Journaliste et féministe tuée

J’essaie de sélectionner des articles plutôt rigolos d’habitude, mais cette semaine, il y a eu beaucoup de nouvelles plutôt terribles pour les femmes, et je ne parlerai pas du retour en arrière des Etats-Unis en ce qui concerne l’avortement (bien que cela me rende furieuse) mais du premier article que j’ai lu, qui parlait d’une femme assassinée en plein jour et même si je ne la connaissais pas et n’avais jamais entendu parler d’elle auparavant, ça m’a fait beaucoup de peine. Les raisons de son meurtre ne sont pas très claires à la lecture de l’article, mais il semble vraisemblable que son activisme féministe y soit pour quelque chose.

Je ne vais pas commenter l’article, il parle de lui-même. Mais j’ai fait un peu de surlignage pour vous guider dans une lecture active de ce texte : en rose, les verbes conjugués ; en vert, les verbes à la voix passive ; en jaune, les participes passés qui ne sont pas accompagnés par un auxiliaire ; en bleu, les connecteurs logiques; en gris, des prépositions, pour attirer votre attention sur leur utilisation : observez bien comment elle sont utilisées, ce qu’elles veulent dire, quel verbe elles accompagnent quand elle font partie d’une construction verbale. J’ai aussi souligné quelques mots ou expressions que vous comprenez probablement, mais est-ce que vous les utilisez vous-mêmes ? Est-ce que la combinaison provoquer + l’indignation vous vient naturellement ? Est-ce que quand vous pensez à un sujet d’actualité dont tout le monde parle, vous pensez à l’expression au cœur des préoccupations ?

Ce n’est pas grave si vous ne retenez pas tout après avoir analysé un article, mais si vous parvenez à retenir certains points, à comprendre comment fonctionne un verbe, une structure, etc., vous enrichissez votre connaissance de la langue et c’est très bien !

Construction verbale : aimer, détester, adorer, préférer

On retourne un peu aux bases avec ce post, mais plusieurs de mes étudiantes qui parlent très bien français ont fait cette erreur assez basique au cours des dernières semaines. C’est une erreur que j’entends plus souvent chez les étudiants débutants qui ont tendance à traduire dans leur tête.

Alors, pour mes chères étudiantes qui, je l’espère, viennent faire un tour par ici de temps à autre, voici un petit rappel. C’est toujours bon, les petits rappels. Comme pour les vaccins.

Quand on met un verbe après aimer, détester, adorer et préférer, ON NE MET PAS DE PRÉPOSITION !

  • J’aime m’endormir en écoutant de la musique.
  • Je déteste entendre les voisins à travers les murs.
  • J’adore partir en vacances.
  • Je préfère faire du sport le matin.
  • *J’aime de voyager : INCORRECT
  • *Je déteste de me lever tôt : INCORRECT
  • *J’adore de lire : INCORRECT
  • * Je préfère d’aller au travail à pied : INCORRECT

Tester son vocabulaire seul ou à plusieurs

Il existe une multitude de jeux pour pratiquer son vocabulaire et se forcer à penser (vite) en français.

On peut jouer seule ou à plusieurs à la plupart de ces jeux.

À plusieurs, on peut jouer à l’écrit au baccalauréat (aussi appelé petit bac). Il faut seulement une feuille et un crayon par joueur et ça ressemble à ça :

Si l’on veut compter les points, on en marque 2 quand on a une bonne réponse et que l’on est la seule joueuse à avoir cette réponse. Si une autre joueuse a le même mot, on marque seulement 1 point. La première personne à avoir rempli une ligne dit stop et les autres doivent arrêter d’écrire. Pour commencer, une joueuse récite l’alphabet dans sa tête et une autre joueuse dit stop. Celle qui récitait l’alphabet annonce la lettre sur laquelle elle a été arrêtée.

Ces catégories sont celles qu’on utilisait entre Français quand j’étais plus jeune. On peut bien sûr choisir d’autres catégories selon le vocabulaire que l’on veut pratiquer (verbes du premier groupe, verbes du deuxième groupe, verbes du troisième groupe, prépositions, adjectifs, adverbes, connecteurs, personnages historiques, villes francophones, films français, vocabulaire du travail, de la nature, de la maison, etc.)

On peut aussi jouer à l’oral à une variante de ce jeu, seul ou à plusieurs. On choisit une catégorie et on doit à tour de rôle donner un mot qui rentre dans cette catégorie, dans l’ordre alphabétique.

Par exemple, on est 5 joueurs et on choisit la catégorie animaux :

Joueur 1 : abeille, joueur 2 : babouin, joueuse 3 : chat, joueuse 4 : dromadaire, joueuse 5 : éléphant, joueur 1 : faon, joueur 2 : gorille, joueuse 3 : hyène, joueuse 4 : iguane, joueuse 5 : jaguar, joueur 1 : koala, joueur 2 : lion, etc.

On détermine une durée maximum pour répondre. Si aucun mot ne nous vient à l’esprit, on est éliminé et la dernière personne restant en jeu gagne. On peut aussi jouer sans être trop compétitif pour ne pas se décourager et juste sauter son tour, et aussi rechercher ensemble sur Internet quand personne ne peut penser à un mot commençant par une certaine lettre.

Si vous êtes seul·e, vous pouvez vous mettre au défi de trouver autant de mot que possible dans une catégorie déterminée, en allant le plus vite possible. On peut s’autoriser à sauter des lettres, mais on note celles qui nous échappent et on y revient plus tard !

Catégorie plutôt facile : Verbes du premier groupe : aimer, balancer, chanter, danser, écouter, fumer, garer, hausser, isoler, jouer, kidnapper, lever, mener, nager, oppresser, peser, qualifier, ramer, sauter, torturer, user, voiler, warranter, xylophoner, yoyoter, zapper, et si on a fait ça vite, on recommence du début : arriver, brosser, etc…

Catégorie plus difficile : Verbes pouvant être synonymes de dire (tous contextes, tous registres) : affirmer, balancer, crier, divulguer, exprimer, formuler, garantir, hurler, indiquer, justifier, k…, lâcher, murmurer, narrer, objecter, prétendre, questionner, rétorquer, stipuler, trahir, u…, v…

Testez votre vocabulaire en 5 minutes

Voici un petit défi que j’essaierai de vous proposer régulièrement. Chronomètre en main, essayez de trouvez 3 mots pour chaque catégorie en 5 minutes maximum.

C’est une bonne façon de tester votre vocabulaire et votre capacité à penser vite en français.

5 minutes, pas plus ! C’est parti :

Les cinq sens

Connaissez-vous le nom des cinq sens en français ?

On pourrait penser que quand on atteint un niveau avancé, on connaît ce vocabulaire, mais en fait, je me suis rendu compte récemment que ce n’était pas forcément le cas.

Alors voici un petit rappel :

  • le goût
  • l’odorat
  • l’ouïe
  • le toucher
  • la vue

Je ne doute pas que vous connaissiez les organes sensoriels, mais quels sont les verbes que vous évoquent les sens ?

  • La langue nous permet de sentir le goût. On peut savourer ou déguster des aliments. Goûter quelque chose veut dire qu’on mange quelque chose pour la première fois, qu’on l’essaie pour tester le goût. Si vous êtes aventureux, vous aimez probablement goûter à tout.
  • Le nez nous permet de sentir les odeurs, de les humer, les respirer, les flairer. On peut utiliser ce dernier verbe pour les humains, mais il est plutôt utilisé pour parler de l’odorat animal.
  • Les oreilles nous permettent d’entendre et d’écouter les sons. Le verbe ouïr existe, mais c’est un terme un peu vieux qui ne se dit plus vraiment. Cependant, si vous dites, par exemple, “j’ai ouï dire que vous alliez bientôt déménager“, c’est du langage soutenu.
  • La peau est l’organe du toucher. Tout le corps peut éprouver la sensation du toucher. Avec les mains, plus précisément, on peut tâter (un fruit par exemple) ou palper (le docteur nous palpe pour nous examiner).
  • Les yeux nous permettent de voir, de regarder, de contempler, d’observer, de remarquer, de discerner, etc.

Conduire, voyager, marcher

J’avais déjà écrit un court post l’an dernier pour parler du verbe voyager que les étudiants ont tendance à mal utiliser.

On retrouve le même problème avec les verbes conduire et marcher.

En anglais on dit :

  • I drive to work every day.
  • I walk to work every day.
  • I travel to Paris every year.

En français on ne dit pas :

  • *Je conduis au travail tous les jours.
  • *Je marche au travail tous les jours.
  • *Je voyage à Paris tous les ans.

Mais on dit :

  • Je vais au travail en voiture tous les jours.
  • Je vais au travail à pied tous les jours.
  • Je vais à Paris tous les ans.

On utilise les verbes conduire, voyager et marcher sans idée de direction. On peut dire :

  • Je déteste conduire en ville mais j’adore conduire sur l’autoroute.
  • J’adore voyager. J’ai énormément voyagé ces dernières années et je voyagerai tant que ma santé le permettra.
  • J’ai beaucoup marché cette semaine. J’ai mal aux jambes.

La liste

C’est dimanche et j’ai envie de partager une chanson.

C’est une chanson chantée par Rose, chanteuse que je ne connais pas vraiment car c’est la seule chanson d’elle que je connaisse en fait, mais j’aime cette chanson que je trouve jolie et apaisante. Je l’ai utilisée plusieurs fois en cours avec des élèves quand j’enseignais en classe, pour travailler les verbes. La chanteuse dresse la liste des choses qu’elle veut faire avec la personne qu’elle aime et le texte est truffé de verbes à l’infinitif.

Se rappeler / se souvenir

Ces deux verbes ont le même sens. Mais ils n’ont pas la même construction. On se rappelle quelque chose mais on se souvient de quelque chose.

Cependant, j’ai très souvent entendu des Français dire qu’ils se rappelaient *de quelque chose, alors il est facile se supposer que c’est correct d’utiliser la préposition avec se rappeler.

Mes étudiants ont tendance à plutôt utiliser le verbe se souvenir et à parfois oublier le de. Avec se souvenir, ou utilise toujours de.

Avec se rappeler, on utilise de seulement quand il est suivi d’un pronom tonique (moi, toi, lui, etc.)

Quelques exemples :

  • Je me souviens très bien de ces vacances. Il a fait chaud tout l’été.
  • Je me rappelle très bien ces vacances.
  • Tu te souviens de mon copain Nico ?
  • Tu te rappelles mon copain Nico ?
  • Elle ne se souvient pas de lui.
  • Elle ne se rappelle pas de lui.

Tu me manques, je te manque, il manque quelque chose

Voici un verbe qui pose souvent problème. L’an dernier, j’ai travaillé quelque temps dans une école en Espagne, et pour mon dernier cours, ma collègue préférée avait préparé une petite surprise pour moi. Elle avait acheté un joli cahier dans lequel elle avait fait écrire un petit mot à tous les étudiants de cette classe. Une des étudiantes a écrit : “nous allons vous manquer beaucoup“. 

Elle avait raison, dans le sens où, en effet, les élèves de cette classe allaient me manquer (I was going to miss them). J’avais vraiment passé de bons moments avec eux. Mais ce qu’elle voulait dire, c’est que j’allais leur manquer ! (they were going to miss me)

Elle est loin d’être la seule à être un peu confuse avec ce verbe car sa construction est différente du verbe to miss en anglais ou echar de menos en espagnol. Il peut être construit avec la préposition à, la préposition de, sans préposition, ou avec la forme impersonnelle. Il peut aussi avoir plusieurs sens.

  • Mes amis me manquent. (I miss my friends) (Ils manquent à qui ?  à moi)
  • Son chien lui manque. (He/She misses his/her dog) (Il manque à qui ? à lui/elle)
  • Il manque de patience avec les enfants. (He lacks patience with kids)
  • Elle ne peut pas s’acheter de nouveaux vêtements parce qu’elle manque d’argent. (She can’t buy new clothes because she doesn’t have enough money)
  • Il est parti trop tard et a manqué son train. (He left too late and missed his train)
  • Allô, je peux parler à Emilie ? Tu viens de la manquer, elle est sortie il y a cinq minutes. (Hello, can I talk to Emilie? You’ve just missed her, she went out five minutes ago)
  • Il manque un mot dans cette phrase. (A word is missing in this sentence)

On peut aussi manquer à sa parole, ce qui veut dire qu’on avait fait une promesse mais qu’on ne l’a pas tenue. 

A la forme négative, on peut ne pas manquer de faire quelque chose, ce qui signifie ne pas oublier : Je ne manquerai pas de venir vous voir quand je serai en France. 

On peut manquer (de) mourir, c’est-à-dire qu’il s’en est fallu de peu, qu’on a failli mourir. On peut l’employer avec d’autres infinitifs dans ce sens et ils ont toujours une connotation négative.

C’est aussi un verbe que l’on retrouve dans des expressions : 

  • ça n’a pas manqué : on peut dire ceci quand quelque chose qu’on attendait s’est produit. Par exemple : J’avais parié qu’il serait en retard, et ça n’a pas manqué ! 
  • il ne manquait plus que ça ! : on dit ceci dans une situation qui était déjà désagréable et à laquelle vient s’ajouter une dernière circonstance qui la rend encore plus désagréable. Par exemple, vous tombez en panne de voiture en pleine campagne et votre téléphone portable n’a plus de batterie. Et là, il se met à pleuvoir. Vous pouvez dire : il ne manquait plus que ça !

Si ce verbe vous fait peur, forcez-vous à l’utiliser jusqu’à ce que vous l’apprivoisiez ! Il est très utile. On peut manquer de tellement de choses : de goût, de tact, d’appétit, de courage, de temps, de souffle, de recul, etc.