douter VS se douter

L’un exprime le doute alors que l’autre exprime la certitude. Si vous trouvez cela un peu déroutant, vous ne serez pas le premier ou la première !

  • Je doute que tu y parviennes.
  • Je me doute que tu y parviendras.
  • Il a réussi son examen ? J’en doutais pourtant.
  • Il a réussi son examen ? Je m’en doutais !

La différence de sens est-elle claire pour vous dans ces paires de phrases ?

Si je doute que tu y parviennes (remarquez le subjonctif ici), c’est que je ne crois pas en toi. Tandis que si je me doute que tu y parviendras (indicatif), c’est que je suis plutôt confiante et sure que tu peux le faire. Si je doutais qu’il réussisse son examen (toujours le subjonctif), je n’avais pas foi en lui. Mais si je me doutais qu’il le réussirait (conditionnel dû à la concordance des temps), c’est qu’en fait, je n’avais pas vraiment de doute.

Si vous dites quelque chose et que l’on vous répond “je m’en doutais !”, cela revient à dire “je le savais !”

Doute est un mot intéressant en français. On pourrait penser que sans doute veut dire que c’est sûr à 100%, mais si je vous dis que je viendrai sans doute à votre fête d’anniversaire, cela veut en fait dire qu’il y a de grandes chances que je vienne, une très forte probabilité, mais ce n’est pas garanti à 100%. Pour exprimer la certitude absolue, il faudrait que je dise que je viendrai, sans aucun doute.

Harcèlement en ligne, insultes et menaces

Cela m’arrive parfois de lire les commentaires laissés par les internautes sur YouTube. Je le fais principalement pour observer les fautes de français, car elles sont pléthore et m’inspirent. Mais à chaque fois, j’hallucine de voir la méchanceté et la bêtise des gens qui se disputent et s’insultent alors qu’ils ne se connaissent absolument pas, seulement parce qu’ils ont des avis différents. Très souvent sur des sujets futiles en plus.

Je pensais qu’il était déjà illégal de menacer autrui, mais apparemment non ! C’est seulement cette semaine que YouTube a annoncé la mise en place de mesures destinées à lutter contre les menaces et les insultes personnelles. Incroyable qu’ils aient attendu aussi longtemps, non ?

Je partage donc un court article traitant de ce sujet, pas très compliqué, que vous pouvez analyser. Observez en vert les prépositions et demandez-vous pourquoi c’est celle-ci qui est employée et pas une autre. Est-ce une préposition qui fonctionne avec le verbe ou avec un nom ? Fait-elle partie d’une expression figée ? J’ai souligné un peu de vocabulaire à observer. Par exemple, assainissement : quel est le radical que vous repérez dans ce nom ? Même question pour malveillant. Etc. J’ai surligné en jaune un participe passé. À quel nom correspond-il ? Et en rouge, une forme verbale peu utilisée par les apprenant·e·s car ils et elles la trouvent compliquée. Comment pourriez-vous reformuler cette phrase ? (Indice : essayez avec “on” comme sujet.) Pouvez-vous penser à d’autres phrases avec la même structure ? Comment les traduisez-vous dans votre langue ?

Croire à VS croire en

Le verbe croire peut s’employer seul bien sûr, sans préposition.

  • Je crois que tu as raison.
  • Ne crois pas ce qu’il te dit, il raconte n’importe quoi.
  • Croyez-moi, je sais ce que vous ressentez.

Il peut aussi s’employer avec des prépositions différentes selon le sens que vous voulez lui donner.

Croire à, c’est quelque chose de plutôt intellectuel. Si l’on croit à quelque chose, on pense que c’est vrai.

  • Son fils croit au Père Noël.
  • Mon amie croit à l’astrologie.
  • Je ne crois pas à tes histoires.

Croire en, c’est plutôt avoir confiance en quelqu’un ou quelque chose. C’est une croyance qui vient du cœur plutôt que de la tête.

  • Je crois en toi. Tu vas réussir cet examen.
  • Elle ne croit pas en l’avenir. C’est pour ça qu’elle ne veut pas d’enfant.
  • Croire en Dieu l’aide à surmonter les moments difficiles.

Dans certains cas, il n’est pas évident de faire la distinction. Par exemple avec Dieu, on peut croire à ou croire en. Dans le premier cas, on croit à son existence, alors que dans le second, on a foi en lui. Mais plus couramment, on dira croire en Dieu dans les deux cas en fait.

Mes étudiant·e·s disent souvent “croire dans” et je les corrige tout le temps en leur disant que “croire dans” n’existe pas. Cependant, j’ai remarqué plusieurs fois dernièrement que des Français le disaient dans les médias. Alors j’ai voulu vérifier. Les cinq dictionnaires que j’ai consultés ne mentionnent pas cette possibilité. Faites ce que vous souhaitez avec cette information mais si vous êtes mon élève, je continuerai à vous corriger ! 😉

Liaison entre le verbe et son complément

Normalement, on ne fait pas la liaison entre un verbe et son complément. J’entends parfois mes étudiant·e·s la faire et j’ai décidé de réviser un peu cette règle car j’avais des doutes. J’ai tendance à ne jamais la faire, mais apparemment, si elle est généralement interdite, elle est aussi facultative avec certains verbes. D’après certaines sources, elle serait même seulement interdite après un verbe conjugué à la deuxième personne du singulier (tu).

Mais prenons par exemple cette phrase très simple :

  • Il sort avec moi ce soir.

Si je fais la liaison, on va entendre : ils sortent avec moi ce soir.

Je serais donc d’avis à ne pas faire la liaison.

Elle serait facultative après certains verbes, tels que être, aller, avoir, devoir, vouloir, pouvoir, falloir, etc. C’est-à-dire que les phrases suivantes peuvent être prononcées avec ou sans liaison :

  • Nous sommes en sueur d’avoir trop couru.
  • Tu veux un dessert ?
  • Il faut accepter la critique si elle est constructive.
  • On doit étudier longtemps pour devenir médecin.

Faites donc comme bon vous semble ! Moi, je continuerai à ne pas la faire !

Se séparer et divorcer

Ces deux verbes veulent dire plus ou moins la même chose, mais ils ne fonctionnent pas pareil et cela semble poser problème aux apprenant·e·s. L’erreur que j’entends le plus souvent, c’est le verbe divorcer à la forme pronominale. Mais divorcer n’est jamais pronominal ! En tout cas, il ne l’est plus, même s’il l’a été par le passé, il y a bien longtemps.

Il ne peut pas non plus être utilisé comme en anglais. En anglais, you divorce someone. En français, on ne peut pas *divorcer quelqu’un. Mais nous avons plusieurs constructions possibles :

  • Elle est divorcée depuis l’année dernière.
  • Elle a divorcé en 2018.
  • Elle a divorcé avec son mari.
  • Elle a divorcé d’avec son mari.
  • Elle a divorcé de son mari.

On peut donc employer divorcer sans complément ou avec un complément introduit par avec, d’avec ou de.

Si l’on voulait dire la même chose avec le verbe (se) séparer, on pourrait dire :

  • Elle est séparée depuis l’année dernière.
  • Elle s’est séparée en 2018. (un peu étrange sans complément, quand je réfléchis trop, mais on le dit, sans aucun doute)
  • Elle s’est séparée de son mari.
  • Ils se sont séparés.

On ne devrait pas vraiment dire qu’*elle s’est séparée avec son mari, même si je suis certaine de l’avoir déjà entendu dans la bouche de Français, et je suis également certaine d’avoir entendu à maintes reprises : elle s’est séparée d’avec son mari, qui est considéré moins élégant que la tournure sans avec mais qui est accepté.

Les toilettes de l’école

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’allais JAMAIS aux toilettes à l’école. Pour plusieurs raisons, mais principalement parce que je les trouvais absolument dégueulasses et puantes. C’était comme ça en France dans les année 80 et 90 et on dirait que cela n’a pas beaucoup changé ! Je trouve ça choquant, dans un pays supposément civilisé. J’ai eu l’occasion de visiter des toilettes d’école à Londres et je dois dire que c’était tout aussi horrifiant.

Je ne sais plus exactement quelles techniques j’utilisais pour ne pas y aller, mais je pense que je me retenais de boire et j’ai développé une capacité de super-héros à me retenir d’aller aux toilettes même quand j’en ai vraiment très envie (j’ai aussi développé une immense phobie des toilettes publiques). Je sais maintenant à quel point c’est mauvais pour la santé, mais l’état des toilettes dans les écoles est juste affligeant. Tout comme l’état des toilettes publiques en France en général en fait. J’avais accepté mon sort avec fatalité étant enfant, mais maintenant je me dis que c’est inacceptable et vraiment honteux.

Je ne savais pas qu’il existait une journée mondiale des toilettes. C’était mardi de cette semaine. Je suis tombée sur cet article de France Info qui en abordait le thème.

Ce n’est pas un texte très difficile à comprendre mais vous pouvez observer en bleu des structures ou expressions utiles, en rouge des formes verbales et en vert, du vocabulaire autour du thème des toilettes. J’ai souligné deux mots seulement : astuces (= tuyaux : tips) et réticence (bon à revoir si vous avez tendance à dire reluctance, qui n’est pas un mot français 😉 )

L’accord du participe passé – deuxième partie : les verbes pronominaux

La semaine dernière, j’ai commencé à expliquer l’accord du participe passé. Comme le post contenait beaucoup d’informations, j’avais décidé de garder le cas spécifique des verbes pronominaux pour plus tard. Nous y voilà donc !

Les verbes pronominaux sont donc les verbes avec “se” dans leur infinitif. Par exemple : se laver, se réveiller, se parler, se demander, se taire, se souvenir, s’évanouir, etc.

Rappelons tout d’abord que les verbes pronominaux se conjuguent toujours avec l’auxiliaire être.

Ensuite, il faut distinguer les verbes qui sont essentiellement pronominaux de ceux qui ne le sont pas. Un verbe essentiellement pronominal est un verbe qui n’existe qu’à la forme pronominale.

Se laver n’est pas un verbe essentiellement pronominal car le verbe laver existe également. On peut dire que l’on s’est lavé (du verbe se laver) ou que l’on a lavé ses chaussettes (du verbe laver).

Se souvenir, au contraire, est un verbe essentiellement pronominal. On ne peut que se souvenir de quelque chose. On ne peut jamais *souvenir quelque chose. Cette forme verbale n’existe pas.

Quelques verbes essentiellement pronominaux : se souvenir, s’évanouir, s’écrier, s’enfuir, s’absenter, se méfier, se soucier, s’envoler, se suicider, s’époumoner, se raviser, s’obstiner, s’insurger, s’évertuer, s’entraider, se rebeller, etc.

  • Toutes les filles se sont suicidées dans le film de Sofia Coppola.
  • Elle s’est absentée pendant un mois.
  • Ils se sont insurgés contre le gouvernement.

POUR LES VERBES ESSENTIELLEMENT PRONOMINAUX, LE PARTICIPE PASSÉ S’ACCORDE TOUJOURS AVEC LE SUJET.

Le pronom des verbes essentiellement pronominaux ne représente rien de spécial dans la phrase et n’a pas de fonction syntaxique, contrairement au pronom des autres verbes pronominaux.

Emma et John se sont rencontrés l’an dernier. = se représente l’un et l’autre, Emma et John. Il est COD du verbe rencontrer. Se rencontrer n’est pas un verbe essentiellement pronominal. Emma a rencontré John. John a rencontré Emma.

Les verbes essentiellement pronominaux n’ont pas de COD.

Certains verbes pronominaux ont un sens complètement différent à la forme pronominale du sens qu’ils ont à la forme non pronominale. Ces verbes vont suivre les mêmes règles que les verbes essentiellement pronominaux. C’est le cas de verbes tels que s’apercevoir, s’entendre, se tromper, s’ennuyer, etc. Dans certaines grammaires, ces verbes sont appelés verbes de sens indistinct et sont expliqués comme étant ceux pour lesquels il est difficile de départager la part d’activité et la part de passivité du sujet. Si cela vous aide, retenez ceci, mais ce n’est pas forcément évident en ces termes, il me semble. Mais pour ces verbes, ce qu’il est plus facile de repérer, c’est que le pronom n’a aucun rôle syntaxique. Il n’est ni COD, ni COI.

  • Elle s’est aperçue de son erreur.
  • Les deux enfants se sont bien entendus.
  • Ils se sont trompés sur beaucoup de questions.
  • Elle s’est plainte auprès de la direction.

Parlons maintenant des verbes occasionnellement pronominaux, tels que se laver, se baisser, se réveiller, se former, se permettre, se parler, s’appeler, se téléphoner, etc.

La règle à suivre est la même que pour le participe passé avec l’auxiliaire avoir : s’il n’y a pas de COD, on n’accorde pas. S’il y a un COD, on accorde le participe passé avec le COD s’il est placé avant le verbe, on n’accorde pas s’il est placé après le verbe.

Petite démonstration :

Elle s’est lavée. Elle s’est lavé les mains.

Ces phrases sont toutes deux correctes. Pourquoi ?

Dans la première, on se pose la question : elle a lavé quoi / qui ? On répond : elle-même. s’ est le COD du verbe laver et représente elle. Il est placé avant le verbe = on accorde au féminin singulier.

Dans la deuxième, on se pose la question : elle a lavé quoi / qui ? On répond : ses mains. Ses mains est le COD du verbe laver. Il est placé après le verbe = on n’accorde pas.

POUR LES VERBES OCCASIONNELLEMENT PRONOMINAUX, ON APPLIQUE LES MÊMES RÈGLES QU’AVEC L’AUXILIAIRE AVOIR.

Quiz de vocabulaire de novembre

Vous avez 5 minutes devant vous ? Testez-vous avec ce quiz !

Il y a toujours plus de 3 réponses possibles. Le but est de penser rapidement et efficacement en français pour habituer votre cerveau à le faire.

Idéalement, vous parvenez à trouver 45 réponses en 5 minutes, mais si cela vous stresse, vous pouvez ne pas mettre de chronomètre et voir combien de temps vous mettez. Puis essayez d’aller plus vite la prochaine fois !

Marée haute à Venise

Cette semaine, j’ai choisi un article sur un thème qui, sans me laisser indifférente, ne me touche pas autant que certains articles que je décide de partager d’habitude. Il n’y est pas question de sexisme ou d’autres discriminations, ni de langage, mais d’environnement. J’essaie d’être plus consciente de mon impact sur l’environnement et j’admire énormément Greta Thunberg, mais je dois reconnaitre que j’aime trop voyager et que je ne suis pas prête à arrêter totalement de prendre l’avion.

L’article m’a cependant interpelée car même si je ne suis jamais allée à Venise et n’en ai pas forcément ni l’envie ni l’intention, je trouve cette information plutôt flippante (l’article complet est ici). Cela fait des années que j’entends dire qu’un jour Venise sera sous l’eau. Je ne me suis jamais vraiment intéressée aux mesures mises en place pour empêcher une catastrophe, mais selon l’article, il semblerait que les gens supposés protéger la ville n’aient pas pris la menace très au sérieux…

Vous pouvez analyser ce texte comme bon vous semble ou à partir de mes choix : j’ai mis en gras et en vert le vocabulaire spécifique à la situation, en gras et en bleu des structures facilement réutilisables dans d’autres contextes, en gras et en rouge des formes verbales, dont plusieurs qui illustrent la concordance des temps, j’ai surligné en bleu des connecteurs logiques et en jaune des pronoms. J’ai souligné du vocabulaire à observer (observez bien les combinaisons de mots) et j’ai mis en gras presque tout une phrase. Comment comprenez-vous cette phrase ? 🤔

Indicatif VS subjonctif

Une fois le niveau C atteint, les étudiant·e·s ont en général bien compris quand il fallait utiliser le subjonctif et l’indicatif, malgré quelques petits écarts occasionnels.

Cependant, des doutes persistent avec certains verbes et quand je corrige le subjonctif pour un indicatif et vice-versa dans certains écrits, la raison n’est pas toujours claire pour mes élèves.

En effet, il y a certains verbes qui peuvent être suivis du subjonctif ou de l’indicatif selon leur sens. C’est le cas de verbes comme dire, admettre, supposer, demander, comprendre, etc.

Observez :

  • Je ne l’aime pas beaucoup, mais j’admets qu’il est beau gosse.
  • Elle admet que son fils ne veuille pas faire d’études.

Dans la première phrase, le verbe admettre est synonyme de reconnaitre. Il a une valeur d’affirmation. Dans la seconde, admettre est synonyme d’accepter, avec donc une valeur d’acceptation.

  • Je comprends que c’est difficile pour toi.
  • Je comprends que ce soit difficile pour toi.

Dans la première, je fais un constat, je tiens pour vrai le fait que c’est difficile. Dans la seconde, j’accepte, je tiens pour possible le fait que ce soit difficile.

Un dernier exemple ?

  • Dis à ta sœur que je l’attends.
  • Dis à ta sœur qu’elle attende.

Dans la première, dire est un verbe déclaratif. Dans la deuxième, il introduit un ordre.