Rectification orthographique : l’accentuation des mots empruntés aux autres langues

Nous arrivons maintenant à la règle C4 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée qui concerne les accents sur les mots étrangers.

Je me suis rendu compte que c’était une règle que j’appliquais sans aucune constance. J’écris bien média et téquila, mais j’écris pizzeria et diesel. Selon la réforme, e devient é dans les mots étrangers lorsqu’il se prononce é. Logique ! On écrira donc bien média et téquila, mais aussi pizzéria, diésel, artéfact, égo, véto, placébo, critérium, crédo, nucléus, mémorandum, spéculum, ténuto, kébab, etc.

De la même façon, e deviendra è quand il se prononce è. Comme dans faciès, condottière ou limès par exemple.

Et finalement, a devient à quand il est considéré comme une préposition comme dans à priori, à capella, à minima, etc.

On ne mettra pas d’accent quand les mots ont valeur de citation. Le livre donne l’exemple du mea culpa. Il explique aussi que le Nouveau Littré l’orthographie déjà méa-culpa et suppose qu’il sera un jour écrit en un seul mot.

Les différentes graphies du son /ɛ̃/

Beaucoup de gens trouvent l’orthographe française difficile, en commençant par les Français eux-mêmes. Contrairement à l’italien et l’espagnol (et certainement d’autres langues), le français ne se prononce pas toujours comme il s’écrit et un même son peut s’orthographier de plusieurs façons.

Je me suis dit que cela pourrait vous intéresser d’observer le son /ɛ̃/ pour commencer. Résistez à l’envie de vous arracher les cheveux 😉

Je tiens tout d’abord à préciser que comme beaucoup de Français aujourd’hui, je ne fais pas la différence entre /ɛ̃/ et /œ̃/. Pour moi, brin et brun se prononcent pareil, par exemple.

  • in : fin, inculte, intéressant
  • im : impossible, simple, imbu
  • ain : main, copain, ainsi
  • aim : faim, daim, essaim
  • ein : rein, peintre, ceinture
  • en : examen, chien, moyen
  • un : aucun, emprunt, lundi
  • um : parfum, lumbago, lump
  • yn : lynx, syntaxe, syndicat
  • ym : thym, sympa, symbole

Voici une petite dictée avec le son /ɛ̃/ :

Pour vérifier, c’est ici.

Rectification orthographique : le tréma

Parlons aujourd’hui de la règle C3 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée qui concerne l’emploi du tréma.

J’ai longtemps enseigné à mes étudiant·es que le tréma se plaçait sur la seconde voyelle et signifiait que la voyelle précédente était prononcée, comme dans aiguë et ambiguïté. Et pourtant, cette règle m’avait toujours énervée, car je la trouvais compliquée et illogique. Si j’avais su que depuis 1990, on peut en fait mettre le tréma sur le u dans les suites güe et güi, ça m’aurait fait très plaisir et aurait surement simplifié la vie de mes étudiant·es.

On écrit donc aujourd’hui aigüe, ambigüité, ambigüe, contigüe, contigüité, etc.

On ajoute aussi un tréma sur certains mots pour que la prononciation soit logique. Je me souviens d’une prof de français au lycée qui m’avait reprise sur le mot gageure, que j’avais prononcé comme rimant avec heure. Comment aurais-je pu deviner qu’il fallait que je le fasse rimer avec pure ? L’orthographe de ce mot est complètement illogique. Ou l’était, devrais-je dire, jusqu’à ce que le Conseil supérieur de la langue française propose d’y ajouter un tréma pour l’écrire gageüre et ainsi l’écrire comme il se prononce. La même règle s’applique à d’autres mots, plus rares, dont j’avoue ne pas vraiment connaitre le sens : bringeüre, égrugeüre, mangeüre, vergeüre, etc.

C’est aussi le cas du verbe arguer, qui devient argüer après les rectifications, car il rime avec tuer. Le tréma se retrouve dans les formes conjuguées : j’argüe, nous argüons, en argüant, etc.

J’aime beaucoup cette rectification !

/o/, /ɔ/, /ø/, /œ/

Si vous ne comprenez pas bien l’écriture phonétique, voici quelques exemples pour chaque son :

  • /o/ : beau, automobile, dos, cadeau
  • /ɔ/ : sport, mort, bord, métaphore
  • /ø/ : demander, petit, cela, nœud
  • /œ/ : sœur, peur, beurre, chaleur

Pour beaucoup d’étudiants, ces sons ne sont pas évidents à distinguer. Si c’est votre cas, il faut les pratiquer régulièrement.

Voici donc un texte dans lequel j’ai enlevé la plupart de ces sons. Je les ai laissés dans les mots grammaticaux (de, se, le, etc.). Essayez de compléter les mots avec les lettres manquantes. Si vous avez des doutes, vous pouvez écouter le texte pour vous aider. J’ai trouvé le texte sur slate.fr et vous pourrez trouver le pdf de l’exercice ici, et le texte original .

Rectification orthographique : mots composés

Je vais aujourd’hui parler de la règle A5 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée

Cette règle concerne les mots composés, mais pas tous. Ils étaient trop nombreux pour qu’on décide de tout modifier, mais des modifications ont été apportées dans un souci d’alignement de mots semblables. L’exemple le plus souvent donné est celui de porte-monnaie, devenu portemonnaie, pour ressembler à portefeuille. Il était aussi question de souder les mots dont le sens n’était plus perçu comme il avait pu l’être autrefois. C’est ainsi que j’ai appris que pot-pourri s’écrivait maintenant potpourri.

Cette règle s’applique au mots composés avec bas, basse, bien, haut, haute, mal, mille, croque, et quelques autres. Je suis encore en phase d’apprentissage avec cette règle car dans la petite liste donnée par le livre, j’écrivais hier encore la plupart des mots avec un trait d’union. Mais c’est bien de connaitre la règle et de s’interroger quand on veut écrire un mot composé.

Quelques exemples du livre : une bassecour, le bienêtre, un hautparleur, un millepatte, une chauvesouris, un croquemonsieur, un fairepart, un porteclé, un rondpoint, une sagefemme, un tirebouchon, une volteface. Ils ont tous un pluriel régulier.

J’ai choisi tous ces exemples car ce sont des mots à priori simples, que j’ai toujours envie d’écrire avec un trait d’union et que ni WordPress, ni mon dictionnaire en ligne (Robert) ne reconnaissent sans le trait d’union.

La règle A5 mentionne également les mots composés formés d’un verbe et du mot tout. Le trait d’union disparait pour ne former qu’un seul mot, comme dans de l’essuietout, un fourretout, un vatout, etc.

Couper les mots en français

Je me suis souvent fait la remarque que les étudiants de niveau avancé ne semblaient pas avoir appris comment couper les mots en fin de ligne. Mais comme je n’ai jamais ni appris ni compris où les couper en anglais (ni vraiment recherché d’ailleurs), je me suis dit que ce n’était pas très grave. Vous pouvez faire comme moi et éviter de vous trouver dans cette situation. Je ne coupe jamais mes mots quand j’écris en anglais. J’évite consciemment de le faire depuis toujours.

Mais si vous aimez le risque un peu plus que moi et que vous devez écrire en français à la main, dans le cas où vous êtes étudiant·e en France ou candidat·e au DELF ou au DALF, c’est en fait une règle utile à connaître. Je recommande aux étudiant·es que j’aide à préparer les examens de s’entrainer à écrire à la main pour les épreuves de production écrite et je remarque souvent qu’ils et elles coupent les mots à la mauvaise place et ne connaissent pas les codes du français écrit.

En français, on ne peut pas couper un mot au milieu d’une syllabe. Il faut donc savoir ce qu’est une syllabe. Il faut aussi être conscient qu’on peut parler de syllabe orale et de syllabe écrite.

Par exemple, le mot porte contient une syllabe orale /pɔʁt/, mais deux syllabes écrites : por-te

Observez maintenant le découpage de ces mots :

  • eau (1)
  • strict (1)
  • mè-re (2)
  • bon-jour (2)
  • châ-teau (2)
  • bel-le (2)
  • her-be
  • comp-ter (2)
  • pro-blè-me (3)
  • char-ret-te (3)
  • con-sen-te-ment (4)
  • en-tre-pri-se

Vous pouvez donc observer que les syllabes du français tournent autour des voyelles. Il n’y a pas de syllabe sans voyelle. Je vais essayer de ne pas être trop technique mais quand on parle de voyelle, on parle en fait de son de voyelle. Par exemple : eau, on, in, en, ou, etc. (que l’on appelle des graphèmes si vous voulez être technique)

Le e peut être muet à l’oral. Mais à l’écrit, il compte. C’est une voyelle. Les dernières syllabes de mère, belle, herbe, problème, charrette et entreprise ne sont pas des syllabes orales, mais ce sont bien des syllabes écrites. De même pour le te de consentement.

Une syllabe écrite, c’est donc au minimum une voyelle (ou un son vocalique), et c’est le plus souvent une voyelle associé à une consonne. Parfois on trouve plus de consonnes comme dans strict ou dans problème.

Et c’est là que ça devient un peu plus compliqué, mais pas tant que ça ! C’est facile de comprendre que ba, ce, di, fo, lu, mou, non, peau, rein, etc., sont des syllabes et qu’on découpe avant ou après. Mais qu’en est-il des mots dans lesquels plusieurs consonnes se suivent ?

  • on ne divise pas les graphèmes, c’est-à-dire les groupes de consonnes qui font un seul son, tels que ch /ʃ/, gu /g/, etc. (ex : pen-chant, lon-gueur)
  • les groupes consonne + l et consonne + r ne sont jamais séparés (comme dans pro-blè-me)
  • quand deux consonnes sont placées entre deux voyelles (ou sons de voyelle), on coupe entre les consonnes (bel-le, her-be)
  • on ne divise pas les consonnes finales (con-sen-te-ment)

À savoir aussi qu’on place le trait d’union en fin de ligne, pas en début de ligne.

Si vous parvenez à retenir tout ça, vous savez pratiquement tout ce qu’il y a à savoir. Ensuite, il y a aussi des règles de bon usage utiles à savoir :

  • On évite de couper un mot de deux syllabes autant que possible.
  • On essaie d’équilibrer, de couper le plus près possible du milieu du mot.
  • On essaie de ne pas couper après moins de trois lettres et de ne pas finir le mot sur la ligne suivante avec moins de trois lettres.
  • On ne coupe pas après une apostrophe.

Maintenant, si quelqu’un veut m’expliquer comment on fait en anglais…

Rectification orthographique : onomatopées et mots étrangers

Voici la règle A4 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée. Elle est divisée en deux parties et concerne encore des mots auparavant écrits avec un trait d’union (ou un espace) qui s’écrivent à présent sans trait d’union (ni espace) mais en un seul mot.

La première concerne les onomatopées ou mots similaires. Petit rappel : les onomatopées sont des mots qui imitent ou évoquent des bruits, comme miaou, meuh, vlan, etc.

Jusqu’à récemment, j’écrivais bla bla bla. Mais en fait, j’aurais pu écrire blablabla depuis 1990. Les mots composés à partir d’onomatopées sont désormais soudés. Le livre donne quelques exemples, tels que guiliguili, tictac, hihan, chachacha, etc. De plus, leur pluriel est régulier, c’est-à-dire que l’on ajoute un s : du blablabla, des blablablas.

La deuxième partie de la règle A4 concerne les mots d’origine étrangère bien implantés dans l’usage, c’est-à-dire qu’on utilise régulièrement et facilement depuis longtemps. Avant, on écrivait base-ball, cow-boy, statu quo, hara-kiri. Maintenant, on écrit baseball, cowboy, statuquo, harakiri, etc.

On ne soude pas les mots pour lesquels la soudure entrainerait une prononciation erronée. Le livre donne l’exemple de music-hall. Si l’on enlevait le trait d’union, la prononciation ne serait plus bonne, alors on le garde.

À noter également que tous les mots étrangers ne sont pas soudés et que cette règle affecte principalement des noms.

u VS ou

J’ai déjà parlé de ces deux sons dans un post, pour expliquer que la différence dans la prononciation tenait principalement à la position de la langue.

Le savoir n’est pas toujours suffisant et il est important de pratiquer régulièrement ces sons de façon consciente et active s’ils vous posent problème.

Voici un petit exercice : un texte (trouvé sur www.slate.fr et dont j’ai corrigé les coquilles) dans lequel j’ai enlevé les u et les ou. Pour certains mots, c’est évident et vous saurez immédiatement s’il faut ajouter u ou ou, mais même si c’est évident, prononcez les mots incluant ces sons et appliquez-vous ! Certains mots seront peut-être moins évidents. Vous pouvez écouter le texte pour vous aider.

Vous pouvez trouver cet exercice en pdf ici et le texte original ici.

Deux courts articles sans accents

Pour aujourd’hui, j’ai sélectionné deux courts articles du Gorafi, dans lesquels j’ai enlevé tous les accents (pas seulement sur les e). J’ai apporté des modifications aux textes originaux qui comportaient quelques erreurs. Si vous avez tendance à oublier les accents ou à en mettre là où il n’y en a pas, ces exercices sont faits pour vous ! Je les ai enregistrés, si vous souhaitez les écouter pour vérifier. Vous pouvez imprimer le premier texte sans accents ici et la correction . Pour le deuxième texte sans accent, c’est ici, et la correction .

Rectification orthographique : les mots composés d’éléments savants

C’est la règle A3 du Grand vadémécum de l’orthographe moderne recommandée : comme pour les règles A1 et A2, il n’y a plus de trait d’union.

Quand on parle d’éléments savants, on parle de ces préfixes (se terminant en majorité par o, mais pas que) tels que : agro, auto, électro, socio, hydro, néo, anti, etc. Un élément savant ne constitue pas un mot autonome. Il doit être associé à un mot pour former un mot. Est-ce clair ? 🤔 Exemples à suivre !

Avant la réforme de l’orthographe, on écrivait auto-évaluation, agro-alimentaire, néo-libéral, télé-conférence, mini-jupe, anti-bactérien, etc.

Depuis la réforme, il n’est plus nécessaire de mettre un trait d’union. On écrira donc : autoévaluation, agroalimentaire, néolibéral, téléconférence, minijupe, antibactérien.

À noter que l’on garde le trait d’union dans les mots pour lesquels la soudure nous forcerait à mal prononcer le mot. Si le deuxième mot commence par un i ou un u par exemple, et que le mot savant se termine par un o, on devra prononcer oi /wa/ et ou /u/ s’il n’y a pas de trait d’union. On continue donc à écrire bio-industrie et socio-ingénierie, entre autres, pour respecter la prononciation.

À noter également que l’on garde le trait d’union quand il sert à marquer une relation de coordination entre deux termes désignant des noms propres ou géographiques, comme franco-vietnamien, anglo-américain, russo-turc, etc.