Pour bien commencer la semaine

Voici la troisième édition de 5 minutes, pas plus ! Préparez vos chronomètres et essayez de trouver 3 mots pour chaque catégorie en 5 minutes. Si c’est trop court, vous pouvez évidemment vous accorder un peu plus de temps, mais le but, c’est de faire fonctionner vos méninges aussi rapidement et efficacement que possible en français !

Journaliste et féministe tuée

J’essaie de sélectionner des articles plutôt rigolos d’habitude, mais cette semaine, il y a eu beaucoup de nouvelles plutôt terribles pour les femmes, et je ne parlerai pas du retour en arrière des Etats-Unis en ce qui concerne l’avortement (bien que cela me rende furieuse) mais du premier article que j’ai lu, qui parlait d’une femme assassinée en plein jour et même si je ne la connaissais pas et n’avais jamais entendu parler d’elle auparavant, ça m’a fait beaucoup de peine. Les raisons de son meurtre ne sont pas très claires à la lecture de l’article, mais il semble vraisemblable que son activisme féministe y soit pour quelque chose.

Je ne vais pas commenter l’article, il parle de lui-même. Mais j’ai fait un peu de surlignage pour vous guider dans une lecture active de ce texte : en rose, les verbes conjugués ; en vert, les verbes à la voix passive ; en jaune, les participes passés qui ne sont pas accompagnés par un auxiliaire ; en bleu, les connecteurs logiques; en gris, des prépositions, pour attirer votre attention sur leur utilisation : observez bien comment elle sont utilisées, ce qu’elles veulent dire, quel verbe elles accompagnent quand elle font partie d’une construction verbale. J’ai aussi souligné quelques mots ou expressions que vous comprenez probablement, mais est-ce que vous les utilisez vous-mêmes ? Est-ce que la combinaison provoquer + l’indignation vous vient naturellement ? Est-ce que quand vous pensez à un sujet d’actualité dont tout le monde parle, vous pensez à l’expression au cœur des préoccupations ?

Ce n’est pas grave si vous ne retenez pas tout après avoir analysé un article, mais si vous parvenez à retenir certains points, à comprendre comment fonctionne un verbe, une structure, etc., vous enrichissez votre connaissance de la langue et c’est très bien !

Je lui parle VS Je pense à lui

Voici un point de grammaire qui pose souvent problème. Pourquoi dit-on “je lui parle” mais ne peut-on pas dire “*je lui pense” ?

En fait, je ne savais pas vraiment l’expliquer quand j’ai commencé à enseigner. J’avais l’impression que mes livres de grammaire évitaient le sujet ou ne l’expliquaient pas clairement. Du coup, je me disais, et je disais à mes élèves qu’il fallait tout simplement mémoriser quels verbes fonctionnaient avec un pronom complément placé avant le verbe et quels verbes fonctionnaient avec un pronom tonique.

Puis, la magie d’Internet a fait son effet. J’ai lu beaucoup de bêtises, mais j’ai fini par trouver ce que je cherchais !

Qu’ont en commun ces verbes : parler à, proposer à, téléphoner à, apporter (qqch) à, envoyer (qqch) à, prêter (qqch) à, offrir (qqch) à, etc. ?

Et ces verbes : penser à, s’intéresser à, s’habituer à, tenir à, faire attention à, être opposé à, s’associer à, etc. ?

Ce qui compte, c’est le type d’objet indirect qui peut suivre le verbe.

Les verbes de la première liste peuvent seulement être suivis d’un objet qui représente une/des personne·s, ou un être animé (car ça marche avec les animaux aussi). On parle à qqn, pas à qqch. On téléphone à qqn, pas à qqch. On offre qqch à qqn, pas à qqch. Etc.

Dans ce cas, on utilise les pronoms COI (me, te, lui, nous, vous, leur) qu’on place directement devant le verbe.

  • Je parle à mon chat. = Je lui parle.
  • Je téléphone à mes parents. = Je leur téléphone.
  • J’offre des fleurs à ma voisine. = Je lui offre des fleurs.

Les verbes de la seconde liste peuvent être suivis d’un objet qui représente soit une personne, soit une chose. On peut penser à qqn et on peut aussi penser à qqch. On peut s’intéresser à qqn ou à qqch. On peut tenir à qqn ou à qqch. Etc.

Dans ce cas, on utilise les pronoms toniques (moi, toi, lui/elle/soi, nous, vous eux/elles) quand l’objet est une personne et “y” quand l’objet est une chose.

  • Je pense à mes enfants. = Je pense à eux.
  • Je pense à mon avenir. = J’y pense.
  • Je m’intéresse à cette fille. = Je m’intéresse à elle.
  • Je m’intéresse à la grammaire. = Je m’y intéresse.
  • Je tiens à mon mari. = Je tiens à lui.
  • Je tiens à mes livres. = J’y tiens.

En avance, à l’avance/ d’avance/ par avance

Voilà encore des expressions qui posent souvent problème aux étudiants. Quelle préposition choisir avec avance ?

En général, on sait dire qu’on est en retard. Cela peut être un moyen mnémotechnique pour ne plus se tromper car en retard est le contraire de en avance. Si en retard veut dire plus tard que prévu, en avance signifie donc plus tôt que prévu.

  • J’arrive toujours en avance aux rendez-vous car je déteste être en retard.
  • Vous êtes en avance, veuillez patientez dans la salle d’attente.
  • Ta montre est en avance de 10 minutes. (ou : elle avance de 10 minutes)

À l’avance / d’avance / par avance signifient tous les trois par anticipation.

On peut préparer un repas à l’avance, préparer des vacances (longtemps) à l’avance, réserver des places de concert à l’avance. On peut s’y prendre à l’avance pour organiser un évènement.

On peut remercier quelqu’un d’avance ou par avance. Par avance est un peu plus soutenu.

Se rappeler / se souvenir

Ces deux verbes ont le même sens. Mais ils n’ont pas la même construction. On se rappelle quelque chose mais on se souvient de quelque chose.

Cependant, j’ai très souvent entendu des Français dire qu’ils se rappelaient *de quelque chose, alors il est facile se supposer que c’est correct d’utiliser la préposition avec se rappeler.

Mes étudiants ont tendance à plutôt utiliser le verbe se souvenir et à parfois oublier le de. Avec se souvenir, ou utilise toujours de.

Avec se rappeler, on utilise de seulement quand il est suivi d’un pronom tonique (moi, toi, lui, etc.)

Quelques exemples :

  • Je me souviens très bien de ces vacances. Il a fait chaud tout l’été.
  • Je me rappelle très bien ces vacances.
  • Tu te souviens de mon copain Nico ?
  • Tu te rappelles mon copain Nico ?
  • Elle ne se souvient pas de lui.
  • Elle ne se rappelle pas de lui.

Quelque chose de…

  • J’ai envie de manger quelque chose de sucré. 
  • Je ne veux pas regarder quelque chose de triste.
  • Il m’a dit quelque chose d’intéressant. 
  • Je voudrais essayer quelque chose de différent. 

Ces quatre phrases sont correctes. Toutefois, mes étudiants font souvent une ou deux erreurs avec cette structure. A votre avis, quelles sont-elles ?

La première, c’est qu’ils oublient le de. En anglais, on traduirait par something sweet, something sad, something interesting, something different. Pas besoin d’une préposition. D’où l’oubli en français . La deuxième, c’est qu’ils mettent parfois l’adjectif au féminin. Soit parce qu’ils raisonnent que chose est un nom féminin, soit parce qu’ils se réfèrent à un nom féminin et pensent qu’il faut accorder l’adjectif.

Mais quelque chose de est toujours suivi de l’adjectif masculin, comme c’est !

En deux jours ou dans deux jours ?

Les deux sont possibles, mais ils ne veulent pas dire la même chose !

En + durée :

  • J’ai lu ce livre en deux jours. 
  • Elle a couru le marathon en moins de 3 heures.
  • Il a avalé son dîner en 5 minutes.

Dans + moment dans le futur : 

  • Je pars en vacances dans quatre jours.
  • Dans trente ans, il sera à la retraite. 
  • Je t’appelle dans cinq minutes !

On utilise donc en pour parler de la durée d’une action et dans pour parler d’une action ou d’un état dans le futur, alors qu’en anglais, on utilise in dans tous les cas (ce qui est sûrement la raison pour laquelle vous vous trompez peut-être).

On dit comment : sur la télé, à la télé, dans la télé ?

C’est toujours tentant de traduire directement de l’anglais, n’est-ce pas?

I saw that on TV devient souvent *j’ai vu ça sur la télé, chez les étudiants. 

Mais si vous dites que quelque chose est sur la télé, ça veut dire que c’est posé sur la télé : il y a une plante sur la télé, par exemple. 

une plante sur la télé

Si vous avez regardé un film, une série, n’importe quel programme, vous devez dire que vous l’avez vu à la télé

  • Je ne regarde jamais de série à la télé, je préfère Netflix. 
  • Il y a trop de publicités à la télé
  • Sa cousine va bientôt passer à la télé, dans un programme de télé-réalité.
un film à la télé

C’est/Il est + adjectif + à/de

Une question qui revient très souvent dans mes cours concerne l’utilisation de à et de. Les étudiants ne les aiment pas beaucoup ces petites prépositions car ils ont parfois l’impression qu’il y a trop de règles à retenir et par moments, c’est frustrant ! Ce que je comprends très bien ! Toutefois, ça ne sert à rien d’essayer de retenir toutes les règles à la fois. Une à la fois, ça suffit ! Et pour assimiler une règle, il faut la pratiquer. Seulement la lire et se dire qu’on la comprend, ce n’est pas suffisant. C’est parfois très facile de comprendre la théorie, mais si on ne met pas en pratique, les chances de retenir la théorie sont minimes. On peut mettre une règle en pratique en faisant des exercices systématiques de grammaire dans des livres ou en ligne. On peut s’entraîner à construire des phrases simples ou se forcer à utiliser la structure dans des productions écrites.

Cette règle-là est assez facile à mettre en pratique. Je viens juste de le faire. 😉

Quelques exemples pour que vous puissiez observer et peut-être essayer de déduire la règle de vous-mêmes : 

  • Il est difficile de trouver des restaurants végétariens en France.
  • Il est facile d’apprendre une langue quand on est motivé.
  • C’est important d’étudier le français régulièrement pour progresser.
  • C’est impossible de comprendre ce qu’il dit.
  • Ce n’est pas évident de comprendre la grammaire
  • Cet exercice, il est difficile à comprendre.
  • Les pâtes, c’est facile à cuisiner
  • Tu me racontes cette histoire ? Non, elle est trop longue à raconter !
  • Tu as compris ce qu’il a dit ? Oh non, il est impossible à comprendre !
  • Les balades sur la plage, c’est agréable à faire le soir.

Qu’est-ce qu’on remarque à travers ces exemples ?

C’est toujours un verbe à l’infinitif après la préposition (à ou de) et il faut aussi remarquer ce qui vient (ou ne vient pas) après le verbe à l’infinitif. Quand il est suivi d’un complément d’objet direct (soulignés dans les phrases ci-dessus), il faut utiliser la préposition de et quand il n’est pas suivi d’un complément d’objet direct, il faut utiliser la préposition à.

Avec les verbes intransitifs (ceux qui se construisent sans objet direct), on utilise la préposition de

  • C’est difficile de jongler.
  • C’est agréable de paresser tout un week-end.
  • C’est fatigant de sourire tout le temps.

Les prépositions et les pays

C’est un point de grammaire que l’on apprend en A1, souvent dans la première ou deuxième unité du manuel de français langue étrangère. Puis on l’utilise très souvent dans les conversations quotidiennes. Et pourtant, de temps à autre, mes étudiants de B2 et au-delà me donnent l’impression d’avoir oublié la règle. 

Je vais donc faire un petit rappel aujourd’hui !

Tout d’abord, il faut savoir si le pays dont on parle est féminin ou masculin. Et il y a un petit truc tout simple pour savoir. Observez :

La France, la Chine, la Thaïlande, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, l’Argentine, la Bolivie, la Syrie, la Jordanie, l’Australie, la Guinée, l’Indonésie, la Bulgarie

Le Japon, le Portugal, le Vietnam, le Laos, le Brésil, le Pérou, le Canada, le Togo, le Bénin, le Mali, le Sénégal, le Paraguay, le Venezuela, le Chili

Cela vous rappelle quelque chose ? Qu’ont en commun tous les pays de la première liste ? Ils se terminent par un e. Et ceux de la deuxième liste se terminent par une autre lettre que le e

Donc, pour déterminer le genre d’un pays, on peut se fier à la dernière lettre de son nom. Si c’est un e, c’est féminin, sinon, c’est masculin. Bien sûr, il y a quelques exceptions, mais il y en a si peu qu’on peut facilement les apprendre par cœur : le Cambodge, le Mexique, le Mozambique, le Zimbabwe. 

Puis, on a les pays au pluriel tels que les Etats-Unis, les Philippines, les Seychelles, les Pays-Bas, les Bahamas, etc.

Une fois que l’on sait ça, il faut juste apprendre les prépositions qui vont avec le féminin, le masculin et le pluriel. 

  • J’habite en Thaïlande.
  • Je voudrais aller en Inde à Noël. 
  • J’aime aller en vacances en Italie.
  • Mon amie Milly vit en Chine
  • J’ai habité au Vietnam et au Cambodge
  • J’ai travaillé trois étés au Portugal.
  • Je ne suis jamais allée au Brésil.
  • J’aimerais vivre au Japon un jour. 
  • J’ai vécu aux Etats-Unis quand j’étais plus jeune.
  • J’ai eu la chance d’aller aux Seychelles pour travailler.
  • Je pense aller aux Philippines l’an prochain.
  • J’aimerais avoir un compte bancaire aux Bahamas

Et ajoutons la dernière règle : 

Quand un pays masculin commence par une voyelle, on utilise EN aussi, parce que c’est plus facile à prononcer : 

  • Je ne suis jamais allée en Iran.
  • J’ai un prof d’espagnol qui vit en Equateur
  • Kaboul est en Afghanistan.

Récapitulons : 

  • EN + pays féminin ou pays masculin qui commence par une voyelle
  • AU + pays masculin
  • AUX + pays pluriel

On utilise ces prépositions avec les verbes être, vivre, habiter, aller mais pas avec le verbe visiter ni quand on parle de la provenance

Parfois, j’entends : *Je vais visiter en France cet été. C’est incorrect. Il faut dire Je vais visiter la France cet été. Ou : Je vais visiter la tour Eiffel en France (par exemple). 

Je n’ai pas parlé des quelques pays qui n’ont pas d’articles. Beaucoup sont des îles. La liste n’est pas très longue. Quelques exemples : Cuba, Chypre, Malte, Singapour, Israël, Haïti, Madagascar, Oman…

Avec ces pays, on utilise la préposition à quand le pays commence par une consonne (elle vit à Cuba, j’ai une amie à Singapour), et la préposition en avec ceux qui commencent par une voyelle. Cependant, il me semble que cette toute dernière règle est flexible. J’ai toujours dit à Haïti. Mais un jour, j’ai commencé à remarquer que certaines personnes disaient en Haïti. Après quelques recherches, il semblerait que les deux soient possibles. Il y a en un ouragan terrible à/en Haïti.