[o] VS [ɔ] : dictée

Cette dictée n’est pas très longue, ni trop difficile je pense. Ce qui n’est pas évident, c’est que je ne vous donne aucun contexte et ce n’est pas le genre de sujet dont on parle très souvent (sauf si comme moi, vous avez une fascination pour ce sujet – qui contient un [o] et un [ɔ] d’ailleurs) et ce ne sera peut-être pas évident de comprendre de quoi je parle au début, mais cela devient plus clair assez vite. Remarquez les deux sons : le o fermé [o] et le o ouvert [ɔ]. Pratiquez-les régulièrement si vous savez que vous avez du mal à les produire correctement.

Pour vérifier, c’est ici.

Le son [o]

Parlons du son que l’on retrouve dans nos, pôle, faux, beau

Comme vous pouvez l’observer, il peut s’orthographier de plusieurs façons qui se prononcent identiquement et ce n’est pas toujours évident de savoir quelle orthographe est correcte.

  • o : gros, trop, mobile, connaitre, honorer
  • ô : drôle, hôtel, chômage, impôt, fantôme
  • au : faute, cause, haut, épaule, gaufre
  • eau : bateau, château, anneau, poireau, manteau

Cela peut aider de faire des associations, d’apprendre le vocabulaire avec des mots de la même famille , construits à partir du même radical, comme par exemple mobile, immobile, mobilité, ou encore cause, causer, causante. Le son /o/ sera écrit de la même façon dans ces séries et cela peut aider à mieux écrire. L’orthographe française exige un travail de mémoire important, alors plus vous pratiquerez, plus vous serez susceptible de bien écrire.

Voici une petite dictée :

Pour vérifier, c’est ici.

/o/, /ɔ/, /ø/, /œ/

Si vous ne comprenez pas bien l’écriture phonétique, voici quelques exemples pour chaque son :

  • /o/ : beau, automobile, dos, cadeau
  • /ɔ/ : sport, mort, bord, métaphore
  • /ø/ : demander, petit, cela, nœud
  • /œ/ : sœur, peur, beurre, chaleur

Pour beaucoup d’étudiants, ces sons ne sont pas évidents à distinguer. Si c’est votre cas, il faut les pratiquer régulièrement.

Voici donc un texte dans lequel j’ai enlevé la plupart de ces sons. Je les ai laissés dans les mots grammaticaux (de, se, le, etc.). Essayez de compléter les mots avec les lettres manquantes. Si vous avez des doutes, vous pouvez écouter le texte pour vous aider. J’ai trouvé le texte sur slate.fr et vous pourrez trouver le pdf de l’exercice ici, et le texte original .

Prononcer le W

C’est une lettre que l’on retrouve dans peu de mots en français. Parfois elle se prononce /v/, comme un V, d’autres fois, elle se prononce /w/ comme le son de oui /wi/.

La majorité des mots avec un W viennent d’autres langues.

Des mots tels que whisky, weekend, twist, waterproof, sandwich vont se prononcer comme en anglais, avec un accent français. Par exemple en anglais, c’est la première syllabe de sandwich qui est accentuée. En français, c’est la dernière.

Dans d’autres mots, plutôt d’origine allemande, le W va se prononcer /v/ : wagon, wagnérien, wisigoth, rottweiler, etc. En fait, peu de mots me viennent en tête sans trop réfléchir en dehors de ces cinq là, et après une petite recherche, j’ai trouvé une liste faite de mots que je n’ai jamais prononcés de ma vie, mais qui semblent assez germaniques en effet.

Dans des mots tels que show, crawl, clown, cowboy, le W ne s’entend pas du tout, mais il affecte parfois la prononciation de la voyelle à côté de laquelle il se trouve. Clown est prononcé cloune, crawl est prononcé crôle. Show se prononce comme chaud, et cowboy, coboye. Les Français prononcent New York nouillorque. 🙂

Essayez de prononcer ces phrases si ça vous amuse :

  • On voit rarement des clowns dans les westerns.
  • Wendy vient du Rwanda et travaille dans le show-business.
  • Winnie l’ourson ne veut pas jouer au bowling.
  • William mange un sandwich avant son interview.
  • Willy va passer le weekend à Hawaï avec son rottweiler.

u VS ou

J’ai déjà parlé de ces deux sons dans un post, pour expliquer que la différence dans la prononciation tenait principalement à la position de la langue.

Le savoir n’est pas toujours suffisant et il est important de pratiquer régulièrement ces sons de façon consciente et active s’ils vous posent problème.

Voici un petit exercice : un texte (trouvé sur www.slate.fr et dont j’ai corrigé les coquilles) dans lequel j’ai enlevé les u et les ou. Pour certains mots, c’est évident et vous saurez immédiatement s’il faut ajouter u ou ou, mais même si c’est évident, prononcez les mots incluant ces sons et appliquez-vous ! Certains mots seront peut-être moins évidents. Vous pouvez écouter le texte pour vous aider.

Vous pouvez trouver cet exercice en pdf ici et le texte original ici.

Il et elle

Écoutez cet enregistrement et faites particulièrement attention aux pronoms personnels :

Ce sont des phrases faciles à comprendre, donc le sens ne devrait pas vous poser problème. Mais que remarquez-vous dans la prononciation de il et de elle ?

  1. Il me dit toujours bonjour quand il me voit. /imdi/ /imvwa/
  2. Elle m’a dit qu’elle mangeait pas le soir. /ɛmadi/ /kɛmãʒe/
  3. Il nage très bien. /inaʒ/
  4. Elle nage encore mieux. /ɛnaʒ/
  5. Il s’appelle Julien. /isapɛl/
  6. Elle sait qu’elle doit travailler dur. /ɛsekɛdwa/
  7. Il veut partir bientôt. /ivø/
  8. Elle peut parler trois langues. /ɛpø/

C’est assez commun que le son /l/ disparaisse à l’oral quand il et elle sont suivis d’un mot commençant par un son de consonne. Cela s’applique aussi à ils et elles. C’est souvent problématique pour les étudiants débutants car ils ne comprennent pas ce que sont ce i et ce è qu’ils entendent. Et parfois, même les étudiants plus avancés se posent des questions et ne sont pas sûrs d’avoir bien entendu. Alors ne soyez pas surpris d’entendre des i et des è quand vous écoutez les Français parler ! Cela fait juste partie de ces petits trucs de prononciation en français : les Français aiment parler vite et raccourcir les mots, et parfois, certains sons se perdent. C’est bien sûr tout à fait correct de prononcer tous les sons dans ce cas. Mais à choisir entre /ilmǝdi/ et /imdi/, vous préférez lequel ? 😉

Le son /z/

Certains étudiants ont du mal à prononcer le son /z/, en particulier les étudiants hispanophones, surtout quand il s’écrit autrement qu’avec la lettre <z> et encore plus quand il est proche du son /s/ dans la phrase

Ce son peut s’écrire :

  • avec un <z> : une dizaine, un zèbre, un magazine, treize, un zoo
  • avec un <s> entre deux voyelles : une maison, un oiseau, une chaise,
  • avec un <s> quand on fait la liaison : des amis, les étudiants
  • avec un <x> (plus rare) : deuxième, dixième, sixième
  • avec un <x> quand on fait la liaison : aux œufs, aux Etats-Unis

Comment prononcez-vous les phrases suivantes ?

  • J’ai croisé ton sosie au zoo.
  • Les gazouillis des oiseaux me reposent.
  • Le cuisinier a préparé six entrées.
  • Elles aiment boire de la tisane en lisant un magazine.
  • Plusieurs enfants s’amusent avec un lézard.
  • J’ai vécu deux ans aux Etats-Unis et dix ans au Zimbabwe.

Prononcer /y/ VS prononcer /u/

Voici une paire de sons qui posent problème à la majorité des étudiants.

En général, la prononciation de /u/ (comme dans hibou, amour, bisou, journée, moutarde, tout, etc.) pose moins de problème, mais quand les deux sons sont proches dans une phrase, il y a souvent des confusions.

La prononciation de /y/ pose beaucoup de problèmes aux anglophones qui ont tendance à prononcer le <u> comme ils le feraient en anglais. Les locuteurs de langues latines ont aussi tendance à vouloir le prononcer comme ils le prononcent en espagnol, portugais ou italien (donc plutôt comme <ou> en français). 

J’avais prévu de faire une vidéo pour expliquer en image mais je suis un peu malade, alors je vais essayer d’expliquer sans vidéo. Quand je fais pratiquer ces sons à mes étudiants, ils sont tous capables de bien les prononcer en faisant une chose toute simple : ils changent leur langue de position. 

Prenons une paire de mots : vu / vous. (/vy/, /vu/)

Pour les deux, il faut arrondir les lèvres et les mettre en avant. La différence est dans la position de la langue. Pour vu, la langue est en avant et en bas dans la bouche. Pour vous, il suffit de reculer la langue. 

Ce n’est pas possible de bien prononcer le <u> (/y/) si la langue est trop en arrière ou trop relevée. 

Il est important de bien différencier ces deux sons car s’ils sont mal prononcés et mal compris, cela pourrait entraîner des malentendus plus ou moins gênants. Par exemple, si vous avez mal au cou mais que vous le prononcez /ky/, votre docteur pourrait vous demander de baisser votre pantalon, et vous risqueriez d’être très confus. De même, si vous voulez que votre ami installe une étagère au dessus de la télé mais que vous le prononcer /dǝsu/ (dessous), vous risquez de ne pas être très content du résultat.  

Vous pouvez vous entraîner à prononcer ces paires (premier mot avec la langue en avant et en bas, second mot avec la langue en arrière) : 

  • bulle / boule
  • cul / cou
  • bizut / bisou
  • butons / bouton
  • jure / jour
  • jus / joue
  • du / doux
  • fut / fou
  • lu / loup
  • mue / moue
  • nu / nous
  • pu / pou
  • pull / poule
  • rue / roue
  • puce / pouce
  • sue / sou
  • tu /tout

Et aussi ces phrases : 

  • Les choux de Bruxelles, c’est dégoûtant.
  • As-tu goûté la moutarde de Julie ?
  • Nous avons juste couru douze minutes.
  • Tu as allumé des bougies rouges.
  • Le suspect a tout avoué au juge.
  • Augustin est le chouchou du prof de musique. 
  • J’ai un rhume et je tousse toute la journée.

Le français parlé

Il y a parfois une telle différence entre l’écrit et l’oral que les étudiants s’en arrachent les cheveux. Il est fort possible d’être capable de comprendre un texte écrit sans problème mais de ne pratiquement rien comprendre à la version orale du même texte. C’est très frustrant, mais avec une pratique régulière, l’écoute devient de plus en plus facile et on comprend petit à petit ce à quoi correspondent les sons qu’on entend et pourquoi ça se sonne pas comme ça s’écrit. Il serait trop long de dresser la liste de toutes les spécificités du français parlé, mais on pourrait commencer par parler des liaisons, des enchaînements, des e qu’on ne prononce pas, et des sons qui changent quand ils sont en contact avec d’autres sons.

Les liaisons : 

  • Faire la liaison signifie que l’on ajoute un son entre deux mots qui, prononcés séparément, ne contiennent pas ce son. Par exemple, si je dis “un ami“, je rajoute le son /n/ entre l’article et le nom qui, séparément, se prononcent /ɛ̃/ et /ami/, mais ensemble, /ɛ̃nami/
  • Certaines liaisons sont obligatoires, certaines sont interdites et d’autres sont facultatives. Ce qui est assez fréquent, c’est d’entendre les étudiants faire automatiquement la liaison quand un mot se termine par une consonne et le suivant commence par une voyelle même s’il ne faut pas la faire.
  • Il ne faut jamais faire la liaison après et (c’est probablement l’erreur que j’entends le plus), devant un h aspiré (ça, c’est plus difficile car on ne prononce pas les h, mais l’erreur que j’entends le plus, c’est “en haut” avec une liaison alors qu’il ne faut pas la faire), entre un nom singulier et un adjectif (étudiant étranger, repas excellent = pas de liaison), entre un nom sujet et un verbe ( l’étudiant a fait ses devoirs = pas de liaison entre étudiant et a), entre un verbe et son complément (il a fait un gâteau = pas de liaison entre fait et un). Cette dernière règle a quelques exceptions et il y a d’autres cas de liaisons interdites, mais c’est un bon début de réussir à se souvenir de celles-ci.
  • Il faut obligatoirement faire la liaison entre le déterminant et le nom (un ami, quelques années, vingt ans), l’adjectif et le nom (petit ami, grand homme, bons enfants), le pronom et le verbe (nous avons, ils aiment, elles arrivent, je vous aime, il nous a vus), le verbe et le pronom (sait-il…, vient-elle…, allez-y), la préposition et le pronom (chez elle, sans eux). Il y a d’autres cas, mais si l’on se souvient déjà de ces liaisons obligatoires, c’est aussi un bon début !
  • Il y a une longue liste de liaisons facutatives que je ne vais pas donner ici. En règle générale, les liaisons sont le signe d’un style plus soutenu.

Les enchaînements

  • Enchaîner les mots signifie qu’on ne fait pas de pause entre eux et qu’ils se prononcent comme un seul mot. Par exemple, dans “une amie“, les deux mots se prononcent individuellement /yn/ et /a-mi/ mais quand ils sont prononcés ensemble, on les enchaîne et on doit prononcer /y-na-mi/ (les tirets montrent les syllabes).  Dans “une autre étudiante américaine“, on a trois enchaînements. Il faut prononcer : /y-no-tʁe-ty-djã-ta-me-ʁi-kɛn/ en un seul souffle.

Les e qu’on ne prononce pas 

Le e pose problème quand il doit être prononcé et il pose problème quand il ne doit pas l’être. Je pense que c’est la voyelle la moins aimée des étudiants, toutes nationalités confondues.

  • Il ne se prononce pas en fin de mot: table, plage, amie, bouteille, livre, valise, téléphone, etc.
  • Il est souvent possible de ne pas le prononcer en milieu de mot quand il est entre deux consonnes : boulevard /bul-vaʁ/, développement /dev-lɔp-mã/, sûrement /syr-mã/, acheter /aʃ-te/. Cependant, dans certaines régions de France (plutôt dans le sud), les gens prononcent beaucoup plus les e.
  • Les petits mots grammaticaux tels que ce, de, je, le, me, ne, que, se, te sont très souvent écourtés, ce qui laissent les étudiants perplexes quant à ce qu’ils pensent avoir entendu. “Je ne te le demande pas” pourra devenir /ʒtø-ldø-mãd-pa/ (on perd le ne de la négation à l’oral et on perd deux autres des quatre e restants.) Cette transcription n’est pas la seule possible car on pourrait très bien dire aussi /ʒø-tlø-dmãd-pa/ ou encore /ʒø-tø-ldø-mãd-pa/.

Les sons qui changent au contact d’autres sons

  • On n’y pense pas forcément quand il s’agit de sa langue maternelle, mais c’est un phénomène qui existe aussi en anglais et que les locuteurs natifs font sans y penser. Prêtez attention à ce que vous prononcez vraiment quand vous dites naturellement, dans une phrase, “handbag”, “sandwich”, “goodbye”, “full of mice”, “give them” and many more.
  • En français, c’est la même chose. Quand un enfant écrit dans une dictée “*j’optiens” au lieu de “j’obtiens“, c’est parce qu’il a bien entendu le son /p/. Quand une de mes chères collègues m’écrit “*chui fatiguée” dans un SMS, elle sait que ce n’est pas l’orthographe correcte, mais sa phonétique est correcte car c’est ainsi qu’on prononce “je suis fatiguée“. A l’oral, je suis devient “chui“, je sais devient “ché“, je ne sais pas devient “ché pas“, qu’est-ce qu’il y a ? devient “kes ki ya“, celui-là devient “sui la“,  s’il te plaît devient “ste plé”, je sais que c’est dur devient “ché ksé dur” et la liste est très longue !
  • Pour s’habituer au français parlé, comme il est parlé par les locuteurs natifs, il est primordial d’écouter autant de français que possible (radio, films, séries, courtes vidéos en ligne, conversations avec des natifs ou presque natifs, etc., et d’analyser un minimum ce qu’on entend. Parfois, on pense entendre quelque chose, mais si l’on y regarde de plus près, cela n’a aucun sens.

Et surtout, il faut persévérer ! Cela peut vite être décourageant quand on réalise tout ce que ça implique de parvenir à parler le français à un haut niveau, mais j’ai rencontré assez d’étudiants de niveau avancé pour dire avec certitude que si l’on persiste, un jour, on y arrive !