Femmes voilées et sorties scolaires

J’ai écouté ce podcast la semaine dernière, un matin où je m’étais réveillée trop tôt et espérais me rendormir en écoutant quelque chose, mais je l’ai trouvé si triste et si révoltant que je n’ai pas pu retrouver le sommeil.

Trois mères témoignent du traitement qui leur est réservé par les écoles de leurs enfants. On leur interdit d’accompagner leurs enfants en sorties scolaires parce qu’elles portent un foulard sur la tête. On leur dit qu’elles peuvent venir si elles enlèvent leur foulard. Jusqu’au ira la bêtise de ce pays ? Si une mère ayant perdu ses cheveux suite à une chimio ou autre condition médicale portait un foulard sur la tête, lui interdirait-on d’accompagner ses mômes ? Lui demanderait-on de retirer son foulard ?Probablement pas. Si une femme blanche portait un foulard car c’est la mode, lui demanderait-on de l’enlever ? Probablement pas non plus. Qu’est-ce que ça peut bien leur faire si une femme porte un foulard sur la tête. Cette interdiction est du pur racisme et je ne comprends pas que les gens ne se révoltent pas plus que ça en France. Je ne comprends pas non plus les personnes qui soutiennent cette décision sous prétexte que le foulard opprime les femmes. Ne voient-elles pas l’ironie de leur argument ?

Je ne suis pas croyante et je ne comprends pas vraiment les religions. Mais je suis absolument contre l’oppression des femmes et contre le fait qu’on dicte aux femmes ce qu’elles doivent faire, comment elles doivent se comporter, comment elles doivent s’habiller. Je suis contre le fait qu’on traite ainsi des mères et leurs enfants. C’est juste effarant.

Il y a eu un incident récemment lors d’une sortie scolaire, durant lequel un politicien d’extrême-droite a fait un scandale car une des mères accompagnatrices portait un foulard. Il semblerait que tous les médias ait reporté cette histoire et c’est devenu un débat national. Il y a des débats à la radio, à la télé, et bien sûr, aucune femme qui porte le foulard n’est jamais invitée à s’exprimer (telle est la situation au moment où j’écris ce post)…

Quand vont-ils foutre la paix aux femmes et s’occuper des vrais problèmes de ce pays ??? Aaaaaargh !

Les témoignages de ces femmes sont poignants. Si vous avez 30 minutes devant vous, écoutez le podcast !

Podcast : La Question du jour

Pour celles et ceux qui n’ont pas le temps d’écouter de longs podcasts ou de regarder des films ou des séries en français, La Question du jour est un podcast de France Culture dont les épisodes durent de 6 à 8 minutes.

Chaque épisode traite d’un sujet d’actualité sur lequel un·e expert·e répond aux questions du journaliste qui présente le podcast. Si vous vous intéressez à l’actualité, vous ne trouverez probablement pas les discussions transcendantes, car quelques minutes, c’est court pour parler d’un sujet en profondeur, mais c’est aussi parfait pour travailler votre compréhension orale sur des thèmes variés et développer votre vocabulaire si vous pratiquez l’écoute active, comme expliqué à la fin de ce post ! Et si le sujet vous intéresse, vous pourrez toujours approfondir. Il y en a que j’ai trouvés particulièrement intéressants, comme celui-ci sur les “deepfake”.

Le ministre est enceinte

Si vous me lisez régulièrement, vous savez que certains sujets me tiennent particulièrement à cœur, dont, entre autres, la façon dont les femmes ont été traitées à travers les siècles et continuent d’être traitées aujourd’hui. Plus je lis et plus je m’instruis sur ce sujet, plus je suis en colère et plus je sais que ma colère est légitime.

Je suis assez fascinée par le parallèle entre le traitement des femmes dans la société française et l’évolution de la langue française . Et furieuse bien sûr. J’avais été ravie en début d’année quand l’Académie française (ce groupe majoritairement constitué de vieux bonshommes d’un autre temps) avait enfin accepté la féminisation des noms de métiers, dont j’avais parlé ici. Puis j’avais lu ce formidable petit livre d’Éliane Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, dont j’avais parlé ici et dans lequel j’avais appris un tas de choses que j’ignorais alors.

Récemment, j’ai lu un livre de Bernard Cerquiglini, universitaire et linguiste que je trouve très sympathique, qui s’intitule Le Ministre est enceinte, ou la grande querelle de la féminisation des noms.

J’ai décidé d’en partager un petit extrait que j’ai recopié pour vous aujourd’hui (pp. 123-126) :

Si cet extrait vous interpelle, je vous recommande vivement de lire le livre ! Cerquiglini est un amoureux de la langue française et écrit très bien. Vous apprendrez forcément de nouveaux mots, tout en vous instruisant sur l’évolution de la langue et de la société. J’ai trouvé sa façon d’aborder l’écriture inclusive très logique et intéressante et j’aime son ton humoristique.

Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de le lire, vous pouvez toujours faire une analyse du texte ci-dessus 😉

Par exemple, savez-vous pourquoi “attardé” reste au masculin singulier dans la première phrase ? Ce n’est pas une faute de frappe…

ISBN-10: 2021402118
ISBN-13: 978-2021402117

Podcast : les pieds sur terre

C’est un podcast de France Culture qui aborde des sujets de société divers et variés. Chaque épisode dure une demi-heure. Sur la page de l’émission, ils disent avoir été inspirés par This American Life, podcast américain que j’adore. Je ne pense pas que Les Pieds sur Terre soit aussi bon que This American Life, mais ça s’écoute bien et il y a un nouvel épisode chaque jour du lundi au vendredi.

Les trois derniers épisodes que j’ai écoutés étaient ceux du 20 septembre sur la dictée (j’ai adoré le témoignage d’Alexandre, homme bulgare arrivé en France à l’adolescence sans ne rien connaitre au français), du 5 septembre sur les hommes de joie (= les hommes prostitués) et du 19 aout, sur les adolescents. Ce sont principalement des témoignages de personnes différentes autour d’un même thème. Si vous parcourez la longue liste d’épisodes, vous en trouverez forcément au moins un dont le sujet vous intéressera !

Podcast : Miroir miroir

Hier, je parlais d’un podcast sur les représentations dans les livres pour enfants et d’une écrivaine en particulier.

Si le sujet des représentations vous intéresse, le podcast Miroir miroir devrait vous plaire.

On reste dans les sujets qui m’intéressent : le féminisme, l’intersectionnalité, le racisme, les discriminations sous toutes leurs formes, la société dans laquelle on vit, les diktats de la beauté, etc. J’ai écouté plusieurs épisodes cette année. J’ai commencé il y a quelques mois avec l’épisode sur les Asiatiques exotisées, que j’avais trouvé super intéressant. Et depuis, j’en ai écouté plus de la moitié. Ils durent de 20 à 50 minutes à peu près.

Bonne écoute !

L’amour après me too

Si vous me lisez régulièrement, vous savez à quel point les droits des femmes (et de tous les groupes discriminés) est un sujet qui me préoccupe et le mouvement me too (balance ton porc, en France) a éveillé en moi une sorte d’espoir que je n’osais plus éprouver et une énorme envie de m’instruire pour comprendre pourquoi et comment les femmes sont toujours si mal traitées au 21ème siècle. Et bien que je ne vive plus en France depuis longtemps, je sais que la France est particulièrement sexiste et rétrograde en matière de droit des femmes. Que beaucoup de femmes françaises ne sont pas féministes et défendent “l’amour à la française”, qui pourrait se résumer grossièrement à “les hommes sont des mâles avec des besoins auxquels les femmes devraient répondre avec le sourire et elles devraient même se sentir flattées d’obtenir leur attention”. Je caricature à peine. Bien sûr, ce n’est que ma perception personnelle, et bien sûr, tous les hommes ne sont pas des porcs et beaucoup de femmes veulent l’égalité et veulent de débarrasser du patriarcat. Mais mon sentiment, c’est que c’est encore plus difficile en France que dans d’autres pays occidentaux de se sortir de cette mentalité d’un autre temps.

J’ai lu récemment un livre très agréable à lire, écrit par la journaliste Fiona Schmidt (dont par ailleurs j’adore le compte Instagram bordel de mères, sur la charge mentale liée à la maternité, qui s’adresse à toutes les femmes sans exception) et qui traite du sujet de la séduction (hétérosexuelle) en France après me too.

Elle aborde le sujet sur le ton de l’humour. Elle parle des réactions au mouvement me too en France. Car bien sûr, en France comme ailleurs, beaucoup d’hommes ont réagi bizarrement suite aux milliers de témoignages de femmes qui racontaient leurs expériences de harcèlement sexuel et autres violences subies. Ce que ça a pu m’énerver à chaque fois que j’ai entendu quelqu’un dire, “oh mais on peut plus parler à une femme, c’est trop risqué”, ou quelque chose du même acabit.

Elle donne des conseils aux hommes sur comment se comporter vis-à-vis des femmes. Ce n’est que du bon sens, mais malheureusement, il semblerait que le bon sens fasse défaut à tellement de personnes. Si vous ne savez plus comment parler à une femme parce que vous avez peur qu’elle vous accuse de harcèlement sexuel, peut-être devriez-vous repenser votre façon de parler aux femmes, non ? Si vous êtes respectueux, n’y mettez pas les mains sans y être invité, ne faites pas de blagues ou de réflexions à connotation sexuelle malaisantes, et prenez un sourire et un comportement amical pour ce qu’ils sont et rien d’autre, autrement dit pas une invitation à coucher, vous devriez vous en sortir indemnes.

Ce livre est assez court, 160 pages et se lit vite. Je l’ai lu un samedi après-midi, d’une traite. Certaines références sont très françaises et vous échapperont peut-être, mais le thème est universel, même si elle parle surtout de la situation en France. Elle appuie ses arguments et les chiffres qu’elle donne avec une bibliographie solide et beaucoup de notes de bas de page qui renvoient à des articles et des études.

Podcast : kiffe ta race

En ce jour de fête nationale française, j’aimerais parler d’un sujet sensible en France : la race.

Savez-vous qu’en France, il est mal vu de parler de race. D’ailleurs, à cette époque l’année dernière, le mot “race” a été supprimé de la Constitution française. Je n’ai honnêtement pas compris pourquoi. Pensaient-ils que si le mot n’était plus utilisé, le racisme disparaitrait ?

Savez-vous aussi qu’en France, il n’y a pas de statistiques ethniques ? Je vous laisse imaginer ma surprise quand je suis partie vivre aux Etats-Unis il y a de nombreuses années et qu’à chaque fois que je devais remplir un questionnaire administratif, je devais cocher une case pour indiquer que j’étais blanche. Je ne savais même pas quoi cocher la première fois car le terme qui me correspondait était “Caucasian”. Pour moi, ce mot évoquait les montagnes séparant l’Europe de l’Asie et je n’aurais jamais imaginé qu’il me décrivait. Mais j’ai appris que c’était ma race. Puis en Angleterre, je cochais en général “White (other)”, car il y avait une case “White British”. Mon mari, qui est britannique, a coché toute sa vie “mixed race”, avec parfois des précisions.

Le fait est donc que dans la culture anglo-saxonne, il est tout à fait normal de parler de race. En France, il y a un certain malaise autour de la question. C’est historique, c’est politique, je n’ai pas assez de connaissances pour bien en parler, mais ce que j’ai, c’est un sentiment très fort que la France est terriblement raciste (en plus d’être profondément sexiste) et que retirer le mot race de la Constitution ne va pas éradiquer le racisme, bien au contraire.

En plus du mot race, il y a un autre mot avec lequel les Français semblent avoir un problème : c’est le mot noir. Beaucoup ont du mal à prononcer ce mot pour désigner une personne noire. À la place, ils disent black. Je ne sais pas tout à fait pourquoi. Le mot fait-il peur ? Ont-ils peur d’être taxés de racistes s’ils le prononcent ? Il existe beaucoup de mots désobligeants dans la langue française pour qualifier les personnes non blanches mais noir… ?

L’année dernière, il y a presque un an exactement, je parlais d’identité française dans ce post. Et il y a quelques mois, j’ai découvert un podcast très intéressant qui aborde le thème des races et du racisme. Je n’ai pas encore écouté tous les épisodes, mais ceux que j’ai écoutés m’ont énormément plu : Kiffe ta race. Il est présenté par Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice française noire, et Grace Ly, bloggeuse, autrice et vidéaste française asiatique. Chaque épisode dure aux alentours de 40 minutes, qui passent trop vite à chaque fois à mon avis. J’aurais toujours envie de les écouter discuter de chaque thème plus longtemps.

Elles reçoivent des invité·es pour discuter de questions raciales, de représentations, de féminisme, d’intersection, etc., et c’est très informatif. Si vous avez envie de mieux comprendre la France, ce podcast pourra vous être très utile.

Voici un extrait de la description du premier podcast, avec lequel je suis entièrement d’accord :

Richesse et confiance en soi – analyse d’un article

Je suis tombée sur cet article hier et je ne peux pas dire qu’il m’ait énormément surprise. Néanmoins, je trouve le sujet intéressant. Quand je pense au nombre d’idiots que j’ai rencontrés dans ma vie qui occupaient des postes à responsabilité et qui étaient terriblement incompétents et condescendants, je me dis que les résultats de cette étude ont beaucoup de sens !

J’ai mis quelques couleurs dans cet article, mais moins que d’habitude, pour vous expliquer quelque chose. Je vous encourage régulièrement à pratiquer la lecture active, mais je sais que ce n’est pas toujours un exercice facile et qu’il est parfois difficile de trouver le temps. Puis aussi, on ne sait pas toujours par où commencer, comment analyser un texte, sur quoi se concentrer, etc.

Vous n’êtes pas obligé·e de tout analyser. Vous pouvez choisir un point de grammaire spécifique, ou vous pouvez avoir comme objectif de repérer 5 à 10 nouveaux mots ou expressions. Que vous ne connaissez pas ou que vous connaissez mal. Vous pouvez vous concentrer sur les connecteurs. Vous pouvez vous concentrer sur les verbes. Vous pouvez vous concentrer sur les prépositions. Etc.

Avec ce texte, j’ai choisi de me limiter à 3 points :

  • En rose, j’ai surligné les participes présents et un gérondif. Ce sont des formes verbales peu utilisées par mes étudiantes. Elles préfèrent utiliser des pronoms relatifs (ex : les personnes venant = les personnes qui viennent). Pourtant, le participe présent est une forme verbale qui permet d’alléger son style. Le gérondif pose moins de problèmes en général, mais il n’est pas toujours utilisé à bon escient.
  • En bleu, j’ai surligné les articulateurs de discours (connecteurs logiques) et la structure plus…, plus…, sur laquelle mes étudiantes font régulièrement des erreurs (car elles traduisent la structure de leur langue maternelle en générale).
  • Et j’ai souligné du vocabulaire, pour la plupart des combinaisons de mots qui fonctionnent souvent ensemble et sur lesquelles je vais m’étendre un peu plus après le texte.
  • classe sociale élevée : avec le mot “classe” vous trouverez également la classe ouvrière, la classe populaire, la classe moyenne, la classe supérieure, …
  • étude menée sur… et publiée dans… : c’est ainsi que l’on présente une étude – elle est menée sur un certain nombre de personnes et elle est publiée dans un journal
  • à tort : utilisez-vous cette expression ? Mes étudiantes ont plutôt tendance à utiliser le verbe “se tromper“. Par exemple : je me suis trompée car je croyais qu’on accordait avec le sujet = j’ai cru à tort qu’on accordait avec le sujet. On retrouve à tort, dans des expressions telles que à tort ou à raison, à tort et à travers, etc.
  • engendrer : une autre façon de dire créer, produire, causer, entrainer, etc.
  • excès de confiance en soi : quand on a trop confiance en soi, on parle d’un excès de confiance en soi. À l’inverse, quand on n’a pas assez de confiance en soi, on parle d’un manque de confiance en soi.
  • un entretien d’embauche : expression souvent ignorée. J’entends régulièrement parler d’entrevue de travail. Quand vous avez “a job interview“, en français, c’est un entretien d’embauche !
  • sures d’elles : je suis sure de moi, tu es sure de toi, il est sûr de lui, elle est sure d’elle, on est sûr de soi, etc. Êtes-vous sûr·e de vous ? Quand on est sûr de soi, on a confiance en soi, on ne doute pas.
  • de tels résultats : je ne crois pas avoir lu une telle formule dans les écrits de mes étudiantes récemment. Pourtant, c’est une bonne formule ! Je n’ai aucun doute que mes étudiantes avancées comprennent toutes ce que ça veut dire, mais elles ne sont pas sures d’elles quand il s’agit de l’utiliser. (= such results)
  • une perception faussée : notre perception peut être correcte, exacte, juste, aigüe, etc., mais elle peut être aussi floue, biaisée, déformée, tronquée, erronée, c’est-à-dire faussée.

Vos profs de français vous ont-ils déjà dit que le masculin l’emportait sur le féminin ?

J’étais à l’école primaire dans les années 80 et à l’école secondaire dans les années 90. J’ai entendu pendant toute ma scolarité, pendant les cours de français, et de grammaire en particulier, cette phrase : le masculin l’emporte sur le féminin. C’est comme ça, c’est la règle. J’étais bonne élève, très bonne en grammaire et en orthographe et j’aimais les règles. Je les comprenais, je les acceptais telles qu’on me les donnait, sans les questionner, et j’avais toujours la meilleure note en dictée et de très bonnes notes en français. Quand j’ai commencé à enseigner le français, je répétais la même chose à mes élèves : le masculin l’emporte sur le féminin, c’est comme ça en français, c’est la règle. Si l’on a un groupe de personnes et qu’il y a 99 femmes et un homme, on doit dire ils, et s’il y a un adjectif ou un participe passé qui se réfèrent à l’ensemble de ces personnes, ils doivent être accordés au masculin pluriel.

Moi, pourtant si rebelle, je n’ai jamais remis en question cette règle. Je ne me suis jamais demandé si elle avait toujours été en vigueur. Je l’ai appliquée et je l’ai transmise maintes fois, de la même façon que je l’avais reçue.

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à m’interroger et à creuser un peu. Avec l’évènement récent de la féminisation des noms de métiers enfin reconnue par l’Académie française, j’ai écouté des podcasts et lu des articles sur le sujet. J’ai recherché certain·es linguistes dont le discours m’intéressait et j’ai profité de la visite d’amis pour me faire apporter quelques livres que j’avais vraiment envie de lire et qui n’était pas disponibles sur Kindle.

Et la semaine dernière, j’ai lu ce livre qui m’a scotchée : non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! d’Éliane Viennot, historienne et professeure de littérature française, sous-titré : petite histoire des résistances de la langue française, et dans lequel j’ai appris plein de choses que je n’avais jamais apprises à l’école et qui sont pourtant extrêmement intéressantes et essentielles si l’on veut vraiment comprendre l’histoire de la langue française et des règles qui la régissent. Quand je pense au nombre de choses inutiles qu’on nous apprenait à l’école… Mais je me demande si mes profs savaient tout ce qu’il y a dans ce livre en fait. Il est fort possible que non.

C’est un petit livre de 130 pages que je vous recommande vivement si le sujet vous intéresse. Il se lit facilement et il est fascinant. L’autrice nous explique à quel point la domination du masculin dans la langue est politique. Elle ne préconise pas une féminisation de la langue, mais elle estime qu’il faudrait mettre un terme à sa masculinisation.

J’ai appris que le masculin n’avait pas toujours dominé la langue et que le féminin était autrefois bien plus visible qu’il ne l’est aujourd’hui, que ce soit dans le vocabulaire ou dans la grammaire. Avant que certains hommes et plus particulièrement ceux de l’Académie française ne s’en mêlent, les femmes étaient des autrices, des professeuses, des inventrices, des jugesses, des financières, etc. Et en fait, elles ont longtemps résisté aux règles que les hommes s’évertuaient à inventer pour les écarter de la langue, règles qu’ils déclaraient légitimes pour telle ou telle raison, sans réel fondement.

J’ai été abasourdie en lisant tout ça, et puis très vite, je me suis demandé pourquoi j’étais si surprise.

Je dis souvent que la France est un pays hyper sexiste, et bien qu’évidemment ce ne soit pas le pire pays au monde pour les femmes, je le trouve beaucoup plus étouffant que d’autres pays occidentaux. Et là, j’apprends que la France a été “pionnière dans les progrès de la domination masculine.” (p.24) À travers des lois telles que la loi salique, interdisant aux femmes de monter sur le trône, et à travers la langue, en déclarant le masculin le genre le plus noble et en éliminant de la langue les féminins des fonctions pour lesquelles les hommes ont estimé qu’elles devraient être désormais réservées aux hommes ! Aussi, en commençant à désigner les femmes comme le sexe faible.

À la page 58, elle nous parle de Sylvain Maréchal, militant politique et poète, qui, en 1801 a écrit un projet de loi pour interdire aux femmes d’apprendre à lire !!! Elle le cite : “Pas plus que la langue française, la raison ne veut qu’une femme soit auteur. Ce titre, sous toutes ses acceptions, est le propre de l’homme seul.”

La perniciosité de tout ça me fait vraiment bouillir à l’intérieur, mais en même temps, je suis enchantée que des livres comme celui-ci existent et que l’on parle de cette situation, que l’on y réfléchisse, que l’on comprenne pourquoi on en est arrivé là, et que l’on envisage l’évolution de la langue allant dans un sens plus égalitaire.

J’ai adoré lire ce livre, que je veux déjà relire, et j’ai beaucoup aimé la dernière partie qui parlent des enjeux actuels. Elle aborde dans le livre la question des accords, en nous expliquant que non, le masculin ne l’a pas toujours emporté sur le féminin et que la règle de proximité avait longtemps était de mise. C’est-à-dire que l’adjectif s’accordait avec le nom le plus proche dans la phrase, en cas de groupes contenant plusieurs noms de genres différents. Comme dans un exemple qu’elle cite page 108 : les coteaux et montagnes voisines. La règle d’aujourd’hui veut que l’on écrive “voisins”, mais elle tire cet exemple d’un livre publié en 1896 et nous rappelle que durant des siècles, on s’est exprimé ainsi, et qu’il serait donc facile d’y revenir car cela sonne juste à l’oreille. Je suis absolument d’accord. On pourrait alors écrire : des coteaux et montagnes voisines, ou des montagnes et des coteaux voisins.

Elle préconise plus de flexibilité dans l’usage de la langue, et pense que cela aiderait grandement à la simplifier. Elle m’a convaincue. J’applique la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin mais j’ai envie d’expérimenter un peu. Cependant, pour mes étudiantes qui passent les examens de DELF et de DALF, je dois faire attention dans le cadre de mon travail. Mais depuis quelque temps déjà, je parle de mes étudiantes au féminin, même si j’ai quelques étudiants de sexe masculin. La grande majorité de mes étudiants sont des étudiantes, alors quand je parle de l’ensemble, j’utilise le féminin. Mes étudiants hommes sont féministes de toute façon et soutiennent l’égalité à 100%. J’ai aussi envie d’essayer d’utiliser le point médian un peu plus souvent, même si c’est un peu compliqué avec mon clavier. Je dois faire du copier-coller en le trouvant sur Internet. Et c’est marrant, car quand j’ai commencé à entendre parler du point médian, je n’étais pas vraiment emballée. Mais plus je découvre l’histoire de l’évolution de la langue, plus j’ai envie de l’utiliser. Je ne suis pas sure de bien savoir m’en servir encore, mais je vais apprendre !

Je parlerai bientôt de la réforme de l’orthographe, aussi mentionnée dans le livre. Je sais qu’elle existe depuis 1990. Je venais de commencer le collège et je me souviens qu’une prof l’avait mentionnée, mais aucun prof ne me l’a jamais enseignée. Et je vous expliquerai pourquoi bientôt 20 ans plus tard, je ne la connais pas vraiment. Mais d’ici une semaine, je compte bien l’avoir assimilée et je vais m’appliquer à l’utiliser de façon régulière et constante. Et je vais commencer à écrire des posts à ce sujet pour vous informer et pour que vous puissiez vous aussi utiliser cette orthographe plus logique si vous ne le faites pas déjà.