Humour : le e prépausal

Un de mes élèves a partagé cette vidéo avec moi et ça m’a fait beaucoup rire. C’est tellement vrai. C’est un phénomène dont j’ai conscience depuis toujours car déjà petite, j’étais assez à cheval sur la langue (beaucoup plus qu’aujourd’hui en vérité) et je trouvais vraiment bizarre que les gens ajoutent des sons sans raison à la fin des mots. Je n’ai jamais recherché pourquoi. Et maintenant, j’en sais un peu plus, et je connais même le nom du phénomène si l’envie me prenait de faire quelques recherches.

E + deux consonnes : vérification

J’ai choisi cet article car il contenait un exemple dans le titre, et plein d’autres dans le texte. Vous pouvez ainsi vérifier la règle que j’ai énoncée hier, avec les exemples surlignés en jaune.

Cependant, j’ai aussi surligné deux <e> en rose. Vous pourrez remarquer qu’ils sont suivis de deux consonnes et que la règle voudrait qu’on les prononce /ε/. Pourtant, dans recherche, comme dans reprendre, reclasser, reproduire, rechange, regrouper, etc, le <e> du préfixe <re> se prononce /ø/ ou /ə/. Parce que c’est un préfixe et qu’il se prononce ainsi. Il signifie “encore”, “à nouveau”. On le retrouve dans plein de mots (dont beaucoup de verbes), sans qu’il soit suivi de deux consonnes : relire, relecture, redire, refaire, report, repasser, remettre, etc.

J’ai par ailleurs souligné en vert 3 <ex>, pour attirer votre attention sur le fait que le <e> devant un <x> ne prend pas d’accent non plus, bien qu’il se prononce /ε/. D’autres exemples : exemple, excuse, export, exercice, sexe, index, exiger, exode, réflexe, exact, etc.

C’est une autre façon de travailler la langue à partir d’un article de journal…

E + deux consonnes

Récemment, j’ai eu la même conversation avec plusieurs élèves par rapport à l’accentuation du <e>.

J’ai relevé dans plusieurs écrits des mots orthographiés ainsi : *résponsable, *èspérer, *réstituer, *cértifier, *etc.

Pourtant, je ne vois jamais des mots tels que belle, échelle, recette, tablette, terre, verre, princesse, duchesse, etc., mal orthographiés. Ils sont également bien prononcés dans l’ensemble.

Ce qui signifie que les apprenant.e.s sont capables de concevoir que le <e> devant 2 <l>, 2 <t>, etc., se prononce /ε/ (è) même s’il n’a pas d’accent.

Selon votre langue maternelle, il est possible que les accents sur le <e> soit un véritable casse-tête pour vous. Mais il y a des règles qui peuvent s’apprendre et s’appliquer !

Quand le <e> est suivi de 2 consonnes, vous n’avez pas besoin de lui mettre un accent pour qu’il se prononce /ε/. Et oui, je sais, cela contredit la règle de phonétique qui dit que le <e> sans accent se prononce /ø/ ou /ə/.

Observez les mots suivants, ils suivent tous cette règle : espace, respect, escale, certifier, vert, inertie, delta, celte, lesbienne, festin…

Maintenant, parlons des exceptions à la règle 🙂 (Vous vous y attendiez, non ?)

Cette règle ne s’applique pas quand la deuxième consonne est un <l> (sauf si c’est un double <l>) ou un <r> (sauf si c’est un double <r>). Dans ce cas, vous devez mettre un accent sur le <e> s’il se prononce /e/ ou /ε/.

Observez : règle, espiègle, siècle, trèfle, pègre, intègre, cèdre, mètre, intégration, dégrader, mépris, régler, réplique, éplucher

Observez bien ces mots quand vous lisez pour voir si la règle se vérifie !

L’orthographe française

D’habitude, le vendredi, je propose une analyse de texte. Mais aujourd’hui, j’ai eu envie de partager quelque chose de différent.

Je me suis inscrite à 2 MOOC la semaine dernière dont un intitulé “renforcer ses compétences orthographiques”. Si l’autre MOOC me plait beaucoup, celui-ci m’a vraiment déçue car il propose de renforcer ses compétences en orthographe du passé. C’est tellement français en fait… Une réforme a été proposée il y a bientôt 30 ans, mais on enseigne toujours aux gens les règles d’antan. Ce n’était pas ce que j’espérais, je me suis donc désinscrite. L’autre est proposé par une professeure belge qui enseigne dans une université de Bruxelles. C’est un MOOC dynamique et qui me pousse vraiment à m’interroger. Je doute constamment, et j’adore ça ! Le niveau est très avancé, le thème du cours, c’est les fautes de français de toutes sortes (pas seulement d’orthographe), alors cela peut être un bon défi à relever, et vous apprendrez sans aucun doute beaucoup de vocabulaire. On peut s’y inscrire jusqu’au 18 novembre.

Sur le thème de l’orthographe, j’aimerais vous proposer une vidéo à regarder. Ce que ces deux profs mettent en lumière est extrêmement intéressant et en dit long sur une certaine mentalité toujours très présente en France. J’ai moi-même énormément changé d’opinion sur le sujet. Marre de la grammaire prescriptive et exclusive. Marre de l’orthographe complexe et illogique qui traumatise et stigmatise tellement d’enfants, qui une fois devenus adultes continuent d’être stigmatisés. Même sur les règles du participe passé, je suis maintenant d’avis qu’elles pourraient tout simplement être révisées pour être plus logiques. Je ne crois pas que je pensais ça l’an dernier… Il n’est jamais trop tard pour changer d’avis !

Je ne dirai pas que les fautes d’orthographe m’enchantent, surtout quand elles mettent un frein à la communication, mais je sais que si moi, j’ai la chance d’avoir toujours été bonne en orthographe, c’est parce que j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de livres à ma disposition dès ma plus tendre enfance. Parce que j’avais des parents qui comprenaient l’orthographe et qui pouvaient m’aider. Parce qu’il y avait toujours des adultes pour s’assurer que je ne décroche pas. Parce que j’ai une mémoire visuelle qui me permet de photographier les mots, et qui à l’époque me permettait de photographier les règles de grammaire et d’orthographe de mon petit carnet juste en le lisant. Parce qu’on m’a encouragée à aimer les livres et que ça a marché. Du coup, j’aimais les dictées parce que c’était la bonne note garantie. Facile à obtenir. Aucune préparation spéciale.

Mais je me souviens de camarades de classe qui angoissaient terriblement rien qu’à l’idée de la dictée. J’ai connu et je connais toujours des Français qui ne maitrisent pas du tout l’orthographe et qui angoissent à l’idée de devoir écrire un courrier formel. Mais pourquoi donc tant de Français sont réticents aux rectifications orthographiques ?

Regardez cette vidéo, elle dure moins de 20 minutes et elle est très instructive. Prenez des notes. Vous relèverez forcément quelques mots ou expressions que vous ne maitrisez pas encore et vous pénètrerez un peu plus dans la psyché française. Ces deux professeurs sont belges, rien d’étonnant à ça, car les Belges, les Suisses et les Québécois sont beaucoup plus progressistes que les Français à mon avis…

“Quand les enfants demandent pourquoi, on leur explique comment, comment on écrit ou comment ou accorde. Pourquoi est-ce que l’esprit critique s’arrête au seuil de l’orthographe ?

La syllabe en français

La première chose à savoir sur les syllabes françaises, c’est qu’elles sont toutes formées autour d’une voyelle, qui est le noyau de la syllabe.

La deuxième chose à savoir, c’est qu’il faut différencier la syllabe phonétique (celle qu’on entend) de la syllabe graphique (celle que l’on voit). Par exemple, “une étudiante” contient 4 syllabes phonétiques /y-ne-ty-djãt/ mais 6 syllabes graphiques u-ne-é-tu-dian-te

En français, il y a 6 voyelles graphiques : a, e, i, o, u, y mais il y a 16 voyelles phonétiques (personnellement, je n’en utilise que 14 car je ne différencie ni /ɛ̃/ et /œ̃/ ni /a/ et /ɑ/).

Les 16 voyelles phonétiques que vous pouvez rencontrer dans les transcriptions phonétiques sont les suivantes :

  • [i] – mille, pays
  • [e] – été, parler
  • [ɛ] – peine, mère
  • [a] – amour, chat
  • [ɑ] – pâte, bas
  • [ɔ] – sport, homme
  • [o] – moto, eau
  • [u] – fou, toujours
  • [y] – rue, musique
  • [ø] – bleu, deux
  • [œ] – heure, sœur
  • [ǝ] – le, que
  • [ɛ̃] – pain, vin
  • [œ̃] – lundi, brun
  • [ã] – enfant, temps
  • [õ] – bonbon, pompier

Il existe deux types de syllabes en français : ouverte (qui se termine par un son de voyelle) et fermée (se terminant par un son de consonne). Le type de syllabe que l’on retrouve le plus en français est la syllabe ouverte. Les syllabes ouvertes représentent 80% des syllabes du français, contre 72% pour l’espagnol, 40% pour l’anglais et 37% pour l’allemand (d’après mes cours de phonétique de master).

On peut trouver ces schémas de syllabes, pour lesquels je noterai C pour un son de consonne et V pour un son de voyelle :

  • V (une voyelle seule) : eau [o], an [ã], un [ɛ̃], on [õ]
  • CV : tout [tu], pas [pa]
  • CCV : clou [klu], gras [gʁa]
  • CCCV : trois [tʁwa], strie [stʁi]
  • VC : art [aʁ], os [ɔs], une [yn]
  • VCC : tarte [taʁt], poste [pɔst]
  • CVC : pomme [pɔm], mare [maʁ]
  • CCVC : tranche [tʁãʃ], crabe [kʁab]
  • CCVCC : gloups [glups], tract [tʁakt]
  • CCCVC : strophe [stʁɔf], stress [stʁɛs]
  • CCCVCC : strict [stʁikt]

Il y a autant de syllabes phonétiques dans un mot qu’il y a de sons de voyelles.

Pour ce qui est des syllabes graphiques, on découpe les mots autrement, comme vu plus haut avec l’exemple de “une étudiante”. Mais il y aura autant de syllabes graphiques dans un mot que de voyelles ou groupes de voyelles qui forme un seul son. En plus de a, e, i, o, u, y, il faut considérer les combinaisons de lettres qui ne forment qu’un seul son telles que : ai, au, ay, ei, eu, ey, œu, et, eau, oi, oy, an, ain, en, ein, um, un, on, om, etc. Pour les combinaisons qui représentent un son de voyelle nasale, voir ce post pour plus de détails.

Qu’ont en commun les mots une, tarte, poste, pomme, mare, crabe, tranche, strophe donnés en exemple ci-dessus ?

Ils représentent tous une syllabe phonétique, mais ils contiennent tous deux syllabes graphiques : u-ne, tar-te, pos-te, pom-me, ma-re, cra-be, tran-che, stro-phe. Dans chaque syllabe graphique, on a une voyelle (ou un groupe représentant un son de voyelle), et le e muet compte quand on découpe les syllabes graphiques. On ne l’entend pas, mais il fait partie d’une syllabe graphique, qu’il soit en fin de mot comme dans ces exemples ou en milieu de mot, comme dans évènement qui contient 4 syllabes graphiques (é-vè-ne-ment) mais 3 syllabes phonétiques : [e-vɛn-mã]

On parle peu, voire pas du tout, des syllabes en cours de français langue étrangère, et pourtant, il me semble que c’est utile d’en avoir quelques notions de base et que cela peut aider pour la prononciation et pour l’orthographe. Si vous étudiez avec moi et que vous n’êtes pas canadienne, je vous répète régulièrement d’ouvrir votre bouche un peu plus pour prononcer les voyelles. Si ce n’était pas encore clair, vous pouvez surement mieux comprendre pourquoi après la lecture de ce post ! Les voyelles ont une place centrale dans la langue française !

Livre d’exercices de phonétique

Pour celle et ceux qui souhaiteraient reprendre la phonétique à la base, ce livre contient 500 exercices de phonétique. Je le trouve plutôt bien conçu et facile à utiliser. Les corrigés sont inclus. Si vous n’avez pas de lecteur de CD, je ne sais pas s’il est possible de trouver les enregistrements autrement. Peut-être en écrivant à l’éditeur…

Il existe également pour les niveaux B1/B2.

Vous pouvez le feuilleter sur le site de l’éditeur.