Questions et inversion

Vous savez probablement qu’il y a plusieurs façons de poser des questions en français. On apprend ça en A1. Mais, étonnamment, beaucoup d’étudiant.e.s avancé.e.s semblent avoir du mal à former un certain type de questions : les plus formelles, celles avec l’inversion du sujet, quand le sujet est un groupe nominal.

Exemples :

  • Ta sœur est-elle venue ce weekend ?
  • Pourquoi tes voisins font-ils autant de bruit ?

Bien sûr, ces questions peuvent être formulées autrement, et à l’oral, on utilise souvent des formulations moins formelles. On utilise beaucoup “est-ce que”, ou tout simplement l’intonation montante, qui signale une question.

Pour la première question, on pourrait aussi dire : Est-ce que ta sœur est venue ce weekend ? ou encore : Ta sœur est venue ce weekend ? (intonation montante) Par contre, on ne peut pas faire l’inversion sans la reprise du groupe nominal sujet par un pronom personnel. On ne peut pas dire *Est venue ta sœur ce weekend ? Pourtant, c’est une erreur que j’ai retrouvée à plusieurs reprises dans des écrits.

Pour la deuxième question, on pourrait dire : Pourquoi est-ce que tes voisins font autant de bruit ? Pourquoi tes voisins font autant de bruit ? (intonation montante) Mais on ne peut pas dire *Pourquoi font tes voisins autant de bruit ?

Il y aurait évidemment beaucoup plus à dire sur ce point de grammaire et si vous voulez approfondir la question, recherchez l’inversion complexe. Préférez toujours le langage soutenu quand vous écrivez, surtout pour les examens et les écrits formels de la vraie vie.

dont VS duquel

La semaine dernière, je parlais des pronoms relatifs composés dans ce post.

On m’a souvent demandé quand il fallait utiliser dont plutôt que duquel et vice versa et s’il y avait une explication logique.

Bien sûr qu’il y a une explication logique ! Et pas très difficile en fait.

Observez :

  • Je n’aime pas la façon dont tu me parles.
  • C’est le livre dont j’ai besoin.
  • Voici la peinture dont je suis très fière.
  • C’est l’hôpital en face duquel ma sœur habite.
  • C’est le fleuve le long duquel j’aime me promener.
  • C’est l’arbre à gauche duquel on a trouvé un trésor.

Ce qui perturbe les apprenant·e·s, et d’après mes observations, les locuteurs natifs parfois aussi, c’est le fait que dans les deux cas, la préposition DE est impliquée. On emploie dont pour remplacer un complément introduit par de, et duquel (desquels, desquelles, de laquelle) est la contraction de de + lequel (de + lesquels, de + lesquelles). Alors comment sait-on s’il faut utiliser dont ou duquel ?

Dans les 3 premiers exemples :

  • tu me parles d’une façon que je n’aime pas
  • j’ai besoin de ce livre
  • je suis fière de cette peinture

Dans les 3 derniers exemples :

  • ma sœur habite à côté de cet hôpital
  • j’aime me promener le long de ce fleuve
  • on a trouvé un trésor à gauche de cet arbre

Vous pouvez observer que l’on utilise duquel après un groupe prépositionnel et que dont remplace un complément de nom, un complément de verbe ou un complément d’adjectif.

Pas si difficile que ça ! 😉

Pronoms relatifs composés

Ces pronoms ont tendance à stresser mes élèves. Je m’en amuse un peu, car ces apprenant·e·s qui redoutent les pronoms relatifs ont souvent bien intégré des notions à mon avis bien plus compliquées.

Mais le fait qu’ils et elles s’inquiètent autant n’est pas si étonnant en réalité. Pour maitriser l’utilisation des pronoms relatifs composés, il faut surtout maitriser les constructions verbales. Puis il faut penser vite et anticiper, car le verbe dont va dépendre le pronom relatif sera prononcé plus tard dans la phrase. Une seconde plus tard tout au plus, mais plus tard tout de même.

Pour commencer, de quoi parle-t-on quand on parle de pronoms relatifs composés ?

Petit rappel important : un pronom est un mot qui remplace un nom, habituellement déjà mentionné dans la phrase ou dans une phrase précédente, dans le souci d’éviter la répétition. Plus rarement, il sera fait mention du nom plus tard dans la phrase.

Vous connaissez les pronoms relatifs simples : qui (sujet), que (COD), dont (remplace un complément introduit par de) et (complément de lieu ou de temps). Ils introduisent une proposition relative et on les utilise constamment.

Les pronoms relatifs composés s’utilisent après des prépositions et sont les suivants : lequel, lesquels, laquelle, lesquelles. Quand ils suivent la préposition à, ils deviennent auquel, auxquels, à laquelle, auxquelles. Et quand ils suivent une locution prépositionnelle (près de, à côté de, à droite de, au cours de, etc.), ils deviennent duquel, desquels, de laquelle, desquelles. Ils remplacent généralement des objets ou des concepts, mais peuvent aussi être utilisés pour se référer à des personnes, mais qui, à qui et de qui, etc. sont aussi corrects si l’on parle de personnes (voire plus facile si vous avez des doutes).

Maintenant, on arrive au moment où cela se complique. Quand doit-on les utiliser ?

  • C’est la raison pour laquelle je ne suis pas contente. – Raisonnement : Il m’a menti. Je ne suis pas contente pour cette raison.
  • Le spectacle auquel j’ai participé était intense. – Raisonnement : J’ai participé à ce spectacle.
  • Ils ont détruit le bâtiment à l’intérieur duquel on s’est rencontrés. – Raisonnement : On s’est rencontrés à l’intérieur de ce bâtiment.
  • C’est la femme pour laquelle il a tout quitté. = C’est la femme pour qui il a tout quitté. – Raisonnement : Il a tout quitté pour cette femme.

Quelques phrases tirées de l’actualité à analyser :

  • La nouvelle selon laquelle le taux de décès du coronavirus de Wuhan serait maintenant de 3,4% en a pris plus d’un par surprise.
  • Nous avons aussi programmé des jeux intervillages pour lesquels nous recherchons des communes volontaires.
  • Trois clés pour comprendre quelles sont les institutions auxquelles les Français font le plus confiance.
  • Ce geste auquel le pape François n’a pas pu résister.
  • … en face du navire à bord duquel se trouvent environ 2400 passagers et 1100 membres d’équipage.
  • Les plus contraignantes, au premier rang desquelles le confinement de millions de personnes, ont déjà été prises par la Chine.

Dans un prochain post, je parlerai de la différence entre dont et duquel, pas toujours très claire pour les apprenant·e·s.

Un cafard du nom de votre ex

Vous avez peut-être déjà entendu cette information insolite à l’approche de la Saint-Valentin, que vous viviez aux États-Unis ou non. J’ai trouvé ce court article dans Courrier International, traduit d’un article de CNN, qui vous amusera peut-être si vous n’en aviez pas entendu parler.

Personnellement, je ne suis pas sure que j’aurais participé si j’avais été dans le coin, mais l’idée m’amuse beaucoup. Je ne fête pas la Saint-Valentin, tout comme je ne fête pas les autres fêtes commerciales dont le seul but est de nous faire consommer et dépenser de l’argent, mais pour 5 dollars, j’aurais peut-être hésité à y prendre part cette fois-ci. J’aurais choisi d’imaginer que le cafard était une personne bien pire qu’un de mes ex par contre.

L’article est court, et donc idéal pour une petite analyse rapide. J’ai mis plusieurs éléments en évidence : en rose, les de, du et des (article indéfini ? article partitif ? préposition ?) en vert les prépositions pour, par et en (observez comment elles sont utilisées, quel est leur rôle dans la phrase, quel nom elles précèdent, etc.) en jaune, le pronom complément en (que remplace-t-il ?) et en rouge, des structures verbales. Comment les comprenez-vous ? Font-elles partie de votre vocabulaire actif ?

Bonne analyse !

D'aucuns

La semaine dernière, je parlais du déterminant indéfini AUCUN.

Les plus littéraires d’entre vous connaissent peut-être le pronom D’AUCUNS, qui ne veut pas du tout dire la même chose, ce qui peut être assez déroutant.

Alors qu’AUCUN a un sens négatif, D’AUCUNS a un sens positif. Il est synonyme de certains, plusieurs, quelques-uns, et appartient au registre soutenu. Il peut se trouver dans des phrases affirmatives ou dans des phrases négatives.

Voici quelques phrases trouvées dans des journaux en ligne :

  • D’aucuns diront qu’on a vu des joueurs de son âge évoluer au niveau international.
  • D’aucuns affirment que la violence à l’égard des femmes est “sexospécifique” et devrait donc être prise davantage au sérieux.
  • D’aucuns estiment que le chef de l’Etat ferait mieux d’épargner les entreprises.
  • D’aucuns ne partagent pas son avis et envisagent une manifestation.

On le trouve moins au féminin, mais j’ai déniché quelques exemples :

  • D’aucunes, sophistiquées et lascives, réclament un geste précis de la main. (l’article parle de lampes !)
  • Certaines leurs piscines, certaines leur jacuzzi, d’aucunes leur sauna.

Une action contre les dérives d'Internet

Pour rester sur le thème d’hier, j’ai choisi un article abordant le thème d’Internet, trouvé en ligne dans le journal de Montréal.

L’information vient de l’AFP : Agence France Presse – l’équivalent français de Reuters et de l’AP.

L’article n’est pas très complexe, mais cela ne veut pas dire qu’il ne mérite pas d’être analysé. J’ai choisi de surligner en vert certaines prépositions, et bleu les connecteurs logiques et en jaune, un pronom démonstratif. J’ai souligné deux expressions que j’entends peu chez mes élèves et j’ai mis en gras et en bleu le vocabulaire spécifique au thème.

Les prépositions sont la bête noire de beaucoup d’étudiant·e·s avancé·e·s. Observez-les ! Demandez-vous pourquoi on a “contre les dérives d’internet”, “par des groupes”, etc. Souvent, c’est le verbe qui impose la préposition : lancer contre, être appuyé par, viser à, être chargé de, permettre à qqn de faire qqch, etc. D’autres fois, c’est le nom qui suit qui impose la préposition : sur le net, dans un communiqué, à l’occasion, etc. ” La préposition “de” est parfois imposée par le verbe et d’autres fois, elle introduit un complément du nom ou fait partie d’une expression figée. Soyez attentif·ve, soyez constant·e, soyez persévérant·e !

Se séparer et divorcer

Ces deux verbes veulent dire plus ou moins la même chose, mais ils ne fonctionnent pas pareil et cela semble poser problème aux apprenant·e·s. L’erreur que j’entends le plus souvent, c’est le verbe divorcer à la forme pronominale. Mais divorcer n’est jamais pronominal ! En tout cas, il ne l’est plus, même s’il l’a été par le passé, il y a bien longtemps.

Il ne peut pas non plus être utilisé comme en anglais. En anglais, you divorce someone. En français, on ne peut pas *divorcer quelqu’un. Mais nous avons plusieurs constructions possibles :

  • Elle est divorcée depuis l’année dernière.
  • Elle a divorcé en 2018.
  • Elle a divorcé avec son mari.
  • Elle a divorcé d’avec son mari.
  • Elle a divorcé de son mari.

On peut donc employer divorcer sans complément ou avec un complément introduit par avec, d’avec ou de.

Si l’on voulait dire la même chose avec le verbe (se) séparer, on pourrait dire :

  • Elle est séparée depuis l’année dernière.
  • Elle s’est séparée en 2018. (un peu étrange sans complément, quand je réfléchis trop, mais on le dit, sans aucun doute)
  • Elle s’est séparée de son mari.
  • Ils se sont séparés.

On ne devrait pas vraiment dire qu’*elle s’est séparée avec son mari, même si je suis certaine de l’avoir déjà entendu dans la bouche de Français, et je suis également certaine d’avoir entendu à maintes reprises : elle s’est séparée d’avec son mari, qui est considéré moins élégant que la tournure sans avec mais qui est accepté.

Liaison avec les prépositions CHEZ, EN, SANS

Il fut un temps où la liaison était automatiquement obligatoire après ces trois prépositions, mais avec le temps, elle est devenue facultative dans un certain nombre de cas. En d’autres termes, vous pouvez choisir de faire la liaison ou non. Faire la liaison indique généralement un langage plus soutenu.

Mais attention, dans certains cas, la liaison est toujours obligatoire (jusqu’à ce qu’elle devienne facultative un jour probablement).

Elle est, à ce jour, encore obligatoire dans les cas suivants :

  • chez + pronom
  • en + pronom
  • en + nom
  • sans + nom

Entrainez-vous :

  • Je suis allée chez eux la semaine dernière.
  • Elle a ça en elle, c’est inné.
  • Elle habite en Espagne en été et en Australie en hiver.
  • Ils sont dans une relation sans amour.

ça VS cela

Je me suis rendu compte que je n’avais jamais écrit de post à ce sujet et pourtant, c’est quelque chose que je répète continuellement à mes étudiant·e·s : on utilise ça à l’oral et cela à l’écrit !

Toutefois, est-ce aussi simple que cela ?

En fait, il y a un peu plus à dire à ce sujet, et nous allons nous pencher là-dessus aujourd’hui.

Quand je corrige des écrits, je vois souvent “ça”. Et je mets toujours une annotation pour signaler qu’à l’écrit on utilise plutôt “cela”, car les codes de l’écrit et de l’oral sont complètements différents en français et que nous sommes beaucoup plus formels à l’écrit qu’à l’oral. Et si vous êtes pressé·e et n’avez pas le temps de lire plus aujourd’hui, vous pouvez vous arrêtez là, et pensez simplement à ne plus employer “ça” dans vos écrits.

Si vous avez le temps, développons un peu plus l’emploi de ces pronoms. On peut utiliser cela à l’oral bien sûr, et parfois, on n’a pas d’autre choix que d’employer ça.

  • Dans certaines expressions, il faut utiliser ça : Ça va ? Comment ça va ? Ça y est. Comme-ci comme-ça. Impossible d’utiliser cela dans ces expressions.
  • Dans d’autres expressions, on ne peut utiliser que cela, car ça est impossible, même à l’oral : cela dit, cela seul suffit.
  • Lorsque l’on fait une opposition avec ceci, on préfère continuer avec cela, à l’oral aussi.
  • Selon la structure d’une question, on pourra employer cela ou ça : Comment cela se fait-il ? Comment ça se fait ? (ça n’est pas possible dans le premier exemple et cela n’est pas possible dans le second)
  • Avec le verbe être, ça et cela deviennent le plus souvent c’c’est compliqué – mais on peut employer cela, en langage soutenu. On peut dire “cela est compliqué“, mais on ne peut pas dire “*ça est compliqué
  • Mais attention, si ça est précédé de “tout”, vous pouvez alors le garder devant le verbe être : tout ça est compliqué.

Il est entendu que ça relève le plus souvent du langage familier et oral mais si vous souhaitez parler de façon plus soutenue, cela n’est pas interdit à l’oral : Je vous appelle demain, si cela vous convient.

Voyons maintenant d’autres utilisations de ça que vous ne connaissez peut-être pas très bien.

Comment comprenez-vous ces phrases ?

  • Les enfants, ça n’est pas très prudent.
  • Les enfants, cela n’est pas très prudent.

Les deux phrases peuvent vouloir dire la même chose. On s’adresse aux enfants et on leur dit que ce qu’ils font ou s’apprêtent à faire n’est pas très prudent. Mais la première phrase peut être interprétée autrement. En langage familier, “ça” reprend les enfants, et on affirme que les enfants ne sont pas très prudents. On pourrait également dire, “les enfants, c’est pas très prudent” dans le même registre.

Nous pouvons donc utiliser “ça” pour nous référer à des personnes, mais cela reste familier.

  • Les enfants, ça fait trop de bruit ! (= ils font trop de bruit)
  • C’est qui, ça ? (= cette personne)

Employer “ça” pour parler d’une personne peut être assez péjoratif.

  • Ça n’a que 15 ans et ça fume déjà comme un pompier !
  • Ça veut devenir millionnaire mais ça veut pas travailler dur !

On peut aussi utiliser “ça” à l’oral à la place du “il” impersonnel : ça a plu toute la journée hier. (= il a plu) C’est quelque chose que j’avais remarqué quand j’avais déménagé en Haute-Savoie. Les gens de là-bas utilisaient beaucoup “ça” pour parler de la météo : ça pleut, ça neige, ça fait soleil, ça fait beau, etc. Je trouvais cela très bizarre au début, puis je m’y suis habituée.

Un dernier point dont je voudrais parler : ç’

Je dois dire que je ne l’utilise jamais moi-même, mais il existe. Il n’est pas obligatoire, mais devant le verbe avoir et les auxiliaires être et aller, ça peut devenir ç’, tout comme cela peut devenir c’ devant le verbe être ou en par exemple.

  • Ç’a l’air sympa ce film. (= ça a)
  • Ç’aurait été difficile de faire autrement. (= ça aurait)
  • Si ç’avait été facile, tout le monde aurait réussi.
  • Ç’allait pas marcher de toutes façons.

Si vous écrivez de façon informelle, “ça” est tout à fait acceptable. Je l’utilise moi-même régulièrement et je le vois beaucoup dans des articles au ton détendu. Cependant, si vous écrivez une lettre formelle ou que vous écrivez pour le DELF ou le DALF, évitez d’utiliser ça et préférez cela !