La syllabe en français

La première chose à savoir sur les syllabes françaises, c’est qu’elles sont toutes formées autour d’une voyelle, qui est le noyau de la syllabe.

La deuxième chose à savoir, c’est qu’il faut différencier la syllabe phonétique (celle qu’on entend) de la syllabe graphique (celle que l’on voit). Par exemple, “une étudiante” contient 4 syllabes phonétiques /y-ne-ty-djãt/ mais 6 syllabes graphiques u-ne-é-tu-dian-te

En français, il y a 6 voyelles graphiques : a, e, i, o, u, y mais il y a 16 voyelles phonétiques (personnellement, je n’en utilise que 14 car je ne différencie ni /ɛ̃/ et /œ̃/ ni /a/ et /ɑ/).

Les 16 voyelles phonétiques que vous pouvez rencontrer dans les transcriptions phonétiques sont les suivantes :

  • [i] – mille, pays
  • [e] – été, parler
  • [ɛ] – peine, mère
  • [a] – amour, chat
  • [ɑ] – pâte, bas
  • [ɔ] – sport, homme
  • [o] – moto, eau
  • [u] – fou, toujours
  • [y] – rue, musique
  • [ø] – bleu, deux
  • [œ] – heure, sœur
  • [ǝ] – le, que
  • [ɛ̃] – pain, vin
  • [œ̃] – lundi, brun
  • [ã] – enfant, temps
  • [õ] – bonbon, pompier

Il existe deux types de syllabes en français : ouverte (qui se termine par un son de voyelle) et fermée (se terminant par un son de consonne). Le type de syllabe que l’on retrouve le plus en français est la syllabe ouverte. Les syllabes ouvertes représentent 80% des syllabes du français, contre 72% pour l’espagnol, 40% pour l’anglais et 37% pour l’allemand (d’après mes cours de phonétique de master).

On peut trouver ces schémas de syllabes, pour lesquels je noterai C pour un son de consonne et V pour un son de voyelle :

  • V (une voyelle seule) : eau [o], an [ã], un [ɛ̃], on [õ]
  • CV : tout [tu], pas [pa]
  • CCV : clou [klu], gras [gʁa]
  • CCCV : trois [tʁwa], strie [stʁi]
  • VC : art [aʁ], os [ɔs], une [yn]
  • VCC : tarte [taʁt], poste [pɔst]
  • CVC : pomme [pɔm], mare [maʁ]
  • CCVC : tranche [tʁãʃ], crabe [kʁab]
  • CCVCC : gloups [glups], tract [tʁakt]
  • CCCVC : strophe [stʁɔf], stress [stʁɛs]
  • CCCVCC : strict [stʁikt]

Il y a autant de syllabes phonétiques dans un mot qu’il y a de sons de voyelles.

Pour ce qui est des syllabes graphiques, on découpe les mots autrement, comme vu plus haut avec l’exemple de “une étudiante”. Mais il y aura autant de syllabes graphiques dans un mot que de voyelles ou groupes de voyelles qui forme un seul son. En plus de a, e, i, o, u, y, il faut considérer les combinaisons de lettres qui ne forment qu’un seul son telles que : ai, au, ay, ei, eu, ey, œu, et, eau, oi, oy, an, ain, en, ein, um, un, on, om, etc. Pour les combinaisons qui représentent un son de voyelle nasale, voir ce post pour plus de détails.

Qu’ont en commun les mots une, tarte, poste, pomme, mare, crabe, tranche, strophe donnés en exemple ci-dessus ?

Ils représentent tous une syllabe phonétique, mais ils contiennent tous deux syllabes graphiques : u-ne, tar-te, pos-te, pom-me, ma-re, cra-be, tran-che, stro-phe. Dans chaque syllabe graphique, on a une voyelle (ou un groupe représentant un son de voyelle), et le e muet compte quand on découpe les syllabes graphiques. On ne l’entend pas, mais il fait partie d’une syllabe graphique, qu’il soit en fin de mot comme dans ces exemples ou en milieu de mot, comme dans évènement qui contient 4 syllabes graphiques (é-vè-ne-ment) mais 3 syllabes phonétiques : [e-vɛn-mã]

On parle peu, voire pas du tout, des syllabes en cours de français langue étrangère, et pourtant, il me semble que c’est utile d’en avoir quelques notions de base et que cela peut aider pour la prononciation et pour l’orthographe. Si vous étudiez avec moi et que vous n’êtes pas canadienne, je vous répète régulièrement d’ouvrir votre bouche un peu plus pour prononcer les voyelles. Si ce n’était pas encore clair, vous pouvez surement mieux comprendre pourquoi après la lecture de ce post ! Les voyelles ont une place centrale dans la langue française !

Couper les mots en français

Je me suis souvent fait la remarque que les étudiants de niveau avancé ne semblaient pas avoir appris comment couper les mots en fin de ligne. Mais comme je n’ai jamais ni appris ni compris où les couper en anglais (ni vraiment recherché d’ailleurs), je me suis dit que ce n’était pas très grave. Vous pouvez faire comme moi et éviter de vous trouver dans cette situation. Je ne coupe jamais mes mots quand j’écris en anglais. J’évite consciemment de le faire depuis toujours.

Mais si vous aimez le risque un peu plus que moi et que vous devez écrire en français à la main, dans le cas où vous êtes étudiant·e en France ou candidat·e au DELF ou au DALF, c’est en fait une règle utile à connaître. Je recommande aux étudiant·es que j’aide à préparer les examens de s’entrainer à écrire à la main pour les épreuves de production écrite et je remarque souvent qu’ils et elles coupent les mots à la mauvaise place et ne connaissent pas les codes du français écrit.

En français, on ne peut pas couper un mot au milieu d’une syllabe. Il faut donc savoir ce qu’est une syllabe. Il faut aussi être conscient qu’on peut parler de syllabe orale et de syllabe écrite.

Par exemple, le mot porte contient une syllabe orale /pɔʁt/, mais deux syllabes écrites : por-te

Observez maintenant le découpage de ces mots :

  • eau (1)
  • strict (1)
  • mè-re (2)
  • bon-jour (2)
  • châ-teau (2)
  • bel-le (2)
  • her-be
  • comp-ter (2)
  • pro-blè-me (3)
  • char-ret-te (3)
  • con-sen-te-ment (4)
  • en-tre-pri-se

Vous pouvez donc observer que les syllabes du français tournent autour des voyelles. Il n’y a pas de syllabe sans voyelle. Je vais essayer de ne pas être trop technique mais quand on parle de voyelle, on parle en fait de son de voyelle. Par exemple : eau, on, in, en, ou, etc. (que l’on appelle des graphèmes si vous voulez être technique)

Le e peut être muet à l’oral. Mais à l’écrit, il compte. C’est une voyelle. Les dernières syllabes de mère, belle, herbe, problème, charrette et entreprise ne sont pas des syllabes orales, mais ce sont bien des syllabes écrites. De même pour le te de consentement.

Une syllabe écrite, c’est donc au minimum une voyelle (ou un son vocalique), et c’est le plus souvent une voyelle associé à une consonne. Parfois on trouve plus de consonnes comme dans strict ou dans problème.

Et c’est là que ça devient un peu plus compliqué, mais pas tant que ça ! C’est facile de comprendre que ba, ce, di, fo, lu, mou, non, peau, rein, etc., sont des syllabes et qu’on découpe avant ou après. Mais qu’en est-il des mots dans lesquels plusieurs consonnes se suivent ?

  • on ne divise pas les graphèmes, c’est-à-dire les groupes de consonnes qui font un seul son, tels que ch /ʃ/, gu /g/, etc. (ex : pen-chant, lon-gueur)
  • les groupes consonne + l et consonne + r ne sont jamais séparés (comme dans pro-blè-me)
  • quand deux consonnes sont placées entre deux voyelles (ou sons de voyelle), on coupe entre les consonnes (bel-le, her-be)
  • on ne divise pas les consonnes finales (con-sen-te-ment)

À savoir aussi qu’on place le trait d’union en fin de ligne, pas en début de ligne.

Si vous parvenez à retenir tout ça, vous savez pratiquement tout ce qu’il y a à savoir. Ensuite, il y a aussi des règles de bon usage utiles à savoir :

  • On évite de couper un mot de deux syllabes autant que possible.
  • On essaie d’équilibrer, de couper le plus près possible du milieu du mot.
  • On essaie de ne pas couper après moins de trois lettres et de ne pas finir le mot sur la ligne suivante avec moins de trois lettres.
  • On ne coupe pas après une apostrophe.

Maintenant, si quelqu’un veut m’expliquer comment on fait en anglais…