repas excellent = pas de liaison), entre un nom sujet et un verbe ( l’étudiant a fait ses devoirs = pas de liaison entre étudiant et a), entre un verbe et son complément (il a fait un gâteau = pas de liaison entre fait et un). Cette dernière règle a quelques exceptions et il y a d’autres cas de liaisons interdites, mais c’est un bon début de réussir à se souvenir de celles-ci.
  • Il faut obligatoirement faire la liaison entre le déterminant et le nom (un ami, quelques années, vingt ans), l’adjectif et le nom (petit ami, grand homme, bons enfants), le pronom et le verbe (nous avons, ils aiment, elles arrivent, je vous aime, il nous a vus), le verbe et le pronom (sait-il…, vient-elle…, allez-y), la préposition et le pronom (chez elle, sans eux). Il y a d’autres cas, mais si l’on se souvient déjà de ces liaisons obligatoires, c’est aussi un bon début !
  • Il y a une longue liste de liaisons facutatives que je ne vais pas donner ici. En règle générale, les liaisons sont le signe d’un style plus soutenu.

Les enchaînements

  • Enchaîner les mots signifie qu’on ne fait pas de pause entre eux et qu’ils se prononcent comme un seul mot. Par exemple, dans “une amie“, les deux mots se prononcent individuellement /yn/ et /a-mi/ mais quand ils sont prononcés ensemble, on les enchaîne et on doit prononcer /y-na-mi/ (les tirets montrent les syllabes).  Dans “une autre étudiante américaine“, on a trois enchaînements. Il faut prononcer : /y-no-tʁe-ty-djã-ta-me-ʁi-kɛn/ en un seul souffle.

Les e qu’on ne prononce pas 

Le e pose problème quand il doit être prononcé et il pose problème quand il ne doit pas l’être. Je pense que c’est la voyelle la moins aimée des étudiants, toutes nationalités confondues.

  • Il ne se prononce pas en fin de mot: table, plage, amie, bouteille, livre, valise, téléphone, etc.
  • Il est souvent possible de ne pas le prononcer en milieu de mot quand il est entre deux consonnes : boulevard /bul-vaʁ/, développement /dev-lɔp-mã/, sûrement /syr-mã/, acheter /aʃ-te/. Cependant, dans certaines régions de France (plutôt dans le sud), les gens prononcent beaucoup plus les e.
  • Les petits mots grammaticaux tels que ce, de, je, le, me, ne, que, se, te sont très souvent écourtés, ce qui laissent les étudiants perplexes quant à ce qu’ils pensent avoir entendu. “Je ne te le demande pas” pourra devenir /ʒtø-ldø-mãd-pa/ (on perd le ne de la négation à l’oral et on perd deux autres des quatre e restants.) Cette transcription n’est pas la seule possible car on pourrait très bien dire aussi /ʒø-tlø-dmãd-pa/ ou encore /ʒø-tø-ldø-mãd-pa/.

Les sons qui changent au contact d’autres sons

  • On n’y pense pas forcément quand il s’agit de sa langue maternelle, mais c’est un phénomène qui existe aussi en anglais et que les locuteurs natifs font sans y penser. Prêtez attention à ce que vous prononcez vraiment quand vous dites naturellement, dans une phrase, “handbag”, “sandwich”, “goodbye”, “full of mice”, “give them” and many more.
  • En français, c’est la même chose. Quand un enfant écrit dans une dictée “*j’optiens” au lieu de “j’obtiens“, c’est parce qu’il a bien entendu le son /p/. Quand une de mes chères collègues m’écrit “*chui fatiguée” dans un SMS, elle sait que ce n’est pas l’orthographe correcte, mais sa phonétique est correcte car c’est ainsi qu’on prononce “je suis fatiguée“. A l’oral, je suis devient “chui“, je sais devient “ché“, je ne sais pas devient “ché pas“, qu’est-ce qu’il y a ? devient “kes ki ya“, celui-là devient “sui la“,  s’il te plaît devient “ste plé”, je sais que c’est dur devient “ché ksé dur” et la liste est très longue !
  • Pour s’habituer au français parlé, comme il est parlé par les locuteurs natifs, il est primordial d’écouter autant de français que possible (radio, films, séries, courtes vidéos en ligne, conversations avec des natifs ou presque natifs, etc., et d’analyser un minimum ce qu’on entend. Parfois, on pense entendre quelque chose, mais si l’on y regarde de plus près, cela n’a aucun sens.

Et surtout, il faut persévérer ! Cela peut vite être décourageant quand on réalise tout ce que ça implique de parvenir à parler le français à un haut niveau, mais j’ai rencontré assez d’étudiants de niveau avancé pour dire avec certitude que si l’on persiste, un jour, on y arrive !