Podcast : parler comme jamais

Certain·e·s de mes étudiant·e·s ont déjà découvert ce nouveau podcast, et je me suis réjouis quand je l’ai appris ! Le premier épisode avait été diffusé sur Programme B que j’écoute régulièrement et qui est un podcast intéressant qui traitent de différent sujets à chaque épisode. Je ne savais pas alors que Parler comme jamais deviendrait un podcast régulier.

C’est un très bon podcast qui déconstruit les clichés autour de la langue française. Je me disais hier en écoutant le dernier épisode que si ces discours avaient existé quand j’étais à l’école, je pense que les choses auraient été bien différentes pour bien des enfants. Le dernier épisode parle des fautes de français et de comment elles sont traitées en France et l’une des invitées est une institutrice vraiment bienveillante qui devrait être, à mon avis, un modèle pour les jeunes instits qui débutent. J’aime me dire qu’il y a beaucoup d’instits comme elle maintenant, mais je suis quand même un peu sceptique… S’il y a tant de programmes qui parlent de la langue française et des fautes de langage, c’est bien que l’on a affaire à un véritable sujet de société. Ce qui me plait énormément, c’est que le discours change et que l’on appelle de plus en plus à s’éloigner de la stigmatisation !

Peut-on imaginer une France où les enfants ne seraient pas traités comme des bons à rien s’ils ont du mal en orthographe et les adultes pas constamment stigmatisés parce qu’ils ne maitrisent pas très bien la grammaire ? Et une école où l’on prendrait en compte que tout le monde n’apprend pas de la même façon et où on ne laisserait personne derrière ? J’en rêve !

Les mots de l’actualité

Complètement débordée cette semaine, je n’ai pas eu le temps de sélectionner un nouvel article à analyser pour aujourd’hui, alors j’ai décidé de partager un lien vers un petit podcast fort intéressant. Si vous aimez lire et écouter l’actualité en français, il devrait vous plaire.

Voici sa description :

Même pour celles et ceux d’entre vous qui ne sont pas fans de podcasts car ils ont du mal à se concentrer (cela a longtemps été mon cas, avant de devenir accro), je pense qu’il est abordable. 3 minutes, c’est court ! Et qui sait, vous y prendrez peut-être gout ! 🙂

Podcast : La Question du jour

Pour celles et ceux qui n’ont pas le temps d’écouter de longs podcasts ou de regarder des films ou des séries en français, La Question du jour est un podcast de France Culture dont les épisodes durent de 6 à 8 minutes.

Chaque épisode traite d’un sujet d’actualité sur lequel un·e expert·e répond aux questions du journaliste qui présente le podcast. Si vous vous intéressez à l’actualité, vous ne trouverez probablement pas les discussions transcendantes, car quelques minutes, c’est court pour parler d’un sujet en profondeur, mais c’est aussi parfait pour travailler votre compréhension orale sur des thèmes variés et développer votre vocabulaire si vous pratiquez l’écoute active, comme expliqué à la fin de ce post ! Et si le sujet vous intéresse, vous pourrez toujours approfondir. Il y en a que j’ai trouvés particulièrement intéressants, comme celui-ci sur les “deepfake”.

Podcast : les pieds sur terre

C’est un podcast de France Culture qui aborde des sujets de société divers et variés. Chaque épisode dure une demi-heure. Sur la page de l’émission, ils disent avoir été inspirés par This American Life, podcast américain que j’adore. Je ne pense pas que Les Pieds sur Terre soit aussi bon que This American Life, mais ça s’écoute bien et il y a un nouvel épisode chaque jour du lundi au vendredi.

Les trois derniers épisodes que j’ai écoutés étaient ceux du 20 septembre sur la dictée (j’ai adoré le témoignage d’Alexandre, homme bulgare arrivé en France à l’adolescence sans ne rien connaitre au français), du 5 septembre sur les hommes de joie (= les hommes prostitués) et du 19 aout, sur les adolescents. Ce sont principalement des témoignages de personnes différentes autour d’un même thème. Si vous parcourez la longue liste d’épisodes, vous en trouverez forcément au moins un dont le sujet vous intéressera !

Podcast : Miroir miroir

Hier, je parlais d’un podcast sur les représentations dans les livres pour enfants et d’une écrivaine en particulier.

Si le sujet des représentations vous intéresse, le podcast Miroir miroir devrait vous plaire.

On reste dans les sujets qui m’intéressent : le féminisme, l’intersectionnalité, le racisme, les discriminations sous toutes leurs formes, la société dans laquelle on vit, les diktats de la beauté, etc. J’ai écouté plusieurs épisodes cette année. J’ai commencé il y a quelques mois avec l’épisode sur les Asiatiques exotisées, que j’avais trouvé super intéressant. Et depuis, j’en ai écouté plus de la moitié. Ils durent de 20 à 50 minutes à peu près.

Bonne écoute !

Mrs Roots, blogueuse afroféministe

J’ai découvert l’autrice Laura Nsafou en écoutant un podcast parlant de livres pour enfants et de représentations, dans lequel elle parlait d’un livre qu’elle a écrit et qui a été publié l’an dernier : Comme un million de papillons noirs. Je n’ai pas encore lu le livre, mais j’espère le trouver à la bibliothèque de l’Alliance française.

Un très bon copain avec qui je parlais de divers sujets il y a quelques mois me disait qu’il n’avait jamais pensé à l’idée des représentations à la télé, au cinéma, dans les livres, etc. Qu’il n’en avait jamais souffert petit. Que ça n’avait jamais été un sujet pour lui. On pourrait penser qu’il est blanc et hétéro, et pourtant, il est à moitié asiatique (et a subi des discriminations à cause de sa moitié asiatique dans sa vie personnelle) et homosexuel. Mais il a grandi dans un contexte international, dans plusieurs pays, éduqué dans des écoles internationales, et a un côté très solitaire. Pour ma part, je ne sais pas quand j’ai commencé à réfléchir à tout ça, mais il est clair que ce n’est pas une question qui me tracassait quand j’étais enfant. Je m’identifiais sans souci aux princesses Disney, même si je m’identifiais plutôt aux dessins animés japonais en fait, dont les personnages étaient plutôt blancs avec les yeux clairs et les cheveux de toutes les couleurs. Mes yeux étaient clairs et j’attendais de grandir pour pouvoir me teindre les cheveux en violet ou en bleu (ce que j’ai fait évidemment). Mais je n’ai pas le souvenir d’un personnage de couleur ou issu d’une minorité. Ou tout simplement différent. Pour Pocahontas et Mulan, j’étais déjà un peu grande. Je me souviens vaguement d’une série avec un garçon atteint du syndrome de Down, aucun souvenir de personnages homosexuels, et à part dans le Cosby Show et le Prince de Bel Air, je ne crois pas qu’on voyait beaucoup de noirs à la télé. Bref, il n’y avait pas beaucoup de diversité à la télé dans le monde dans lequel j’ai grandi. J’ai déjà écrit un post pour dire qu’on étudiait peu de, voire aucune écrivaine au lycée, même en section littéraire, et en fait, je n’ai pas le souvenir d’avoir étudié d’auteurs de couleur non plus. J’ai lu Dumas, mais je n’ai appris que bien plus tard qu’il était noir. Et je ne l’ai même pas appris à l’école. Et en fait, comme on étudiait seulement des écrivains hommes et blancs, je n’ai jamais imaginé que Dumas pouvait être autrement.

Je faisais partie de la majorité et j’étais élevée avec les valeurs de la société sexiste française. Tout me semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pas tout à fait vrai, mais je ne souffrais pas du fait de ne pas être représentée dans les œuvres de fiction en tout cas. J’avais d’autres préoccupations. Et je n’y pensais pas vraiment.

Pour beaucoup de personnes en France, ce n’est toujours pas un problème. Elles ne veulent pas voir ou admettre qu’il y a un problème. Elles pensent qu’on ne devrait pas parler d’homosexualité à l’école, ni de racisme et d’inclusion. Les raisons varient. J’en ai entendu quelques-unes.

Sur son blog, Laura Nsafou se revendique comme dangereusement afroféministe. Son slogan : Ecrire. Pour qu’il ne soit plus possible de dire encore une fois : Je ne savais pas.

Elle publie sporadiquement. J’ai lu quelques articles. Je trouve qu’elle dit des choses intéressantes. Son article sur le Sensitivity Reader et le faux débat de la censure m’a beaucoup plu.

J’ai aussi remarqué que sur amazon.fr, pour son livre, le nom de l’illustratrice (blanche avec un nom très français) apparaissait avant le sien, celui de l’autrice, qualifiée de contributrice (!!) et sur la page des commentaires, il a complètement disparu !

Est-ce une erreur ou ont-ils peur que son nom ait l’air trop étranger pour donner envie au public français ? Cela nous donne-t-il de quoi juger Amazon ou nous pousse-t-il à nous poser des questions sur la société française qu’Amazon juge apparemment trop raciste pour vouloir lire à ses enfants un livre écrit par une noire ? On peut penser que je suis cynique, mais j’ai du mal à penser que ce soit une erreur.

Podcast : kiffe ta race

En ce jour de fête nationale française, j’aimerais parler d’un sujet sensible en France : la race.

Savez-vous qu’en France, il est mal vu de parler de race. D’ailleurs, à cette époque l’année dernière, le mot “race” a été supprimé de la Constitution française. Je n’ai honnêtement pas compris pourquoi. Pensaient-ils que si le mot n’était plus utilisé, le racisme disparaitrait ?

Savez-vous aussi qu’en France, il n’y a pas de statistiques ethniques ? Je vous laisse imaginer ma surprise quand je suis partie vivre aux Etats-Unis il y a de nombreuses années et qu’à chaque fois que je devais remplir un questionnaire administratif, je devais cocher une case pour indiquer que j’étais blanche. Je ne savais même pas quoi cocher la première fois car le terme qui me correspondait était “Caucasian”. Pour moi, ce mot évoquait les montagnes séparant l’Europe de l’Asie et je n’aurais jamais imaginé qu’il me décrivait. Mais j’ai appris que c’était ma race. Puis en Angleterre, je cochais en général “White (other)”, car il y avait une case “White British”. Mon mari, qui est britannique, a coché toute sa vie “mixed race”, avec parfois des précisions.

Le fait est donc que dans la culture anglo-saxonne, il est tout à fait normal de parler de race. En France, il y a un certain malaise autour de la question. C’est historique, c’est politique, je n’ai pas assez de connaissances pour bien en parler, mais ce que j’ai, c’est un sentiment très fort que la France est terriblement raciste (en plus d’être profondément sexiste) et que retirer le mot race de la Constitution ne va pas éradiquer le racisme, bien au contraire.

En plus du mot race, il y a un autre mot avec lequel les Français semblent avoir un problème : c’est le mot noir. Beaucoup ont du mal à prononcer ce mot pour désigner une personne noire. À la place, ils disent black. Je ne sais pas tout à fait pourquoi. Le mot fait-il peur ? Ont-ils peur d’être taxés de racistes s’ils le prononcent ? Il existe beaucoup de mots désobligeants dans la langue française pour qualifier les personnes non blanches mais noir… ?

L’année dernière, il y a presque un an exactement, je parlais d’identité française dans ce post. Et il y a quelques mois, j’ai découvert un podcast très intéressant qui aborde le thème des races et du racisme. Je n’ai pas encore écouté tous les épisodes, mais ceux que j’ai écoutés m’ont énormément plu : Kiffe ta race. Il est présenté par Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice française noire, et Grace Ly, bloggeuse, autrice et vidéaste française asiatique. Chaque épisode dure aux alentours de 40 minutes, qui passent trop vite à chaque fois à mon avis. J’aurais toujours envie de les écouter discuter de chaque thème plus longtemps.

Elles reçoivent des invité·es pour discuter de questions raciales, de représentations, de féminisme, d’intersectionalité, etc., et c’est très informatif. Si vous avez envie de mieux comprendre la France, ce podcast pourra vous être très utile.

Voici un extrait de la description du premier podcast, avec lequel je suis entièrement d’accord :

L’humour sexiste

Selon notre culture et le pays où nous vivons, nous sommes confrontés au sexisme plus ou moins fréquemment. Dans toutes ses formes. Bien que je ne vive plus en France depuis de nombreuses années, j’ai gardé une certaine connexion avec le pays et la culture, en partie pour mon travail et aussi parce que j’ai des amis français, qui vivent en France et un peu partout dans le monde.

Après avoir rejeté tout ce qui était français pendant quelques années après mon départ, je me suis remise à écouter des émissions de radio françaises, je regarde des vidéos françaises en ligne, je lis des livres français, je lis les journaux français, je regarde des films français et j’essaie de me tenir au courant de ce qui s’y passe. Surtout pour le travail, mais aussi par curiosité. J’essaie de suivre l’évolution de cette culture qui me paraît parfois si étrangère et si familière à la fois.

Quand j’ai quitté la France, j’avais une multitude de raisons et je savais que je n’y revivrais jamais. Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie, mais je savais que je ne voulais plus y vivre. Il y avait tellement de choses qui me déplaisaient que j’avais du mal à l’expliquer clairement aux autres. Bien sûr qu’il était préférable de vivre en France que dans des pays en guerre ou contrôlés par la mafia et les trafiquants de drogue, mais moi, j’étouffais en France. Et le sexisme ambiant était une de ces choses qui m’étouffaient horriblement.

Je vais généraliser ici, et bien sûr qu’ils ne sont pas tous pareils, mais de mon point de vue, l’homme français est très imbu de lui-même et quand il se comporte en gros lourd avec une femme, il pense qu’il est charmant et que s’il insiste, elle finira par être d’accord avec lui. Et il y a tous ces “humoristes” qui se trouvent hilarants en faisant des blagues sexistes pas du tout subtiles. Ils existaient alors et ils existent encore. Il suffit de voir tout ce que Brigitte Macron s’est pris dans la tête dès que son mari s’est retrouvé sur le devant de la scène. Et ça continue deux ans après. Puis il y a cette tribune ridicule publiée dans le Monde quand le mouvement #metoo a commencé. Je ne tenais pas ce blog à l’époque, mais mes étudiants en ont entendu parler ! J’étais furieuse ! Je me disais qu’il n’y a qu’en France qu’on ne veut pas voir la réalité en face et que des femmes écrivent dans un journal national pour défendre le droit des hommes à importuner les femmes. Où l’on pense que les frotteurs du métro, ce n’est pas un vrai problème. Où les médias défendent un agresseur sexuel (DSK, alors directeur du FMI et futur candidat à la présidentielle française), sous prétexte que c’est juste un Don Juan et que les Américains ne peuvent pas comprendre l’amour à la française. Aaaaaargh !

Je compare la France avec d’autres pays occidentaux seulement. Mais en même temps, je ne me suis jamais fait emmerder au Vietnam, au Cambodge ou en Thaïlande, comme j’ai pu me faire emmerder en France. Peut-être que le fait que je sois plus grande que la population locale aide, et bien que ce ne soit pas forcément des pays modèles en matière d’égalité, dans la sphère publique, je ressens une certaine sécurité que je ne ressentais pas et ne ressens toujours pas en France.

Ma perception de la France à travers mes amis, les podcasts, la radio, la télé, les journaux, les humoristes, et les quelques fois où j’y suis retournée (3 fois l’an passé quand même !) n’est toujours pas très positive. Il y a quelque chose de foncièrement dérangeant pour moi dans la mentalité française. Et j’en reparlerai sûrement un paquet de fois dans de futurs posts car la liste est longue et je ne sais pas si la journée suffirait à tout énumérer.

Mais cette semaine, j’ai écouté un épisode du podcast Les couilles sur la table, diffusé en février 2018, dans lequel Victoire Tuaillon interviewait Laurent Sciamma, humoriste dont je n’avais jamais entendu parler et dont j’aimerais entendre beaucoup plus parler ! Un homme qui reconnaît qu’il vit dans un monde dans lequel son statut d’homme (blanc) lui donne des avantages évidents et qui remet en cause l’ordre établi en se moquant gentiment du mâle alpha. Cela fait longtemps que les humoristes anglophones dénoncent le patriarcat, cela fait longtemps que le sexisme est mal vu dans le monde anglo-saxon (ce n’est pas pour ça qu’il n’existe pas, mais au moins, on le dénonce de plus en plus et de plus en plus fort) et j’espère que pour une fois, on n’attendra pas 10 ans pour faire comme les Américains et les Anglais !

Le podcast dure 38 minutes, si vous avez le temps. Et voici une petite vidéo de Laurent Sciamma qui se moque gentiment des réactions de certains hommes au mouvement #metoo :