Podcast : kiffe ta race

En ce jour de fête nationale française, j’aimerais parler d’un sujet sensible en France : la race.

Savez-vous qu’en France, il est mal vu de parler de race. D’ailleurs, à cette époque l’année dernière, le mot “race” a été supprimé de la Constitution française. Je n’ai honnêtement pas compris pourquoi. Pensaient-ils que si le mot n’était plus utilisé, le racisme disparaitrait ?

Savez-vous aussi qu’en France, il n’y a pas de statistiques ethniques ? Je vous laisse imaginer ma surprise quand je suis partie vivre aux Etats-Unis il y a de nombreuses années et qu’à chaque fois que je devais remplir un questionnaire administratif, je devais cocher une case pour indiquer que j’étais blanche. Je ne savais même pas quoi cocher la première fois car le terme qui me correspondait était “Caucasian”. Pour moi, ce mot évoquait les montagnes séparant l’Europe de l’Asie et je n’aurais jamais imaginé qu’il me décrivait. Mais j’ai appris que c’était ma race. Puis en Angleterre, je cochais en général “White (other)”, car il y avait une case “White British”. Mon mari, qui est britannique, a coché toute sa vie “mixed race”, avec parfois des précisions.

Le fait est donc que dans la culture anglo-saxonne, il est tout à fait normal de parler de race. En France, il y a un certain malaise autour de la question. C’est historique, c’est politique, je n’ai pas assez de connaissances pour bien en parler, mais ce que j’ai, c’est un sentiment très fort que la France est terriblement raciste (en plus d’être profondément sexiste) et que retirer le mot race de la Constitution ne va pas éradiquer le racisme, bien au contraire.

En plus du mot race, il y a un autre mot avec lequel les Français semblent avoir un problème : c’est le mot noir. Beaucoup ont du mal à prononcer ce mot pour désigner une personne noire. À la place, ils disent black. Je ne sais pas tout à fait pourquoi. Le mot fait-il peur ? Ont-ils peur d’être taxés de racistes s’ils le prononcent ? Il existe beaucoup de mots désobligeants dans la langue française pour qualifier les personnes non blanches mais noir… ?

L’année dernière, il y a presque un an exactement, je parlais d’identité française dans ce post. Et il y a quelques mois, j’ai découvert un podcast très intéressant qui aborde le thème des races et du racisme. Je n’ai pas encore écouté tous les épisodes, mais ceux que j’ai écoutés m’ont énormément plu : Kiffe ta race. Il est présenté par Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice française noire, et Grace Ly, bloggeuse, autrice et vidéaste française asiatique. Chaque épisode dure aux alentours de 40 minutes, qui passent trop vite à chaque fois à mon avis. J’aurais toujours envie de les écouter discuter de chaque thème plus longtemps.

Elles reçoivent des invité·es pour discuter de questions raciales, de représentations, de féminisme, d’intersection, etc., et c’est très informatif. Si vous avez envie de mieux comprendre la France, ce podcast pourra vous être très utile.

Voici un extrait de la description du premier podcast, avec lequel je suis entièrement d’accord :

Richesse et confiance en soi – analyse d’un article

Je suis tombée sur cet article hier et je ne peux pas dire qu’il m’ait énormément surprise. Néanmoins, je trouve le sujet intéressant. Quand je pense au nombre d’idiots que j’ai rencontrés dans ma vie qui occupaient des postes à responsabilité et qui étaient terriblement incompétents et condescendants, je me dis que les résultats de cette étude ont beaucoup de sens !

J’ai mis quelques couleurs dans cet article, mais moins que d’habitude, pour vous expliquer quelque chose. Je vous encourage régulièrement à pratiquer la lecture active, mais je sais que ce n’est pas toujours un exercice facile et qu’il est parfois difficile de trouver le temps. Puis aussi, on ne sait pas toujours par où commencer, comment analyser un texte, sur quoi se concentrer, etc.

Vous n’êtes pas obligé·e de tout analyser. Vous pouvez choisir un point de grammaire spécifique, ou vous pouvez avoir comme objectif de repérer 5 à 10 nouveaux mots ou expressions. Que vous ne connaissez pas ou que vous connaissez mal. Vous pouvez vous concentrer sur les connecteurs. Vous pouvez vous concentrer sur les verbes. Vous pouvez vous concentrer sur les prépositions. Etc.

Avec ce texte, j’ai choisi de me limiter à 3 points :

  • En rose, j’ai surligné les participes présents et un gérondif. Ce sont des formes verbales peu utilisées par mes étudiantes. Elles préfèrent utiliser des pronoms relatifs (ex : les personnes venant = les personnes qui viennent). Pourtant, le participe présent est une forme verbale qui permet d’alléger son style. Le gérondif pose moins de problèmes en général, mais il n’est pas toujours utilisé à bon escient.
  • En bleu, j’ai surligné les articulateurs de discours (connecteurs logiques) et la structure plus…, plus…, sur laquelle mes étudiantes font régulièrement des erreurs (car elles traduisent la structure de leur langue maternelle en générale).
  • Et j’ai souligné du vocabulaire, pour la plupart des combinaisons de mots qui fonctionnent souvent ensemble et sur lesquelles je vais m’étendre un peu plus après le texte.
  • classe sociale élevée : avec le mot “classe” vous trouverez également la classe ouvrière, la classe populaire, la classe moyenne, la classe supérieure, …
  • étude menée sur… et publiée dans… : c’est ainsi que l’on présente une étude – elle est menée sur un certain nombre de personnes et elle est publiée dans un journal
  • à tort : utilisez-vous cette expression ? Mes étudiantes ont plutôt tendance à utiliser le verbe “se tromper“. Par exemple : je me suis trompée car je croyais qu’on accordait avec le sujet = j’ai cru à tort qu’on accordait avec le sujet. On retrouve à tort, dans des expressions telles que à tort ou à raison, à tort et à travers, etc.
  • engendrer : une autre façon de dire créer, produire, causer, entrainer, etc.
  • excès de confiance en soi : quand on a trop confiance en soi, on parle d’un excès de confiance en soi. À l’inverse, quand on n’a pas assez de confiance en soi, on parle d’un manque de confiance en soi.
  • un entretien d’embauche : expression souvent ignorée. J’entends régulièrement parler d’entrevue de travail. Quand vous avez “a job interview“, en français, c’est un entretien d’embauche !
  • sures d’elles : je suis sure de moi, tu es sure de toi, il est sûr de lui, elle est sure d’elle, on est sûr de soi, etc. Êtes-vous sûr·e de vous ? Quand on est sûr de soi, on a confiance en soi, on ne doute pas.
  • de tels résultats : je ne crois pas avoir lu une telle formule dans les écrits de mes étudiantes récemment. Pourtant, c’est une bonne formule ! Je n’ai aucun doute que mes étudiantes avancées comprennent toutes ce que ça veut dire, mais elles ne sont pas sures d’elles quand il s’agit de l’utiliser. (= such results)
  • une perception faussée : notre perception peut être correcte, exacte, juste, aigüe, etc., mais elle peut être aussi floue, biaisée, déformée, tronquée, erronée, c’est-à-dire faussée.

Vos profs de français vous ont-ils déjà dit que le masculin l’emportait sur le féminin ?

J’étais à l’école primaire dans les années 80 et à l’école secondaire dans les années 90. J’ai entendu pendant toute ma scolarité, pendant les cours de français, et de grammaire en particulier, cette phrase : le masculin l’emporte sur le féminin. C’est comme ça, c’est la règle. J’étais bonne élève, très bonne en grammaire et en orthographe et j’aimais les règles. Je les comprenais, je les acceptais telles qu’on me les donnait, sans les questionner, et j’avais toujours la meilleure note en dictée et de très bonnes notes en français. Quand j’ai commencé à enseigner le français, je répétais la même chose à mes élèves : le masculin l’emporte sur le féminin, c’est comme ça en français, c’est la règle. Si l’on a un groupe de personnes et qu’il y a 99 femmes et un homme, on doit dire ils, et s’il y a un adjectif ou un participe passé qui se réfèrent à l’ensemble de ces personnes, ils doivent être accordés au masculin pluriel.

Moi, pourtant si rebelle, je n’ai jamais remis en question cette règle. Je ne me suis jamais demandé si elle avait toujours été en vigueur. Je l’ai appliquée et je l’ai transmise maintes fois, de la même façon que je l’avais reçue.

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à m’interroger et à creuser un peu. Avec l’évènement récent de la féminisation des noms de métiers enfin reconnue par l’Académie française, j’ai écouté des podcasts et lu des articles sur le sujet. J’ai recherché certain·es linguistes dont le discours m’intéressait et j’ai profité de la visite d’amis pour me faire apporter quelques livres que j’avais vraiment envie de lire et qui n’était pas disponibles sur Kindle.

Et la semaine dernière, j’ai lu ce livre qui m’a scotchée : non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! d’Éliane Viennot, historienne et professeure de littérature française, sous-titré : petite histoire des résistances de la langue française, et dans lequel j’ai appris plein de choses que je n’avais jamais apprises à l’école et qui sont pourtant extrêmement intéressantes et essentielles si l’on veut vraiment comprendre l’histoire de la langue française et des règles qui la régissent. Quand je pense au nombre de choses inutiles qu’on nous apprenait à l’école… Mais je me demande si mes profs savaient tout ce qu’il y a dans ce livre en fait. Il est fort possible que non.

C’est un petit livre de 130 pages que je vous recommande vivement si le sujet vous intéresse. Il se lit facilement et il est fascinant. L’autrice nous explique à quel point la domination du masculin dans la langue est politique. Elle ne préconise pas une féminisation de la langue, mais elle estime qu’il faudrait mettre un terme à sa masculinisation.

J’ai appris que le masculin n’avait pas toujours dominé la langue et que le féminin était autrefois bien plus visible qu’il ne l’est aujourd’hui, que ce soit dans le vocabulaire ou dans la grammaire. Avant que certains hommes et plus particulièrement ceux de l’Académie française ne s’en mêlent, les femmes étaient des autrices, des professeuses, des inventrices, des jugesses, des financières, etc. Et en fait, elles ont longtemps résisté aux règles que les hommes s’évertuaient à inventer pour les écarter de la langue, règles qu’ils déclaraient légitimes pour telle ou telle raison, sans réel fondement.

J’ai été abasourdie en lisant tout ça, et puis très vite, je me suis demandé pourquoi j’étais si surprise.

Je dis souvent que la France est un pays hyper sexiste, et bien qu’évidemment ce ne soit pas le pire pays au monde pour les femmes, je le trouve beaucoup plus étouffant que d’autres pays occidentaux. Et là, j’apprends que la France a été “pionnière dans les progrès de la domination masculine.” (p.24) À travers des lois telles que la loi salique, interdisant aux femmes de monter sur le trône, et à travers la langue, en déclarant le masculin le genre le plus noble et en éliminant de la langue les féminins des fonctions pour lesquelles les hommes ont estimé qu’elles devraient être désormais réservées aux hommes ! Aussi, en commençant à désigner les femmes comme le sexe faible.

À la page 58, elle nous parle de Sylvain Maréchal, militant politique et poète, qui, en 1801 a écrit un projet de loi pour interdire aux femmes d’apprendre à lire !!! Elle le cite : “Pas plus que la langue française, la raison ne veut qu’une femme soit auteur. Ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.”

La perniciosité de tout ça me fait vraiment bouillir à l’intérieur, mais en même temps, je suis enchantée que des livres comme celui-ci existent et que l’on parle de cette situation, que l’on y réfléchisse, que l’on comprenne pourquoi on en est arrivé là, et que l’on envisage l’évolution de la langue allant dans un sens plus égalitaire.

J’ai adoré lire ce livre, que je veux déjà relire, et j’ai beaucoup aimé la dernière partie qui parlent des enjeux actuels. Elle aborde dans le livre la question des accords, en nous expliquant que non, le masculin ne l’a pas toujours emporté sur le féminin et que la règle de proximité avait longtemps était de mise. C’est-à-dire que l’adjectif s’accordait avec le nom le plus proche dans la phrase, en cas de groupes contenant plusieurs noms de genres différents. Comme dans un exemple qu’elle cite page 108 : les coteaux et montagnes voisines. La règle d’aujourd’hui veut que l’on écrive “voisins”, mais elle tire cet exemple d’un livre publié en 1896 et nous rappelle que durant des siècles, on s’est exprimé ainsi, et qu’il serait donc facile d’y revenir car cela sonne juste à l’oreille. Je suis absolument d’accord. On pourrait alors écrire : des coteaux et montagnes voisines, ou des montagnes et des coteaux voisins.

Elle préconise plus de flexibilité dans l’usage de la langue, et pense que cela aiderait grandement à la simplifier. Elle m’a convaincue. J’applique la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin mais j’ai envie d’expérimenter un peu. Cependant, pour mes étudiantes qui passent les examens de DELF et de DALF, je dois faire attention dans le cadre de mon travail. Mais depuis quelque temps déjà, je parle de mes étudiantes au féminin, même si j’ai quelques étudiants de sexe masculin. La grande majorité de mes étudiants sont des étudiantes, alors quand je parle de l’ensemble, j’utilise le féminin. Mes étudiants hommes sont féministes de toute façon et soutiennent l’égalité à 100%. J’ai aussi envie d’essayer d’utiliser le point médian un peu plus souvent, même si c’est un peu compliqué avec mon clavier. Je dois faire du copier-coller en le trouvant sur Internet. Et c’est marrant, car quand j’ai commencé à entendre parler du point médian, je n’étais pas vraiment emballée. Mais plus je découvre l’histoire de l’évolution de la langue, plus j’ai envie de l’utiliser. Je ne suis pas sure de bien savoir m’en servir encore, mais je vais apprendre !

Je parlerai bientôt de la réforme de l’orthographe, aussi mentionnée dans le livre. Je sais qu’elle existe depuis 1990. Je venais de commencer le collège et je me souviens qu’une prof l’avait mentionnée, mais aucun prof ne me l’a jamais enseignée. Et je vous expliquerai pourquoi bientôt 20 ans plus tard, je ne la connais pas vraiment. Mais d’ici une semaine, je compte bien l’avoir assimilée et je vais m’appliquer à l’utiliser de façon régulière et constante. Et je vais commencer à écrire des posts à ce sujet pour vous informer et pour que vous puissiez vous aussi utiliser cette orthographe plus logique si vous ne le faites pas déjà.

Lire la presse francophone pour préparer le DELF et le DALF

Si vous avez l’intention de passer le DELF B2 ou le DALF un jour, il pourrait être très utile pour vous de vous familiariser avec la presse francophone dès maintenant, et de ne pas attendre la dernière minute.

Pour les épreuves de compréhension écrite et de production orale, la plupart des textes sont tirés de journaux et de sites Internet français. Habituez-vous au style journalistique ! De plus, si vous lisez régulièrement la presse, vous remarquerez que les mêmes mots et les mêmes structures reviennent régulièrement. Variez les rubriques que vous lisez. Prenez des notes quand vous lisez. Repérez le nouveau vocabulaire. Observez les structures des phrases et les techniques qu’utilisent les journalistes pour éviter les répétitions. Analyser les articles : Comment est structuré le texte? Quelle idée chaque paragraphe contient-il ? Y a-t-il des connecteurs logiques ? Quels sont-ils ?

J’ai créé un document dans lequel vous trouverez des liens vers des quotidiens et hebdomadaires français et francophones et des magazines spécialisés. Vous le trouverez ici.

J’essaie également de partager au moins un article chaque semaine sur ce blog.

La librairie des femmes

Mes étudiants le savent tous et si vous lisez ce blog régulièrement, vous le savez aussi : pour moi, la cause des femmes veut dire beaucoup. C’est aujourd’hui le 8 mars et je veux parler de femmes en ce jour symbolique.

J’ai toujours été dérangée par le traitement réservé aux femmes partout dans le monde, et depuis qu’enfin on en parle vraiment grâce au mouvement #metoo, et que je n’ai plus l’impression qu’on se moque complètement de nous, j’ai envie d’en savoir plus, et j’ai passé beaucoup de temps à me renseigner et à analyser ma propre attitude.

J’écoute des podcasts féministes (un podcast à soi, les couilles sur la table, quoi de meuf, etc. en français, et d’autres en anglais), je lis des livres féministes, j’écoute les différents discours tenus par les personnes publiques du monde entier et je fais attention à ce que disent les gens lambda autour de moi. Cette semaine, j’ai écouté pas mal d’interviews de Jameela Jamil et commencé à la suivre sur Instagram. Je la connaissais depuis la série The Good Place, mais je ne savais pas que c’était une activiste féministe. J’adore l’écouter parler car elle est pleine de sens commun et je crois vraiment qu’elle détient un certain pouvoir pour aider à faire évoluer les mentalités.

Quand je pense à ma propre attitude, au nombre de fois où j’ai pleuré devant mon miroir parce que je me trouvais trop grosse (alors qu’en fait, je n’ai jamais vraiment été grosse), au langage que j’ai pu utiliser avec les enfants avec lesquels j’ai travaillé pendant des années (“arrête de pleurer, on dirait une fille” (oui, j’ai honte), les adjectifs différents utilisés pour les petites filles et les petits garçons (fort / belle, etc)), je me dis que la société patriarcale avait bien réussi, malgré mon caractère fort et rebelle, à me faire penser d’une certaine manière, sans vraiment réfléchir. Et je me dis que si moi, rebelle et en colère contre le système depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai pu me laisser influencer ainsi, ce n’est pas surprenant que beaucoup de femmes soient aussi peu féministes et entretiennent la société patriarcale telle qu’elle est, en tenant des propos et en ayant des comportements qui vont contre leurs intérêts.

Je pense vraiment que nous sommes dans une période de changement. Je suis persuadée que les nouvelles générations (de filles et de garçons) sont de plus en plus féministes, prennent de plus en plus conscience des inégalités entre les hommes et les femmes et vont de moins en moins accepter que les femmes soient traitées comme des humains de seconde catégorie. Il y a encore beaucoup à faire, mais grâce aux personnes publiques qui s’expriment fortement sur le sujet, à mon avis, on va pouvoir commencer à passer à la vitesse supérieure et arrêter de penser que parce que l’on a obtenu le droit de vote en 1944 (en France) et le droit à l’avortement en 1975 (toujours en France), on a atteint l’égalité.

En repensant à ma vie, à mon éducation, aux discours qui ont été tenus autour de moi durant ma jeunesse, et à comment j’avais évolué, j’ai pris conscience d’énormément de choses. Mon obsession avec la minceur et mon regard sur les femmes plus grosses, par exemple, j’ai seulement récemment pris conscience que c’était terriblement anti-féministe. J’ai commencé à vraiment le comprendre en écoutant le troisième épisode d’un podcast à soi, et je suis toujours en train d’essayer de gérer cette nouvelle prise de conscience. Ce n’est pas évident, mais je sens que c’est libérateur.

Je lis de plus en plus de livres écrits par des femmes. Et je me suis rendu compte qu’à l’école, on nous faisait étudier quasiment exclusivement des livres écrits par des hommes. Je n’y avais jamais pensé avant ! J’étais en section littéraire au lycée, donc dans la filière où on lisait le plus et étudiait le plus d’auteurs. Et à part La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, je n’arrive pas à me souvenir d’un seul autre livre écrit par une femme qui était au programme. Je me souviens de Molière, Racine, Corneille, Flaubert, Zola, Balzac, Stendhal, Maupassant, Voltaire, Diderot, Camus, Proust, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Gide, Chateaubriand, Rabelais, Rousseau, et plein d’autres en fait. Mais à part Madame de la Fayette, pas une auteure dans la liste. J’avais lu George Sand (pseudonyme masculin d’une romancière du 19ème siècle) et adoré La Petite Fadette vers l’âge de 12 ans, mais ce n’était pas au programme du cours de français.

N’y avait-il aucune femme digne d’être étudiée en cours de français et de littérature ? Qui choisit les livres à présenter aux élèves ? Quel message cela fait-il passer aux jeunes gens qui étudient ces œuvres ? Que les femmes n’écrivent pas ? Que ce que les femmes écrivent n’est pas assez important et intéressant pour qu’on l’étudie ?

Après une recherche rapide sur Internet, j’ai l’impression que les choses n’ont pas vraiment changé depuis que j’étais à l’école (j’ai eu mon bac il y a plus de 20 ans quand même !) J’ai trouvé une liste de livres conseillés pour l’été par un certain lycée parisien très réputé, datant de l’été dernier. 5 auteures pour 55 auteurs…

J’ai lu pas mal d’auteures : Margaret Atwood et Lionel Shriver sont deux de mes préférées. J’ai passé mon enfance à lire et relire les livres de la Comtesse de Ségur, les aventures d’Alice détective de Caroline Quine et le Club des cinq d’Enid Blyton. Et bien sûr, la liste de livres écrits par des femmes que j’ai lus est bien trop longue pour que je la partage ici, mais je me rends compte malgré tout que je suis très peu consciente des auteures qui ont existé à travers les siècles (ce que j’essaie de corriger) et je sais très bien que les personnes qui refusent de voir un problème avec la société patriarcale seraient capables de dire que les femmes n’écrivaient pas parce qu’elles avaient d’autres choses à faire et que celles qui écrivaient n’étaient pas intéressantes. Ou quelque chose allant dans ce sens. Mais si c’était le cas, que les femmes n’écrivaient pas autant que les hommes, on pourrait peut-être se demander pourquoi, non ? Et si l’on jugeait inintéressant ce qu’elles écrivaient, on pourrait aussi se demander pourquoi. Qui décidait et décide encore aujourd’hui de ce qui est intéressant ? De ce qui a une valeur littéraire ? Moi personnellement, j’ai toujours détesté Baudelaire et je n’ai jamais compris pourquoi on en faisait tout un flan de ses Fleurs du Mal. Je n’ai jamais aimé ou été touchée par Verlaine ou Rimbaud. Qui a déclaré que c’était des génies ? J’ai adoré lire Stendhal et Flaubert, mais à part Thérèse Raquin, je n’aime pas l’oeuvre de Zola que je trouve ennuyeuse à mourir. J’adore Vian, Prévost et Molière, mais je n’ai jamais réussi à lire plus de quelques pages de Proust sans m’endormir. Tout ça est tellement subjectif, mais les intellectuels français (je suis moins au courant de ce qui se passe ailleurs dans ce domaine) me paraissent tellement prétentieux dans leur façon d’aborder la littérature et d’affirmer qui est bon écrivain et qui est mauvais, qui a du génie et qui n’en a pas. Et la société française me paraît aussi terriblement machiste, dans l’absolu et en comparaison aux autres pays dits développés. Et j’ai le sentiment que ces deux choses se sont pas complètement sans rapport, même si j’ai encore besoin de réfléchir, de lire et d’analyser. Mais je pense que tout est connecté et que ce sujet est très très complexe. Mais il faut en parler pour éveiller les consciences et pouvoir espérer un changement.

Et maintenant, à travers les podcasts que j’écoute, les articles et les livres que je lis, je découvre de plus en plus d’auteures et j’ai même découvert qu’il existait une librairie des femmes depuis 1974 à Paris. Dans cette librairie, on trouve principalement des livres écrits par des femmes. Vous pouvez lire son histoire ici et découvrir des livres et des auteures dont vous n’avez probablement jamais entendu parler. Et vous pouvez lire l’histoire d’Antoinette Fouque, femme extraordinaire dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à récemment. C’est elle qui a ouvert les librairies des femmes à Paris, Lyon et Marseille. Elle était une figure emblématique du MLF (Mouvement de Libération des Femmes), très engagée pour faire changer la société et lutter contre la misogynie. Elle a contribué à une certaine évolution de la société, mais d’après moi, pas autant qu’elle l’aurait pu car elle n’avait pas assez de gens qui étaient prêts à se mouiller et prendre son parti. Elle était activiste avant l’ère #metoo…

Mais aujourd’hui, si toutes les femmes privilégiées, celles que l’on écoute, celles qui ne risquent pas leur vie, s’unissaient pour dénoncer les injustices faites aux femmes et si les hommes féministes faisaient entendre leur voix un peu plus fort, on pourrait voir un vrai changement avant trop longtemps, à mon avis.

Bonne journée du 8 mars !

Un podcast qui parle des hommes

Je vous parlais le mois dernier du podcast Un podcast à soi qui parle des femmes et que je trouve formidable. Quand je l’ai découvert, j’avais aussi remarqué quelques autres podcasts qui me paraissaient intéressants et que je gardais au chaud pour plus tard. J’ai commencé à écouter ce podcast cette semaine. J’ai commencé avec l’épisode intitulé Contre la rhétorique masculiniste, et j’ai été immédiatement captivée.

Je le recommande vivement à tous ceux et toutes celles qui s’intéressent aux questions de genre, au féminisme, à la place des femmes et des hommes dans ce monde, aux rapports humains, à la société, à la justice, et qui comme moi, aimeraient que plus de gens s’interrogent sur certains comportements qui ne devraient pas être acceptables et acceptés.

Et bien sûr, c’est très bon pour pratiquer votre compréhension orale !