Rencontrer VS retrouver

Observez :

  • J’ai rencontré mon mari au Cambodge il y a six ans.
  • Ils se sont rencontrés à une soirée chez des amis et depuis, ils ne se quittent plus.
  • Je n’ai jamais rencontré personne qui venait du Groenland.
  • On se retrouve tous les samedis pour boire un thé et papoter.
  • Cet été, je vais retrouver des amis pour quelques jours sur une ile.
  • Elles se sont retrouvées devant le centre commercial à 19h avant d’aller voir un film.

La différence est-elle claire pour vous ?

Très souvent, je demande à mes étudiantes ce qu’elles ont fait le weekend passé, et très souvent elles me répondent qu’elles ont rencontré des amis pour aller boire un verre / faire du sport / aller au cinéma, etc. Mais ce n’est pas correct. Elles n’ont pas rencontré des ami·es. Elles ont retrouvé des ami·es.

On utilise rencontrer quand c’est la première fois, et seulement quand c’est la première fois !

Je m’ai = IMPOSSIBLE

Je crois que toutes mes étudiantes ont fait cette erreur au moins une fois, et dans l’ensemble, elles la font toutes assez régulièrement. Faute d’inattention la plupart du temps, car elles connaissent la règle : avec les verbes pronominaux, l’auxiliaire est toujours ÊTRE ! Jamais avoir!

Si vous avez tendance à faire cette erreur, essayer de visualiser que *je m’ai est impossible ; c’est une combinaison de mots que l’on ne verra jamais. JAMAIS. JAMAIS. JAMAIS. Si vous sentez que vous vous apprêtez à dire *je m’ai…, corrigez-vous immédiatement et dites : JE ME SUIS

  • Je me suis trompée, excusez-moi.
  • Je me suis dit que ce serait sympa d’aller à Bali.
  • Je me suis disputée avec les voisins.
  • Je me suis couchée tard hier soir.
  • Je me suis retrouvée là-bas malgré moi.
  • Je me suis fait couper les cheveux.
  • Je me suis acheté un nouvel ordinateur.
  • Je me suis rendu compte de mon erreur.
  • Je me suis cassé un orteil.
  • Je me suis inscrite à un cours de danse.

Et bien sûr, au plus-que parfait, ça donnera : je m’étais trompée, je m’étais dit, je m’étais disputée, je m’étais couchée, je m’étais retrouvée, etc.

5 minutes de vocabulaire

Voici un petit exercice d’échauffement pour bien commencer la semaine. Ou la terminer, en fonction d’où vous vous trouvez. Sortez votre chronomètre et essayez de trouvez autant de mots que possible en 5 minutes. 3 pour chaque catégorie. S’il vous en manque au bout de 5 minutes, n’hésitez pas à rechercher sur Internet et à noter de nouveaux mots pour enrichir votre vocabulaire et vos connaissances de la culture française.

Reformulation : être

Le verbe être est un verbe qui revient beaucoup trop souvent dans les écrits de mes étudiantes avancées. Ce n’est pas faute de leur dire d’essayer de le remplacer par des synonymes plus élaborés !

Je comprends que ce ne soit pas un exercice facile. Mais plus on s’efforce à le faire et plus cela devient facile. Et si vous souhaitez passer le DALF, il est essentiel que vous le fassiez. Si la majorité des verbes de votre synthèse et de votre essai argumentatif sont des conjugaisons du verbe être, vous n’allez pas faire très bonne impression. Pensez à ce que vous dites, au sens de ce que vous voulez dire et essayez de trouver un verbe aussi précis que possible.

Voici donc quelques exemples de reformulation :

  • Il est malade depuis hier. : Il se sent mal depuis hier.
  • Ce téléphone est à moi. : Ce téléphone m’appartient.
  • Je suis vraiment inquiète pour l’avenir de mes enfants. : L’avenir de mes enfants me préoccupe beaucoup.
  • Son appartement est dans le 13ème arrondissement : Il vit dans le 13ème arrondissement.
  • Il est bizarre en ce moment : Il se comporte bizarrement en ce moment.
  • Mon bureau est juste à côté de la pharmacie. : Mon bureau se trouve juste à côté de la pharmacie.
  • Il a été vraiment odieux avec elle. : Il s’est montré vraiment odieux avec elle.
  • Il est très grand. : Il mesure 1m90.
  • Il était roi de France. : Il régnait sur la France.
  • Ses vêtements étaient toujours trop larges. : Il portait toujours des vêtements trop larges.
  • Elle est toujours heureuse et détendue après avoir voyagé. : Ses voyages l’épanouissent.
  • Cet homme est beau et il me plait. : Cet homme attirant me plait.

On pourrait y passer la journée…

Ces exemples restent assez simples. Vous pouvez observer que parfois, dans la reformulation, le sujet du verbe être devient l’objet du nouveau verbe. C’est souvent avec ceci que les étudiants ont du mal. Ils pensent que trouver un synonyme veut dire simplement remplacer un mot, mais parfois, il faut chambouler l’ordre des mots et repenser la structure complète de la phrase. Forcez-vous à limiter votre utilisation du verbe être pour pouvoir penser à d’autres verbes et d’autres structures.

Les verbes en -IER

Je veux parler des verbes tels qu’étudier, privilégier, bénéficier, parier, confier, justifier, publier, trier, crier, etc.

Même la langue des meilleur·es étudiant·es fourche occasionnellement sur ces verbes.

Avez-vous déjà dit *j’étude ? Il *privilège ? Elle *bénéfice ? Vous ne seriez pas le ou la premier·ère. Ces trois verbes en particulier posent problème, très probablement parce que les mots étude, privilège et bénéfice existent et sonnent naturels à l’oreille. C’est moins fréquent d’entendre je *confe ou je *puble. Et pourtant, c’est exactement le même modèle de conjugaison !

Ce sont des verbes du premier groupe, réguliers, sans piège. Alors ce post sert de rappel : le i appartient au radical et ne doit pas disparaitre !

Il peut être utile de revoir quelques formes au passage. Prenons le verbe étudier.

  • au présent : j’étudie, tu étudies, elle étudie, nous étudions, vous étudiez, elles étudient
  • à l’imparfait : j’étudiais, tu étudiais, il étudiait, nous étudiions, vous étudiiez, ils étudiaient (remarquez les deux i à nous et vous – ce sera la même chose pour le subjonctif)
  • au futur : j’étudierai, tu étudieras, elle étudiera, nous étudierons, vous étudierez, elles étudieront (remarquez la présence du e, même s’il n’est pas prononcé – ce sera la même chose pour le conditionnel)

Pour bien commencer la semaine

Voici la troisième édition de 5 minutes, pas plus ! Préparez vos chronomètres et essayez de trouver 3 mots pour chaque catégorie en 5 minutes. Si c’est trop court, vous pouvez évidemment vous accorder un peu plus de temps, mais le but, c’est de faire fonctionner vos méninges aussi rapidement et efficacement que possible en français !

Système de santé français : analyse d’un article

Cette semaine, j’ai sélectionné un court article de France Info parlant de santé et comparant le système français au système américain – sans aller en profondeur du tout, mais ce n’est pas grave, car il nous intéresse linguistiquement avant tout.

Dans cet article, j’ai choisi de relever en jaune le vocabulaire de la santé, en vert, certains verbes, en bleu, des participes passés sans auxiliaire, et j’ai souligné des mots, expressions et tournures de phrases intéressantes à observer. Je vous laisse le soin de faire une analyse de tous ces éléments, car je ferai seulement quelques commentaires en dessous du texte.

  • Si vous ne vivez pas en France, vous ne savez peut-être pas ce qu’est une carte Vitale. C’est une carte d’assurance maladie du même format qu’une carte bleue (= carte de crédit) mais elle est verte et contient des informations relatives à la santé. La plupart des Français en ont une et je pense que les personnes résidant en France y ont également droit.
  • Savez-vous que l’Hexagone désigne la France ? Si vous observez la forme du pays sur une carte, vous pouvez distinguer six côtés.
  • Observez que l’on peut dire qu’un congrès s’est tenu quelque part, ce qui signifie qu’il a eu lieu quelque part.
  • Leary salue le système français. Cela veut-il dire qu’elle lui dit bonjour ?
  • Les cancérologues ont lancé une alerte : vous comprenez certainement cette expression, mais auriez-vous pensé à l’utilisé de vous-même ?
  • exercer : au lieu de dire qu’un docteur travaille à l’hôpital, vous pouvez dire qu’un docteur exerce à l’hôpital, car on peut “exercer la médecine”, et plus généralement “exercer un métier”.
  • plus… plus… et moins… : observez bien cette structure – plus + S + V, plus + S + V et moins + S + V – dans cet ordre !

Journaliste et féministe tuée

J’essaie de sélectionner des articles plutôt rigolos d’habitude, mais cette semaine, il y a eu beaucoup de nouvelles plutôt terribles pour les femmes, et je ne parlerai pas du retour en arrière des Etats-Unis en ce qui concerne l’avortement (bien que cela me rende furieuse) mais du premier article que j’ai lu, qui parlait d’une femme assassinée en plein jour et même si je ne la connaissais pas et n’avais jamais entendu parler d’elle auparavant, ça m’a fait beaucoup de peine. Les raisons de son meurtre ne sont pas très claires à la lecture de l’article, mais il semble vraisemblable que son activisme féministe y soit pour quelque chose.

Je ne vais pas commenter l’article, il parle de lui-même. Mais j’ai fait un peu de surlignage pour vous guider dans une lecture active de ce texte : en rose, les verbes conjugués ; en vert, les verbes à la voix passive ; en jaune, les participes passés qui ne sont pas accompagnés par un auxiliaire ; en bleu, les connecteurs logiques; en gris, des prépositions, pour attirer votre attention sur leur utilisation : observez bien comment elle sont utilisées, ce qu’elles veulent dire, quel verbe elles accompagnent quand elle font partie d’une construction verbale. J’ai aussi souligné quelques mots ou expressions que vous comprenez probablement, mais est-ce que vous les utilisez vous-mêmes ? Est-ce que la combinaison provoquer + l’indignation vous vient naturellement ? Est-ce que quand vous pensez à un sujet d’actualité dont tout le monde parle, vous pensez à l’expression au cœur des préoccupations ?

Ce n’est pas grave si vous ne retenez pas tout après avoir analysé un article, mais si vous parvenez à retenir certains points, à comprendre comment fonctionne un verbe, une structure, etc., vous enrichissez votre connaissance de la langue et c’est très bien !

Je lui parle VS Je pense à lui

Voici un point de grammaire qui pose souvent problème. Pourquoi dit-on “je lui parle” mais ne peut-on pas dire “*je lui pense” ?

En fait, je ne savais pas vraiment l’expliquer quand j’ai commencé à enseigner. J’avais l’impression que mes livres de grammaire évitaient le sujet ou ne l’expliquaient pas clairement. Du coup, je me disais, et je disais à mes élèves qu’il fallait tout simplement mémoriser quels verbes fonctionnaient avec un pronom complément placé avant le verbe et quels verbes fonctionnaient avec un pronom tonique.

Puis, la magie d’Internet a fait son effet. J’ai lu beaucoup de bêtises, mais j’ai fini par trouver ce que je cherchais !

Qu’ont en commun ces verbes : parler à, proposer à, téléphoner à, apporter (qqch) à, envoyer (qqch) à, prêter (qqch) à, offrir (qqch) à, etc. ?

Et ces verbes : penser à, s’intéresser à, s’habituer à, tenir à, faire attention à, être opposé à, s’associer à, etc. ?

Ce qui compte, c’est le type d’objet indirect qui peut suivre le verbe.

Les verbes de la première liste peuvent seulement être suivis d’un objet qui représente une/des personne·s, ou un être animé (car ça marche avec les animaux aussi). On parle à qqn, pas à qqch. On téléphone à qqn, pas à qqch. On offre qqch à qqn, pas à qqch. Etc.

Dans ce cas, on utilise les pronoms COI (me, te, lui, nous, vous, leur) qu’on place directement devant le verbe.

  • Je parle à mon chat. = Je lui parle.
  • Je téléphone à mes parents. = Je leur téléphone.
  • J’offre des fleurs à ma voisine. = Je lui offre des fleurs.

Les verbes de la seconde liste peuvent être suivis d’un objet qui représente soit une personne, soit une chose. On peut penser à qqn et on peut aussi penser à qqch. On peut s’intéresser à qqn ou à qqch. On peut tenir à qqn ou à qqch. Etc.

Dans ce cas, on utilise les pronoms toniques (moi, toi, lui/elle/soi, nous, vous eux/elles) quand l’objet est une personne et “y” quand l’objet est une chose.

  • Je pense à mes enfants. = Je pense à eux.
  • Je pense à mon avenir. = J’y pense.
  • Je m’intéresse à cette fille. = Je m’intéresse à elle.
  • Je m’intéresse à la grammaire. = Je m’y intéresse.
  • Je tiens à mon mari. = Je tiens à lui.
  • Je tiens à mes livres. = J’y tiens.